Trump ou le triomphe de la paresse intellectuelle
Donald Trump n’a jamais cherché à construire un projet politique sérieux ou cohérent. Son « génie », si l’on peut dire, tient à sa capacité à transformer la politique en spectacle émotionnel. Ses discours sont courts, frappants et faciles à comprendre. Il ne cherche pas à convaincre par la raison : il séduit par la simplicité et l’intensité. Pour l’analyste des politiques, son succès repose sur un mécanisme simple : l’ignorance rationnelle.
S’informer correctement demande du temps et de l’effort. Il faut comparer des faits, vérifier des sources, accepter que le monde est complexe. Suivre un leader qui réduit chaque débat à un combat moral ou un slogan ne demande rien. C’est confortable : on n’a pas besoin de réfléchir, il suffit d’applaudir. Dans ce contexte, Trump peut se créer des succès imaginaires, inventer des alliances et se présenter comme une victime permanente, sans que personne ne conteste sa version.
Le monde selon Trump se lit comme un guide pour les nuls : la diplomatie devient intimidation et les tarifs douaniers sont brandis comme des armes. La vulgarité, les mensonges et les provocations ne sont pas des erreurs : ce sont des outils pour simplifier la réalité. Le but n’est pas de gouverner, mais de réconforter ceux qui préfèrent l’émotion à la réflexion et la rapidité à la complexité.
Le phénomène Trump dépasse les frontières. Même au Canada, des dizaines de milliers de personnes se disent séduites par le mouvement MAGA. Ces sympathisants n’ont pas de vote aux États-Unis et aucun intérêt direct à mesurer les conséquences réelles de ses décisions. Ils choisissent l’idéologie facile et le récit simple.
S’attacher à Trump est une abdication de l’esprit critique. Ceux qui cherchent à donner une profondeur artificielle à ses discours se trompent : ils ne réfléchissent plus, ils consomment une identité. Soutenir ce mouvement depuis le Canada n’est pas un acte de courage ou de rébellion : c’est accepter la paresse intellectuelle et préférer un slogan étranger à la responsabilité citoyenne.
Trump ne convainc pas par ses idées : il triomphe parce qu’il simplifie. Et ceux qui essaient de le rationaliser ne font souvent que monétiser leur propre vacuité, donnant l’illusion de réflexion là où il n’y a que distraction.