Article épinglé

vendredi 4 septembre 2015

Une grève des enseignants pour le bien de nos enfants?

Le Devoir, le 4 septembre 2015, p. A9. (disponible en ligne)

Nos enfants feront-ils les frais des moyens de pression de leurs professeurs? C’est ce que soupçonnent nombre de parents dont les enfants sont laissés pour compte chaque fois que les enseignants descendent dans la rue. Et ils n’ont pas tort!

Nos syndicats de professeurs nous avaient promis un automne chaud et ils tiennent leur promesse. Les enseignants de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE) envisageraient même de déclencher un arrêt de travail de trois jours. Une grève pour le bien de nos enfants, semble-t-il. Vraiment?

Je ne voudrais pas jouer au « parent-roi », mais deux articles scientifiques montrent que les élèves sont souvent les premières victimes des moyens de pression de leurs professeurs.  

Grèves et réussite scolaire
Les économistes Michael Baker de l’Université de Toronto et David R. Johnson de l’Université Wilfrid-Laurier ont étudié les conflits de travail dans les écoles primaires de l'Ontario du milieu des années 1990 au début des années 2000. 

Ils ont comparé le rendement scolaire de cohortes d’élèves ayant subi ou non des arrêts de travail. Les résultats de leurs travaux sont sans équivoque : les grèves d’enseignants nuisent à la réussite scolaire des élèves.

Michael Baker (2013) a observé que ce sont surtout les étudiants de 5e et de 6e année qui subissaient les contrecoups. Les élèves qui vivent un arrêt de travail seraient plus susceptibles que les autres d’échouer à leur évaluation de mathématiques. Leurs compétences en lecture seraient également moindres que celles des élèves qui n’ont pas vécu de grève. En somme, Baker montre qu’il existe une relation étroite et négative entre les grèves des enseignants et la performance scolaire.

David Johnson (2011), qui a étudié les mêmes grèves ontariennes et observé des effets similaires sur les résultats scolaires des élèves, note que ce sont les enfants défavorisés qui sont les plus touchés par les conflits de travail.  Il a aussi observé que plus les conflits de travail s’étiraient, plus les dommages infligés à nos jeunes étaient perceptibles.

Reprendre chaque jour perdu
À l’aube d’une nouvelle période de perturbations scolaires, il semble opportun de rappeler à nos syndicats d’enseignants que le recours à la grève dans le domaine de l’éducation n’a rien d’anodin. Aussi légal que soit le geste, mettre des jeunes à la rue risque d’entraver leur capacité d’apprentissage et, peut-être même, de les handicaper pour la vie.

En somme, si nos enseignants étaient vraiment soucieux de la réussite scolaire de nos jeunes, ils annonceraient dès maintenant que chaque journée perdue à cause de la grève sera reprise intégralement pendant le calendrier scolaire ou lors de la période estivale.

Ce faisant, les passionnés de justice sociale y verraient une volonté de réparer les dommages infligés aux jeunes otages, et les parents y décèleraient une preuve tangible que nos professeurs ont vraiment à cœur l’avenir de leurs élèves.





Michael Baker, Industrial Actions in Schools: Strikes and Student Achievement, Canadian Journal of Economics 46 (3) (2013), 1014–1036.
David R. Johnson, Do Strikes and Work-to-Rule Campaigns Change Elementary School Assessment Results? Canadian Public Policy, 2011, vol. 37, issue 4, pages 479-494

mardi 25 août 2015

Voter contre…

La Presse, mardi le 25 août 2015, p. A15. (disponible sur La Presse+)

En 2012, on a vécu la campagne électorale « N’importe qui sauf le PQ ». En 2015, c’est « Anybody but Harper ». Chaque élection ressasse la même comédie intitulée « Votons stratégique contre […] ».

La politique ne consiste plus à faire la promotion de ses idées, mais à dénigrer celles des autres. Nos campagnes électorales sont le théâtre de stratégies douteuses où l’électeur est invité à donner son vote à un inconnu, pour hypothétiquement en défaire un autre... trop connu.

Nos élections sont teintées d’un tel négativisme qu’il faudrait songer à revoir notre mode de scrutin pour permettre à l’électeur d’exprimer son désaveu à un candidat ou au parti qu’il représente.

Le vote contre
Il suffirait, par exemple, de permettre le vote « contre ». Chaque électeur n’aurait droit, comme dans le régime électoral actuel, qu’à un seul vote. La différence, c’est qu’il pourrait choisir de l’utiliser pour voter « pour » ou « contre » un candidat.

Chaque bulletin de vote serait imprimé recto verso. Au recto, il serait inscrit : Je vote « pour » le candidat A, B ou C.  Au verso, on pourrait lire : Je vote « contre » le candidat : A, B, ou C.  L’électeur choisirait le côté du bulletin de vote sur lequel il veut apposer son « X ».

