Article épinglé

mardi 5 mars 2013

Aide sociale: compressions justifiées du gouvernement Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats,  le 05 mars 2013.
Approuvez-vous la décision du gouvernement Marois de faire des compressions dans l'aide sociale qui touchent particulièrement les prestataires de 55 à 58 ans et les parents de jeunes enfants? Son attitude s'apparente-t-elle à celle du gouvernement Harper dans sa réforme de l'assurance-emploi?
LES ARISTOCRATES DE LA SOLIDARITÉ
Rationaliser les dépenses publiques en incitant les bénéficiaires de l'aide sociale à intégrer le marché du travail n'a rien de déraisonnable. Toutefois, au Québec, toutes les solutions concrètes et réalistes à un problème public sont assimilées à un assaut contre le sacro-saint modèle québécois. Tout ce qui n'est pas synonyme de compassion universelle, d'amour ou d'altruisme, n'est que de vulgaires considérations matérialistes mues par une idéologie néolibérale. De toute évidence, les seules réformes acceptables par les aristocrates québécois de la solidarité sont celles qui alourdissent le fardeau fiscal des citoyens ou celles qui favorisent une hausse de la taxation des riches. Dire que la semaine dernière, la réforme de l'assurance-emploi par le gouvernement Harper était une raison suffisante pour se séparer du Canada. On se sépare de qui maintenant?

jeudi 28 février 2013

Le Sommet sur l'enseignement supérieur sera-t-il profitable à long terme?


La Presse.ca, La Presse Débats, 28 février 2013
D'après vous, les décisions prises au Sommet sur l'enseignement supérieur auront-elles plutôt un impact positif ou négatif sur les universités québécoises et leurs étudiants?
NOYER LE POISSON
Le simulacre de réflexion collective sur notre enseignement supérieur est terminé. L'impact positif est essentiellement politique : le gouvernement Marois peut maintenant se targuer d'avoir mis un terme à la crise étudiante. Il a également profité de ce Sommet pour se débarrasser de son gênant carré rouge en donnant la fausse impression qu'il a tenu tête aux associations étudiantes en décrétant une hausse ridicule des frais de scolarité de 70 $ par année. Encore mieux, en annonçant cinq chantiers interminables, il enclenche une course aux rentes qui devrait occuper nos grands groupes d'intérêt pendant quelque temps. En somme, ce Sommet n'aura produit aucune réforme tangible. Nos universités demeurent sous financées et doivent aujourd'hui se contenter d'engranger les déficits dans l'attente d'une promesse de réinvestissement futur. Les dindons de cette monumentale farce? Les contribuables et les étudiants. D'abord les contribuables, qui devront régler la note de ce vaste exercice de relations publiques et qui devront continuer à défrayer pratiquement seuls les coûts de nos universités. Ensuite les étudiants, qui aujourd'hui se bercent d'illusions, mais qui réaliseront tôt ou tard que ce sont eux les premières victimes de notre sous-investissement dans l'enseignement supérieur. Bref, un autre de ces sommets qui aura permis à nos politiciens de noyer le poisson pour se redonner une virginité politique.

vendredi 22 février 2013

Le sommet : un échec souhaitable

La Presse, vendredi le 22 février 2013, p. A19 (aussi disponible sur La Presse.ca

Il y a quelques mois, notre ministre de l’Enseignement supérieur invitait la population à garder la foi dans son sommet. Il a même avancé qu’un chapitre de l’histoire du Québec y serait écrit. À quelques jours de l’événement, son grand rêve s’estompe. La grand-messe devant éclairer le peuple risque même de tourner au fiasco. Souhaitons-le d’ailleurs!
Les problèmes de notre ministre ont commencé le jour où il a annoncé des coupes budgétaires. Les partenaires de la grande corporation de l’enseignement supérieur sont alors devenus des concurrents. Des rivaux qui ont compris que, s’il y a des gains financiers à tirer de ce sommet, tous ne pourront en profiter.  
Le ministre aurait dû le savoir : les grands sommets ne font consensus que lorsqu’il y a quelqu’un à dépouiller. Les coalitions d’intérêts conspirent toujours contre quelqu’un et, par un curieux hasard, les victimes sont rarement présentes à la table de discussion. 
Ce sont habituellement les contribuables et les consommateurs qui font les frais de ces sommets. Mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus grand-chose à dérober à celui qui vient d’être pillé par le dernier budget.
Aussi, à défaut d’une entente de dernière minute pour déshabiller quelqu’un d’absent — les grandes entreprises, par exemple — le grand consensus espéré n’aura pas lieu.
Au Québec, le mythe des sommets comme idéal de démocratie, d'égalité et de solidarité est tenace. Ça fait plus de trente ans que nos gouvernements mettent sur pied des sommets socioéconomiques (ou des états généraux) pour décider avec les grands groupes d’intérêt comment se redistribuer le bien public.
Cette fois encore, on a voulu créer l'illusion qu'un consensus entre politiciens, recteurs, leaders étudiants, syndicats de professeurs et fonctionnaires permettrait de satisfaire les attentes de tout un chacun et d’insuffler un nouveau dynamisme à nos universités. Foutaise!
En réalité, ces exercices ne sont que des assemblées corporatives qui permettent aux membres présents de protéger leurs acquis. Pis encore, selon Edmund S. Phelps (Nobel d’économie 2006), cette forme de néocorporatisme explique la contre-performance de plusieurs grandes économies.
En écartant les idées novatrices et en s’assurant d’adopter des solutions qui ne mettent pas en péril leur propre existence, les partenaires de ces modes de décision collective offrent une forte résistance au changement et à l’innovation qui sont le moteur de toute économie dynamique.
Un échec du sommet sur l’enseignement supérieur est donc souhaitable. Il servirait de coup de semonce à tous ces groupes d’intérêt qui utilisent ces rencontres pour grappiller les fonds publics ou se faire reconnaître des privilèges, comme la reconnaissance d’un droit de grève pour les étudiants.
L’échec du sommet servirait également d’électrochoc à nos recteurs. Ceux-ci ne pourraient plus se contenter de « chauffer le poêle » des officines gouvernementales. Ils devraient, à l’instar de milliers d’entrepreneurs, retrousser leurs manches et réinventer l’université québécoise dans un contexte où les deniers publics ne tombent plus du ciel et où s’annonce une révolution numérique qui transformera les façons de faire.
Comme le disait Margaret Thatcher : « Tout corporatisme (...) encourage la rigidité, décourage la responsabilité individuelle et risque d'aggraver les erreurs en les dissimulant. »  Aussi, il est temps que le Québec passe à autre chose et qu'il laisse les sommets… aux alpinistes.

jeudi 14 février 2013

Trouvez-vous quelqu’un à aimer!


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 14 février 2013.

