Article épinglé

mercredi 19 octobre 2011

Et si on faisait l’éloge du travail au noir?

Journal de Québec, Opinion, mercredi le 19 octobre 2011, p.19  et Journal de Montréal, Opinion, mercredi le 19 octobre 2011, p.23
 
Si on en croit un récent sondage, l’évasion fiscale et le travail au noir se classent respectivement au 7e et 13e rang du palmarès des comportements immoraux des Québécois. Puis après…

Le gouvernement nous rappelle sans cesse que le travail au noir, c’est du vol. Mais qui sont les victimes? On connaît le refrain : ce sont les contribuables qui paient leurs impôts assidûment. Ainsi, il serait injuste qu’un contribuable assume davantage d’impôt parce que des travailleurs se font payer « en dessous de la table » pour faire vos réparations ou vos travaux domestiques.

Et si les travailleurs au noir protégeaient tous les contribuables des abus de nos gouvernements? Plusieurs économistes considèrent que l’économie souterraine freine l’appétit fiscal de nos gouvernements. Plus ces derniers augmentent vos impôts, plus ils encouragent le travail au noir. Or, plus le travail au noir augmente, moins le gouvernement retire de revenus de l’impôt. Il arrive même un moment où toute nouvelle hausse de taxes diminue les revenus de l’État! Ce qui fait dire à l’économiste et philosophe Pierre Lemieux que « les travailleurs au noir […] empêchent l’État d’être encore plus vorace. En ce sens, tout le monde profite du travail au noir […] »

J’en conviens, priver nos gouvernements de revenus défavorisera certains individus, principalement ceux qui vivent aux crochets de l’État. Mais attention! Ceux qui vivent aux dépens de l’État ne sont pas tous des démunis et des gens dans le besoin. Oh non! Ces derniers n’accaparent qu’une partie des dépenses de nos gouvernements.

Où va donc le reste de vos impôts? Voilà la question! Une fois que l’État a rempli ses soi-disant devoirs essentiels, il lui en reste suffisamment pour nourrir toutes ces organisations qui font de la spoliation une spécialité. Je parle de qui? Lisez le rapport Duchesneau…

De toute évidence, nous versons trop d’impôt au gouvernement… et c’est ce qui lui permet d’entretenir à son bénéfice un marché des faveurs. Un marché où ce ne sont plus les entreprises efficaces et compétitives qui gagnent les appels d’offres du secteur public, mais – soyons polis – celles qui ont les meilleurs contacts au gouvernement.

Si on était sérieux, si on désirait vraiment moraliser notre société, on implanterait des règles limitant la part de l'économie confiée au secteur public. Lorsqu’on versera moins d’impôt à l’État, il lui sera plus ardu d’essaimer les faveurs. Sans compter que les travailleurs auront, eux aussi, moins d’intérêt à assumer les risques du travail au noir.

En diabolisant le travailleur au noir, on se donne peut-être bonne conscience, mais on se prive aussi d’un des seuls moyens d’empêcher nos gouvernements d’abuser des contribuables. Vous rétorquerez que les comportements immoraux de l’un ne justifient pas les comportements immoraux de l’autre. C’est vrai! Mais entre deux comportements immoraux, je choisis celui qui me coûte le moins cher. Dans l’adversité, on ne choisit pas ses amis…

La banlieue honnie


La Presse, Forum, mercredi le 19 octobre 2011, p A19 et sous le titre : S'acharner contre les pauvres gens, Le Soleil, Opinion, mercredi 19 octobre 2011, p.22. Disponible aussi sur Cyberpresse.

Sans la densification urbaine, point de salut. Voilà la belle affaire! Les experts en planification urbaine sont unanimes : les bungalows doivent disparaître au profit des condos. Il faut développer les transports en commun et freiner l’étalement urbain.
Nos spécialistes de la planification urbaine n’aiment pas les banlieues. À leurs yeux, l’étalement urbain est une pandémie, le résultat d’un déficit de planification qui permet la vente de terrains et la construction des maisons en fonction des préférences des citoyens. Quelle aberration! Comment a-t-on pu vivre si longtemps sans cette horde de planificateurs s’acharnant à gérer nos vies?
Imaginez notre vie sans planificateurs urbains. Nous n’aurions sans doute jamais connu les bulles immobilières… ou, en tout cas, elles auraient plafonné plus bas. Car voyez-vous, il suffit de confier le développement d’une ville à un planificateur pour faire augmenter le prix des habitations.
D’abord, il interdira la construction domiciliaire dans tel ou tel secteur au nom de l’étalement urbain, du réchauffement climatique, du patrimoine agricole, de la protection d’une espèce de grenouille et j’en passe. Une fois qu’il aura créé une rareté dans l’offre de terrains, il obligera l’entrepreneur à lui demander une autorisation ou un permis qui prendra des mois, voire des années à être délivré. Finalement, ce même entrepreneur devra se conformer à une panoplie de normes, de règlements et de procédures. Tout ça, évidemment, pour conforter quelques groupes de pression et augmenter les recettes fiscales de la grande ville.
Par la magie de la planification, la maison de 100 000 $ que vous convoitiez coûte désormais… 250 000 $. Consolez-vous! On vous a protégé contre vous-même. C’est connu, un agent immobilier aurait pu vous forcer à acheter une maison de banlieue contre votre gré.
Nous vivons dans un monde où les planificateurs urbains se concertent pour décider où et dans quel type d’habitation les gens doivent vivre. Un monde où ce sont des technocrates qui décrètent qu’une famille à faible revenu vivra dans un HLM ou un logement multifamilial du centre-ville.
Comme si plus personne n’aspirait à s’offrir une maison avec un petit bout de terrain pour jouer avec ses enfants, faire du jardinage ou… laver sa voiture. Parce que, voyez-vous, cette damnée voiture, celle que nos planificateurs veulent bannir, c’est aussi elle qui a permis à beaucoup de familles d’accéder à leur rêve de propriété. Alors qu’auparavant l’auto était réservée aux mieux nantis, à peu près tout le monde peut maintenant s’en procurer une, ne serait-ce que pour aller vivre dans un bungalow de banlieue pour échapper aux coûts faramineux de la planification urbaine.
On a beau dire, mais ceux qui prétendent se soucier des gens à revenu modeste sont aussi ceux qui privent plusieurs familles des joies de la propriété. En s’acharnant contre l’étalement urbain, nos planificateurs s’acharnent aussi contre les pauvres gens.

lundi 17 octobre 2011

Occupy Wall Street: définir les revendications.


La Presse Débats, Cyberpresse, lundi le 17 octobre 2011.
Des manifestations contre les dérives du capitalisme financier ont eu lieu dans plus de 1000 villes du monde en fin de semaine. Selon plusieurs observateurs, le mouvement Occupy Wall Street risque de s'essouffler si ses organisateurs ne s'entendent pas sur des revendications spécifiques. Est-ce votre avis? Quelles devraient-être ces revendications, selon vous?
 Karl Marx ne ferait pas le poids
Occupy Wall Street est un mouvement de contestation qui dénonce les abus du capitalisme financier. Ce mouvement dit s’inspirer du printemps arabe et prétend représenter les 99 % de citoyens qui ne tolèrent plus la cupidité de l’autre 1 %, les Wall Street Boys. Jusque-là, pas de problème! Mais que veulent les manifestants au juste? Sur le site internet de l’organisation, on peut prendre connaissance de la liste des demandes proposées par l’un d’entre eux: augmenter le salaire minimum, mettre en place un revenu minimum garanti, instaurer un système de santé publique universel, instaurer la gratuité des collèges et, tenez-vous bien, éliminer immédiatement les dettes individuelles (de tout le monde!). Dès maintenant, il faut accorder un pardon sur les prêts commerciaux, les prêts hypothécaires, les dettes sur les cartes de crédit, les prêts étudiants, etc. Et comme si ce n’était pas assez, il faudrait aussi éliminer les dettes contractées par tous les pays de la planète. Bref, si j’ai bien compris, c’est l’opération grand ménage : on efface et on recommence. En matière de socialisme, Karl Marx lui-même ne ferait pas le poids ! Par hasard, vous n’auriez pas un Wesfalia à vendre ? 

jeudi 13 octobre 2011

Tony Tomassi doit-il démissioner?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 13 octobre 2011.
Accusé de fraude et d’abus de confiance, le député et ex-ministre Tony Tomassi devrait-il démissionner ? Mériterait-il d’être destitué par l’Assemblée nationale ? Ou, d’après vous, peut-il continuer de représenter sa circonscription puisqu’il est présumé innocent ?