Chaque vote « contre » obtenu par un candidat serait soustrait de ses votes « pour». Le candidat ayant reçu 1000 votes « pour » et 400 « contre » obtiendrait un solde électoral de 600 votes. Le vainqueur serait celui recueillant le solde de vote le plus élevé.

Cette variante simple du vote pondéré, qui n’est pas nouvelle en soi, a le mérite d'être peu coûteuse à mettre en œuvre, si ce n’est qu’elle obligerait nos scrutateurs à faire des soustractions.

Les avantages
Cette réforme du mode de scrutin ne modifierait probablement pas de manière importante les résultats électoraux. Son introduction présenterait toutefois certains avantages.

Se déplacer et prendre de son précieux temps pour aller voter en se pinçant le nez n’est pas donné à tous. 

On peut penser qu’offrir à l’électeur la possibilité de voter contre un candidat pourrait ramener à l’urne une part significative des quelque 40 % d’absentéistes aux quatre dernières élections fédérales.

Principalement ceux qui croient encore que leur vote peut faire une différence, mais qui se sentent incapables d’accorder leur confiance aux candidats qui leur sont proposés.

Appuyer un candidat qu’on ne connaît pas, du simple fait qu’on en déteste un autre, est un geste inconséquent et démotivant. Voter pour Mulcair parce que votre syndicat déteste Harper, ou voter pour le PLQ parce qu’un animateur de radio déteste le PQ, c’est brader son futur droit de critique et servir de proie aux adeptes du ridicule cliché : « Désolé, mais vous avez voté pour ça ».

Certains diront que l’exercice démocratique doit demeurer un geste positif, que l’électeur doit voter pour le meilleur candidat de sa circonscription et non pour un parti, etc. Malheureusement, notre réalité politique est tout autre.
...
Il n’existe pas de mécanisme parfait de révélation des préférences électorales, c’est vrai. Néanmoins, toute révision de notre mode de scrutin qui permettrait à un plus grand nombre d’électeurs de s’exprimer, et ce de façon claire, serait une bonne nouvelle pour notre démocratie. À défaut d’être positif, soyons pragmatiques!

mercredi 22 juillet 2015

Taxer les cadavres commerciaux

Journal de Montréal et Journal de Québec, mercredi le 22 juillet 2015. (JM p.21 et JQ p.14)

Décidément, il n’y a guère de problèmes que nos politiciens ne puissent régler par une nouvelle taxe. Aussi, pour inciter les propriétaires à louer leurs locaux vacants, le maire du Plateau-Mont-Royal veut-il leur imposer une taxe spéciale… une taxe sur les cadavres commerciaux!

On ne peut qu’essayer d’imaginer sa logique : il est clair que tous les propriétaires laissent leurs locaux vides volontairement; que les commerçants mettent la clé dans la porte pour le simple plaisir de la chose. Perdre de l’argent ou fermer son commerce est le nouveau leitmotiv des méchants capitalistes du Plateau-Mont-Royal. Allez, taxons-les!

On sait déjà que gagner de l’argent est mal vu au Québec. Taxer la réussite et le succès, voire les riches, est même devenu pour certains un symbole de justice sociale. Ce qu’on ne savait pas cependant, c’est que cette noble poursuite d’équité s’étendrait jusqu’à taxer l’échec et l’insuccès.

Irresponsabilité
Les politiciens s’estiment souvent responsables de la réussite des entrepreneurs, mais ils déclinent toute responsabilité quant à leur échec. C’est sans doute pourquoi il ne viendrait jamais à l’esprit du maire Ferrandez que la panoplie de lois et de règlements municipaux adoptés au fils des ans sous sa gouverne puisse être en partie responsable des difficultés commerciales de son arrondissement.

Plutôt que de soulager ses commerçants des affres bureaucratiques ou de s’attaquer à la confusion des sens uniques qui fait fuir la clientèle, il leur prescrit une nouvelle taxe… pour soi-disant soulager les survivants de la laideur du bide commercial.

Lorsqu’il est temps d’imposer son diktat, rien ne l’arrête. Faisant fi de la Loi sur l’aménagement du territoire qui lui interdit de lever une taxe d’inoccupation, il en a déniché une autre lui permettant d’imposer une taxe spéciale sur les stationnements à ciel ouvert. Comme si une taxe ne se répercutait pas sur le prix des loyers.

Probablement que dans l’esprit du maire, plus les loyers seront chers, plus les locaux seront faciles à louer. Allez donc savoir.

Taxage
Et encore, comme si ce n’était pas suffisant, il  menace, harcèle et lâche ses sbires aux trousses des propriétaires récalcitrants. Des bureaucrates qui épient les ordures, multiplient les inspections et distribuent allègrement des contraventions aux récalcitrants.

