Article épinglé

jeudi 13 décembre 2012

Guy Turcotte libéré: la crédibilité de notre système judiciaire entachée?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 13 décembre 2012.
La remise en liberté de Guy Turcotte vous indispose-t-elle ? Craignez-vous qu’elle nuise à la crédibilité de notre système judiciaire auprès de la population ?
Expliquez-nous
L'affaire Turcotte a plongé la population dans la consternation et embarrassé la justice. Quatre ans après avoir poignardé à mort ses deux enfants, et un an et demi après avoir reçu un verdict de non-responsabilité criminelle, Guy Turcotte est maintenant en liberté. Justice a-t-elle été rendue? On dit que la justice est infaillible. Peut-être. Mais l’affaire Turcotte donne l’impression d’une grande injustice. Interviewé dans le cadre de cette affaire, le juge Wagner de la Cour suprême souligne que « si la justice est critiquée sans être expliquée correctement, sa crédibilité risque d’être minée ». Eh bien, Monsieur le Juge, elle est minée. Alors, expliquez-nous. Comment se fait-il que deux enfants soient morts et que ce soit la faute de personne? Qu’est-ce que le jury a vu qu’on n’a pas vu? Qu’est-ce que les psychiatres ont compris que le simple citoyen ne peut comprendre? Et si c’est la faute de la démence, ne devrait-on pas poursuivre le dément, accuser le dément, condamner le dément… ou au moins, s’assurer d’avoir guéri le dément? Je sais, la démence a le dos large, mais 46 coups de couteau quand même…

mardi 11 décembre 2012

Que pensez-vous des 100 premiers jours du gouvernement Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 11 décembre 2012
Quelle est votre évaluation des 100 premiers jours du gouvernement Marois ? D’après vous, quel est son meilleur coup, et sa plus grande erreur ?

EN DEMI-TEINTE
Cent jours après son accession au pouvoir, c’est l’heure d’un premier bilan pour le gouvernement Marois. Au départ, l’élection du Parti québécois a suscité beaucoup d’inquiétude : certaines se sont dissipées depuis, d’autres sont persistantes. En fait, le gouvernement Marois n’est pas facile à suivre. En gérant par essais et erreurs, il a parfois donné l’impression de ne pas avoir les compétences requises pour gérer le Québec. Nous avons donc eu droit à trois mois de politique en demi-teinte. Son meilleur coup? Avoir mis en veilleuse quelques engagements électoraux, tout en ayant le courage de maintenir le retour à l'équilibre budgétaire pour 2013-2014. Sa plus grande erreur aura été de prendre des décisions précipitées dans plusieurs dossiers, donnant trop souvent l’impression de ne pas savoir où il va.  Si on peut attribuer ces erreurs de jeunesse à un gouvernement nouvellement élu, il est par contre difficile de pardonner au gouvernement Marois son copinage politique. La nomination discutable de Daniel Breton à l’Environnement et les parachutes dorés accordés à André Boisclair et Nicolas Girard risquent de faire un tort considérable à ce gouvernement qui promettait de laver plus blanc que blanc.