Que de mauvaises décisions
Le métier de politicien n’est pas facile. Un élu peut être accusé à tout moment, être innocent et, malgré tout, être forcé de démissionner. Pour Tony Tomassi, il n’y a que de mauvaises décisions. Il peut rester en poste en invoquant la présomption d’innocence. Il peut prétexter que la présomption d’innocence est un droit fondamental, qu’une personne est présumée innocente tant et aussi longtemps que sa culpabilité n’a pas été prouvée. Dans ce cas, on peut douter de sa capacité à remplir sa tâche d’élu puisqu'il devra consacrer ses énergies à préparer sa défense, plutôt qu’à représenter les électeurs de sa circonscription. L’autre option qui s’offre à lui est de démissionner. C’en sera alors fini de sa réputation et de sa carrière politique, et ce, même s’il devait être reconnu innocent plus tard. Peu importe sa décision, la pression médiatique ne s’estompera pas. L’affaire se déroule sur fond de collusion et de corruption gouvernementale. Elle pollue encore davantage le climat déjà malsain de l’action politique. Si j’étais à sa place, je démissionnerais. De toute façon, la rumeur veut qu’il ait beaucoup d’amis pour l’aider à se refaire une carrière…

jeudi 6 octobre 2011

Le pont Champlain en PPP?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 6 octobre 2011
Question : Le nouveau pont Champlain devrait-il être construit en partenariat public-privé (PPP)?
Et pourquoi pas?
Le gouvernement fédéral affirme avoir une préférence marquée pour un partenariat public-privé (PPP). Et pourquoi pas? Il a utilisé cette formule pour la construction du Pont de la Confédération reliant l’Île-du-Prince-Édouard au Nouveau-Brunswick dans les années 1990. Cet ouvrage de 13 kilomètres a été conçu et construit par un consortium du secteur privé. Ce même consortium s’est vu confier l’entretien et l’exploitation du pont pour 35 ans, au terme duquel il le remettra aux autorités fédérales. D’ici là, les revenus de péage lui servent à l’exploiter et à l’entretenir. Le bilan? L’expérience s’est avérée positive : le pont a été construit dans les délais prévus et sans mauvaises surprises pour les contribuables. En préconisant cette formule, le gouvernement a pu partager avec le secteur privé les risques associés à la construction et à l’exploitation d’un équipement collectif de 1 milliard de dollars. 

Plusieurs dénoncent les PPP sous prétexte que l’entreprise privée n’y participe que pour faire de l’argent. C’est vrai! Je dirais même que c’est ce qu’on souhaite : c’est cette soif de profit qui, pour notre bénéfice mutuel, incitera les entreprises à être économes et efficaces dans la construction et l’exploitation du pont. N’est-ce pas mieux que de les voir s’activer à multiplier les gaspillages et à repousser les délais de réalisation pour obtenir des faveurs ou des rallonges contractuelles du gouvernement?

vendredi 30 septembre 2011

Diminution de soins justifiée?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 30 novembre 2011.
La protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dénonce les compressions importantes dans les soins à domicile aux personnes âgées. Des sommes servent à éponger des déficits dans d’autres services ou font les frais des compressions budgétaires, au détriment de personnes vulnérables. Que pensez-vous de cette décision gouvernementale ?
Solution: Les caisses d'épargne santé
Certes, les soins à domicile contribuent au bien-être des personnes âgées. Ils peuvent même prolonger leur espérance de vie. Le problème, c’est qu’avec le vieillissement de la population et l’escalade des frais de santé, il est difficile d’imaginer que le gouvernement puisse subvenir encore longtemps aux besoins de tout un chacun. Que faire alors? Face à l’impossibilité d’offrir à tous les usagers des services gratuits, plusieurs économistes suggèrent de mettre en place des caisses d’épargne santé, une forme de «REER-Santé». L’idée est simple : chacun d’entre nous accumulerait tout au long de sa vie des fonds personnels, à l’abri de l’impôt, pour subvenir à ses besoins de santé futurs. Le fonds appartiendrait à l’individu et il en serait le seul bénéficiaire. Ainsi, à l’occasion d’une dépense de santé, l’individu puiserait d’abord dans ses épargnes cumulées et, advenant que son fonds s’épuise, l’État prendrait la relève avec une assurance de dernier recours.  Au lieu de continuellement se fier à l’État, pourquoi ne pas faire du citoyen le premier responsable de sa santé? Pourquoi toujours compter sur l’État pour subvenir à ses propres besoins?

dimanche 25 septembre 2011

L’incompréhensible mission du CRTC

Le Journal de Québec et Journal de Montréal, Votre Opinion, dimanche le 25 septembre 2011, p.18 JdQ, p24 JdM.

Le CRTC est en mission contre la convergence. Au nom du bien commun (sic), il sera désormais interdit aux Bell, Rogers, Shaw ou Quebecor d'offrir des émissions exclusives à leurs clients internet ou de téléphonie mobile. Les « tsars » du CTRC en ont décidé ainsi. 
Dorénavant, les émissions diffusées à la télévision, incluant les parties de hockey, seront collectivisées. Elles seront disponibles à toute entreprise du web ou de téléphonie mobile selon des modalités dites «équitables et raisonnables». À cela s’ajoutent une série de nouvelles règles ainsi qu’un code de conduite auxquels les entreprises devront se plier. Décidément, la soviétisation de nos géants des télécommunications est en marche.
Pour les planificateurs du CRTC, la convergence est intolérable. Une calamité! Des entreprises dynamiques croissent, innovent, offrent de nouveaux produits, conquièrent de nouveaux marchés et… éliminent ou achètent des concurrents moins efficaces. Quelle aberration! 
La solution? Un moratoire sur l’entrepreneuriat. Vite! Un frein à ce déploiement capitaliste tous azimuts pour protéger le petit, la veuve, l’orphelin… et l’imbécile de consommateur! 
Imaginez : des consommateurs pourraient être obligés de s’abonner à plusieurs chaines ou réseaux ou encore de s’acheter un appareil mobile qui diffuse les matchs de leur équipe de hockey préféré. C’est connu, on achète un iPhone ou on s’abonne à Vidéotron sous la menace de représailles physiques ou mentales… 
C’est sans compter que le bien commun exige qu’on bride les profits potentiels de ces grands conglomérats dépourvus de conscience sociale qui ne travaillent que pour l’argent. En effet, comment peut-on tolérer que des entreprises rivalisent d’ingéniosité pour vendre des services que les gens aiment et pour lesquels ils sont disposés à payer?
Le moment ne pouvait être mieux choisi. Le groupe Quebecor mise sur la convergence pour rentabiliser un retour des Nordiques à Québec. Aussi bien l’informer dès maintenant qu’il devra partager le fruit de ses investissements avec ses concurrents. Une tuile vous dites? Pire que les contestations légales du citoyen De Belleval. 
Vous avez déjà lu « La révolte d’Atlas », d’Ayn Rand? Dans ce bestseller vendu à 10 millions d’exemplaires, des chefs d’entreprises en ont assez de se faire dicter une ligne de conduite par les bureaucrates et décident de tout abandonner et de faire… la grève. Résultat : le pays s’enlise dans l’oisiveté et la pauvreté. 
Et si PKP faisait la grève? Régis devrait louer son amphithéâtre aux bureaucrates du CRTC.  

mercredi 21 septembre 2011

Durcissement des peines justifiés?