On dit souvent que la Saint-Valentin est devenue une fête trop commerciale. Si c’est le cas, d’après vous, a-t-elle encore sa raison d’être ?
Trouvez-vous quelqu’un à aimer!
Chaque année, Cupidon fait rappliquer ces bonnes âmes dont l’ambition dans ce monde est de définir le comportement de tout un chacun. Peu importe l’événement – Noël, la Saint-Valentin ou l’Halloween – il y a toujours quelqu’un pour dénoncer le caractère commercial des fêtes populaires. Ces gens réclameraient une intervention de l’État bienveillant pour encadrer la cupidité commerciale des amoureux que je n’en serais pas surpris… Mais de quoi se mêle-t-on? Vous êtes libre de fêter la Saint-Valentin comme vous le voulez. La façon dont vous soulignez cette fête ne regarde que vous; c’est un choix personnel qui n’est imposé par personne. Que le culte de cupidon exprime le culte de la cupidité, je n’en ai rien à cirer! De toute façon, il n’y a rien de plus égoïste que l’amour. L’amour n’est pas un acte désintéressé, pas plus qu’on aime par altruisme. Et encore, l'amour n’est pas donné, il se gagne. La Saint-Valentin est donc l’occasion d’investir dans votre bonheur : le moment de célébrer le plaisir égoïste d'être amoureux et de se rapprocher de l’être aimé. Ce n’est surtout pas le temps d’inviter des rabats joies dans votre lit. La Saint-Valentin vous rend malade? Vous voulez vous soigner? Trouvez-vous quelqu’un à aimer!

mardi 12 février 2013

Voyez-vous Mgr Ouellet pape?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 12 février 2013.
Souhaitez-vous l'élection du cardinal Marc Ouellet comme pape? Serait-elle une source de fierté pour les Québécois, malgré les positions conservatrices de Mgr Ouellet?  Pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois ?
AYONS LA FOI ! 
L'avocat de Dieu sur Terre, Benoît XVI, s'est désisté. Le cardinal Marc Ouellet, un Québécois qui a passé une grande partie de sa carrière dans les coulisses du Vatican, est un sérieux prétendant à sa succession. Comme dirait mon voisin : le Québec ne s'peut plus! Après Céline, voilà que c'est Marc qui flirte avec la gloire mondiale. L'élection d'un nouveau pape a toujours été un événement médiatique d'envergure internationale. L'élection d'un des nôtres comme chef de l'État du Vatican constituerait sans doute un élément de fierté pour plusieurs et ne pourrait que stimuler la ferveur religieuse des Québécois, du moins chez les plus âgés. Le pape, qu'on le veuille ou non, reste une figure influente de la politique internationale. Ce matin, les médias du monde entier en font leur une et de nombreux Québécois prient pour le cardinal Ouellet en se croisant les doigts. La municipalité de La Motte en Abitibi deviendra-t-elle un lieu de pèlerinage international? Ayons la Foi! 
P.S. Après deux jours de papauté, de papabile... pu papable!

Enjeux d'un autre temps


La Presse, mardi le 12 février 2013, p.A22. (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le Québec n’en finit plus de débattre de gratuité, de gel ou d’indexation de ses droits de scolarité, les grandes universités du monde regardent vers l’avenir.
Dans la récente édition du magazine « The American Interest », Nathan Harden prédit la fin des universités américaines telles qu’on les a connues : l'Éducation supérieure sera dorénavant de plus en plus accessible, de moins en moins coûteuse et plusieurs universités devront se résigner à fermer leur porte. Il va même jusqu’à prédire que d’ici dix ans, l’Université Harvard aura 10 millions d‘étudiants. De la fiction? Pas du tout!
Tout le monde le sait, les industries basées sur l’acquisition et la diffusion d’information vivent une évolution remarquable. Vous pouvez désormais planifier un voyage sur Google Maps, trouver des réponses à vos interrogations sur Wikipédia - la plus grande encyclopédie au monde - où utiliser Skype pour joindre un ami à l’autre bout de la planète. Il suffit d’être branché à internet. 
Le monde universitaire n’échappe pas à cette révolution. Depuis quelques années, plusieurs grandes universités américaines se sont lancées dans la course aux MOOC (Massive open online course); des cours en ligne « massivement » ouverts.
Il s’agit de formations sous forme d’enregistrements vidéos où un grand nombre d’étudiants participent à des forums, des laboratoires, des groupes d’études, et échangent avec d’autres étudiants comme s’ils fréquentaient un cours dans une université traditionnelle.
Ces formations se comptent déjà par centaines et devraient se raffiner et se multiplier dans les prochaines années.  
Parmi les universités engagées dans la compétition : l’Université Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). À l’automne 2012, ils unissaient leurs efforts pour lancer le site edX (edX.org). Ce site offre des formations en ligne identiques à ceux que reçoivent les étudiants qui fréquentent leurs salles de cours, avec, à la clé, un certificat pour ceux qui réussiront les examens. Le tout gratuitement… pour l’instant du moins.
Mieux encore, pendant que le gouvernement du Québec annonçait des coupes budgétaires et qu’il invitait nos universités à se serrer la ceinture, ces deux universités privées investissaient plus de 60 millions de dollars dans un organisme indépendant chargé d’observer les apprentissages et de raffiner les technologies.
Aujourd’hui, la concurrence est vive entre les grandes universités pour étendre leurs enseignements aux étudiants du monde entier. Le jour n’est pas loin où quiconque avec un peu de volonté et de talent pourra s’inscrire en ligne dans une université prestigieuse pour une fraction du coût en campus.
Imaginez l’étudiant de la Gaspésie qui suivra le programme universitaire de son choix, dans l’université de ses rêves, à un coût abordable et sans avoir à déménager à la ville.
Il est donc un peu singulier de voir le monde universitaire québécois ignorer la révolution en cours et se quereller sur des enjeux d’une autre époque. Comme si le Québec était imperméable au reste du monde!
Comment survivre à cette révolution? Voilà la question qui devrait inquiéter les acteurs de notre sommet sur l’enseignement supérieur. La spécialisation et le caractère francophone de nos universités seraient sûrement des atouts à exploiter, mais il semble que chez nous, les universités doivent d’abord faire de la politique.
La bonne nouvelle, c’est que toutes nos hésitations ne devraient pas nuire à l’accessibilité des jeunes Québécois à des formations universitaires de qualité : les grandes universités du monde s’en occupent. Seule la survie de nos universités est en jeu, mais ça, on ne le voit pas. La poutre dans l’œil!

jeudi 31 janvier 2013

Les raisins

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 janvier 2013.
Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools pour dénoncer ses marges bénéficiaires disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. D’après vous, devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence ?
Les raisins
En protégeant le monopole de la Société des alcools et en interdisant toute concurrence, le gouvernement prend les consommateurs pour des raisins. Et en matière de pressage du raisin, avouons-le, notre monopole public excelle : les dividendes de la SAQ sont toujours de grands millésimes. En 2011-2012, malgré de généreux bonis à ses gestionnaires et à ses employés, notre société d’État a réussi à verser près d’un milliard de dollars au Trésor public, sans compter évidemment les 470 millions de TVQ prélevés par le gouvernement. Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence? C’est trop évident! La concurrence favoriserait une meilleure efficacité dans la distribution des produits et une baisse des prix. Par contre, j’ai l’étrange sentiment que chaque gain d’efficacité et chaque cent que pourra gagner le consommateur d’une telle opération seront récupérés d’une façon ou d’une autre par notre gouvernement. Au Québec, il est toujours dans l’intérêt public de saigner les consommateurs et les contribuables. C’est triste à dire, mais nous sommes des raisins.

mercredi 30 janvier 2013

Droits de scolarité: quelle est la meilleure solution?