Il fallait d’ailleurs sentir la fierté du maire déclarant aux médias : « On donne 2000 contraventions par année. C’est quatre fois plus que le deuxième arrondissement à en distribuer le plus. » Bref, un bureau de la coercition du Plateau qui prend les bouchées doubles.
L’ex-président américain, Ronald Reagan, disait que les gouvernements ont une vision très sommaire de l’économie : « Si ça bouge, on ajoute des taxes. Si ça bouge toujours, on impose des lois. Si ça s'arrête de bouger, on donne des subventions. » 


Pour le bourgmestre du Plateau, la gestion publique est encore plus simple : si ça bouge, il ajoute des taxes, si ça ne bouge plus, il rajoute des taxes. Absurde!

mercredi 14 janvier 2015

Les dangers d’un référendum sur l’austérité


Journal de Montréal et Journal de Québec, mercredi le 15 janvier 2015. (JM p. 40 et JQ p.16)
 
Pour contrer les initiatives syndicales visant à faire dérailler la démarche gouvernementale de redressement des finances publiques, nos grands quotidiens proposent d’organiser un référendum sur l’austérité. Danger! À moins que le Québec soit atteint d’un syndrome de Stockholm collectif, ce référendum risque de perpétuer la dépendance de l’État aux dépenses publiques.
J’en conviens, le redressement des finances publiques est primordial pour l’avenir du Québec. Mais il faut miser sur beaucoup d’empathie politicienne pour croire que la majorité silencieuse du Québec légitimerait, voire encouragerait, les décisions d’un État qui n’a cessé de lui confisquer ses revenus et empiété sur ses libertés depuis 50 ans.
Jusqu’ici, la soi-disant rigueur budgétaire du gouvernement Couillard, c’est d’abord et avant tout la majorité silencieuse qui en fait les frais. C’est le contribuable qui récolte les hausses de taxes, de tarifs et d’impôt décrétés au nom de l’équilibre budgétaire. C’est lui qui se fait amputer ses revenus par des hausses de tarifs de garderie, des hausses de taxes municipales, des taxes sur le carbone, etc.
Et le gouvernement? Il promet de contribuer. Non pas de couper dans ses dépenses, mais de réduire leur croissance. C’est comme ça! Les contribuables québécois sont toujours moins égaux que leur gouvernement dans le partage des efforts d’équilibrage des finances publiques.
Fausse prémisse
Mais personne n’est dupe. Alors que le gouvernement profite du prétexte du redressement budgétaire pour nous saigner davantage, il continue à essaimer les privilèges et à investir des milliards dans des projets douteux : des éoliennes, des cimenteries, des emplois chez CGI, etc.
Le problème avec cette idée de référendum, c’est qu’elle repose sur une fausse prémisse : celle que l’État ne nous prélèvera que ce dont il a besoin pour équilibrer son budget; que toutes ces nouvelles ponctions permettront à l’État de rembourser notre énorme dette, et qu’ensuite, en bon père de famille, il nous retournera ses excédents sous forme de baisses d'impôt. Mon œil!
Ce n’est pas parce qu’une majorité de Québécois est silencieuse qu’elle est stupide. Il y a longtemps qu’elle a fait sien l’enseignement de J. Buchanan (Nobel 1986) selon lequel le but de l'État est essentiellement de nous prélever le plus de revenus possible; qu’une fois qu’il nous a bien plumés, il ajuste ses dépenses en conséquence. 

Problème d'obésité
Les syndicats ne sont pas la véritable source du problème; c’est plutôt l’obésité de l’État québécois. Ce sont nos gouvernements qui ont accordé aux syndicats les privilèges dont ils abusent aujourd’hui. Aussi, ce n’est qu’en limitant les ressources que le gouvernement peut nous prélever qu’on l’obligera à réduire ses dépenses et, par conséquent, à sevrer la bête syndicale.
En attendant que la majorité silencieuse se révolte et oblige nos gouvernements à mettre en place des contraintes à son pouvoir de dépenser, il faut éviter un référendum qui permettrait aux syndicats de récupérer l’exaspération des contribuables à l’endroit des abus de nos politiciens.
Bref, ce n’est pas un référendum d’appui au gouvernement qu’il faut organiser, mais la résistance fiscale des contribuables. Où est notre Gérard Depardieu?