La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi 21 septembre 2011
Le gouvernement Harper entend adopter un projet de loi omnibus qui prévoit le durcissement des peines d’emprisonnement pour les jeunes contrevenants, les trafiquants de drogue et les prédateurs sexuels. Croyez-vous que ces mesures, dont l’application coûtera 2,7 milliards au cours des cinq prochaines années, sont justifiées compte tenu de la baisse de la criminalité au Canada depuis 10 ans ?
Réparer les dommages aux victimes
Le durcissement des peines d’emprisonnement sont-elles de nature à dissuader les criminels de récidiver? On peut en douter. Certains avancent même que la prison est l’école du crime… Une chose est sûre : avec la proposition des Conservateurs, les victimes devront payer davantage d’impôt pour punir les coupables! C’est comme si notre justice était un système où la victime doit payer, deux fois plutôt qu’une, pour un crime qu’elle a elle-même subi. Plutôt que de chercher à durcir et à rendre les peines automatiques, on pourrait chercher à replacer les victimes au centre du processus judiciaire. Même si on ne peut pas toujours rendre à une victime ce qui lui a été enlevé, la vraie justice ne serait-elle pas de chercher à s’en approcher? Ne serait-il pas préférable de forcer, lorsque c’est possible, les contrevenants à réparer les dommages qu’ils ont causés? Outre les réparations d’ordre financier, les victimes pourraient réclamer d’autres formes de compensation pour les dommages subis : un travail en faveur d’un organisme privé ou communautaire, par exemple. Une justice basée sur la réparation n’est peut-être pas simple à mettre en œuvre, mais contrairement à un système de peine automatique, elle permet d’aspirer à la « juste peine » tout en redonnant aux victimes un peu de ce qu’elles ont perdu.

mardi 20 septembre 2011

La journée internationale de la paix et du… capitalisme!



Vincent Geloso, doctorant à la London School of Economics and Political Science, Londres et Pierre Simard, professeur, École nationale d’administration publique, Québec.   
Le 21 septembre, on fête la Journée internationale de la paix. Profitons-en pour célébrer le principal vecteur de la paix dans le monde : le capitalisme! Vous êtes sceptiques? Et pourtant!
Même si les technologies nous permettent aujourd’hui de suivre en temps réel les conflits qui sévissent un peu partout sur la planète; même si on l’impression de vivre dans un monde toujours plus violent, il n’en est rien. Depuis la seconde guerre mondiale, on observe une importante réduction de la violence et de la fréquence des conflits à l’échelle mondiale.
Selon le Human Security report 2009-2010, le nombre moyen de décès sur les champs de bataille est passé de 596 000 en 1950 à moins de 17 000 en 2007, une tendance qui s’est confirmée avec la chute de l’Union soviétique. D’ailleurs, depuis le début des années 1990, la diminution du nombre de victimes sur les champs de bataille s’accélère. Aujourd’hui, les guerres sont plus localisées et de moindre envergure que par le passé. En outre, les conflits armés affectent une proportion de plus en plus petite de la population mondiale.

jeudi 15 septembre 2011

Collusion: que doit faire le gouvernement?


La presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 15 septembre 2011
Le rapport de l’Unité anticollusion est troublant : les malversations dans l'industrie de la construction ont pris une telle ampleur que le Québec risque une «prise de contrôle de certaines fonctions de l'État» par des acteurs mal intentionnés. Face à ce système corrompu, infiltré massivement par le crime organisé, que devrait faire le gouvernement Charest pour tenter de le briser ? 
Une illusion. 
Pour ou contre une commission d’enquête sur le milieu de la construction? Le débat est relancé. Plusieurs s’imaginent qu’il suffit de faire une enquête publique pour éradiquer les pratiques de collusion entre l’industrie privée, des fonctionnaires et des politiciens. Désolé, mais la commission d’enquête n’est qu’une illusion! Comme je l’écrivais sur cette tribune il y près de deux ans, notre plus grande erreur serait de considérer ces scandales comme des incidents passagers. N’y voir qu’un dysfonctionnement moral affligeant une poignée d’individus. Croire que lorsque les pommes pourries auront été démasquées nous pourrons recouvrer notre «monde parfait» et bénéficier à nouveau de la supériorité morale de nos politiciens et bureaucrates. En réalité, les politiciens et les fonctionnaires sont des individus qui, en dépit de leurs contraintes morales et éthiques, peuvent parfois agir malhonnêtement lorsqu’ils estiment que le bénéfice anticipé de leur crime est supérieur à la probabilité de se faire prendre et d’en payer le prix. Puisqu’il est admis que l'efficacité administrative du secteur public est généralement moindre que celle du secteur privé, on peut présumer qu’il en va de même de son efficacité à contrer les nombreux abus réalisés sur le dos des citoyens. Pourquoi? Tout simplement parce dans le secteur public, l'argent que les politiciens et les bureaucrates gèrent n'est pas le leur. D’où un moindre souci à combattre les abus. De toute évidence, lorsqu'on reconnaîtra que l'État s’avère un foyer propice aux collusions de toutes sortes, il est fort à parier qu’on resserrera les systèmes de reddition de comptes assujettissant nos gouvernements et qu’on implantera des règles pour limiter la part de l'économie qu'on confie au secteur public. D’ici là, commission d’enquête ou non, on devra vraisemblablement se contenter de: «je ne suis pas au courant», «je vais m’informer» et «j’ai demandé à mon ministère d’examiner la question».

mardi 13 septembre 2011

La Grèce en faillite?

La Presses Débats, Cyberpresse, mardi le 13 septembre 2011.


La faillite de la Grèce est-elle inévitable? La survie même de l’euro est-elle menacée? Les pays les plus endettés de l’Union européenne risquent-ils d’être largués? 

Un grand service
Aujourd’hui, on s’inquiète pour la Grèce et demain, on s’inquiètera pour l’Espagne, le Portugal et l'Italie… Le problème? L’endettement démesuré de ces pays et leur difficulté à faire face à leurs obligations financières. De plus en plus d’observateurs croient qu’on devrait laisser la Grèce faire faillite, qu’on lui rendrait un grand service si on l’obligeait à respecter ses engagements en quittant la zone euro et en dévaluant sa monnaie. En réalité, peu d’économistes croient qu’une nouvelle aide financière sera un jour remboursée par la Grèce. La «solidarité» de l’UE viserait seulement à protéger les banques européennes très engagées dans l’économie grecque; une fuite en avant qui aura pour seule conséquence d’endetter encore davantage la Grèce et les pays de l’UE. La faillite ne serait évidemment pas facile pour les Grecs. Mais mettons-nous à leur place : quels choix ont-ils réellement? Soit ils acceptent l’aide européenne et se font dicter un plan de redressement venant de l’extérieur du pays, soit ils font faillite, larguent une partie de leur dette et se chargent eux-mêmes de mettre en place les mesures d’austérité qui ramènera le pays sur le chemin de la santé financière. Souvenons-nous de l’Argentine : ce pays avait préféré faire faillite plutôt que de se soumettre aux diktats du FMI. Qui mettra ses culottes le premier?

mardi 6 septembre 2011

Évaluer les enseignants?