La Presse.ca, Presse Débats, mercredi le 30 janvier 2013.
Le gouvernement Marois jongle avec plusieurs scénarios qui prévoient des augmentations de droits de scolarité variant de 2 à 3,5%, soit de 46 $ à 83 $ par année. Le gouvernement Charest avait prévu une hausse de 254 $ par année pendant sept ans. De son côté, la CAQ souhaite que quatre grandes universités puissent fixer leurs droits de scolarité et que, dans les autres universités, on module les droits de scolarité selon le domaine d'études. Que privilégiez-vous comme solution?
Laissez-faire!
Il faudrait autoriser nos universités à déterminer elles-mêmes les droits de scolarité, et ce, en fonction de la demande pour leurs divers programmes de formation. Les droits de scolarité deviendraient en quelque sorte un indicateur de la valeur réelle de ces formations. Dans un tel scénario, les programmes prisés par les étudiants seront ceux qui offrent le meilleur ratio qualité-prix; ceux qui leur en donneront pour leur argent; ceux qui leur permettront de rentabiliser leur investissement par l’accession à un emploi qui valorise la formation qu’ils ont chèrement acquise. N’ayez crainte, nos étudiants savent ce qui est bon pour eux. Ils bouderont ces programmes douteux qui ne satisfont pas leurs attentes; ils fuiront ces programmes qui ne mènent nulle part, sinon au chômage. Nous n’aurons plus besoin du bon jugement d’un ministre pour discriminer ce qui va ou ne va pas dans les universités québécoises. Les clientèles étudiantes s’en occuperont très bien.

mardi 29 janvier 2013

Regard d'économiste sur nos universités


La Presse, mardi le 29 janvier 2013, Débats, p.A13 (disponible sur La Presse.ca)

Nos universités sont malades. Les grands acteurs du monde universitaire divergent sur les causes, mais s’entendent sur le remède : l’État doit payer davantage.
Imaginez un instant si l’industrie de la construction était gérée comme nos universités… Nous aurions alors une industrie financée par l’État où les consommateurs pourraient acheter une maison pour une fraction de son coût de construction!
Que se passerait-il? La demande pour des résidences exploserait et on devrait confier à une bureaucratie la tâche d’édicter des règles d’attribution pour discriminer entre les acheteurs. Conséquemment, nos constructeurs d’habitation ne se sentiraient plus obligés de répondre aux préférences de leurs clients, et ces derniers n’auraient d’autre choix que de manifester, de faire la grève, voire de recourir à la violence pour exprimer leurs préférences. À terme, on assisterait à une course aux rentes permettant aux principaux acteurs du domaine de piller le trésor public.
Voyez ce qui se passe dans les universités.
En 1970, J. Buchanan (Nobel d’économie 1986) et N. Devletoglou* s’interrogeaient sur les universités qui sont financées par l’État et où les étudiants ne paient qu’une fraction du coût de leur formation. En les comparant à une entreprise privée, ils leur attribuaient trois caractéristiques : 1) Les propriétaires n’ont aucun pouvoir : ceux qui paient, c’est-à-dire les contribuables, n’exercent aucun contrôle sur la gestion de ces universités; 2) Les producteurs n’ont rien à vendre : les professeurs de ces universités n’ont pas besoin de performer pour vendre leurs services; 3) Les consommateurs n’ont d’autres choix que de consommer ce qu’on leur offre : les étudiants, qui achètent les services de ces universités à un prix dérisoire, sont incapables d’influencer les services qu’on leur offre.
Si cela est vrai aux États-Unis, imaginez au Québec… où toutes les universités sont lourdement subventionnées par l’État.
Aux yeux de l’économiste, nos institutions universitaires s’apparentent à des organismes à but non lucratif ou des ONG subventionnées : elles sont à la poursuite de rentes de l’État où les acteurs s’activent à préserver leur marge discrétionnaire.
Les rencontres préalables au sommet de février nous en ont d’ailleurs fait une éloquente démonstration.
On y a vu des gestionnaires universitaires jouer les lobbyistes; nier avoir cherché à ponctionner les fonds publics; se défendre d’avoir relaxé leurs règles d’admission et d’avoir multiplié les programmes et les campus pour recruter de nouveaux étudiants afin de gonfler la subvention du ministère par « tête de pipe ». Des recteurs qui déplorent le sous-financement universitaire, mais qui se font discrets sur la marge discrétionnaire qui leur a permis de se verser de généreuses augmentations de salaire et des indemnités de départ.
Des fédérations de professeurs qui prêchent les vertus supérieures de l’université publique et qui réclament une charte pour se protéger des « attraits capiteux du moment ». Comme si nos universités étaient des tours d’ivoire et que les professeurs avaient besoin de la protection de l’État pour éviter d’être happés par des incitations de producteurs; comme s’il fallait cimenter la liberté des professeurs d’enseigner ce que bon leur semble et les dégager de leur responsabilité d’adapter leur cours aux besoins des étudiants et du marché du travail.
Il ne faut donc pas se surprendre de voir des leaders étudiants – qui, vraisemblablement, n’attribuent pas une très grande valeur à la formation qu’ils reçoivent – investir leurs énergies à se tailler une carrière sur le marché politique en appelant à une révolution dont l’aboutissement serait de reconduire, voire de sacraliser le système qu’ils dénoncent.
Mais où va notre ministre avec son sommet? Tant qu’il persistera à écarter l’option d’une hausse substantielle des droits de scolarité, son sommet restera une table de revendications où les grands acteurs exigeront toujours plus d’argent public pour satisfaire leurs besoins spécifiques. Ce n’est sûrement pas ce que les contribuables – les propriétaires de nos universités – attendent de cet exercice.
Ce n’est que lorsqu’on obligera nos universités à tirer une large part de leurs revenus des droits de scolarité qu’elles seront forcées de faire le ménage dans leurs programmes de formation et de se concentrer sur ceux qui ont une valeur ajoutée pour les étudiants. On stimulera ainsi la concurrence entre nos universités.
Quand une partie importante de leurs revenus sera tributaire de leur capacité à convaincre les étudiants et le marché de l’emploi de la qualité de leurs programmes, nos universités n’auront guère d’autre choix que de viser l’excellence.
* Buchanan, James M., et Nicos E. Devletoglou. Academia in Anarchy: An Economic Diagnosis, New York and London, Basic Books Inc., 1970, 187p.

vendredi 25 janvier 2013

Devrait-on encourager le forage pétrolier en Gaspésie?

