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vendredi 24 juillet 2026

À force de crier au loup

J'en ai assez d'écouter les nouvelles. Chaque jour, on nous annonce une nouvelle catastrophe. Aujourd'hui, les feux de forêt deviennent le symbole d'une planète qui brûle. Hier, c'étaient les tarifs américains qui menaçaient le Canada d'une crise économique sans précédent. Demain, ce sera autre chose. Il semble qu'il n'y ait plus de place pour les mauvaises nouvelles ordinaires : il faut désormais annoncer une fin du monde par semaine.

Le mot catastrophisme est peut-être relativement récent, mais pas la façon de penser qu'il décrit. Depuis des décennies, tout devient une urgence. Le Québec n'y échappe pas. Le français est en péril. Notre système de santé est au bord du gouffre. Nos écoles publiques s'écroulent. L'accès au logement traverse sa pire crise depuis des décennies. À écouter certains, la belle province est sur le point de rejoindre le tiers-monde.

Pourtant, cette société qu'on dit au bord de l'effondrement continue d'attirer des gens des quatre coins du monde. À tel point qu'aujourd'hui, l'immigration elle-même figure au palmarès des grandes catastrophes annoncées.

Le catastrophisme : le complotisme des gens respectables

À force d'entendre ces discours, j'ai fini par me demander si le catastrophisme n'était pas devenu le complotisme des gens respectables.

Les complotistes voient des complots partout. Les catastrophistes, eux, voient des catastrophes partout. Au fond, ils racontent souvent le monde selon le même schéma : des coupables, des victimes et une catastrophe imminente qu'on aurait pu éviter si le camp adverse n'avait pas agi comme il l'a fait.

Évidemment, le catastrophisme s'appuie souvent sur une science présentée comme définitive : des études, des sondages et des statistiques sont mobilisés pour lui donner une apparence de rigueur et laisser croire que le débat est clos. Pourtant, il suffit de creuser au-delà du communiqué de presse ou des manchettes pour constater que certaines hypothèses sont fragiles, que des choix méthodologiques peuvent être discutés, que les données retenues ne sont pas toujours représentatives ou que les conclusions avancées vont parfois au-delà de ce que les faits permettent réellement d'établir.

La peur comme monnaie d'échange

Pourquoi voit-on autant de catastrophes ? Parce que la peur est devenue une monnaie d'échange. Elle attire l'attention, ouvre les coffres publics et donne de l'influence. Dans cette course aux faveurs, chacun doit convaincre que sa crise est plus grave que celle du voisin. Plus on fait peur, plus on obtient de manchettes, plus on justifie des budgets, plus on gagne en visibilité. La modération a peut-être meilleur goût, mais elle fait rarement la une.

Cela ne signifie pas que les problèmes sont imaginaires : ils sont la plupart du temps bien réels. Personne ne prétend le contraire. Les changements climatiques existent. Le vieillissement de la population exerce une pression sur le système de santé. Le coût du logement est un véritable défi. Ce qui me dérange, c'est la tendance à présenter chaque problème comme une apocalypse imminente.

Le catastrophisme n'est peut-être pas identique au complotisme. Mais il en partage parfois certains réflexes : un récit simple, des coupables faciles à désigner, des preuves qui confirment ce que l'on croit déjà et très peu de place laissée au doute, à la nuance ou à l'incertitude.

À notre époque, le catastrophisme est peut-être mieux financé et plus socialement acceptable que le complotisme. Mais le danger est le même : à force de crier au loup, on finit par ne plus entendre les vrais loups.