La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 6 septembre 2011.
Devrait-on évaluer les enseignants du primaire et du secondaire ? Devrait-on accorder de meilleurs salaires aux enseignants jugés les plus performants ?  Et congédier les plus incompétents ?
Aux parents d'évaluer! 
L’idée du salaire au rendement pour les enseignants n’est pas nouvelle. Plusieurs États américains envisagent, eux aussi, la mise en place de modes de rémunération permettant de récompenser les enseignants les plus performants. L’idée pose cependant des difficultés de mise en œuvre. La principale consiste à définir la performance. Comment, et sur quelle base, évaluera-t-on la performance d’un enseignant? Augmentera-t-on son salaire en fonction de l’amélioration de la performance de ses élèves à des tests standardisés? En fonction d’objectifs annuels prédéfinis par la direction de l’école ou la commission scolaire? Lorsqu’il acquiert de nouvelles compétences? Plus encore, la performance sera-t-elle récompensée par un bonus ou plutôt par une majoration du salaire annuel? À la base, l’introduction du salaire au rendement suppose qu’on saura discriminer le professeur performant du non performant; le professeur compétent de l’incompétent. Si l’évaluation de la performance est liée à des critères flous − reproche que l’on fait souvent aux avancements d’échelon dans la fonction publique − on risque d’augmenter le salaire de tous les enseignants, et ce, indépendamment de leur performance. Aussi, si on désire réellement mesurer la performance de nos enseignants, il serait peut-être bon d’impliquer les parents dans l’évaluation du professeur de leur enfant. Ne sont-ils pas les premiers clients de notre système d’éducation?

jeudi 1 septembre 2011

Abolir les commissions scolaires


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 1er septembre 2011.

Les commissions scolaires ont admis cette semaine qu’elles doivent améliorer leur gestion. Croyez-vous que leur engagement sera suffisant pour leur éviter une éventuelle disparition? Si elles ont encore leur raison d’être, doivent-elles conserver à la fois leur mandat éducatif et administratif ? 
Redonner l’argent aux parents ? 
En 2006, lorsque Mario Dumont a proposé l’abolition pure et simple des commissions scolaires, on l’a traité d’hérétique. Une idée « sans bon sens », déclarait Paul Gérin-Lajoie. Cinq ans plus tard, l’idée « sans bon sens » a fait son chemin. Évidemment, il s’est enclenché depuis une course à la rente bureaucratique. Il y a quelques mois, le ministère de l’Éducation annonçait son intention de sabrer dans les budgets des commissions scolaires. Aujourd’hui, la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE) réclame des pouvoirs accrus et l’autonomie financière pour les écoles. Comme si le véritable enjeu était de redistribuer à une quelconque bureaucratie ce que l’autre perd. Et le parent dans tout ça? N’est-il pas le premier responsable de l’éducation de son enfant? Pourquoi ne pas lui confier davantage de responsabilités? Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour lui remettre directement les sommes récupérées par l’abolition des commissions scolaires? Pourquoi ne pas lui expédier un bon d’éducation lui permettant d’acheter lui-même, auprès des écoles ou sur le marché privé, des services éducatifs qu’ils jugent susceptibles de contribuer au développement de son enfant. Encore une idée « sans bon sens », une hérésie!

mardi 30 août 2011

François Legault, un vent de changement?

La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 30 août 2011

François Legault et sa Coalition pour l’avenir du Québec proposent-ils vraiment des solutions qui tranchent avec les politiques du gouvernement Charest ou les idées du Parti québécois? En quoi les positions de M. Legault diffèrent-elles? Sont-elles de nature à séduire l’électorat ? 
Un pétard mouillé!
François Legault cherche à nous vendre l’image d’un politicien en mission. Celle du politicien désintéressé et insensible aux préoccupations électoralistes. Celle du politicien résolu à relancer le Québec à l’intérieur d’un ou deux mandats (ça dépend des jours) et qui quittera la vie publique par la suite. Séduisant? Bien sûr! À condition de se faire élire. Or, pour y arriver, la CAQ procède exactement comme tout bon vieux parti politique. Elle nous a concocté de vagues et timides réformes dont la principale caractéristique est de plaire à tel ou tel groupe d’électeurs, tout en s’assurant de ne pas trop froisser les divers groupes d’intérêt qui profitent actuellement des largesses de l’État. Des propositions qui, somme toute, ne sont guères plus originales ou ambitieuses que celles avancées par les autres partis d’opposition (PQ, ADQ). En réalité, François Legault ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de la théorie des choix publics voulant que les partis politiques proposent des politiques en vue de gagner leurs élections, et non à gagner des élections en vue de mettre en œuvre des politiques. La CAQ est sans doute une opération de marketing politique à succès, mais…  Dites, vous connaissez l’histoire du pétard mouillé?

vendredi 19 août 2011

Augmenter ou réduire l'immigration?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 19 août 2011
Le gouvernement Charest souhaite réduire de 54 000 à 50 000 le nombre d’immigrants reçus au Québec chaque année. Au contraire, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain propose que le Québec en accueille davantage, jusqu’à 65 000, afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre et de contrecarrer le vieillissement de la population. Augmenter ou réduire, quelle politique devrait-on prôner ?
Vendre le droit d’immigrer
Nul doute que l’immigration peut être bénéfique pour le Québec. Mais toute immigration n’est pas forcément bonne. Pour profiter de l’immigration, il faut attirer des populations qui contribueront à notre économie. Dans cette perspective, l’économiste Gary Becker (Nobel d’économie 1992) propose de vendre le droit d’immigrer. La tarification du droit d’immigrer attirerait des populations d’immigrants jeunes, ambitieux, travailleurs et en santé. Puisque qu’ils devraient amortir le coût de leur investissement, les nouveaux arrivants devraient disposer d’une formation ou de qualifications compatibles avec notre marché de l’emploi. Pour améliorer leurs chances de réussite, ils seraient motivés à apprendre notre langue, à adopter nos valeurs et à devenir des citoyens actifs et bien informés. Évidemment, pour attirer ce type de nouveaux arrivants, il faudrait cesser de se donner bonne conscience avec l’aide sociale et faciliter l’accès des nouveaux arrivants à notre marché du travail. On pourrait commencer par lever toutes ces barrières qui font que des immigrants bardés de diplômes doivent occuper des postes sans rapport avec leurs qualifications et leurs compétences. La vente du droit d’immigrer aurait aussi l’avantage de circonscrire le discrétionnaire bureaucratique et politique dans le choix du nombre et de la composition des nouveaux venus.

mardi 16 août 2011

Notre système de santé si mauvais ?


La Presse Débats, Cyberpresse, mardi 16 août 2011
Selon un sondage de la firme Deloitte, les Québécois n’accordent qu’une note de 32% au rendement de leur système de santé, alors que les Canadiens donnent une note de 50%. Et 27% des Québécois qualifient le rendement de «mauvais», comparativement à seulement 14% des Canadiens. À quoi attribuez-vous cette différence de perception entre les Québécois et les autres Canadiens ? 
Un phénomène normal
Depuis cinquante ans, la part des dépenses de santé dans l'économie canadienne a plus que doublé. Dans un article à paraître dans la revue Optimum Online, le professeur Gérard Bélanger de l’Université Laval montre que l’accroissement de ces dépenses est un phénomène normal: « la demande pour les soins de santé et de mieux-être s’accroît appréciablement avec les revenus de la population. » Bref, si nous dépensons toujours davantage pour la santé, c’est d’abord et avant tout parce que nous voulons toujours plus de services. Peut-on espérer une réduction des coûts de santé dans l’avenir? Probablement que non : « dans le monde des soins de santé, le progrès des connaissances se traduit bien souvent par l’émergence de nouveaux et de meilleurs traitements et non pas par la réduction des coûts des traitements existants ». Dans cette perspective, tant que les citoyens du Québec seront captifs d’un régime de santé public gratuit et budgétivore, il faut s’attendre à ce qu’ils expriment leurs attentes et leurs frustrations au gouvernement dans les sondages d’opinion. Face à un monopole public, où il est impossible de voter par les pieds et d’aller chez un concurrent, le « tam-tam » demeure le seul moyen d’expression populaire.

mercredi 10 août 2011

Déjà une nouvelle récession à nos portes?


