Article épinglé

jeudi 13 septembre 2012

Qui choisir à la tête du PLQ?

La Presse.ca, La Presse Débats, 13 septembre 2012.

Dans le contexte actuel, qui ferait le meilleur chef pour succéder à Jean Charest à la tête du Parti libéral du Québec?

La qualité de l'image
Le Parti libéral du Québec n'est plus, depuis longtemps, un parti d'idées. Aujourd'hui, le PLQ est d'abord et avant tout un parti de pouvoir. Dans cette perspective, les apparatchiks libéraux vont probablement chercher à identifier le candidat (ou la candidate) pouvant les reporter au pouvoir le plus rapidement possible. Il ne faut pas oublier que cette course à la direction se tiendra en parallèle de la commission Charbonneau. Cet événement hautement médiatisé pourrait déterrer des cadavres du placard libéral et, ce faisant, perpétuer l'odeur de corruption lui ayant coûté la victoire aux dernières élections. Dans ce contexte, il ne faut donc pas exclure qu'un candidat externe, montrant patte blanche, vienne brouiller les cartes. Depuis quelques jours, on parle beaucoup de Philippe Couillard. Toutefois, son nébuleux départ pour le secteur privé pourrait éventuellement lui nuire.

mardi 11 septembre 2012

Rapides, efficaces et abordables


La Presse, Mardi 11 septembre 2012, p. A 28. (Disponible sur La Presse.ca)

Allez savoir! Il existerait des sites de rencontres nouveau genre : celui des papas gâteaux. Des Québécoises en quête d'argent ou de cadeaux utiliseraient la toile pour se dénicher un riche protecteur. Et puis?

Qu’est ce qu’il y a de nouveau à ce que Kelly, 20 ans de Montréal, soit à la recherche d’un homme âgé de 18 à 90 ans pour la soutenir financièrement? Que Dan, 53 ans de Montréal, dont le salaire annuel oscille entre 125 000 et 150 000 $, soit intéressé à gâter une femme avec des repas, des rendez-vous galants, du magasinage et des voyages? Rien de nouveau! Ce marché a toujours existé et ce n’est pas internet qui l’a créé.

La toile ne fait que faciliter les transactions entre des jeunes femmes et des hommes plus âgés; des individus comme vous et moi qui cherchent à satisfaire leurs attentes et leurs préférences en matière de relation de couple.

Si la croissance fulgurante des sites du genre Facebook est souvent associée au désir d’échanger entre amis, il ne faut pas sous-estimer l’intérêt des sites permettant de communiquer entre inconnus. Outre des considérations de fausse pudeur, ces sites de rencontres ne sont pas différents des sites de recherche d’emploi qui foisonnent sur la toile.

N’en déplaise aux puritains, ces sites sont des outils de recherche efficace pour mettre en relation hommes et femmes en quête d’un(e) partenaire de vie, ou pour jumeler travailleurs et entreprises sur le marché de l’emploi.

Comme l’expliquaient sur leur blogue les réputés économistes Gary Becker et Richard Posner, trouver l’âme sœur, ou encore trouver un travail ou un employé à la hauteur de ses attentes, peut s’avérer une tâche difficile. Puisque l’enjeu d’un mauvais maillage est grand et que les coûts de mettre fin à une relation d’amour ou d’emploi sont élevés, on sera enclin à investir beaucoup de temps et d’énergie à réduire l’incertitude entourant nos relations amoureuses ou d’affaires.

L’appariement d’un couple, comme celui d’un employé et d’un employeur, se fait généralement en deux étapes. Une première étape consiste à repérer les candidats potentiels et une seconde à sélectionner le bon candidat. C’est sur le plan du repérage des candidats potentiels que les sites de rencontres et de recherche d’emploi sont particulièrement utiles.

Puisque l’univers des partenaires de vie, des travailleurs et des emplois potentiels est immense, il est parfois difficile de filtrer les candidats intéressants. Pour ce faire, l’utilisation des sites spécialisés est un moyen rapide, précis et peu coûteux de réduire la liste des candidats prometteurs. Ce qui permet évidemment de consacrer davantage de temps et d’énergie à l’étape de la sélection du partenaire.