mardi 27 novembre 2012

Une mobilité libératrice


La Presse, mardi le 27 novembre 2012. P. A21. Aussi disponible sur cyberpresse.
Pierre Simard et Jean-Luc Migué
Après que le nouveau gouvernement du Québec a annoncé son intention d'augmenter l'impôt des nantis et la part imposable des gains en capital et des dividendes, certains Québécois ont songé à quitter le Québec. Évidemment, partir n'est pas simple. Outre la barrière linguistique et les douloureuses séparations familiales, encore faut-il trouver une terre d'accueil, une tâche ardue dans un monde où la plupart des pays multiplient les barrières à l'immigration.
Or voilà, le Québécois est aussi un Canadien. Et quelle que soit l'expression par laquelle il aime se définir - Québécois ou Canadien - il a la liberté de quitter le Québec pour une autre province canadienne sans avoir à obtenir un visa, un droit d'asile, une carte verte ou un permis de séjour. Ce droit individuel est garanti par la Charte des droits et libertés qui est enchâssée dans la Constitution canadienne.
Ce droit qui nous est accordé de quitter notre province pour aller s'installer dans une autre peut sembler anodin et sans réelle conséquence sur notre qualité de vie. Au contraire! La mobilité interprovinciale constitue l'une des grandes vertus d'un véritable fédéralisme. Ce droit permet d'instaurer une concurrence entre les gouvernements provinciaux; une saine concurrence qui s'avère bénéfique pour tous les Canadiens, y compris les Québécois.
Le Canada, rappelons-le, est une fédération de provinces qui possèdent leurs propres champs de compétences et leurs propres pouvoirs, dont celui de lever des impôts sur leur territoire. Cette décentralisation des pouvoirs confie donc à chaque province la responsabilité de déterminer un panier de services publics qu'elle financera directement auprès de ses résidants. Or, en ayant la liberté de se déplacer sur le territoire, chaque citoyen canadien a l'opportunité de choisir son lieu de résidence en comparant le panier de biens publics offert par chacune des provinces canadiennes ainsi que les prélèvements fiscaux qui y sont associés.
Il ne faut pas se surprendre qu'en annonçant son intention de hausser les impôts des particuliers, le gouvernement du Québec ait soudainement ranimé l'intérêt de certains de ses résidants pour les autres provinces canadiennes. Aucun gouvernement ne se réjouira de voir partir ses citoyens les plus mobiles: il s'agit souvent des ressources les plus qualifiées et des plus gros contribuables. Dans une province ou près de 40% des citoyens ne paient pas d'impôt sur le revenu, il y a de quoi inquiéter un ministre des Finances du Québec de voir migrer, à chaque départ annoncé, une fraction de sa cagnotte budgétaire.
En plus d'être un moyen d'échapper aux impôts abusifs des gouvernements locaux, la mobilité citoyenne offre également à chaque Canadien l'opportunité de s'exiler pour profiter de la croissance économique des provinces prospères. Bon an mal an, ce sont environ 300 000 Canadiens qui migrent à travers le Canada. C'est ainsi qu'en moins de 40 ans, les provinces de l'Alberta et de la Colombie-Britannique se sont enrichies chacune de plus d'un demi-million de nouveaux habitants en provenance des autres régions du pays. Pendant ce temps, malgré la barrière linguistique, le Québec a perdu plus de 528 000 résidents au profit des autres provinces. La population québécoise, qui représentait 27,9% de la population canadienne en 1971, avait décliné à 23,1% en 2011.
Dans cette perspective, le Québécois devrait se rappeler que, s'il suffit à un gouvernement de récolter moins du tiers des votes exprimés à une élection pour se sentir légitimé à ériger des barrières linguistiques à sa mobilité, la constitution canadienne lui permet quand même de voter avec ses jambes et de quitter la «Belle province» pour une autre province canadienne. Une liberté offrant à une majorité de Québécois la possibilité d'échapper à la dictature de sa minorité.
En conséquence, les Québécois, comme les autres Canadiens, devraient se féliciter de vivre dans un fédéralisme de concurrence et combattre vigoureusement toutes les menaces à leur mobilité citoyenne. Bref, la mobilité libératrice d'un citoyen, c'est aussi ça, le fédéralisme!

mercredi 21 novembre 2012

Le « taxicomane »


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 21 novembre 2012.
Pour atteindre le déficit zéro en 2013-2014, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, augmente les taxes sur l’alcool et le tabac et dégèle le tarif du bloc patrimonial d’électricité, sans compter la hausse d’impôt de 1,75% pour les revenus supérieurs à 100 000 $. Compte tenu de la situation économique au Québec, le budget vous apparaît-il convenable ?
Le « taxicomane »
Encore une fois, le « taxicomane » étatique a réussi à assouvir sa dépendance aux dépenses publiques. Il a même réussi à acheter les appuis lui permettant de garder les deux mains dans le Trésor public pendant quelque temps. La manœuvre? Rien d’original! D’abord, il a taxé le péché, puis le chauffage et il a grevé la carte de crédit du contribuable. Ensuite, il a gardé en fonction la distributrice à privilèges de manière à ce que les groupes d’intérêt lui fassent bonne presse. Opération réussie! Ce matin, les commentateurs de la chose publique n’en finissent plus d’exprimer leur soulagement à l’endroit du budget Marceau. Comme si le citoyen devait ignorer que le but du gouvernement était d’augmenter ses revenus en coupant le moins possible dans son train de vie. Prétextant l’équité et la justice sociale, et surtout pour satisfaire ceux qui votent du bon bord, notre ministre des Finances s’est donc affairé à prélever chez le contribuable le plus de revenus possible. Aujourd’hui, on nous demande de professer une foi aveugle dans la religion d’État et de nous féliciter d’être les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord. Désolé, mais je ne marche pas : non aux hausses d’impôt! Comme le disait Audiard : « Le jour est proche où nous n'aurons plus que "l'impôt" sur les os. »

jeudi 15 novembre 2012

Le citoyen se meurt... vive les carrés rouges.