La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi le 25 janvier 2013.

Devrait-on autoriser le forage d'un puits de pétrole par l'entreprise Pétrolia en Gaspésie? Le Québec a-t-il avantage à encourager l'exploitation de la filière pétrolière?
LES AGITATEURS D'ÉPOUVANTE
Au Québec, on trouve toujours une raison valable pour retarder un projet visant l'exploitation de nos ressources pétrolières et gazières. On préfère appliquer le principe de précaution et se vautrer dans l'immobilisme. Si un projet présente des effets potentiellement néfastes, il faut immédiatement l'arrêter. Comme si on pouvait éliminer tous les risques associés à une quelconque activité; comme si décourager l'exploitation de la filière pétrolière était la garantie d'un développement durable. Le Québec précautionneux condamne nos promoteurs à être l'otage des groupes de pression. Les agitateurs d'épouvante ont même ainsi réussi à élever au rang de « choix de société » la protection de leurs dadas et privilèges. Il serait peut-être temps que le Québec sorte de sa torpeur et prenne conscience que notre immobilisme présente aussi un risque : celui de s'enliser dans la pauvreté.

jeudi 10 janvier 2013

Les députés transfuges devraient-ils se faire réélire?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 10 janvier 2013

Le gouvernement Marois souhaite forcer tout député qui veut changer de parti à se faire réélire dans sa circonscription. Un député pourrait cependant siéger comme indépendant sans devoir solliciter à nouveau le soutien de ses électeurs. Qu’en pensez-vous ?
Le romantisme politique
Le butinage politique n’est ni un phénomène récent, ni propre à un parti ou au Québec. Il est toutefois ironique d’observer des politiciens, soi-disant altruistes, adopter des règles pour gérer leur opportunisme. En fait, les politiciens ne sont pas moins égoïstes que les citoyens : ils maximisent leur intérêt personnel. On connaît d’ailleurs leurs motivations : la première est de se faire élire, la seconde est de se faire réélire. Les autres motivations? Ça dépend… des sondages. La proposition du gouvernement Marois ne changera rien à cette réalité; tout ça n’est que diversion cosmétique. Libéré de la ligne de parti, le transfuge pourra toujours siéger comme indépendant et vendre son vote en chambre à un parti d’opposition. Des sondages favorables pourront même l’inciter à se présenter sous une nouvelle bannière. Le but premier d’un politicien est, et sera toujours, d’accéder et de se maintenir au pouvoir. La proposition péquiste doit donc être classée dans la catégorie du romantisme politique; elle ne devrait pas nous faire oublier que les politiciens qui n'ont aucun scrupule à vendre leur âme pour se faire élire sont les mêmes qui gèrent vos impôts et qui réglementent votre vie pour se faire réélire.

mardi 8 janvier 2013

Les partisans passeront-ils l'éponge?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 8 janvier 2013.
Comment réagissez-vous à la fin du lock-out dans la LNH? Croyez-vous que les partisans vont facilement pardonner au Canadien, aux joueurs et à la ligue ce conflit qui les a privés de hockey pendant quatre mois?
ON PEUT VIVRE SANS HOCKEY
Geoff Molson déclarait que Montréal avait besoin de hockey : « Ça fait partie de notre culture, ça fait partie de nous.» Peut-être, mais n'exagérons rien. Montréal peut vivre sans hockey et l'économie du Québec ne dépend pas du Canadien. En 2006, trois économistes américains (Baade, Baumann et Matheson) publiaient une étude sur les conséquences économiques des grèves et des arrêts de travail dans le sport professionnel. Ils ont observé qu'aucune des six nouvelles franchises ou des huit nouveaux stades construits dans l'État de la Floride depuis 1980, pas plus que les nombreux arrêts de travail qui ont marqué les divers sports professionnels depuis, n'ont généré d'augmentation ou de diminution statistiquement significative des revenus de la taxe de vente. Bref, l'arrêt de travail de la LNH aura peut-être privé les Québécois d'un sport qu'ils aiment, mais nous pouvons vivre sans hockey professionnel et nous savons nous divertir autrement. Soyez sans crainte, l'avenir du économique du Québec n'a rien à voir avec le dossier P.K. Subban, ni avec le chiffre d'affaires des tenanciers de bar à proximité du centre Bell. Le hockey est essentiellement un business qui doit maintenant reconquérir le cœur des fans qui ont pu goûter, pendant quatre mois, à une offre récréative concurrente.

jeudi 13 décembre 2012

Guy Turcotte libéré: la crédibilité de notre système judiciaire entachée?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 13 décembre 2012.
La remise en liberté de Guy Turcotte vous indispose-t-elle ? Craignez-vous qu’elle nuise à la crédibilité de notre système judiciaire auprès de la population ?
Expliquez-nous
L'affaire Turcotte a plongé la population dans la consternation et embarrassé la justice. Quatre ans après avoir poignardé à mort ses deux enfants, et un an et demi après avoir reçu un verdict de non-responsabilité criminelle, Guy Turcotte est maintenant en liberté. Justice a-t-elle été rendue? On dit que la justice est infaillible. Peut-être. Mais l’affaire Turcotte donne l’impression d’une grande injustice. Interviewé dans le cadre de cette affaire, le juge Wagner de la Cour suprême souligne que « si la justice est critiquée sans être expliquée correctement, sa crédibilité risque d’être minée ». Eh bien, Monsieur le Juge, elle est minée. Alors, expliquez-nous. Comment se fait-il que deux enfants soient morts et que ce soit la faute de personne? Qu’est-ce que le jury a vu qu’on n’a pas vu? Qu’est-ce que les psychiatres ont compris que le simple citoyen ne peut comprendre? Et si c’est la faute de la démence, ne devrait-on pas poursuivre le dément, accuser le dément, condamner le dément… ou au moins, s’assurer d’avoir guéri le dément? Je sais, la démence a le dos large, mais 46 coups de couteau quand même…

mardi 11 décembre 2012

Que pensez-vous des 100 premiers jours du gouvernement Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 11 décembre 2012
Quelle est votre évaluation des 100 premiers jours du gouvernement Marois ? D’après vous, quel est son meilleur coup, et sa plus grande erreur ?

