Trump, le reflet d’un choix collectif
Une élection ne traduit jamais une harmonie parfaite de l’électorat : elle reflète un compromis chiffré dans lequel la société accepte de se gouverner selon des règles communes, malgré leurs imperfections.
Dire qu’un élu « ne représente pas tout le monde » est une tautologie. Aucun système démocratique élit un représentant universel. La théorie politique et économique a depuis longtemps montré les limites de la représentation politique.
Le théorème d’impossibilité d’Arrow en est une illustration éclatante : aucune procédure de vote ne peut convertir fidèlement l’ensemble des préférences individuelles en une décision collective cohérente.
La démocratie ne peut donc satisfaire tout le monde ; elle garantit seulement la légitimité du processus, pas la perfection du résultat. En d’autres termes, la démocratie est un compromis permanent entre diversité des opinions et nécessité de trancher.
Les réseaux sociaux nourrissent parfois l’illusion que la somme des indignations individuelles équivaut à une volonté populaire. Peut-être… mais parier que les excès de Trump disparaîtront avec la fin de son mandat relève d’un optimisme naïf.
Depuis plus un an, il a montré qu’une rhétorique clivante et populiste pouvait être électoralement payante. Ses successeurs, qu’ils soient républicains ou démocrates, retiendront assurément la leçon. La démocratie élimine rarement les stratégies efficaces ; elle les incorpore, même si c’est parfois à son détriment.
Les Canadiens, par exemple, auraient tort de croire que leur voisin américain abandonnera toutes les menaces et mesures commerciales imposées par Trump et que tout redeviendra comme avant avec l’arrivée d’un nouveau président.
En somme, les dirigeants vont et viennent, mais les dynamiques collectives perdurent. Trump n’a pas été élu par hasard : il est le miroir d’une partie de la société américaine.