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 15 novembre 2012.
Le ministre Pierre Duchesne songe à accorder le droit de grève aux étudiants, ce qui leur permettrait légalement d’empêcher leurs confrères d’assister à leurs cours. Êtes-vous d’accord ?
Le citoyen se meurt…
Les carrés rouges sont au pouvoir. Le temps presse, les gouvernements minoritaires sont fragiles. Vite! Changeons la loi pour accorder aux associations étudiantes le droit de grève. Légiférons pour empêcher les ignobles étudiants qui veulent étudier d’assister à leurs cours. Mais comment faire lorsque le port du carré rouge nous a enlevé toute forme de crédibilité? Faisons un grand sommet sur l’éducation! Les sommets socio-économiques ont toujours bien servi les visées collectivistes du PQ. Rien de mieux qu’une bonne discussion sous l’égide des syndicats et des associations étudiantes pour reprendre le contrôle de nos universités et annihiler les velléités individualistes des étudiants. Consolidons le monopole des groupes de pression sur le bien public. Réhabilitons la tyrannie des droits collectifs. Soyons progressistes. Ouste la Constitution, la Charte des droits et libertés et l'État qui protège vos droits individuels. Mettons fin aux injonctions de la cour et aux tristes condamnations pour outrage au tribunal de nos icônes de la pensée collectiviste. Le Québécois n’aurait jamais dû exister individuellement, c’est une dérive néolibérale. Le citoyen se meurt… vive les carrés rouges.

vendredi 9 novembre 2012

La mobilité libératrice : réflexions sur le fédéralisme canadien

Bulletin publié par L'idée fédérale , L'actualité fédérale, Novembre 2012 ,Vol.3, No.7


Pierre Simard et Jean-Luc Migué

Parfois, il fait bon de se remémorer que nous sommes privilégiés d’être membres d’une fédération qui offre la possibilité à un citoyen d’échapper aux décisions jugées inacceptables de son gouvernement provincial. Expliquons-nous!

Après que le nouveau gouvernement du Québec ait annoncé son intention d’augmenter l’impôt des nantis et la part imposable des gains en capital et des dividendes, certains Québécois ont songé à quitter le Québec.

Évidemment, partir n’est pas simple. Outre la barrière linguistique et les douloureuses séparations familiales, encore faut-il trouver une terre d’accueil, une tâche ardue dans un monde où la plupart des pays multiplient les barrières à l’immigration.

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Doit-on se réjouir de la réélection du président Obama?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi 9 novembre 2012.
La réélection du président américain Barack Obama vous réjouit-elle? Que souhaitez-vous qu'il accomplisse au cours de son second mandat?
L'ILLUSION OBAMA
Le Barack Obama de la campagne présidentielle de 2008 est bien ancré dans l'imaginaire médiatique québécois. On nous le représente comme le remède à tous les maux sociaux, celui qui relancera l'économie américaine tout en luttant contre la pauvreté, les inégalités et la pollution. Malheureusement, aimer de loin signifie souvent ignorer la réalité. L'Obama de 2012 est fondamentalement un politicien comme les autres : un président qui n'a pratiquement rien réalisé de ses promesses de premier mandat et qui a basé l'essentiel de sa réélection sur la diabolisation de son adversaire républicain. Malgré les milliards de dollars investis, la campagne présidentielle américaine de 2012 n'aura finalement servi à rien. Nos voisins sont revenus à la case départ : les démocrates contrôlent la Maison-Blanche et le Sénat, alors que les républicains gardent leur main mise sur la Chambre des représentants. Aujourd'hui, les Américains héritent d'un gouvernement et d'un électorat très divisés. D'ailleurs, rien de réjouissant en perspective puisque le second mandat du président s'amorcera par des négociations pour éviter le précipice fiscal de fin d'année : coup de gueule et petite politique au menu. Ce que j'aimerais qu'il fasse dans son second mandat? Ne serait-ce que la moitié de ce qu'il avait promis de faire dans son premier mandat...

mardi 30 octobre 2012

La tentation de Salem

Le Devoir, mardi le 29 octobre 2012.