On peut donc présumer que les unions nées en ligne auront tendance à être plus stables que celles concoctées à la Cage aux sports de votre patelin. Essentiellement, les sites de rencontres permettent aux âmes en détresse d’élargir leurs champs d’investigation et de raffiner le repérage de l’âme sœur, réduisant d’autant ce que mon ami statisticien appelle les « erreurs de sélection ».

Il en va de même pour les sites de recrutement de main-d’œuvre. Rapides et efficaces, ces services permettent aux employeurs d’éviter de coûteuses campagnes d’embauche, tout en facilitant le repérage d’un travailleur ayant le profil souhaité.

En diminuant les coûts de recherche d’un partenaire éventuel, les services de maillage en ligne permettent de réduire l’incertitude dans nos interactions sociales. Qu’on le veuille ou non, ils auront dans le futur un impact considérable sur nos choix personnels et professionnels, et ce, pour notre propre bonheur! Il est donc temps de cesser de présenter internet comme une calamité au service des agresseurs.

jeudi 6 septembre 2012

Quel est l'héritage de Jean Charest?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 6 septembre 2012.

Quel legs laisse Jean Charest comme premier ministre du Québec ? Quelles ont été ses plus grandes réalisations durant ses neuf années au pouvoir?

Un artiste de la politique.
Jean Charest est un artiste. Parmi les plus doués de sa génération. Il a maitrisé l’art de la politique mieux que quiconque. Pendant 28 ans, il a appliqué à la lettre la recette édictée au XVIIIe siècle par Jonathan Swift : faire croire aux citoyens des faussetés politiquement correctes, ne pas leur en faire avaler trop à la fois, soustraire ces mensonges à toute vérification possible et éviter d’outrepasser les bornes du vraisemblable. Il est ainsi devenu à la fois une figure politique des plus admirées et des plus détestées. Un brillant politicien qui aura malheureusement contribué à renforcer le désaveu et le cynisme des citoyens envers la classe politique. Sa plus grande réalisation? Avoir réussi à mettre en veilleuse les velléités souverainistes du Québec. Celui qu’on surnommait à une époque Monsieur Canada aura aussi été un excellent ambassadeur du Québec sur la scène internationale. Sur le plan économique, la réingénierie de l’État promise n’aura finalement été que ça : une promesse électorale. Sous sa gouverne le Québec aura peut-être été épargné des soubresauts de la dernière crise, mais il laisse la province dans une situation financière précaire. Cela dit, M. Charest est encore jeune et… les grands artistes ne meurent jamais.

mercredi 5 septembre 2012

Quelle marge de manoeuvre aura Mme Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 5 septembre 2012.

Comment interprétez-vous les résultats des élections de lundi? Quelle marge de manœuvre aura la première ministre Marois pour gouverner?
L’avantage de la glace.
Mme Marois a gagné ses élections, mais elle a concédé l’avantage de la glace à ses adversaires. Hier soir, outre le triste événement du Métropolis, nos grands leaders politiques rayonnaient et n’avaient que de bons mots pour leurs adversaires. Ils avaient tous une bonne raison de se réjouir : le PQ se targuait d’avoir repris le pouvoir, le PLQ d’avoir admirablement survécu au tsunami prédit par les sondeurs d’opinion et la CAQ, d’avoir récolté 27% des suffrages de l’électorat. Cette belle harmonie entre chefs ne devrait durer que le temps de se refaire une santé financière. Une fois ce temps d’arrêt écoulé, la joute politique reprendra et la marge de manœuvre de Mme Marois sera alors très mince. Simplement parce que lors du prochain match, ce n’est pas Mme Marois qui contrôlera l’agenda électoral. L’opposition pourra la faire tomber à tout moment par un simple vote de censure. On a beau s’imaginer qu’il lui suffira de faire des compromis pour se maintenir au pouvoir, il n’en est rien.  La réalité, c’est qu’un gouvernement minoritaire dure aussi longtemps que les partis d'opposition le décident : le temps que se présente à eux une fenêtre d’opportunité favorable à une reprise du pouvoir. En politique, tout n’est qu’une question d’opportunité.

jeudi 30 août 2012

Rien d’important ne se passera le mardi 4 septembre 2012!