EN DEMI-TEINTE
Cent jours après son accession au pouvoir, c’est l’heure d’un premier bilan pour le gouvernement Marois. Au départ, l’élection du Parti québécois a suscité beaucoup d’inquiétude : certaines se sont dissipées depuis, d’autres sont persistantes. En fait, le gouvernement Marois n’est pas facile à suivre. En gérant par essais et erreurs, il a parfois donné l’impression de ne pas avoir les compétences requises pour gérer le Québec. Nous avons donc eu droit à trois mois de politique en demi-teinte. Son meilleur coup? Avoir mis en veilleuse quelques engagements électoraux, tout en ayant le courage de maintenir le retour à l'équilibre budgétaire pour 2013-2014. Sa plus grande erreur aura été de prendre des décisions précipitées dans plusieurs dossiers, donnant trop souvent l’impression de ne pas savoir où il va.  Si on peut attribuer ces erreurs de jeunesse à un gouvernement nouvellement élu, il est par contre difficile de pardonner au gouvernement Marois son copinage politique. La nomination discutable de Daniel Breton à l’Environnement et les parachutes dorés accordés à André Boisclair et Nicolas Girard risquent de faire un tort considérable à ce gouvernement qui promettait de laver plus blanc que blanc.

mardi 27 novembre 2012

Une mobilité libératrice


La Presse, mardi le 27 novembre 2012. P. A21. Aussi disponible sur cyberpresse.
Pierre Simard et Jean-Luc Migué
Après que le nouveau gouvernement du Québec a annoncé son intention d'augmenter l'impôt des nantis et la part imposable des gains en capital et des dividendes, certains Québécois ont songé à quitter le Québec. Évidemment, partir n'est pas simple. Outre la barrière linguistique et les douloureuses séparations familiales, encore faut-il trouver une terre d'accueil, une tâche ardue dans un monde où la plupart des pays multiplient les barrières à l'immigration.
Or voilà, le Québécois est aussi un Canadien. Et quelle que soit l'expression par laquelle il aime se définir - Québécois ou Canadien - il a la liberté de quitter le Québec pour une autre province canadienne sans avoir à obtenir un visa, un droit d'asile, une carte verte ou un permis de séjour. Ce droit individuel est garanti par la Charte des droits et libertés qui est enchâssée dans la Constitution canadienne.
Ce droit qui nous est accordé de quitter notre province pour aller s'installer dans une autre peut sembler anodin et sans réelle conséquence sur notre qualité de vie. Au contraire! La mobilité interprovinciale constitue l'une des grandes vertus d'un véritable fédéralisme. Ce droit permet d'instaurer une concurrence entre les gouvernements provinciaux; une saine concurrence qui s'avère bénéfique pour tous les Canadiens, y compris les Québécois.
Le Canada, rappelons-le, est une fédération de provinces qui possèdent leurs propres champs de compétences et leurs propres pouvoirs, dont celui de lever des impôts sur leur territoire. Cette décentralisation des pouvoirs confie donc à chaque province la responsabilité de déterminer un panier de services publics qu'elle financera directement auprès de ses résidants. Or, en ayant la liberté de se déplacer sur le territoire, chaque citoyen canadien a l'opportunité de choisir son lieu de résidence en comparant le panier de biens publics offert par chacune des provinces canadiennes ainsi que les prélèvements fiscaux qui y sont associés.
Il ne faut pas se surprendre qu'en annonçant son intention de hausser les impôts des particuliers, le gouvernement du Québec ait soudainement ranimé l'intérêt de certains de ses résidants pour les autres provinces canadiennes. Aucun gouvernement ne se réjouira de voir partir ses citoyens les plus mobiles: il s'agit souvent des ressources les plus qualifiées et des plus gros contribuables. Dans une province ou près de 40% des citoyens ne paient pas d'impôt sur le revenu, il y a de quoi inquiéter un ministre des Finances du Québec de voir migrer, à chaque départ annoncé, une fraction de sa cagnotte budgétaire.
En plus d'être un moyen d'échapper aux impôts abusifs des gouvernements locaux, la mobilité citoyenne offre également à chaque Canadien l'opportunité de s'exiler pour profiter de la croissance économique des provinces prospères. Bon an mal an, ce sont environ 300 000 Canadiens qui migrent à travers le Canada. C'est ainsi qu'en moins de 40 ans, les provinces de l'Alberta et de la Colombie-Britannique se sont enrichies chacune de plus d'un demi-million de nouveaux habitants en provenance des autres régions du pays. Pendant ce temps, malgré la barrière linguistique, le Québec a perdu plus de 528 000 résidents au profit des autres provinces. La population québécoise, qui représentait 27,9% de la population canadienne en 1971, avait décliné à 23,1% en 2011.
Dans cette perspective, le Québécois devrait se rappeler que, s'il suffit à un gouvernement de récolter moins du tiers des votes exprimés à une élection pour se sentir légitimé à ériger des barrières linguistiques à sa mobilité, la constitution canadienne lui permet quand même de voter avec ses jambes et de quitter la «Belle province» pour une autre province canadienne. Une liberté offrant à une majorité de Québécois la possibilité d'échapper à la dictature de sa minorité.
En conséquence, les Québécois, comme les autres Canadiens, devraient se féliciter de vivre dans un fédéralisme de concurrence et combattre vigoureusement toutes les menaces à leur mobilité citoyenne. Bref, la mobilité libératrice d'un citoyen, c'est aussi ça, le fédéralisme!

mercredi 21 novembre 2012

Le « taxicomane »


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 21 novembre 2012.
Pour atteindre le déficit zéro en 2013-2014, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, augmente les taxes sur l’alcool et le tabac et dégèle le tarif du bloc patrimonial d’électricité, sans compter la hausse d’impôt de 1,75% pour les revenus supérieurs à 100 000 $. Compte tenu de la situation économique au Québec, le budget vous apparaît-il convenable ?
Le « taxicomane »
Encore une fois, le « taxicomane » étatique a réussi à assouvir sa dépendance aux dépenses publiques. Il a même réussi à acheter les appuis lui permettant de garder les deux mains dans le Trésor public pendant quelque temps. La manœuvre? Rien d’original! D’abord, il a taxé le péché, puis le chauffage et il a grevé la carte de crédit du contribuable. Ensuite, il a gardé en fonction la distributrice à privilèges de manière à ce que les groupes d’intérêt lui fassent bonne presse. Opération réussie! Ce matin, les commentateurs de la chose publique n’en finissent plus d’exprimer leur soulagement à l’endroit du budget Marceau. Comme si le citoyen devait ignorer que le but du gouvernement était d’augmenter ses revenus en coupant le moins possible dans son train de vie. Prétextant l’équité et la justice sociale, et surtout pour satisfaire ceux qui votent du bon bord, notre ministre des Finances s’est donc affairé à prélever chez le contribuable le plus de revenus possible. Aujourd’hui, on nous demande de professer une foi aveugle dans la religion d’État et de nous féliciter d’être les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord. Désolé, mais je ne marche pas : non aux hausses d’impôt! Comme le disait Audiard : « Le jour est proche où nous n'aurons plus que "l'impôt" sur les os. »

jeudi 15 novembre 2012

Le citoyen se meurt... vive les carrés rouges.