Nous avons tous déjà entendu parler des sorcières de Salem, fameux procès contre la sorcellerie et les forces du mal. J’ai l’étrange sentiment que la Commission Charbonneau suscite le même genre d’hystérie collective qui a entouré ce légendaire procès.
Reportons-nous en 1692. La petite ville de Salem, près de Boston, vit sous la peur des démons. Deux jeunes filles, en proie à des crises de convulsion, sont diagnostiquées comme ensorcelées. Lorsqu’en période de transes elles prononcent le nom de citoyens, on est convaincu d’avoir trouvé les responsables de leur envoutement. Sur la foi de ces allégations délirantes, on emprisonna plus de 200 personnes, dont une trentaine furent pendues, coupables d’avoir troublé l’esprit des jeunes filles.
La paranoïa collective s’étira ainsi sur plusieurs mois. On se mit à douter de la véracité des allégations lorsque les jeunes filles nommèrent des juges. Ces derniers étant supposément protégés par Dieu, on décida de suspendre le tribunal et de trouver des preuves avant de poursuivre les pendaisons. En l’absence de preuves, le gouverneur du Massachusetts mit un terme aux procès : il valait mieux que dix sorcières échappent à la justice plutôt qu’une personne innocente soit condamnée.
Revenons à 2012. Dans la grande ville de Montréal se tient une commission d’enquête sur l’industrie de la construction. Deux hommes atteints par les forces du mal, Zambito et Surprenant, se concurrencent dans la dénonciation de politiciens, de fonctionnaires et d’entrepreneurs. Ces derniers seraient coupables de leur avoir inoculé la cupidité responsable de leurs déplorables crimes.
Depuis, un climat de suspicion a envahi le Québec. Le public applaudit chaque nouvelle révélation et salue le courage des dénonciateurs : ils seraient enfin exorcisés de leurs démons. En se fiant aux allégations de malfrats devenus vedettes, on condamne sans réserve tous les politiciens, fonctionnaires et entrepreneurs dont le nom est prononcé par les délateurs. L’échafaud médiatique est impitoyable! Les preuves? On s’en occupera plus tard!
Oubliez aussi le gouverneur de Salem qui ramène un peu de raison dans le débat. On n’en est pas là. On en est même très loin, si on prend acte des récentes déclarations du très respecté John Gomery. Dans un élan de morale et de puritanisme, le juge à la retraite – et ex-président de la Commission d'enquête sur les commandites – déclarait avec l’aplomb du justicier de Salem qu’il était choqué, voire horrifié par ce qu’il avait entendu. Prêtant foi aux témoignages, rumeurs et soupçons, il attribuait le mauvais état de nos routes aux entrepreneurs malhonnêtes, accusait d’incompétence le maire de Montréal et décrétait qu’on avait maintenant la preuve que le Québec était la province la plus corrompue. La cause serait entendue…
Le Québec de 2012, comme les habitants de Salem, mène une lutte contre les forces du mal. Toutefois, on semble déjà avoir oublié la mise en garde de la juge Charbonneau : elle ne préside pas un tribunal et qu’elle ne rendra pas de verdict de culpabilité. Pour l’instant, la commission donne écho aux épanchements d’escrocs pour qui la délation est une planche de salut potentiel. Un jour, il faudra toutefois faire la preuve de ces allégations; ce sera le rôle des tribunaux.
Comme tous les Québécois, j’ai hâte que justice soit faite. J’aimerais que cesse la corruption qui plombe nos finances publiques et que le Québec se délivre des forces du mal. Mais cette paranoïa collective me fait peur. Le Québec de 2012, ce n'est pas la France de Robespierre ou la Russie de Staline, lieux où des condamnations arbitraires tombaient sous la foi de simples allégations. Le Québec est encore un État de droit où un suspect est présumé innocent tant qu'il n'a pas été déclaré coupable par un tribunal. C’est ce qu’on appelle la présomption d’innocence.
Dans l’affaire de Salem, une des jeunes filles déclara quelques années plus tard : «Nous avons fait ça pour nous divertir et nous nous sommes bien amusées!» Malheureusement, beaucoup d'innocents avaient été tués.

jeudi 25 octobre 2012

Faut-il renforcer la loi 101?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 25 octobre 2012.
Depuis 10 ans, la proportion de Québécois qui parlent français a glissé de 83% à 81%. Par contre, durant la même période, le pourcentage d’immigrants qui utilisent le français à la maison a grimpé de 5,2 à 8,7%. À la lumière de ces statistiques, y a-t-il lieu de renforcer la loi 101, comme le croit le gouvernement Marois ?