La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 9 août 2011.
La croissance des pays industrialisés est anémique, les États-Unis se sont fait retirer leur cote AAA par Standard & Poor’s, la glissade des Bourses s’accélère depuis quelques jours. Craignez-vous une nouvelle récession mondiale dans laquelle le Canada serait entraîné ?
Faites votre choix : V, U, W, L !
Sans doute est-ce dans la nature humaine de prédire l’avenir. Depuis que la crise économique de 2007 nous a frappés, les économistes ont élaboré une multitude de scénarios pour prédire la reprise économique. On a même développé un alphabet de la récession. Vivons-nous une crise en forme de V, de U, de W ou de L? Les plus optimistes voyaient dans leur boule de cristal une récession en forme de V, c’est-à-dire une chute brutale de l’économie suivie d’une remontée rapide et durable. D’autres prédisaient un scénario en forme de U : une récession où nous aurions à vivre une longue phase de creux avant de voir redémarrer l’économie. Il y a aussi ceux qui annonçaient une crise en forme de W, où se succèdent les décrochages et les rebonds. Enfin, les plus pessimistes y voyaient une crise en forme de L : un scénario «catastrophe» où l’économie stagne à tout jamais. Faites votre choix! Quant à savoir si je prévois une nouvelle récession mondiale, je m’abstiendrai de risquer une prédiction, histoire de ne pas avoir à expliquer dans un an pourquoi cette dernière ne s’est pas réalisée. Bref, il faut demeurer critique face aux prophéties des experts… et plutôt croiser les doigts.

jeudi 4 août 2011

Nycole Turmel encore crédible?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 4 août 2011.
Étant donné que Nycole Turmel était récemment membre du Bloc québécois et de Québec solidaire, croyez-vous qu’elle a encore sa place comme chef intérimaire du NPD et chef de l’opposition officielle ? Son allégeance à un parti souverainiste jusqu’à janvier dernier mine-t-elle sa crédibilité à la tête du NPD, un parti fédéraliste ?
MASCARADE RIDICULE
La chef intérimaire du NPD, Nycole Turmel, aurait eu des allégeances politiques avec le Bloc québécois et Québec solidaire. Voilà le drame qui suscite de vives réactions partout au pays. On la somme même de s’expliquer. Ridicule! Comme si, en politique, les cas de transfuge étaient choses rares. En réalité, toute cette mascarade résulte de notre vision angélique des politiciens. On les perçoit comme des êtres vertueux dénués de tout intérêt personnel et motivés exclusivement par le souci du bien commun; des altruistes différents de nous, pauvres citoyens rationnels, matérialistes et mesquins. Aujourd’hui, on exige de Nycole Turmel de prouver qu’elle n’a toujours eu comme ambition que de promouvoir le bien commun des canadiens, et ce, au détriment de son intérêt personnel. Pourtant, chez l’analyste des choix publics, il n’y a rien de surprenant aux révélations des derniers jours. En réalité, Nycole Turmel a seulement noué, au fil des ans, les relations qu’elle jugeait utile à l’avancement sa carrière. Elle aspirait à se trouver un job de politicienne, et maintenant qu’elle l’a, il ne lui reste qu’à renier ses allégeances passées pour se maintenir et, surtout, se faire réélire. Comme le disait Coluche,  la politique « est une profession où il est plus utile d’avoir des relations que des remords ».

lundi 1 août 2011

Un réseau sécuritaire?

La Presse Débats, Cyberpresse, lundi 1er août 2011.

Question: L’autoroute Ville-Marie, le pont Champlain, l’échangeur Turcot, le pont Mercier… Les incidents s’accumulent sur les grandes artères de la région métropolitaine depuis quelque temps. Notre système routier est-il en train de tomber en ruine? Faut-il s’inquiéter pour la sécurité des automobilistes?

NE CHERCHEZ PAS NOTRE PREMIER MINISTRE!
En février 2011, Robert Gagné et Alexandre Haarman, des HEC, dressaient un portrait de l’évolution des investissements du Québec dans ses infrastructures publiques. Leur constat? « Le gouvernement du Québec a délibérément réduit ses investissements en infrastructures de transport entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990».

Aujourd’hui, si tout s’écroule, c’est d’abord et avant tout attribuable à ce sous-investissement de 25 ans. Faut-il s’en surprendre? Pas vraiment! C’est connu, les autorités politiques préfèrent annoncer en grande pompe un nouveau projet plutôt que d’investir dans les dépenses d’entretien peu visibles, donc moins rentables politiquement.

D’ailleurs, au lendemain de l’affaissement d’une poutre sur l’autoroute Ville-Marie, au moment même où les infrastructures montréalaises tombent en ruine, que font nos autorités politiques? Ne cherchez pas Jean Charest, ni son ministre délégué au Transport. Ils participaient lundi à une conférence de presse à Chibougamau pour confirmer que le gouvernement du Québec investira près de 280 millions $ sur cinq ans pour la construction de la route des monts Otish. Un peu ironique, non?

mardi 26 juillet 2011

Quel impact sur le NPD?


La presse Débats, Cyberpresse, mardi le 26 juillet 2011.
Le retrait temporaire de Jack Layton de la vie politique soulève plusieurs questions. Quel sera l’impact de l’absence de son chef sur le NPD au cours des prochaines semaines ? En quoi son rôle d’opposition officielle sera-t-il affecté ? L’appui des Canadiens, et particulièrement des Québécois, à cette formation politique demeurera-t-il intact?
SI SON ABSENCE SE PROLONGE...
Au lendemain de l’annonce de son retrait temporaire de la vie politique, les témoignages de sympathie à l’endroit de Jack Layton se multiplient. Celui qui, depuis plusieurs mois, combat la maladie avec optimisme et courage, crée beaucoup d’empathie dans la population. Dans sa « Théorie des sentiments sociaux », Adam Smith explique que ce phénomène est attribuable à notre capacité de se placer à distance de nos intérêts pour comprendre ce que les autres ressentent. C’est comme si chacun d’entre nous faisait sien le cancer de Jack Layton et ressentait le désarroi que cette situation peut provoquer chez lui; comme si on communiait avec sa souffrance et sa douleur. Dans la mesure où la politique est une activité hautement émotive, on peut penser qu’une courte absence de Jack Layton ne nuira pas au NPD, au contraire. Par contre, si elle devait se prolonger, on peut penser que la partisanerie politique prendra peu à peu le dessus sur les bons sentiments.

vendredi 22 juillet 2011

Combien de semaines de vacances?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi 22 juillet 2011
D’après vous, quel serait le nombre de semaines de vacances annuelles idéal pour un travailleur au Québec ? Deux, trois, quatre, cinq semaines ? À votre avis, combien de temps a-t-on minimalement besoin pour décompresser, décrocher, se ressourcer, refaire ses forces?
UN CHOIX PERSONNEL
Les vacances n’échappent pas à l’ambition de ceux qui s’acharnent à vouloir réglementer la vie des gens. On peut lire nombre de textes qui suggèrent une période idéale de vacances, un lieu idéal de vacances, une durée idéale de vacances, des vacances obligatoires, etc. En réalité, la durée idéale des vacances est une question de choix personnel. Certains préfèrent en prendre beaucoup, d’autres moins. Plusieurs considérations motivent leur choix : des raisons personnelles, familiales et… monétaires. En fait, les vacances payées, ça n’existe pas. Il n’y a que le travail qui est rémunéré. Le coût des vacances est assumé par le travailleur; il ne s’agit pas d’un cadeau de l’employeur ou de l’État. Elles font partie du contrat de travail négocié avec l’employeur, et ce, au même titre que les horaires de travail et autres avantages sociaux. Même si l’État décrète déjà, via la Loi sur les normes du travail, une durée de vacances obligatoire, ça ne change rien au fait que celui qui en assume le coût, c’est le travailleur. Malheureusement, même si j’adore en prendre, les vacances ne sont pas un bien gratuit.

mercredi 20 juillet 2011

Les mafieux de l’or blond!