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 15 novembre 2012.
Le ministre Pierre Duchesne songe à accorder le droit de grève aux étudiants, ce qui leur permettrait légalement d’empêcher leurs confrères d’assister à leurs cours. Êtes-vous d’accord ?
Le citoyen se meurt…
Les carrés rouges sont au pouvoir. Le temps presse, les gouvernements minoritaires sont fragiles. Vite! Changeons la loi pour accorder aux associations étudiantes le droit de grève. Légiférons pour empêcher les ignobles étudiants qui veulent étudier d’assister à leurs cours. Mais comment faire lorsque le port du carré rouge nous a enlevé toute forme de crédibilité? Faisons un grand sommet sur l’éducation! Les sommets socio-économiques ont toujours bien servi les visées collectivistes du PQ. Rien de mieux qu’une bonne discussion sous l’égide des syndicats et des associations étudiantes pour reprendre le contrôle de nos universités et annihiler les velléités individualistes des étudiants. Consolidons le monopole des groupes de pression sur le bien public. Réhabilitons la tyrannie des droits collectifs. Soyons progressistes. Ouste la Constitution, la Charte des droits et libertés et l'État qui protège vos droits individuels. Mettons fin aux injonctions de la cour et aux tristes condamnations pour outrage au tribunal de nos icônes de la pensée collectiviste. Le Québécois n’aurait jamais dû exister individuellement, c’est une dérive néolibérale. Le citoyen se meurt… vive les carrés rouges.

vendredi 9 novembre 2012

La mobilité libératrice : réflexions sur le fédéralisme canadien

Bulletin publié par L'idée fédérale , L'actualité fédérale, Novembre 2012 ,Vol.3, No.7


Pierre Simard et Jean-Luc Migué

Parfois, il fait bon de se remémorer que nous sommes privilégiés d’être membres d’une fédération qui offre la possibilité à un citoyen d’échapper aux décisions jugées inacceptables de son gouvernement provincial. Expliquons-nous!

Après que le nouveau gouvernement du Québec ait annoncé son intention d’augmenter l’impôt des nantis et la part imposable des gains en capital et des dividendes, certains Québécois ont songé à quitter le Québec.

Évidemment, partir n’est pas simple. Outre la barrière linguistique et les douloureuses séparations familiales, encore faut-il trouver une terre d’accueil, une tâche ardue dans un monde où la plupart des pays multiplient les barrières à l’immigration.

Pour lire la suite

Doit-on se réjouir de la réélection du président Obama?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi 9 novembre 2012.
La réélection du président américain Barack Obama vous réjouit-elle? Que souhaitez-vous qu'il accomplisse au cours de son second mandat?
L'ILLUSION OBAMA
Le Barack Obama de la campagne présidentielle de 2008 est bien ancré dans l'imaginaire médiatique québécois. On nous le représente comme le remède à tous les maux sociaux, celui qui relancera l'économie américaine tout en luttant contre la pauvreté, les inégalités et la pollution. Malheureusement, aimer de loin signifie souvent ignorer la réalité. L'Obama de 2012 est fondamentalement un politicien comme les autres : un président qui n'a pratiquement rien réalisé de ses promesses de premier mandat et qui a basé l'essentiel de sa réélection sur la diabolisation de son adversaire républicain. Malgré les milliards de dollars investis, la campagne présidentielle américaine de 2012 n'aura finalement servi à rien. Nos voisins sont revenus à la case départ : les démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Sénat, alors que les républicains gardent leur main mise sur la Chambre des représentants. Aujourd'hui, les Américains héritent d'un gouvernement et d'un électorat très divisés. D'ailleurs, rien de réjouissant en perspective puisque le second mandat du président s'amorcera par des négociations pour éviter le précipice fiscal de fin d'année : coup de gueule et petite politique au menu. Ce que j'aimerais qu'il fasse dans son second mandat? Ne serait-ce que la moitié de ce qu'il avait promis de faire dans son premier mandat...

mardi 30 octobre 2012

La tentation de Salem

Le Devoir, mardi le 29 octobre 2012.

Nous avons tous déjà entendu parler des sorcières de Salem, fameux procès contre la sorcellerie et les forces du mal. J’ai l’étrange sentiment que la Commission Charbonneau suscite le même genre d’hystérie collective qui a entouré ce légendaire procès.
Reportons-nous en 1692. La petite ville de Salem, près de Boston, vit sous la peur des démons. Deux jeunes filles, en proie à des crises de convulsion, sont diagnostiquées comme ensorcelées. Lorsqu’en période de transes elles prononcent le nom de citoyens, on est convaincu d’avoir trouvé les responsables de leur envoutement. Sur la foi de ces allégations délirantes, on emprisonna plus de 200 personnes, dont une trentaine furent pendues, coupables d’avoir troublé l’esprit des jeunes filles.
La paranoïa collective s’étira ainsi sur plusieurs mois. On se mit à douter de la véracité des allégations lorsque les jeunes filles nommèrent des juges. Ces derniers étant supposément protégés par Dieu, on décida de suspendre le tribunal et de trouver des preuves avant de poursuivre les pendaisons. En l’absence de preuves, le gouverneur du Massachusetts mit un terme aux procès : il valait mieux que dix sorcières échappent à la justice plutôt qu’une personne innocente soit condamnée.
Revenons à 2012. Dans la grande ville de Montréal se tient une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Deux hommes atteints par les forces du mal, Zambito et Surprenant, se concurrencent dans la dénonciation de politiciens, de fonctionnaires et d’entrepreneurs. Ces derniers seraient coupables de leur avoir inoculé la cupidité responsable de leurs déplorables crimes.
Depuis, un climat de suspicion a envahi le Québec. Le public applaudit chaque nouvelle révélation et salue le courage des dénonciateurs : ils seraient enfin exorcisés de leurs démons. En se fiant aux allégations de malfrats devenus vedettes, on condamne sans réserve tous les politiciens, fonctionnaires et entrepreneurs dont le nom est prononcé par les délateurs. L’échafaud médiatique est impitoyable! Les preuves? On s’en occupera plus tard!
Oubliez aussi le gouverneur de Salem qui ramène un peu de raison dans le débat. On n’en est pas là. On en est même très loin, si on prend acte des récentes déclarations du très respecté John Gomery. Dans un élan de morale et de puritanisme, le juge à la retraite – et ex-président de la Commission d'enquête sur les commandites – déclarait avec l’aplomb du justicier de Salem qu’il était choqué, voire horrifié par ce qu’il avait entendu. Prêtant foi aux témoignages, rumeurs et soupçons, il attribuait le mauvais état de nos routes aux entrepreneurs malhonnêtes, accusait d’incompétence le maire de Montréal et décrétait qu’on avait maintenant la preuve que le Québec était la province la plus corrompue. La cause serait entendue…
Le Québec de 2012, comme les habitants de Salem, mène une lutte contre les forces du mal. Toutefois, on semble déjà avoir oublié la mise en garde de la juge Charbonneau : elle ne préside pas un tribunal et qu’elle ne rendra pas de verdict de culpabilité. Pour l’instant, la commission donne écho aux épanchements d’escrocs pour qui la délation est une planche de salut potentiel. Un jour, il faudra toutefois faire la preuve de ces allégations; ce sera le rôle des tribunaux.
Comme tous les Québécois, j’ai hâte que justice soit faite. J’aimerais que cesse la corruption qui plombe nos finances publiques et que le Québec se délivre des forces du mal. Mais cette paranoïa collective me fait peur. Le Québec de 2012, ce n'est pas la France de Robespierre ou la Russie de Staline, lieux où des condamnations arbitraires tombaient sous la foi de simples allégations. Le Québec est encore un État de droit où un suspect est présumé innocent tant qu'il n'a pas été déclaré coupable par un tribunal. C’est ce qu’on appelle la présomption d’innocence.
Dans l’affaire de Salem, une des jeunes filles déclara quelques années plus tard : «Nous avons fait ça pour nous divertir et nous nous sommes bien amusées!» Malheureusement, beaucoup d'innocents avaient été tués.