Un problème inexistant
Le français décline-t-il au Québec? Pour certains analystes, le français fait des progrès; pour d’autres, il agonise. L’interprétation dépend du politicien, du média ou du journaliste qui analyse les données linguistiques du dernier recensement de Statistique Canada. En vérité, il est difficile de dire si le français se porte mieux ou s’il est pire qu’il y a dix ans. Or, c’est bien là le malheur de notre gouvernement provincial : s’il n’y a pas de problème avec la langue française, comment expliquer qu’on s’occupe à résoudre un problème inexistant? Que faire avec les multiples solutions proposées pour résoudre ce soi-disant problème national? Comment justifier un renforcement de la loi 101 ou l’obligation du Cégep en français lorsque la catastrophe annoncée tarde à se manifester? Eh bien, si ça prend un problème, créons un problème! Comme ça, en offrant des solutions à un problème qui n’existe pas, on réussira à créer de nouveaux problèmes qui appelleront de nouvelles solutions. Des solutions qui ne manqueront pas de conduire à des problèmes encore plus grands qui, chaque fois, devront être résolus par de nouveaux impôts ou des contraintes aux libertés individuelles. Bref, les problèmes, nos politiciens s’en occupent…

La nébuleuse affaire Lance Armstrong

Journal de Montréal et Journal de Québec (p.19) jeudi 25 octobre 2012.

Filip Palda et Pierre Simard

L’Agence américaine antidopage (USADA) déposait récemment un rapport reprochant à Lance Armstrong l’usage de produits dopants durant sa carrière cycliste. C’est grâce à la dénonciation d’anciens coéquipiers qu’on aurait finalement réussi à clouer le cercueil du septuple vainqueur du Tour de France. Depuis, Lance Armstrong est honni à la face du monde. Est-il vraiment coupable de dopage? Nous demeurons sceptiques face à ce rapport qui aura, malgré tout, réussi à saper la réputation de l’ex-champion cycliste.

Si les éléments de preuve avancée par l’USADA semblent inébranlables, c’est seulement qu’on accorde une importance démesurée aux ouï-dire et qu’on néglige d’autant les preuves directes et scientifiques. Des preuves qui, malgré les nombreuses allégations, ont été impossibles à établir à ce jour. Aujourd’hui, force est de constater que si cette nouvelle controverse est accablante pour Lance Armstrong, elle l’est tout autant pour la bureaucratie de l’antidopage.

Oublions les « on-dit », les potins ainsi que les rumeurs et prêtons-nous à un court exercice. Supposons, comme l’affirme certains de ses coéquipiers, que Lance Armstrong a utilisé des drogues améliorant sa performance pendant toute sa carrière post cancer. Faisons l’hypothèse, comme le veut la rumeur, qu’il était le roi de la triche et qu’il pouvait contourner les tests antidopage dans 99 % des cas (le crime n’est jamais parfait, même lorsqu’on parle d’Armstrong). Enfin, tenons pour acquis que Lance Armstrong dit vrai lorsqu’il affirme avoir été testé 500 fois dans sa carrière.

Les outils de l’analyse statistique nous permettent de calculer que les probabilités qu’Armstrong échappe à un contrôle positif dans ces circonstances sont de sept dixièmes d’un pour cent (0,07 %). En somme, la probabilité que le cycliste ait pu échapper aux tests de l’agence — malgré son génie de la triche — est donc infime. Statistiquement, les probabilités d’être contrôlé positif en au moins une occasion était de 99,3 %, et ce, malgré sa faculté à pouvoir contourner les tests antidopages 99 fois sur 100.

Comment l’USADA peut-elle nous expliquer cette capacité quasi-miraculeuse de Lance Armstrong à contourner les tests antidopages? C’est un défi à la statistique, voire à la raison. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

La conspiration du silence.
La seconde thèse de l’Agence repose sur l’idée que Lance Armstrong a orchestré une vaste conspiration du silence autour de ses séances de « piquerie ». C’est ainsi qu’à chaque Tour de France auquel il a participé, ses sept coéquipiers auraient comploté avec lui pour déjouer les investigations incessantes des agences antidopages. Voilà qui nous laisse également songeurs.

L’analyse économique de la conspiration nous enseigne que l'incitation à participer à un complot est concevable lorsque les gains de la tricherie sont supérieurs à ceux qu’on pourrait tirer d’une dénonciation. Pourquoi les coéquipiers d’Armstrong auraient-ils accepté de participer à ce complot alors que sa dénonciation aurait pu leur procurer une rente considérable? Le dénoncer n’était-elle pas l’occasion inespérée pour eux de devenir des héros, d’obtenir un contrat pour un livre ou même un moyen de dédouaner leur propre tricherie? Les gains potentiels d’une dénonciation étaient beaucoup plus importants que la compensation qu’Armstrong aurait pu leur verser pour acheter leur silence.

