IVAC : l’argent public ne tombe pas du ciel
Un texte publié aujourd’hui par Radio-Canada met en lumière un malaise qu’on ne peut ignorer. On y apprend que des pharmaciens, dans le cadre du régime de l’IVAC, ont pu facturer des honoraires injustifiables. Pour nombre d'entre eux, quand c’est l’État qui paie, c'est le buffet à volonté.
Rappelons une chose bien simple : l’argent de l’IVAC ne tombe pas du ciel. C’est l’argent des contribuables. De ton argent, du mien, envoyé à l’État dans l'espoir qu’il soit utilisé correctement.
Je ne remets pas en question l’existence de l’IVAC. Aider les victimes d’actes criminels, c’est normal, c’est même essentiel. Le problème, c’est que lorsque c'est l'État qui paie, plus personne ne regarde vraiment la facture.
Dans le privé, les choses sont simples. Quand une entreprise ou un particulier paie, on vérifie. On pose des questions. On compare les prix. Chaque dollar compte. Mais quand la facture est envoyée à l’État, la dynamique change. Le payeur devient abstrait. Et dans ce contexte, certains se sentent libres de piller la caisse commune.
Bien sûr, toutes les personnes qui fournissent des services à l'État ne sont pas malhonnêtes, loin de là. Mais certains ont vite compris qu’il y avait peu de risques à gonfler leurs factures, puisqu’ils ont peu de chances de se faire prendre la main dans le sac.
En effet, le fonctionnaire qui traite les factures ne sort pas d’argent de sa poche. Son objectif, bien souvent, est de fermer le dossier, de réduire la paperasse, d’éviter les plaintes. Refuser une facture ou demander des explications prend du temps et complique les choses. Approuver, c’est plus rapide.
On se retrouve donc avec un laisser-aller généralisé : des petites décisions prises trop vite, des factures pas assez vérifiées, et au bout du compte, une grosse facture collective.
Tant que l’argent public sera traité comme n’appartenant à personne, ce buffet à volonté continuera – et c’est nous, les contribuables, qui en paierons la note.
Pierre Simard
Article épinglé
jeudi 29 janvier 2026
mercredi 28 janvier 2026
La souveraineté mérite mieux que des métaphores creuses
Paul Saint-Pierre Plamondon accuse Marc Carney de réécrire l’histoire. Mais dans sa réplique, il fait exactement ce qu’il lui reproche: il caricature. En décrivant les Québécois comme des « esclaves du fédéral », le chef du PQ ne corrige rien. Il dérape!
L’esclavage n’est pas un mot qu’on agite pour faire joli dans une conversation. C’est la négation de la liberté, de la dignité et des droits. Or, le Québec a un gouvernement élu, des institutions démocratiques, un pouvoir fiscal important et la liberté de débattre... y compris de son indépendance. Appeler ça de l’esclavage, ce n’est pas une opinion, encore moins un argument : c'est au mieux l'exagération d'un politicien en mal de spectacle.
Parler d'esclavage n’a qu’un objectif : choquer pour mobiliser. Transformer un débat politique complexe en indignation morale afin d’éviter une discussion de fond. On ne discute pas des limites concrètes du fédéralisme canadien, on suggère qu’y rester serait moralement indéfendable. C'est peut-être efficace pour rallier la base péquiste, beaucoup moins pour séduire ceux qui hésitent à adhérer à l’option.
Le plus ironique, c’est que PSPP se présente comme le défenseur de la rigueur historique. Pourtant, il instrumentalise l’histoire au lieu de l’éclairer. Il ne cherche pas à nuancer, mais à imposer son propre récit.
À force d’utiliser des images extrêmes, on finit par appauvrir le débat public. Le fédéralisme canadien mérite d’être critiqué sur des bases concrètes : les compétences, les pouvoirs, la langue, la culture, les choix économiques. Ces critiques existent. Elles sont sérieuses. Elles n’ont pas besoin d’être travesties en récit de servitude.
Au final, le problème n’est pas que PSPP critique le fédéralisme, c’est son rôle. Mais après avoir reproché au milieu culturel québécois sa "vacuité intellectuelle" et son "aplatventrisme", voilà qu’il cherche à nous convaincre qu'on vit dans l’« esclavage ». À mon sens, le fédéralisme se détériore moins rapidement que le jugement du chef du PQ.
jeudi 22 janvier 2026
Carney à Davos : la solitude d'un Québec indépendant.
Mark Carney ne mâche pas ses mots à Davos. Son message est clair : dans un monde dominé par les grandes puissances, la solitude est un luxe que peu de pays peuvent se permettre. Bien que son discours s’adresse d’abord aux nations de taille moyenne, il porte aussi un message indirect pour les indépendantistes québécois.
La question n’est pas idéologique. Il ne s’agit pas d’un débat sur l’identité québécoise ou sur la place du français à Montréal. Il s’agit simplement de rappeler que lorsque des leaders puissants imposent leurs décisions, ce ne sont pas les principes qui font la différence, mais la capacité concrète à se défendre. Comme le résume Carney à Davos : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »
Même le Canada, avec son appareil militaire, économique et diplomatique respectable, a du mal à se défendre seul face aux grandes puissances sans le soutien de ses alliés. Pour un Québec indépendant et isolé, cette vulnérabilité serait encore plus grande : il perdrait le poids collectif des provinces et l’accès aux alliances internationales, qui prennent des années à se construire, mais sont essentielles pour négocier, influencer et se protéger.
Le fédéralisme canadien joue ici le rôle de bouclier indispensable, renforcé par les alliances mondiales (ONU, OTAN, G7) qui amplifient la voix du pays et offrent un filet de sécurité qu’aucune province seule ne pourrait garantir.
Se séparer, c’est s’exposer à la perte de ce bouclier. Même si un référendum sur l’indépendance aboutissait à un « oui », rien ne garantit que le Québec serait immédiatement reconnu par les alliés du Canada ou accepté dans les institutions internationales. La souveraineté ne se limite pas à un vote référendaire : elle dépend aussi de la reconnaissance et de la crédibilité sur la scène internationale.
Il ne s’agit pas d’une attaque contre le rêve indépendantiste. Cela nous rappelle simplement que la liberté politique a un prix, et que ce prix peut être la vulnérabilité face à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. La force ne découle pas seulement de l’idéalisme, mais de la solidarité et de la masse critique.
Si le Québec aspire à peser sur la scène mondiale, il doit comprendre ce que signifie réellement être seul. Parce qu’en géopolitique, comme dans la vie, l’isolement n’offre aucune protection.