jeudi 25 octobre 2012

Faut-il renforcer la loi 101?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 25 octobre 2012.
Depuis 10 ans, la proportion de Québécois qui parlent français a glissé de 83% à 81%. Par contre, durant la même période, le pourcentage d’immigrants qui utilisent le français à la maison a grimpé de 5,2 à 8,7%. À la lumière de ces statistiques, y a-t-il lieu de renforcer la loi 101, comme le croit le gouvernement Marois ?

Un problème inexistant
Le français décline-t-il au Québec? Pour certains analystes, le français fait des progrès; pour d’autres, il agonise. L’interprétation dépend du politicien, du média ou du journaliste qui analyse les données linguistiques du dernier recensement de Statistique Canada. En vérité, il est difficile de dire si le français se porte mieux ou s’il est pire qu’il y a dix ans. Or, c’est bien là le malheur de notre gouvernement provincial : s’il n’y a pas de problème avec la langue française, comment expliquer qu’on s’occupe à résoudre un problème inexistant? Que faire avec les multiples solutions proposées pour résoudre ce soi-disant problème national? Comment justifier un renforcement de la loi 101 ou l’obligation du Cégep en français lorsque la catastrophe annoncée tarde à se manifester? Eh bien, si ça prend un problème, créons un problème! Comme ça, en offrant des solutions à un problème qui n’existe pas, on réussira à créer de nouveaux problèmes qui appelleront de nouvelles solutions. Des solutions qui ne manqueront pas de conduire à des problèmes encore plus grands qui, chaque fois, devront être résolus par de nouveaux impôts ou des contraintes aux libertés individuelles. Bref, les problèmes, nos politiciens s’en occupent…

La nébuleuse affaire Lance Armstrong

Journal de Montréal et Journal de Québec (p.19) jeudi 25 octobre 2012.

Filip Palda et Pierre Simard

L’Agence américaine antidopage (USADA) déposait récemment un rapport reprochant à Lance Armstrong l’usage de produits dopants durant sa carrière cycliste. C’est grâce à la dénonciation d’anciens coéquipiers qu’on aurait finalement réussi à clouer le cercueil du septuple vainqueur du Tour de France. Depuis, Lance Armstrong est honni à la face du monde. Est-il vraiment coupable de dopage? Nous demeurons sceptiques face à ce rapport qui aura, malgré tout, réussi à saper la réputation de l’ex-champion cycliste.

Si les éléments de preuve avancée par l’USADA semblent inébranlables, c’est seulement qu’on accorde une importance démesurée aux ouï-dire et qu’on néglige d’autant les preuves directes et scientifiques. Des preuves qui, malgré les nombreuses allégations, ont été impossibles à établir à ce jour. Aujourd’hui, force est de constater que si cette nouvelle controverse est accablante pour Lance Armstrong, elle l’est tout autant pour la bureaucratie de l’antidopage.

Oublions les « on-dit », les potins ainsi que les rumeurs et prêtons-nous à un court exercice. Supposons, comme l’affirme certains de ses coéquipiers, que Lance Armstrong a utilisé des drogues améliorant sa performance pendant toute sa carrière post cancer. Faisons l’hypothèse, comme le veut la rumeur, qu’il était le roi de la triche et qu’il pouvait contourner les tests antidopage dans 99 % des cas (le crime n’est jamais parfait, même lorsqu’on parle d’Armstrong). Enfin, tenons pour acquis que Lance Armstrong dit vrai lorsqu’il affirme avoir été testé 500 fois dans sa carrière.

Les outils de l’analyse statistique nous permettent de calculer que les probabilités qu’Armstrong échappe à un contrôle positif dans ces circonstances sont de sept dixièmes d’un pour cent (0,07 %). En somme, la probabilité que le cycliste ait pu échapper aux tests de l’agence — malgré son génie de la triche — est donc infime. Statistiquement, les probabilités d’être contrôlé positif en au moins une occasion était de 99,3 %, et ce, malgré sa faculté à pouvoir contourner les tests antidopages 99 fois sur 100.

Comment l’USADA peut-elle nous expliquer cette capacité quasi-miraculeuse de Lance Armstrong à contourner les tests antidopages? C’est un défi à la statistique, voire à la raison. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

La conspiration du silence.
La seconde thèse de l’Agence repose sur l’idée que Lance Armstrong a orchestré une vaste conspiration du silence autour de ses séances de « piquerie ». C’est ainsi qu’à chaque Tour de France auquel il a participé, ses sept coéquipiers auraient comploté avec lui pour déjouer les investigations incessantes des agences antidopages. Voilà qui nous laisse également songeurs.