En réalité, le fait qu'aucun d’eux n’ait porté des accusations contre lui suggère que les gains anticipés d’une telle dénonciation étaient insuffisants à l’époque. À moins, évidemment, que Lance Armstrong ne se soit pas dopé…

Aujourd’hui, les gains d’une dénonciation de Lance Armstrong semblent s’être accrus considérablement. Ils sont nombreux à s’abreuver à la rente de déchéance de l’ancien « boss », en particulier le principal acheteur de ces délations, qui cherche depuis des lunes à prouver son efficacité en détrônant l’icône du cyclisme.

Bref, même si vous n'êtes pas un admirateur de Lance Armstrong ou que vous n’avez aucun intérêt pour l’analyse économique des conspirations, l’affaire Armstrong n’offre que deux interprétations possibles : soit cette vaste bureaucratie de l’antidopage (qui coute des millions de dollars) est gravement incompétente et leurs tests sont aussi inefficaces qu’inutiles, soit Lance Armstrong est tout simplement innocent. L’un n’exclut pas l’autre, évidemment!

jeudi 11 octobre 2012

Taxe santé et hausse d'impôts: un bon compromis?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 11 octobre 2011
Que pensez-vous de la décision du gouvernement Marois de maintenir la taxe santé, en la rendant plus progressive, et d’augmenter les impôts des Québécois dont le revenu net est supérieur à 100 000 $ ? Est-ce un bon compromis ? Une promesse reniée ?

Promettre n'importe quoi
Ah les promesses électorales! S’il fallait que nos politiciens tiennent leurs promesses, le Québec serait en banqueroute depuis longtemps. Le PQ avait promis d’abolir la taxe santé et de faire payer les riches. Le problème, c’est que notre nouveau ministre des finances a rapidement réalisé que le Québec manquait de riches et qu’il les ferait fuir en les surtaxant. Que faire? Faire comme tout politicien qui se respecte et… ne pas respecter sa promesse. De toute façon, qui lui en voudra? Les promesses électorales, c’est comme les résolutions du jour de l’an : il ne suffit que de quelques semaines pour qu’elles soient oubliées. Les électeurs ne pénalisent jamais les politiciens qui rompent leurs promesses. C’est d’ailleurs pourquoi ils promettent n'importe quoi sans en mesurer les effets. Pis encore, les tergiversations des dernières semaines auront paradoxalement montré qu’on fait des promesses pour gagner des élections et qu’on les rompt pour se maintenir au pouvoir. Un politicien qui revient sur ses promesses n’est peut-être pas édifiant, mais je n’ose imaginer les dommages créés par celui qui les réaliserait. Vous voulez ne pas être déçu par la politique? À la prochaine élection, votez pour celui qui ne fait pas de promesses.

mardi 9 octobre 2012

Les dangers d’une gouvernance verte


Journal de Québec et Journal de Montréal, mardi le 9 octobre 2012.

Pierre Simard et Germain Belzile*

Le Québec deviendra un chef de file environnemental dans le monde, selon Mme Marois. « Les verts sont au pouvoir », ajoute notre nouveau ministre de l’Environnement. Cette nouvelle gouvernance verte ramènera-t-elle la province sur le chemin de la prospérité? Permettez-nous d’en douter.
Le gouvernement ne crée pas d’emploi
Il suffirait, semble-t-il, d’un peu de volonté gouvernementale pour inonder le marché d’emplois verts. La réalité, c’est que le gouvernement ne crée pas d’emploi. S’il choisit d’investir dans un secteur économique, ce sera au détriment d’un autre. En d’autres mots, tout ce qu’un gouvernement péquiste pourra faire, c’est de subventionner son économie verte par des impôts prélevés dans l’économie productive.