Pierre Simard et Jean-Luc Migué
Le Soleil, Les mafieux de l'or blond, Point de vue, 23 juillet 2011, p. 30
La Presse, Cyberpresse, mercredi le 20 juillet 2011

Que le grand cric nous croque si on a rêvé. On nous apprend que de dangereux malfaiteurs ont été coincés : le Québec serait en proie à un marché noir du sirop d’érable. Les mafieux de l’or blond achèteraient du sirop directement des producteurs, sans passer par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. Voilà pour la une!

Pis encore, le sirop de la honte se retrouverait sur les tablettes de plusieurs grandes chaînes de supermarchés, et ce, un peu partout à travers le monde. De quoi faire monter la glycémie de tous les ayatollahs de la réglementation québécoise. Comme si, au royaume du sirop d’érable, les vrais malfaiteurs n’étaient pas ceux qui font augmenter artificiellement le prix d’un produit pour les millions de consommateurs.
On a souvent l’impression que l’interventionnisme public se résume à nous taxer et à dépenser nos impôts. Si au moins ça ne se limitait qu’à ça! On oublie trop souvent ces réglementations qui concèdent un pouvoir monopolistique à un office de mise en marché, une fédération de producteurs par exemple. Il s’agit ni plus ni moins de cartels légalisés qui contrôlent la production et la tarification d’un produit. Leur mission? Opérer un transfert de richesse des poches du consommateur vers quelques producteurs privilégiés.
Au Québec, scalper le consommateur est devenu une activité vertueuse lorsqu’on a l’assentiment du législateur et l’appui d’un ministère. Il suffit de se parer d’un concept creux, comme celui du développement durable, pour mettre sous tutelle une industrie entière. Cela permet, assurément, d’exercer un contrôle sur les prix, et encore, de se lancer à la chasse d’un entrepreneur offrant le produit réglementé à un prix moindre que celui décrété par le fondé de pouvoir étatique.
Lorsque les amendes et les poursuites guettent l'acériculteur qui produit une trop grande quantité de sirop d’érable ou qui le vend sans en parler à sa fédération, on est loin de parler libre marché. Si des acériculteurs se sentent obligés d’intenter des poursuites judiciaires pour se libérer de ceux qui s’activent à les contrôler, on parle alors de harcèlement bureaucratique.
Aujourd’hui, les consommateurs doivent payer des prix gonflés pour de nombreux produits. Plusieurs producteurs ne peuvent plus exercer leur droit de propriété, ni les pouvoirs de décision qui l’accompagnent. Trop souvent, les grossistes et les revendeurs doivent se faire accréditer et montrer patte blanche aux planificateurs de marché.
On conçoit que l’industrie réglementée puisse servir les producteurs organisés et les bruyants syndicalistes. On comprend aussi que l’octroi de tels privilèges puisse séduire les politiciens en quête de votes et d’appuis corporatifs. Il en est toujours ainsi lorsque ceux-ci peuvent concentrer les bénéfices dans les mains de cartels influents et diffuser les coûts de leurs décisions aux consommateurs peu organisés.
Au bout du compte, toutes ces réglementations sectorielles s’inscrivent dans la même logique : elles font payer le consommateur. Eh oui, rien de plus facile que « d’entailler» le consommateur…!

mardi 19 juillet 2011

Encore confiance dans les journaux?


 La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 19 juillet 2011.
À la suite du scandale des écoutes téléphoniques qui secoue l’empire médiatique de Rupert Murdoch et qui a mené à la fermeture du quotidien News of the World, votre confiance envers les journaux a-t-elle été minée ? Croyez-vous que cette méthode illégale pour récolter de l’information pourrait être utilisée par des médias canadiens ?
RESSERRER LES RÈGLES ÉTHIQUES
News of the World, le plus vendu des journaux dominicaux de Grande-Bretagne, est mort. Ce journal qui a violé pendant de nombreuses années la vie privée des célébrités, des politiciens, des victimes de crime, et ce, sous l’œil complaisant des forces policières, a dû fermer ses portes. La raison? Les pressions populaires et le désengagement de ses principaux commanditaires à la suite des révélations des dernières semaines. Ce scandale montre que certains journalistes et entreprises de presse sont prêts à employer n’importe quelle méthode pour créer la «une». Il illustre aussi la différence entre les journalistes qui se croient tout permis en prétextant le droit du public à l’information, et ceux qui croient encore au droit à la vie privée des citoyens. L’heureuse nouvelle, c’est que dorénavant, les entreprises de presse y penseront à deux fois avant de faire passer leur intérêt avant ceux des individus. Dans un monde où chacun est friand de savoir ce que les autres mangent pour le petit déjeuner et avec qui ils roucoulent, les journaux du monde devront resserrer leurs règles éthiques au risque d’y perdre leur crédibilité ou même de devoir fermer leurs portes. Je ne sais pas ce que le dissident russe Alexandre Soljenitsyne dirait à Rupert Murdock, lui qui disait que «notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos existences.»

mardi 12 juillet 2011

Vers une récession mondiale?


La Presse Débats, Cyberpresse, 12 juillet 2011.
La crise de la dette qui secoue les États-Unis ainsi que la zone de l’euro risque-t-elle de provoquer une nouvelle récession à l’échelle planétaire ? Êtes-vous confiant que la crise va se résorber sur les deux fronts ?

CRISE DE L'ÉTAT-PROVIDENCE
Il y a quelques mois, l’économiste Pierre Lemieux publiait un livre intitulé : Une crise peut en cacher une autre (Les Belles Lettres). Dans cet ouvrage, il nous rappelle qu’en 2007, on interprétait la crise comme celle du capitalisme. Fini, le laissez-faire économique! Quatre ans plus tard, on doit se rendre à l’évidence que le diagnostic était erroné. Comme l’explique Lemieux – senior fellow à l’Institut Économique de Montréal – la crise ne relevait pas d’un manque d’autorité des gouvernements, mais au contraire d’un État beaucoup trop présent dans l’économie. Les États occidentaux, déjà lourdement endettés, ont profité de la crise pour accroître leur déficit et s’endetter davantage. Résultat? La crise économique s’est transformée en crise des finances publiques. Peut-être serait-il plus juste de dire que s’est révélée la crise latente de l’État Providence. Il y a quatre ans, nos politiciens accusaient les banques; aujourd’hui, ce sont les banques qui semoncent nos gouvernements. On évoque même la faillite potentielle de plusieurs gouvernements, y compris celui des Etats-Unis. De toute évidence, les promesses interventionnistes ne sont pas au rendez-vous et l’endettement de nos gouvernements plombe les possibilités de reprise. Cette crise se résorbera-t-elle? Pour cela, il faudrait que les citoyens cessent de rêver au retour des Nordiques et du Prince Charmant, et qu’ils obligent les politiciens à mettre de l’ordre dans les finances publiques.