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 30 août 2012.

Rien d'important!
La présente campagne électorale est encore une fois haute en couleur. Chacun des chefs de parti promet mer et monde aux électeurs; chacun d’eux s’engage à mener les Québécois vers le bonheur éternel par des décisions toujours plus efficaces. C’est ainsi que pour plusieurs électeurs, l’accession de Pauline Marois comme première femme au poste de premier ministre est annonciateur d’un changement profond de la politique québécoise. Tout ça n’est qu’illusion! Homme ou femme, peu importe le chef élu, il y a peu de chance qu’il réalise ses promesses électorales. Comme l’expliquait le sociologue français Jacques Ellul, le pouvoir politique est la plupart du temps impuissant. Les politiciens ont beau être sincères et déterminés, ils ne maîtrisent guère la machine de l’État ni les impératifs économiques qui conditionnent leur prise de décision. Après les réjouissances des vainqueurs, où l’on portera aux nues les vertus de l’exercice démocratique, il faut s’attendre à la traditionnelle déclaration venant briser tous les espoirs : « Nous n’étions pas au courant du piètre état de nos finances publiques ». Je ne voudrais pas faire mon rabat-joie, mais, pour reprendre la formule d’Ellul, rien d’important ne se passera le mardi 4 septembre 2012!

jeudi 23 août 2012

Quel chef s'est démarqué dans les débats?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 22 août 2012
D’après vous, les quatre débats des chefs auront-ils un impact sur le résultat des élections le 4 septembre ? Quel chef s’est le plus démarqué ? Lequel a le plus perdu de plumes ?
Une foire d’empoigne
Ces débats me font penser aux sports de combat arrangés. À l’instar de la lutte professionnelle, les belligérants rivalisent de trucs spectaculaires et d’arguments futiles pour terrasser ou déstabiliser leur adversaire. Une fois le combat terminé, comme à la boxe, on est toujours surpris du verdict des juges. Tout comme on est surpris de l’appréciation de ces analystes politiques, soi-disant neutres, qui réussissent à décréter un vainqueur en décelant des points marquants qui ont échappé au commun des téléspectateurs. Parmi les plus perspicaces, on retiendra celui qui a déclaré vainqueur le chef absent du débat : Legault aurait gagné le débat Charest/Marois. N’importe quoi! Qu’a-t-on appris de ces quatre soirées de débat? Que nos politiciens ont la solution à tous nos problèmes en débat préélectoral, mais se voient affligés d’amnésie ou d’incapacité chronique une fois au pouvoir. Les débats sont censés vous faire changer d’opinion ou permettre aux indécis de s’en forger une. En réalité, ces débats n’auront guère d’impact sur le résultat des élections. Chacun aura vraisemblablement conforté sa clientèle respective sans réussir à raccrocher l’électeur désabusé des promesses électoralistes. Une foire d’empoigne qui aura bien servi nos grands réseaux de télévision et, parce que je suis un analyste perspicace, Costco!

vendredi 17 août 2012

Voter n'est pas un devoir!


