Article épinglé

vendredi 9 novembre 2012

La mobilité libératrice : réflexions sur le fédéralisme canadien

Bulletin publié par L'idée fédérale , L'actualité fédérale, Novembre 2012 ,Vol.3, No.7


Pierre Simard et Jean-Luc Migué

Parfois, il fait bon de se remémorer que nous sommes privilégiés d’être membres d’une fédération qui offre la possibilité à un citoyen d’échapper aux décisions jugées inacceptables de son gouvernement provincial. Expliquons-nous!

Après que le nouveau gouvernement du Québec ait annoncé son intention d’augmenter l’impôt des nantis et la part imposable des gains en capital et des dividendes, certains Québécois ont songé à quitter le Québec.

Évidemment, partir n’est pas simple. Outre la barrière linguistique et les douloureuses séparations familiales, encore faut-il trouver une terre d’accueil, une tâche ardue dans un monde où la plupart des pays multiplient les barrières à l’immigration.

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Doit-on se réjouir de la réélection du président Obama?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi 9 novembre 2012.
La réélection du président américain Barack Obama vous réjouit-elle? Que souhaitez-vous qu'il accomplisse au cours de son second mandat?
L'ILLUSION OBAMA
Le Barack Obama de la campagne présidentielle de 2008 est bien ancré dans l'imaginaire médiatique québécois. On nous le représente comme le remède à tous les maux sociaux, celui qui relancera l'économie américaine tout en luttant contre la pauvreté, les inégalités et la pollution. Malheureusement, aimer de loin signifie souvent ignorer la réalité. L'Obama de 2012 est fondamentalement un politicien comme les autres : un président qui n'a pratiquement rien réalisé de ses promesses de premier mandat et qui a basé l'essentiel de sa réélection sur la diabolisation de son adversaire républicain. Malgré les milliards de dollars investis, la campagne présidentielle américaine de 2012 n'aura finalement servi à rien. Nos voisins sont revenus à la case départ : les démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Sénat, alors que les républicains gardent leur main mise sur la Chambre des représentants. Aujourd'hui, les Américains héritent d'un gouvernement et d'un électorat très divisés. D'ailleurs, rien de réjouissant en perspective puisque le second mandat du président s'amorcera par des négociations pour éviter le précipice fiscal de fin d'année : coup de gueule et petite politique au menu. Ce que j'aimerais qu'il fasse dans son second mandat? Ne serait-ce que la moitié de ce qu'il avait promis de faire dans son premier mandat...

mardi 30 octobre 2012

La tentation de Salem

Le Devoir, mardi le 29 octobre 2012.

Nous avons tous déjà entendu parler des sorcières de Salem, fameux procès contre la sorcellerie et les forces du mal. J’ai l’étrange sentiment que la Commission Charbonneau suscite le même genre d’hystérie collective qui a entouré ce légendaire procès.
Reportons-nous en 1692. La petite ville de Salem, près de Boston, vit sous la peur des démons. Deux jeunes filles, en proie à des crises de convulsion, sont diagnostiquées comme ensorcelées. Lorsqu’en période de transes elles prononcent le nom de citoyens, on est convaincu d’avoir trouvé les responsables de leur envoutement. Sur la foi de ces allégations délirantes, on emprisonna plus de 200 personnes, dont une trentaine furent pendues, coupables d’avoir troublé l’esprit des jeunes filles.
La paranoïa collective s’étira ainsi sur plusieurs mois. On se mit à douter de la véracité des allégations lorsque les jeunes filles nommèrent des juges. Ces derniers étant supposément protégés par Dieu, on décida de suspendre le tribunal et de trouver des preuves avant de poursuivre les pendaisons. En l’absence de preuves, le gouverneur du Massachusetts mit un terme aux procès : il valait mieux que dix sorcières échappent à la justice plutôt qu’une personne innocente soit condamnée.
Revenons à 2012. Dans la grande ville de Montréal se tient une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Deux hommes atteints par les forces du mal, Zambito et Surprenant, se concurrencent dans la dénonciation de politiciens, de fonctionnaires et d’entrepreneurs. Ces derniers seraient coupables de leur avoir inoculé la cupidité responsable de leurs déplorables crimes.
Depuis, un climat de suspicion a envahi le Québec. Le public applaudit chaque nouvelle révélation et salue le courage des dénonciateurs : ils seraient enfin exorcisés de leurs démons. En se fiant aux allégations de malfrats devenus vedettes, on condamne sans réserve tous les politiciens, fonctionnaires et entrepreneurs dont le nom est prononcé par les délateurs. L’échafaud médiatique est impitoyable! Les preuves? On s’en occupera plus tard!
Oubliez aussi le gouverneur de Salem qui ramène un peu de raison dans le débat. On n’en est pas là. On en est même très loin, si on prend acte des récentes déclarations du très respecté John Gomery. Dans un élan de morale et de puritanisme, le juge à la retraite – et ex-président de la Commission d'enquête sur les commandites – déclarait avec l’aplomb du justicier de Salem qu’il était choqué, voire horrifié par ce qu’il avait entendu. Prêtant foi aux témoignages, rumeurs et soupçons, il attribuait le mauvais état de nos routes aux entrepreneurs malhonnêtes, accusait d’incompétence le maire de Montréal et décrétait qu’on avait maintenant la preuve que le Québec était la province la plus corrompue. La cause serait entendue…
Le Québec de 2012, comme les habitants de Salem, mène une lutte contre les forces du mal. Toutefois, on semble déjà avoir oublié la mise en garde de la juge Charbonneau : elle ne préside pas un tribunal et qu’elle ne rendra pas de verdict de culpabilité. Pour l’instant, la commission donne écho aux épanchements d’escrocs pour qui la délation est une planche de salut potentiel. Un jour, il faudra toutefois faire la preuve de ces allégations; ce sera le rôle des tribunaux.
Comme tous les Québécois, j’ai hâte que justice soit faite. J’aimerais que cesse la corruption qui plombe nos finances publiques et que le Québec se délivre des forces du mal. Mais cette paranoïa collective me fait peur. Le Québec de 2012, ce n'est pas la France de Robespierre ou la Russie de Staline, lieux où des condamnations arbitraires tombaient sous la foi de simples allégations. Le Québec est encore un État de droit où un suspect est présumé innocent tant qu'il n'a pas été déclaré coupable par un tribunal. C’est ce qu’on appelle la présomption d’innocence.
Dans l’affaire de Salem, une des jeunes filles déclara quelques années plus tard : «Nous avons fait ça pour nous divertir et nous nous sommes bien amusées!» Malheureusement, beaucoup d'innocents avaient été tués.