vendredi 8 juillet 2011

Dépassés, les procès devant jury?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 8 juillet 2011
À la suite du verdict rendu par 11 jurés dans l'affaire Turcotte, certains remettent en question les procès devant jury. Les jurés, estiment-ils, n'ont pas la formation juridique nécessaire pour trancher dans des causes aussi complexes que celle-là. Qu'en pensez-vous? Vaudrait-il mieux que tous les procès criminels se fassent devant un juge seul?
LA PARTICIPATION CITOYENNE N'EST PAS QU'UN CAPRICE DÉMOCRATIQUE
Je comprends que l’affaire Turcotte puisse soulever les passions, mais ne serait-il pas préférable de laisser retomber la poussière avant de réformer notre système de justice? Au Canada, la plupart des procès sont entendus devant des juges exclusivement. Ce ne sont que les personnes accusées d’une infraction criminelle qui ont le droit d’être jugées par un jury de citoyens. Désire-t-on vraiment que la justice devienne exclusivement une affaire de spécialistes triés sur le volet? Notre justice n’est-elle pas déjà un « business » de juges, d’avocats et de témoins experts? La participation citoyenne n’est pas qu’un caprice démocratique, c’est aussi une façon de rapprocher le peuple de sa justice. Or, malgré ce que certains laissent entendre, les jurés n’ont pas autant de latitude qu’on pourrait le croire. Outre le fait qu’ils sont sélectionnés par les parties en cause, ils doivent suivre les instructions du juge, ne tenir compte que des éléments de preuve qui leur sont présentés au tribunal et rendre une décision unanime. Avant de décréter que tous les procès criminels devraient se tenir devant un juge seul, il faudrait peut-être se rappeler qu’il y a quelques mois à peine, on voguait en pleine commission Bastarache. On se calme?

mercredi 6 juillet 2011

Confiance en la justice?


La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi le 6 juillet 2011

Le verdict de non responsabilité criminelle pour troubles mentaux rendu par le jury au procès de Guy Turcotte a suscité l'indignation générale. À votre avis, ce verdict révèle-t-il une faille dans notre système de justice? Avez-vous confiance que ce système, de façon générale, punit assez sévèrement les criminels?
DEUX ENFANTS MORTS PAR ACCIDENT?
Onze jurés ont jugé à l’unanimité que Guy Turcotte n’était pas responsable de la mort de ses enfants. Mais qui en est donc responsable? Loin de moi l’idée de remettre en cause le travail de la justice dans cette affaire. Au contraire, tout indique que le juge et les jurés ont fait leur travail consciencieusement. Ce qui m’interpelle, en tant que citoyen, c’est l’idée qu’au bout du compte, deux enfants sont morts et que ce n’est la faute de personne. Si Guy Turcotte avait été jugé sain d’esprit au moment de son crime, sa responsabilité n’aurait fait aucun doute et il aurait été condamné à perpétuité. On a plutôt jugé que son geste avait été commis dans un moment de démence et, qu’en conséquence, il n’était pas responsable de ses actes. Au lendemain de ce verdict, je me pose plusieurs questions. La responsabilité d’un individu est-elle exclusivement une question de santé mentale? Le rôle de la justice se limite-t-il à déterminer, avec l’aide de psychiatres, si oui ou non le meurtrier était sain d’esprit au moment de poser son geste? Une personne ne peut-elle qu’être responsable ou irresponsable de ses actes? N’y aurait-il pas de place pour une responsabilité partielle? Je ne suis pas outré par ce jugement, il me rend seulement inconfortable. Comme beaucoup de citoyens, j’ai de la difficulté à admettre que deux enfants aient été poignardés à mort par accident.

jeudi 30 juin 2011

Visite du couple princier: pour ou contre les manifestations?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 30 juin 2011.
Un regroupement d'indépendantistes, le Réseau de résistance du Québécois, prévoit manifester à Québec, samedi, contre la visite du prince William et de sa conjointe Kate Middleton. Selon vous, ces manifestants devraient-ils s'abstenir pour éviter de nuire à l'image du Québec? Ou bien doit-on se réjouir qu'on puisse, chez nous, exprimer publiquement son opinion, quelle que soit cette opinion?
LA LIBERTÉ D'EXPRESSION S'ACCOMPAGNE DE CELLE DE MANIFESTER
Je l’avoue, je n’ai aucune affinité avec le Réseau de résistance du Québécois, par contre comme le disait Thomas Paine: Celui qui veut conserver sa liberté doit protéger même ses ennemis de l’oppression; car s’il ne s’y astreint pas il créera ainsi un précédent qui l’atteindra un jour. Aussi, je considère inutile de refaire l’historique de la liberté d’opinion. Nous devrions tous connaître nos droits fondamentaux et les défendre bec et ongles. Je me contenterai seulement de rappeler que la liberté d’expression s’accompagne de celle de manifester ses opinions dans le 
respect de l’ordre public, et ce, même si elles sont contraires à celle de la majorité. En aucun cas ces droits ne devraient être diminués. Surtout pas au nom de la sauvegarde d’une soi-disant image. Au contraire, l’image d’un Québec libre et démocratique serait ternie à jamais s’il fallait interdire cette manifestation du Réseau de résistance du Québécois. Par contre, j’aimerais exprimer une opinion toute personnelle: ces militants devraient trouver quelque chose d’utile à faire de leurs dix doigts – aller couper de la cane à sucre pour les pauvres à Cuba, par exemple.

mardi 28 juin 2011

Au nom de la sécurité!


J’ai éprouvé un malaise avec les mesures de sécurité mises en place par la Ville de Québec lors de la Saint-Jean. Non pas que je suis contre l’ordre public. Simplement, ça sentait l’État répressif.
L’événement a donné lieu à un déploiement policier sans précédent : barrages routiers, périmètres de sécurité et fouille des citoyens. Le but avoué? Freiner la consommation d’alcool. Mais comme les fêtards avaient la permission de consommer des boissons alcoolisées, tout laisse croire que le but réel de cette opération policière consistait à contrôler les citoyens.
Je sais, nous vivons en démocratie, mais... comment expliquer ce mur de suspicion devant tous ceux venus fêter la Saint-Jean sur les plaines d’Abraham? Que penser d’une ville qui donne à ses policiers la permission d’arrêter, d’interroger et de fouiller tous les citoyens? Doit-on ignorer qu’on a exigé de chaque individu qu’il prouve son innocence avant même de s’être rendu coupable de quoi que ce soit?
Soit! Il y a bien eu des débordements festifs par le passé. N’empêche que la fin ne justifie pas les moyens. Ce n’est pas tant les objectifs poursuivis qu’il faut questionner ici, mais les moyens utilisés. C’est toute cette démesure dans le déploiement des forces policières pour contrer les excès de quelques abuseurs qu’il faut dénoncer. D’autant plus que les casseurs trouvent toujours les moyens de briser, policiers ou non.
Si le mandat confié aux policiers s’était limité à intervenir face aux comportements mettant en danger la propriété ou la vie des citoyens, on pourrait dire qu’ils n’ont fait que leur travail. Mais non, ce n’est pas des policiers ordinaires qu’on a déployés pour la Saint-Jean, mais une cavalerie de douaniers, d’inquisiteurs et de voyeurs.
Évidemment, en entretenant le spectre de l’événement malheureux, les autorités ont cherché à faire oublier que l’immense majorité des citoyens se rendent à la fête nationale pour voir un spectacle, s’amuser et partager leur ferveur nationaliste. Non pas pour mettre la Ville de Québec à feu et à sac.
Il y aura toujours quelque chose de malsain à transformer une ville en état policier et à imposer la « drill » militaire au bon peuple sous prétexte de le protéger contre lui-même.
Aujourd’hui, la Ville de Québec donne la frousse. Non seulement parce qu’elle a réussi à mettre à l’avant-scène un corps policier bien entrainé, bien armé et omniprésent, mais parce qu’elle retire une telle fierté de son opération, qu’elle entend en faire une mesure permanente.
Que nous réserve-t-on pour le prochain événement festif? Un périmètre de sécurité s’étendant à toute la ville? L’obligation de présenter une carte d’identité? Tout le monde tout nu pour la fouille? Au nom de la sécurité, l’inquisition policière semble sans limites.
Il y aura toujours une bonne raison pour intensifier les contrôles policiers et abuser des individus. Les plus grandes atrocités du monde ont commencé par ce genre de petites entorses aux droits et libertés des citoyens.
Aussi, pourrait-on rappeler aux autorités que dans une démocratie, ce ne sont pas les citoyens honnêtes qu’il faut pourchasser, mais les criminels et les délinquants.

