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jeudi 22 janvier 2026

Carney à Davos : la solitude d'un Québec indépendant.

Mark Carney ne mâche pas ses mots à Davos. Son message est clair : dans un monde dominé par les grandes puissances, la solitude est un luxe que peu de pays peuvent se permettre. Bien que son discours s’adresse d’abord aux nations de taille moyenne, il porte aussi un message indirect pour les indépendantistes québécois.

La question n’est pas idéologique. Il ne s’agit pas d’un débat sur l’identité québécoise ou sur la place du français à Montréal. Il s’agit simplement de rappeler que lorsque des leaders puissants imposent leurs décisions, ce ne sont pas les principes qui font la différence, mais la capacité concrète à se défendre. Comme le résume Carney à Davos : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »

Même le Canada, avec son appareil militaire, économique et diplomatique respectable, a du mal à se défendre seul face aux grandes puissances sans le soutien de ses alliés. Pour un Québec indépendant et isolé, cette vulnérabilité serait encore plus grande : il perdrait le poids collectif des provinces et l’accès aux alliances internationales, qui prennent des années à se construire, mais sont essentielles pour négocier, influencer et se protéger.

Le fédéralisme canadien joue ici le rôle de bouclier indispensable, renforcé par les alliances mondiales (ONU, OTAN, G7) qui amplifient la voix du pays et offrent un filet de sécurité qu’aucune province seule ne pourrait garantir.

Se séparer, c’est s’exposer à la perte de ce bouclier. Même si un référendum sur l’indépendance aboutissait à un « oui », rien ne garantit que le Québec serait immédiatement reconnu par les alliés du Canada ou accepté dans les institutions internationales. La souveraineté ne se limite pas à un vote référendaire : elle dépend aussi de la reconnaissance et de la crédibilité sur la scène internationale.

Il ne s’agit pas d’une attaque contre le rêve indépendantiste. Cela nous rappelle simplement que la liberté politique a un prix, et que ce prix peut être la vulnérabilité face à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. La force ne découle pas seulement de l’idéalisme, mais de la solidarité et de la masse critique.

Si le Québec aspire à peser sur la scène mondiale, il doit comprendre ce que signifie réellement être seul. Parce qu’en géopolitique, comme dans la vie, l’isolement n’offre aucune protection.

mardi 20 janvier 2026

Trump ou le triomphe de la paresse intellectuelle


Donald Trump n’a jamais cherché à construire un projet politique sérieux ou cohérent. Son « génie », si l’on peut dire, tient à sa capacité à transformer la politique en spectacle.

Ses discours sont courts, frappants et faciles à comprendre. Il ne cherche pas à convaincre par la raison : il séduit par la simplicité.

Pour l’analyste des politiques, son succès repose sur un mécanisme simple : l’ignorance rationnelle. S’informer correctement demande du temps et de l’effort. Il faut comparer des faits, vérifier des sources, accepter que le monde est complexe.

Suivre un leader qui réduit chaque débat à un combat moral ou un slogan ne demande rien. C’est confortable : on n’a pas besoin de réfléchir, il suffit d’applaudir.
 
Dans ce contexte, Trump peut se créer des succès imaginaires, inventer des alliances et se présenter comme une victime permanente, sans que personne ne conteste sa version.

Le monde selon Trump se lit comme un guide pour les nuls : la diplomatie n’est qu’intimidation et les tarifs douaniers sont des armes.

La vulgarité, les mensonges et les provocations ne sont pas des erreurs : ce sont des outils pour simplifier la réalité. Le but n’est pas de gouverner, mais de réconforter ceux qui renoncent à l’effort de compréhension, ou pour qui suivre Trump aveuglément devient un moyen de mousser leur propre popularité.
 
Le phénomène Trump dépasse les frontières. Même au Canada, des dizaines de milliers de personnes se disent séduites par le mouvement MAGA. Au delà du fait que ces sympathisants n’ont pas de vote aux États-Unis et aucun intérêt direct à mesurer les conséquences réelles des décisions de Trump, s’attacher à Trump est une abdication de l’esprit critique.

Bref, ceux qui cherchent à donner une profondeur à ses discours se ridiculisent. Soutenir le mouvement MAGA depuis le Canada n’est pas un acte de courage ou de rébellion : c’est essentiellement de la paresse intellectuelle.

dimanche 18 janvier 2026

L’hypocrisie calculée : droits de la personne et commerce avec la Chine

Le Canada aime se présenter comme un défenseur des droits humains. Ottawa a dénoncé la répression des Ouïghours, l’érosion des libertés à Hong Kong ou les arrestations arbitraires en Chine. Pourtant, lors du récent voyage du Premier ministre Carney, ce discours moral a cédé le pas au pragmatisme économique.

Certains parlent de double langage, voire d’hypocrisie. Cette hypocrisie s’explique facilement : nos politiciens aiment défendre les droits de la personne… tant que cela ne leur coûte rien. Dès que des intérêts économiques majeurs entrent en jeu (comme l’accès au marché chinois) ces principes deviennent négociables.

Ce comportement de notre premier ministre n’est pas une nouveauté en soi. Rappelons que les États-Unis, notre principal partenaire commercial, n’ont jamais été un modèle de respect des droits de la personne. La crise de Minneapolis, la mort de George Floyd et les récentes violences policières montrent que les droits fondamentaux y sont souvent bafoués. Pourtant, personne n’a exigé que le premier ministre canadien aille à la Maison-Blanche sermonner le président américain en menaçant de rompre nos relations commerciales.

Nos élus agissent selon ce qui est politiquement rentable. Les gains du commerce avec la Chine sont tangibles et concentrés pour certains groupes de Canadiens, tandis que les coûts moraux (perte de crédibilité et empathie envers les étrangers) sont diffus et rarement visibles. Or, c’est le pragmatisme économique et non le discours moral qui permet de gagner des élections. 

Quant aux droits de l’homme, ils restent un slogan séduisant… tant qu’il reste gratuit.