jeudi 25 octobre 2012

Faut-il renforcer la loi 101?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 25 octobre 2012.
Depuis 10 ans, la proportion de Québécois qui parlent français a glissé de 83% à 81%. Par contre, durant la même période, le pourcentage d’immigrants qui utilisent le français à la maison a grimpé de 5,2 à 8,7%. À la lumière de ces statistiques, y a-t-il lieu de renforcer la loi 101, comme le croit le gouvernement Marois ?

Un problème inexistant
Le français décline-t-il au Québec? Pour certains analystes, le français fait des progrès; pour d’autres, il agonise. L’interprétation dépend du politicien, du média ou du journaliste qui analyse les données linguistiques du dernier recensement de Statistique Canada. En vérité, il est difficile de dire si le français se porte mieux ou s’il est pire qu’il y a dix ans. Or, c’est bien là le malheur de notre gouvernement provincial : s’il n’y a pas de problème avec la langue française, comment expliquer qu’on s’occupe à résoudre un problème inexistant? Que faire avec les multiples solutions proposées pour résoudre ce soi-disant problème national? Comment justifier un renforcement de la loi 101 ou l’obligation du Cégep en français lorsque la catastrophe annoncée tarde à se manifester? Eh bien, si ça prend un problème, créons un problème! Comme ça, en offrant des solutions à un problème qui n’existe pas, on réussira à créer de nouveaux problèmes qui appelleront de nouvelles solutions. Des solutions qui ne manqueront pas de conduire à des problèmes encore plus grands qui, chaque fois, devront être résolus par de nouveaux impôts ou des contraintes aux libertés individuelles. Bref, les problèmes, nos politiciens s’en occupent…

La nébuleuse affaire Lance Armstrong

Journal de Montréal et Journal de Québec (p.19) jeudi 25 octobre 2012.

Filip Palda et Pierre Simard

L’Agence américaine antidopage (USADA) déposait récemment un rapport reprochant à Lance Armstrong l’usage de produits dopants durant sa carrière cycliste. C’est grâce à la dénonciation d’anciens coéquipiers qu’on aurait finalement réussi à clouer le cercueil du septuple vainqueur du Tour de France. Depuis, Lance Armstrong est honni à la face du monde. Est-il vraiment coupable de dopage? Nous demeurons sceptiques face à ce rapport qui aura, malgré tout, réussi à saper la réputation de l’ex-champion cycliste.

Si les éléments de preuve avancée par l’USADA semblent inébranlables, c’est seulement qu’on accorde une importance démesurée aux ouï-dire et qu’on néglige d’autant les preuves directes et scientifiques. Des preuves qui, malgré les nombreuses allégations, ont été impossibles à établir à ce jour. Aujourd’hui, force est de constater que si cette nouvelle controverse est accablante pour Lance Armstrong, elle l’est tout autant pour la bureaucratie de l’antidopage.