lundi 27 juin 2011

Le Québec fait-il peur à l'industrie gazière et pétrolière?


La Presse Débats, Cyberpresse, lundi le 27 juin 2010
Selon un sondage réalisé par l'Institut Fraser auprès des principales entreprises pétrolières et gazières, le Québec est perçu comme un des pires endroits au monde pour investir dans l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. À votre avis, faut-il s'inquiéter ou au contraire se réjouir de cette perception? Que devrait faire le gouvernement du Québec pour réagir à ce résultat?
RIEN D'ÉTONNANT
Ainsi, la province de Québec serait considérée comme un des pires endroits pour investir dans l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. Faut-il s’en surprendre? On aurait tort de n’y voir qu’une conséquence du débat folklorique entourant l’exploitation des gaz de schiste. Il ne faut pas oublier que cette enquête sondait les entreprises sur plusieurs aspects de leur environnement d'affaires. Or, le gouvernement du Québec est le champion nord américain de la coercition des entreprises. Non seulement à cause de sa fiscalité défavorable, mais aussi par ce qu’il contrôle à peu près toutes les activités d’une entreprise. Investir au Québec, c’est accepter de se conformer à une panoplie de lois et de règlements édictés par une quelconque régie, un ministère, la CSST,  l’Office québécois de la langue française et au moins une dizaine d’autres bureaucraties. Avez-vous déjà compté le nombre de rapports à produire et les demandes d’autorisation à obtenir avant même de commencer à exploiter une ressource? Pas surprenant, que les investisseurs préfèrent aller creuser leur trou ailleurs. Rien pour se réjouir!

mercredi 22 juin 2011

Quel sens donner à la Fête nationale?

La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi le 22 juin 2011
Quelle signification revêt la Fête nationale pour vous ? Est-ce la fête de tous les Québécois? Des francophones uniquement? Des souverainistes et fédéralistes confondus? Est-ce important de célébrer la fête de la Saint-Jean?
LA "FÊTE DE LA POLICE"? 
Selon l’Encyclopédie canadienne, la célébration de la Saint-Jean est une tradition qui remonte à 1636. Longtemps considéré comme la fête des Canadiens français, la Saint-Jean est depuis 1977 la fête nationale des Québécois. Aujourd’hui, la Saint-Jean est un événement hautement politisé. Ce qui devrait être la fête de tous les Québécois est devenu l’événement propagandiste des souverainistes du Québec. D’ailleurs, pas question d’y faire chanter un groupe de musiciens anglophone. Ô sacrilège! Cette année à Québec, ce n’est pas l’étalage de la ferveur nationaliste qui retient l’attention. On ne parle guère, non plus, des artistes qui se produiront sur les divers sites. Ce qui retient l’attention, ce sont les nouvelles mesures de sécurité mises de l’avant pour contrer les débordements festifs. Depuis des mois, les autorités se bousculent dans les médias pour faire étalage de leur souci soudain de faire respecter l’ordre public. Au menu : déploiement policier, périmètre de sécurité, contrôle de l’alcool et transport en commun. S’il y a eu d’inévitables débordements dans le passé, on doit aujourd’hui s’interroger sur ces mesures mise de l’avant pour contrer les excès de quelques jeunes… Des écervelés qui, avouons-le, trouveront toujours les moyens de briser et de casser, policiers ou non.  Aurait-on mis la table pour un éventuel débordement? Espérons que tout cet autoritarisme ne dégénère pas en « fête de la police ».                                                         

mercredi 15 juin 2011

Bonjour la police!


Comment appelle-t-on un État où les policiers dictent aux professeurs d'université quoi
penser et quoi écrire? Ce sera difficile à croire, mais certains policiers jouent les gros bras auprès de mon université pour me faire taire.
Voilà, je suis choqué. Non pas parce que des policiers sont en désaccord avec moi, ni parce qu’ils m’invectivent par courriel. Oh non! Je suis indigné par leurs menaces de représailles à peine voilées. Hé les amis! L’ENAP, c’est une université!
Sous prétexte que son service de police a des contrats avec mon institution, l’un d’entre eux m’a écrit : « Il est clair que nous allons discuter de vos propos dans notre organisation et avec l'ENAP... » « Je vais personnellement, a-t-il ajouté, intervenir auprès des autorités concernées pour m'assurer que vous ne soyez pas impliqué [dans nos contrats avec l’ENAP]. » Désolé, cher «client», mais ça sent l’intimidation policière.
En d’autres termes, ces messieurs qui suivent des cours à l’ENAP veulent montrer à l’institution et à ses professeurs quoi penser. Je devrais, semble-t-il, les « contacter » avant  d’exprimer mon opinion sur des évènements d’actualité impliquant des policiers.
Mon crime? Avoir écrit  un commentaire de 250 mots dans La Presse Débats sur la tuerie de Montréal. J’y soulignais que les forces policières ont le monopole des armes à feu; qu’une des raisons des nombreux débordements policiers tient surtout de leur impunité et qu’il ne faut pas trop attendre d’une enquête menée par la confrérie. La famille, c’est la famille, ai-je même ajouté. Ô sacrilège!
Pour quiconque suit l’actualité, il n’y a rien de très original dans ce commentaire : plusieurs observateurs ont tenu des propos similaires sur d’autres tribunes. Mais leurs institutions n’ont pas toutes des policiers étudiants et des contrats avec un service de police… D’où ma gloire soudaine, j’imagine, auprès de la famille policière.
Il semble qu’aux yeux de certains policiers, un professeur d’université qui met en doute une intervention policière constitue une menace à leur pouvoir. J’invite les étudiants policiers à ne pas interrompre leurs études universitaires pour autant : ils ont beaucoup à apprendre, notamment à propos de la liberté universitaire… et de la liberté tout court.
Un policier étudiant m’a annoncé en grande pompe son intention d’éviter ma salle de classe. Puisqu’il sera absent, je lui cite l’Encyclopédie canadienne : « La liberté universitaire se définit couramment comme étant la liberté pour les professeurs d'enseigner, de publier leurs travaux de recherche, de critiquer et d'aider à définir les politiques de leurs institutions, et d'aborder des questions d'ordre public en tant que citoyens sans craindre de sanctions de la part de leur institution» (Les caractères gras sont de moi.)
Je sais, chers policiers, que mes propos vous ont froissés, et pour cause. Mais comme le disait André Foissard : Il y a tout lieu de s’inquiéter quand la police est « sur les dents » : la position ne permet pas d’attraper grand chose. Ça vous tente de desserrer les dents un peu?