La Presse, Débats, vendredi le 17 août 2012, p.A15  (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le « promessomètre » électoral québécois atteint des niveaux ridicules, les chantres de la démocratie investissent les médias pour nous rappeler qu’il est de notre devoir d’aller voter. Devrait-on les écouter? À vous de décider!
Vous avez le sentiment que les politiciens vous racontent n’importe quoi. Aucun parti politique ne répond à vos aspirations. À vos yeux, qu’un parti prenne le pouvoir plutôt qu’un autre ne change rien. Dans ce cas, il n’y a pas de mal à rester chez vous et à vous abstenir. (Ô sacrilège!)
Pourquoi donneriez-vous votre consentement à des propositions électoralistes du simple fait qu’on clame, haut et fort, que vous devez remplir votre devoir de citoyen? Voter n’est pas un devoir, c’est un droit!
Achèteriez-vous une maison qui vous rebute? L’achèteriez-vous sans la visiter ou sans vous informer des frais qui s’y rattachent? Sûrement pas! Pourquoi donneriez-vous votre aval à ce que des élus s’accaparent une part appréciable de vos revenus en échange de l’adoption de centaines de lois et de règlements dont vous ignorez la teneur et les conséquences; en échange de services publics dont vous jugez ne pas avoir besoin?
Soyons honnêtes, comme l’expliquent les économistes des choix publics, beaucoup d’électeurs font désormais la sourde oreille aux politiciens. Ce sont pour la plupart des citoyens avisés (des ignorants rationnels) qui ont décidé de ne plus investir de temps et d’argent à connaître les tenants et aboutissants des promesses des partis politiques. Estimant que leur vote a peu de chance d’influer sur le résultat des élections, ils ne voient pas d’intérêt à analyser de vagues et pompeuses promesses électorales dont les conséquences sont, avouons-le, pratiquement inextricables.
Malgré tout, on ne cesse de les harceler pour qu’ils aillent voter. Comme s’il suffisait de développer un slogan accusateur ou un message télévisé culpabilisateur pour ramener les électeurs dissidents dans l’isoloir.
Évidemment, l’insistance de la classe politique à amener le plus grand nombre de citoyens aux urnes n’est pas désintéressée. D’abord parce que chaque parti politique reçoit du Directeur général des élections une allocation annuelle basée sur les votes recueillis lors des dernières élections (0,85 $ par électeur en 2012). Ensuite, et surtout, parce que nos politiciens ont besoin du consentement du plus grand nombre pour se légitimer.
Même si l’absentéisme électoral n’empêche pas la prise du pouvoir, le silence d’une partie significative de l’électorat est un acte politique non négligeable. Le refus de l’électeur de cautionner les diverses propositions politiques qui lui sont offertes remet en question la légitimité des élus dans l’exercice de ce pouvoir. Par exemple, lorsque le citoyen refuse de voter à l’aveuglette, il devient plus difficile de justifier des politiques à caractère électoraliste ou partisan en affirmant qu’un fort pourcentage de l’électorat appuie la démarche.
Rassurez-vous, s’abstenir de voter n’est pas inutile. C’est aussi envoyer un message aux politiciens : celui qu’ils ont été incapables de répondre à vos aspirations. Au risque de déplaire aux hérauts de la participation électorale, lorsque les politiciens ne sont plus capables de donner aux électeurs une bonne raison d’aller voter, l’absentéisme a le mérite de servir de coup de semonce à une élite politique déconnectée de ceux qu’elle aspire à représenter. C’est aussi ça, la démocratie!

jeudi 21 juin 2012

Une Fête nationale différente cette année ?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 21 juin 2012.
La Fête nationale aura-t-elle une coloration particulière cette année en raison du conflit étudiant ?
Subventionner le saccage 
Il fut une époque où j’avais hâte à la Saint-Jean. Cette année, j’ai hâte au lendemain. La Fête nationale est devenue un événement hautement politisé. Elle s’est transformée, au fil des ans, en événement de propagande pour les souverainistes du Québec. S’inviteront également à la fête cette année : les carrés rouges, les « Occupons … » et sans doute quelques casseurs professionnels. On a même prévu une période d’échauffement par une grande manifestation la veille. Plus que jamais, la table est mise pour un affrontement avec les forces de l’ordre. Déjà qu’à Québec, l’an dernier, l’événement avait donné lieu à un déploiement policier sans précédent : barrages routiers, périmètres de sécurité et fouille des participants. Imaginez cette année! On dira ce qu’on voudra, la Saint-Jean n’est plus la fête de tous les Québécois. Une majorité de citoyens resteront chez eux pour ne pas mettre en péril leur propre sécurité ou celle de leur famille. De nombreux élus les imiteront pour éviter de mettre le feu aux poudres. Bref, le Québec est manifestement une société distincte: on y subventionne même le saccage du bien public.