Oublions les « on-dit », les potins ainsi que les rumeurs et prêtons-nous à un court exercice. Supposons, comme l’affirme certains de ses coéquipiers, que Lance Armstrong a utilisé des drogues améliorant sa performance pendant toute sa carrière post cancer. Faisons l’hypothèse, comme le veut la rumeur, qu’il était le roi de la triche et qu’il pouvait contourner les tests antidopage dans 99 % des cas (le crime n’est jamais parfait, même lorsqu’on parle d’Armstrong). Enfin, tenons pour acquis que Lance Armstrong dit vrai lorsqu’il affirme avoir été testé 500 fois dans sa carrière.

Les outils de l’analyse statistique nous permettent de calculer que les probabilités qu’Armstrong échappe à un contrôle positif dans ces circonstances sont de sept dixièmes d’un pour cent (0,07 %). En somme, la probabilité que le cycliste ait pu échapper aux tests de l’agence — malgré son génie de la triche — est donc infime. Statistiquement, les probabilités d’être contrôlé positif en au moins une occasion était de 99,3 %, et ce, malgré sa faculté à pouvoir contourner les tests antidopages 99 fois sur 100.

Comment l’USADA peut-elle nous expliquer cette capacité quasi-miraculeuse de Lance Armstrong à contourner les tests antidopages? C’est un défi à la statistique, voire à la raison. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

La conspiration du silence.
La seconde thèse de l’Agence repose sur l’idée que Lance Armstrong a orchestré une vaste conspiration du silence autour de ses séances de « piquerie ». C’est ainsi qu’à chaque Tour de France auquel il a participé, ses sept coéquipiers auraient comploté avec lui pour déjouer les investigations incessantes des agences antidopages. Voilà qui nous laisse également songeurs.

L’analyse économique de la conspiration nous enseigne que l'incitation à participer à un complot est concevable lorsque les gains de la tricherie sont supérieurs à ceux qu’on pourrait tirer d’une dénonciation. Pourquoi les coéquipiers d’Armstrong auraient-ils accepté de participer à ce complot alors que sa dénonciation aurait pu leur procurer une rente considérable? Le dénoncer n’était-elle pas l’occasion inespérée pour eux de devenir des héros, d’obtenir un contrat pour un livre ou même un moyen de dédouaner leur propre tricherie? Les gains potentiels d’une dénonciation étaient beaucoup plus importants que la compensation qu’Armstrong aurait pu leur verser pour acheter leur silence.

En réalité, le fait qu'aucun d’eux n’ait porté des accusations contre lui suggère que les gains anticipés d’une telle dénonciation étaient insuffisants à l’époque. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

Aujourd’hui, les gains d’une dénonciation de Lance Armstrong semblent s’être accrus considérablement. Ils sont nombreux à s’abreuver à la rente de déchéance de l’ancien « boss », en particulier le principal acheteur de ces délations, qui cherche depuis des lunes à prouver son efficacité en détrônant l’icône du cyclisme.

Bref, même si vous n'êtes pas un admirateur de Lance Armstrong ou que vous n’avez aucun intérêt pour l’analyse économique des conspirations, l’affaire Armstrong n’offre que deux interprétations possibles : soit cette vaste bureaucratie de l’antidopage (qui coute des millions de dollars) est gravement incompétente et leurs tests sont aussi inefficaces qu’inutiles, soit Lance Armstrong est tout simplement innocent. L’un n’exclut pas l’autre, évidemment!

jeudi 11 octobre 2012

Taxe santé et hausse d'impôts: un bon compromis?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 11 octobre 2011
Que pensez-vous de la décision du gouvernement Marois de maintenir la taxe santé, en la rendant plus progressive, et d’augmenter les impôts des Québécois dont le revenu net est supérieur à 100 000 $ ? Est-ce un bon compromis ? Une promesse reniée ?

Promettre n'importe quoi
Ah les promesses électorales! S’il fallait que nos politiciens tiennent leurs promesses, le Québec serait en banqueroute depuis longtemps. Le PQ avait promis d’abolir la taxe santé et de faire payer les riches. Le problème, c’est que notre nouveau ministre des finances a rapidement réalisé que le Québec manquait de riches et qu’il les ferait fuir en les surtaxant. Que faire? Faire comme tout politicien qui se respecte et… ne pas respecter sa promesse. De toute façon, qui lui en voudra? Les promesses électorales, c’est comme les résolutions du jour de l’an : il ne suffit que de quelques semaines pour qu’elles soient oubliées. Les électeurs ne pénalisent jamais les politiciens qui rompent leurs promesses. C’est d’ailleurs pourquoi ils promettent n'importe quoi sans en mesurer les effets. Pis encore, les tergiversations des dernières semaines auront paradoxalement montré qu’on fait des promesses pour gagner des élections et qu’on les rompt pour se maintenir au pouvoir. Un politicien qui revient sur ses promesses n’est peut-être pas édifiant, mais je n’ose imaginer les dommages créés par celui qui les réaliserait. Vous voulez ne pas être déçu par la politique? À la prochaine élection, votez pour celui qui ne fait pas de promesses.