Le gouvernement ôtera donc des ressources à des entreprises qui contribuent à notre qualité de vie, pour les réorienter vers des entreprises vertes dont les activités seront triées par les politiciens. Par exemple, il détruira des emplois dans le secteur de l'énergie conventionnelle en nous promettant, en contrepartie, de créer des emplois dans les énergies vertes.
Le problème avec les emplois verts promis par le gouvernement Marois, c’est qu’on détruira des emplois visant à satisfaire les préférences des consommateurs, pour les remplacer par des emplois correspondant aux préférences des politiciens. Et c’est sans compter que l’implication du gouvernement dans l’économie ne se fait jamais à coût nul. N’oubliez pas qu’à l’occasion de ce transfert de richesse vers l’économie verte, le gouvernement prélèvera un petit pactole pour subvenir à ses propres opérations, achètera au passage l’adhésion des groupes de pression et paiera une prime pour couvrir les risques financiers d’un entrepreneur politique qui n’entreprend jamais rien sans que l’État ne couvre ses arrières.
Les politiciens attirent les prédateurs de fonds publics
En confiant à des politiciens le rôle de sélectionner les entreprises de l’avenir, on étouffe l’entrepreneur capitaliste au profit de l’entrepreneur politique. On privilégie cet entrepreneur qui gagne sa place au soleil en décrochant un mirobolant contrat gouvernemental, en faisant subventionner son entreprise ou en faisant adopter une loi ou un règlement qui nuit à la concurrence. La commission Charbonneau nous rappelle d’ailleurs, chaque jour, les dangers de l’intervention massive de l’État dans l’économie.

Ce n’est pas parce qu’un élu a le pouvoir d’investir l’argent des contribuables qu’il est apte à faire les bons choix pour l’avenir du Québec. L’exemple des pays européens qui ont dû abandonner d’ambitieux programmes publics verts  -  en raison des coûts astronomiques et de leurs effets néfastes sur les finances publiques - devrait nous inviter à la prudence.
Le gouvernement a peut-être un rôle légitime à jouer dans le financement de la recherche en environnement, mais les politiciens devraient faire acte d’humilité et laisser les entrepreneurs capitalistes s’occuper des préférences environnementales des citoyens. N’ayez crainte, il y aura toujours un entrepreneur capitaliste pour satisfaire une préférence verte chez le consommateur.
D’ici là, on peut présumer que l’opération « économie verte » mise de l’avant par le nouveau gouvernement réduira notre qualité de vie, nous fera perdre des emplois productifs et renforcera la présence d’un type d’entrepreneur dont nous cherchons à nous débarrasser : le prédateur de fonds publics.
* Les auteurs sont respectivement professeur à l’ENAP et maître d’enseignement à HEC Montréal.

lundi 1 octobre 2012

Omar Khadr devrait-il être libéré rapidement?


La Presse.ca, La Presse Débats, 1er octobre 2012.
Maintenant qu’Omar Khadr a été rapatrié au Canada, quand devrait-on le libérer ? Le plus tôt possible ? L’an prochain, lorsqu’il sera admissible à une libération conditionnelle ? Ou seulement en 2018, quand il aura purgé toute sa peine ?

Les opinions sur le sort qu’on devrait réserver à Omar Khadr sont très polarisées. À un extrême, il y a ceux qui clament haut et fort que Khadr n’était qu’un enfant-soldat qui doit être remis immédiatement en liberté : une victime inoffensive et injustement traitée par les méchants Américains. À l’autre extrême, il y a ceux qui voient Khadr comme un terroriste incorrigible qui devrait purger l’entièreté de sa peine afin d’éviter qu’il reprenne ses activités subversives dès sa remise en liberté. Entre le meurtrier sanguinaire et la pauvre victime de son éducation familiale, il y a peut-être un autre Khadr : un Khadr inconnu de nos politiciens, un Khadr différent de celui qui ne sert qu’à engranger des votes. Il serait peut-être opportun de  dépolitiser le dossier et de laisser les autorités compétentes et apolitiques déterminer le sort à lui réserver. Ce qu’il nous faut, c’est un comité qui, tout en se rappelant que Khadr n’avait que 15 ans lors des événements qu’on lui reproche, considérera aussi le fait qu’il a plaidé coupable à des crimes de guerre. Entre l’irresponsabilité totale et l’entière responsabilité de ses actes, il y a peut-être une position plus nuancée que celle avancée par nos politiciens et nos groupes d’intérêts.

mercredi 26 septembre 2012

Le PLC a-t-il besoin d'un Justin Trudeau ou d'un Mark Carney?

