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mercredi 28 janvier 2026

La souveraineté mérite mieux que des métaphores creuses

Paul Saint-Pierre Plamondon accuse Marc Carney de réécrire l’histoire. Mais dans sa réplique, il fait exactement ce qu’il lui reproche: il caricature. En décrivant les Québécois comme des « esclaves du fédéral », le chef du PQ ne corrige rien. Il dérape!

L’esclavage n’est pas un mot qu’on agite pour faire joli dans une conversation. C’est la négation de la liberté, de la dignité et des droits. Or, le Québec a un gouvernement élu, des institutions démocratiques, un pouvoir fiscal important et la liberté de débattre... y compris de son indépendance. Appeler ça de l’esclavage, ce n’est pas une opinion, encore moins un argument : c'est au mieux l'exagération d'un politicien en mal de spectacle.

Parler d'esclavage n’a qu’un objectif : choquer pour mobiliser. Transformer un débat politique complexe en indignation morale afin d’éviter une discussion de fond. On ne discute pas des limites concrètes du fédéralisme canadien, on suggère qu’y rester serait moralement indéfendable. C'est peut-être efficace pour rallier la base péquiste, beaucoup moins pour séduire ceux qui hésitent à adhérer à l’option.

Le plus ironique, c’est que PSPP se présente comme le défenseur de la rigueur historique. Pourtant, il instrumentalise l’histoire au lieu de l’éclairer. Il ne cherche pas à nuancer, mais à imposer son propre récit. 

À force d’utiliser des images extrêmes, on finit par appauvrir le débat public. Le fédéralisme canadien mérite d’être critiqué sur des bases concrètes : les compétences, les pouvoirs, la langue, la culture, les choix économiques. Ces critiques existent. Elles sont sérieuses. Elles n’ont pas besoin d’être travesties en récit de servitude.

Au final, le problème n’est pas que PSPP critique le fédéralisme, c’est son rôle. Mais après avoir reproché au milieu culturel québécois sa "vacuité intellectuelle" et son "aplatventrisme", voilà qu’il cherche à nous convaincre qu'on vit dans l’« esclavage ». À mon sens, le fédéralisme se détériore moins rapidement que le jugement du chef du PQ.

jeudi 22 janvier 2026

Carney à Davos : la solitude d'un Québec indépendant.

Mark Carney ne mâche pas ses mots à Davos. Son message est clair : dans un monde dominé par les grandes puissances, la solitude est un luxe que peu de pays peuvent se permettre. Bien que son discours s’adresse d’abord aux nations de taille moyenne, il porte aussi un message indirect pour les indépendantistes québécois.

La question n’est pas idéologique. Il ne s’agit pas d’un débat sur l’identité québécoise ou sur la place du français à Montréal. Il s’agit simplement de rappeler que lorsque des leaders puissants imposent leurs décisions, ce ne sont pas les principes qui font la différence, mais la capacité concrète à se défendre. Comme le résume Carney à Davos : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »

Même le Canada, avec son appareil militaire, économique et diplomatique respectable, a du mal à se défendre seul face aux grandes puissances sans le soutien de ses alliés. Pour un Québec indépendant et isolé, cette vulnérabilité serait encore plus grande : il perdrait le poids collectif des provinces et l’accès aux alliances internationales, qui prennent des années à se construire, mais sont essentielles pour négocier, influencer et se protéger.

Le fédéralisme canadien joue ici le rôle de bouclier indispensable, renforcé par les alliances mondiales (ONU, OTAN, G7) qui amplifient la voix du pays et offrent un filet de sécurité qu’aucune province seule ne pourrait garantir.

Se séparer, c’est s’exposer à la perte de ce bouclier. Même si un référendum sur l’indépendance aboutissait à un « oui », rien ne garantit que le Québec serait immédiatement reconnu par les alliés du Canada ou accepté dans les institutions internationales. La souveraineté ne se limite pas à un vote référendaire : elle dépend aussi de la reconnaissance et de la crédibilité sur la scène internationale.

Il ne s’agit pas d’une attaque contre le rêve indépendantiste. Cela nous rappelle simplement que la liberté politique a un prix, et que ce prix peut être la vulnérabilité face à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. La force ne découle pas seulement de l’idéalisme, mais de la solidarité et de la masse critique.

Si le Québec aspire à peser sur la scène mondiale, il doit comprendre ce que signifie réellement être seul. Parce qu’en géopolitique, comme dans la vie, l’isolement n’offre aucune protection.

mardi 20 janvier 2026

Trump ou le triomphe de la paresse intellectuelle


Donald Trump n’a jamais cherché à construire un projet politique sérieux ou cohérent. Son « génie », si l’on peut dire, tient à sa capacité à transformer la politique en spectacle.

Ses discours sont courts, frappants et faciles à comprendre. Il ne cherche pas à convaincre par la raison : il séduit par la simplicité.

Pour l’analyste des politiques, son succès repose sur un mécanisme simple : l’ignorance rationnelle. S’informer correctement demande du temps et de l’effort. Il faut comparer des faits, vérifier des sources, accepter que le monde est complexe.

Suivre un leader qui réduit chaque débat à un combat moral ou un slogan ne demande rien. C’est confortable : on n’a pas besoin de réfléchir, il suffit d’applaudir.
 
Dans ce contexte, Trump peut se créer des succès imaginaires, inventer des alliances et se présenter comme une victime permanente, sans que personne ne conteste sa version.

Le monde selon Trump se lit comme un guide pour les nuls : la diplomatie n’est qu’intimidation et les tarifs douaniers sont des armes.

La vulgarité, les mensonges et les provocations ne sont pas des erreurs : ce sont des outils pour simplifier la réalité. Le but n’est pas de gouverner, mais de réconforter ceux qui renoncent à l’effort de compréhension, ou pour qui suivre Trump aveuglément devient un moyen de mousser leur propre popularité.
 
Le phénomène Trump dépasse les frontières. Même au Canada, des dizaines de milliers de personnes se disent séduites par le mouvement MAGA. Au delà du fait que ces sympathisants n’ont pas de vote aux États-Unis et aucun intérêt direct à mesurer les conséquences réelles des décisions de Trump, s’attacher à Trump est une abdication de l’esprit critique.

Bref, ceux qui cherchent à donner une profondeur à ses discours se ridiculisent. Soutenir le mouvement MAGA depuis le Canada n’est pas un acte de courage ou de rébellion : c’est essentiellement de la paresse intellectuelle.