L’analyse économique de la conspiration nous enseigne que l'incitation à participer à un complot est concevable lorsque les gains de la tricherie sont supérieurs à ceux qu’on pourrait tirer d’une dénonciation. Pourquoi les coéquipiers d’Armstrong auraient-ils accepté de participer à ce complot alors que sa dénonciation aurait pu leur procurer une rente considérable? Le dénoncer n’était-elle pas l’occasion inespérée pour eux de devenir des héros, d’obtenir un contrat pour un livre ou même un moyen de dédouaner leur propre tricherie? Les gains potentiels d’une dénonciation étaient beaucoup plus importants que la compensation qu’Armstrong aurait pu leur verser pour acheter leur silence.

En réalité, le fait qu'aucun d’eux n’ait porté des accusations contre lui suggère que les gains anticipés d’une telle dénonciation étaient insuffisants à l’époque. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

Aujourd’hui, les gains d’une dénonciation de Lance Armstrong semblent s’être accrus considérablement. Ils sont nombreux à s’abreuver à la rente de déchéance de l’ancien « boss », en particulier le principal acheteur de ces délations, qui cherche depuis des lunes à prouver son efficacité en détrônant l’icône du cyclisme.

Bref, même si vous n'êtes pas un admirateur de Lance Armstrong ou que vous n’avez aucun intérêt pour l’analyse économique des conspirations, l’affaire Armstrong n’offre que deux interprétations possibles : soit cette vaste bureaucratie de l’antidopage (qui coute des millions de dollars) est gravement incompétente et leurs tests sont aussi inefficaces qu’inutiles, soit Lance Armstrong est tout simplement innocent. L’un n’exclut pas l’autre, évidemment!

jeudi 11 octobre 2012

Taxe santé et hausse d'impôts: un bon compromis?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 11 octobre 2011
Que pensez-vous de la décision du gouvernement Marois de maintenir la taxe santé, en la rendant plus progressive, et d’augmenter les impôts des Québécois dont le revenu net est supérieur à 100 000 $ ? Est-ce un bon compromis ? Une promesse reniée ?

Promettre n'importe quoi
Ah les promesses électorales! S’il fallait que nos politiciens tiennent leurs promesses, le Québec serait en banqueroute depuis longtemps. Le PQ avait promis d’abolir la taxe santé et de faire payer les riches. Le problème, c’est que notre nouveau ministre des finances a rapidement réalisé que le Québec manquait de riches et qu’il les ferait fuir en les surtaxant. Que faire? Faire comme tout politicien qui se respecte et… ne pas respecter sa promesse. De toute façon, qui lui en voudra? Les promesses électorales, c’est comme les résolutions du jour de l’an : il ne suffit que de quelques semaines pour qu’elles soient oubliées. Les électeurs ne pénalisent jamais les politiciens qui rompent leurs promesses. C’est d’ailleurs pourquoi ils promettent n'importe quoi sans en mesurer les effets. Pis encore, les tergiversations des dernières semaines auront paradoxalement montré qu’on fait des promesses pour gagner des élections et qu’on les rompt pour se maintenir au pouvoir. Un politicien qui revient sur ses promesses n’est peut-être pas édifiant, mais je n’ose imaginer les dommages créés par celui qui les réaliserait. Vous voulez ne pas être déçu par la politique? À la prochaine élection, votez pour celui qui ne fait pas de promesses.

mardi 9 octobre 2012

Les dangers d’une gouvernance verte


Journal de Québec et Journal de Montréal, mardi le 9 octobre 2012.

Pierre Simard et Germain Belzile*

Le Québec deviendra un chef de file environnemental dans le monde, selon Mme Marois. « Les verts sont au pouvoir », ajoute notre nouveau ministre de l’Environnement. Cette nouvelle gouvernance verte ramènera-t-elle la province sur le chemin de la prospérité? Permettez-nous d’en douter.
Le gouvernement ne crée pas d’emploi
Il suffirait, semble-t-il, d’un peu de volonté gouvernementale pour inonder le marché d’emplois verts. La réalité, c’est que le gouvernement ne crée pas d’emploi. S’il choisit d’investir dans un secteur économique, ce sera au détriment d’un autre. En d’autres mots, tout ce qu’un gouvernement péquiste pourra faire, c’est de subventionner son économie verte par des impôts prélevés dans l’économie productive.

Le gouvernement ôtera donc des ressources à des entreprises qui contribuent à notre qualité de vie, pour les réorienter vers des entreprises vertes dont les activités seront triées par les politiciens. Par exemple, il détruira des emplois dans le secteur de l'énergie conventionnelle en nous promettant, en contrepartie, de créer des emplois dans les énergies vertes.
Le problème avec les emplois verts promis par le gouvernement Marois, c’est qu’on détruira des emplois visant à satisfaire les préférences des consommateurs, pour les remplacer par des emplois correspondant aux préférences des politiciens. Et c’est sans compter que l’implication du gouvernement dans l’économie ne se fait jamais à coût nul. N’oubliez pas qu’à l’occasion de ce transfert de richesse vers l’économie verte, le gouvernement prélèvera un petit pactole pour subvenir à ses propres opérations, achètera au passage l’adhésion des groupes de pression et paiera une prime pour couvrir les risques financiers d’un entrepreneur politique qui n’entreprend jamais rien sans que l’État ne couvre ses arrières.
Les politiciens attirent les prédateurs de fonds publics
En confiant à des politiciens le rôle de sélectionner les entreprises de l’avenir, on étouffe l’entrepreneur capitaliste au profit de l’entrepreneur politique. On privilégie cet entrepreneur qui gagne sa place au soleil en décrochant un mirobolant contrat gouvernemental, en faisant subventionner son entreprise ou en faisant adopter une loi ou un règlement qui nuit à la concurrence. La commission Charbonneau nous rappelle d’ailleurs, chaque jour, les dangers de l’intervention massive de l’État dans l’économie.

Ce n’est pas parce qu’un élu a le pouvoir d’investir l’argent des contribuables qu’il est apte à faire les bons choix pour l’avenir du Québec. L’exemple des pays européens qui ont dû abandonner d’ambitieux programmes publics verts  -  en raison des coûts astronomiques et de leurs effets néfastes sur les finances publiques - devrait nous inviter à la prudence.
Le gouvernement a peut-être un rôle légitime à jouer dans le financement de la recherche en environnement, mais les politiciens devraient faire acte d’humilité et laisser les entrepreneurs capitalistes s’occuper des préférences environnementales des citoyens. N’ayez crainte, il y aura toujours un entrepreneur capitaliste pour satisfaire une préférence verte chez le consommateur.
D’ici là, on peut présumer que l’opération « économie verte » mise de l’avant par le nouveau gouvernement réduira notre qualité de vie, nous fera perdre des emplois productifs et renforcera la présence d’un type d’entrepreneur dont nous cherchons à nous débarrasser : le prédateur de fonds publics.
* Les auteurs sont respectivement professeur à l’ENAP et maître d’enseignement à HEC Montréal.