La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 26 septembre 2012.
De quel style de chef a besoin le Parti libéral du Canada? D’un Justin Trudeau, qui veut suivre les traces de son père? Ou bien d’un Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, qui fait l’objet de pressions par des militants pour se présenter ?
Le plus beau !
Qui choisir entre Mike Carney et Justin Trudeau? Le plus beau des deux! Daniel Hamermesh, de l’Université du Texas, est le père de la « pulchrinomics » : un nouveau champ de la science économique qui mesure les avantages de la beauté physique sur plusieurs aspects de votre vie. Selon ses recherches, la beauté serait payante. Les belles personnes auraient de meilleurs revenus que les laides. Il en irait de même pour les politiciens, dont l’apparence physique serait un gage de succès électoral. Pour me mettre au parfum de la course à la chefferie du Parti libéral du Canada, j’ai suis donc allé voir la photo des deux candidats. Rien de concluant à mes yeux, sinon que Justin aurait l’atout supplémentaire d’être un bon boxeur. C’est sans doute ce qui explique qu’avant même d’avoir déposé officiellement sa candidature et présenté sa plateforme électorale, le fils de l’autre mènerait dans les sondages d’opinion. D’ici à ce que les faiseurs d’image nous étalent les qualités intellectuelles des candidats en lice, je m’abstiendrai de prendre position. Mon problème, je l’avoue, c’est que ma grand-mère me répétait sans cesse que la beauté n’apporte pas à manger… elle ignorait sans doute que la beauté peut faire gagner des élections. Le pire : je blague à peine!

lundi 24 septembre 2012

Devrait-on hausser les impôts des revenus supérieurs à 130 000$?

La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 24 septembre 2011.

Êtes-vous d’accord avec le gouvernement Marois qui entend augmenter les impôts des revenus supérieurs à 130 000 $ en ajoutant deux paliers d’imposition supplémentaires ? Est-il justifié de procéder de façon rétroactive ?
Une amende à la richesse
Personne n’aime payer des impôts, le riche comme le moins riche. Surtout si ce nouvel impôt prend l’allure d’une punition à une règle non écrite. En annonçant deux nouveaux paliers d’imposition (+ de 130 000 $ et + de 250 000 $), le gouvernement Marois cherche sans doute à satisfaire les revendications d’une gauche politique pour qui les mieux nantis ne sont que des exploiteurs. En imposant les hauts salariés de manière rétrospective, il envoie cependant un mauvais message : celui que le gouvernement peut venir fouiller dans vos poches sans vous en informer préalablement. C’est comme si on vous envoyait une facture pour avoir dépassé les limites de la richesse acceptable au Québec. Voici votre amende, ça vous apprendra! Le problème, c’est que les riches vont apprendre. Ce n’est pas parce qu’un riche est riche qu’il est con. L’an prochain, il travaillera moins, votera par les pieds en s’expatriant ou se trouvera une niche fiscale quelque part. La mine des hauts salariés qui paient des impôts pour ceux qui n’en paient pas est sur le point de se tarir. À court terme, le PQ aura peut-être regagné quelques votes chez Québec solidaire, mais ce n’est sûrement pas de cette façon qu’on relancera la croissance économique du Québec.

jeudi 20 septembre 2012

Que pensez-vous du cabinet Marois ?

La Presse, Débats, vendredi 21 septembre 2012, p.A21.
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 20 septembre 2012.

Que pensez-vous de la composition du cabinet Marois ? Certaines nominations vous surprennent-elles ?

La diversion 
Le conseil des ministres présentés par Mme Marois a un mandat clair : préparer les prochaines élections. Des élections qui, selon les observateurs, pourraient être déclenchées d’ici deux ans. L’objectif de Mme Marois est simple : profiter des prochains mois pour récupérer les appuis perdus au profit de Québec solidaire et Option nationale. Des appuis qui, si l’on se fie aux stratèges péquistes, auraient coûté au PQ sa majorité parlementaire. Pour y arriver, Mme Marois a opté pour une stratégie de diversion. Pendant que les ministères à vocation économique seront sous la responsabilité de recrues inexpérimentées et surchargées, les étoiles du parti s’occuperont de récupérer les votes perdus. Pendant que les Marceau et Gaudreault se tiendront loin des feux de la rampe – car trop occupés à mettre en place de nouvelles structures, à déménager des fonctionnaires et à commander la nouvelle papeterie de leur ministère – une nouvelle campagne électorale battra son plein. Les plus médiatisés des ministres comme Drainville, Lisée, Duchesne et Breton seront en mission pour récupérer le vote souverainiste, le vote étudiant, le vote syndical et le vote vert. Bref, le vote qui aurait pu faire la différence entre un gouvernement minoritaire et majoritaire. Pendant ce temps, le Plan Nord se transformera en Plan mort et on aura réussi à détourner l’attention des électeurs de la précarité de nos finances publiques.