mercredi 29 octobre 2014

Et si un loup solitaire frappe à ma porte…

Journal de Québec et Journal de Montréal, mercredi le 29 octobre 2014, p.40

L’attentat d’Ottawa a semé l’inquiétude dans la population. Comme beaucoup d’entre vous, je suis désormais envahi par un sentiment d’impuissance face à la menace terroriste. Et si un loup solitaire frappait à ma porte?
Pendant des heures, les médias télévisés du monde entier ont diffusé les images de policiers aux trousses d’un terroriste armé; de citoyens exprimant leur crainte et leur impuissance devant l’horreur; d’experts expliquant les difficultés de contrer ce type d’attentat; de politiciens clamant que la démocratie ne cèderait pas à la terreur. 
Les journalistes ont également salué le courage des politiciens québécois, qui ont unanimement décidé de poursuivre la période de questions à l’Assemblée nationale. Mais entre vous et moi, lorsqu’on est entouré de gardes du corps, à 450 kilomètres du chaos qui plus est, il n’y a pas guère de risques à discuter encore quelques heures. Surtout lorsqu’il est question de rassurer un peuple désarmé et impuissant.
Je peux comprendre les préoccupations des politiciens : faire quelque chose et montrer qu’ils s’en occupent. Mais quand leur seule réponse consiste à multiplier les contrôles et à se donner plus de pouvoir, je ne me sens guère rassuré.
Ils le savent et tout le monde le sait installer des policiers devant le Parlement, les édifices publics et les bases militaires n'aura qu'une efficacité limitée pour contrer les actes des loups solitaires. En moins de 48 heures, deux individus ont réussi à faire la démonstration de l’inutilité de toutes ces mesures de sécurité décrétées au fil des événements par nos gouvernements.
Aujourd’hui, il faut se compter chanceux que nos extrémistes locaux ne se soient pas inspirés d’Anders Breivik, ce terroriste norvégien qui a assassiné 77 personnes et fait 151 blessés, dont la plupart de jeunes adolescents (2011).
Dans les prochaines semaines, nos politiciens se demanderont sans doute comment Michael Zehaf-Bibeau a pu se procurer une arme à feu. Comment un individu avec un passé criminel, connu de nos corps policiers, a-t-il pu débarquer sur la colline parlementaire avec une carabine alors qu’on lui en avait interdit la possession?
La réponse est pourtant simple : les criminels trouveront toujours des armes, et aucune interdiction gouvernementale ne les empêchera de poser leurs gestes insensés.
Il faudra bien un jour l’avouer, l’État sera toujours impuissant à nous protéger contre les détraqués. Aussi, la multiplication des lois et règlements limitant le droit des citoyens d’acquérir des armes n’a réussi qu’à accroître notre vulnérabilité face aux criminels.
À ce jour, j’ai écouté les conférences de presse des autorités m’apprenant qu’il était trop tôt pour dire quoi que ce soit. J’ai entendu l’appel à la solidarité de notre élite politique. J’ai lu plusieurs dizaines de textes d’opinion et d’analyses m’entretenant du courage du sergent d’armes Vickers, de la résilience du monde libre, de l’importance de sécuriser le Parlement. J’en suis!
Malheureusement, personne n’a encore réussi à répondre à ma question : je fais quoi si un loup solitaire frappe à ma porte?  

mercredi 8 octobre 2014

L’école privée pour réduire les inégalités

Journal de Québec et le Journal de Montréal, jeudi le 9 octobre 2014. (JQ p.18 et JM p.36)

Le gouvernement étudie la possibilité de diminuer les subventions aux établissements d’enseignement privé. En conséquence, plusieurs parents pourraient être obligés de renoncer à leur liberté de choisir l’école de leur enfant. Absurde!
Être parent, c’est vouloir offrir ce qu’il y a de mieux à sa progéniture. Quand les parents choisissent l’école de leur enfant, ils sont conscients qu’ils engagent l’avenir de ce dernier. Aussi, très peu d’entre eux prennent cette décision à la légère.
Beaucoup de familles sacrifient une part importante de leur revenu pour envoyer leur enfant à l’école privée. C’est leur choix. Si vous n’aimez pas votre travail ou le trouvez insuffisamment rémunérateur, vous pouvez donner votre démission. Si la ville ou le quartier dans lequel vous habitez ne vous convient pas, vous pouvez déménager. La liberté de choix, c’est avoir le contrôle sur sa vie; choisir l’école de son enfant, c’est avoir une influence sur son avenir.  
La plus grande fourberie véhiculée dans le présent débat, c’est de laisser croire qu’en diminuant les subventions aux établissements privés, on fera payer les riches; qu’en coupant les subventions au secteur privé, pour engraisser le secteur public, on réduira les inégalités de revenu.
Au contraire, le pouvoir de choisir ne devrait pas être réservé à quelques bien nantis. C’est plutôt en augmentant le nombre de parents ayant la capacité financière d’offrir l’école privée à leurs enfants qu’on estompera les inégalités.
Si le gouvernement cherche vraiment à alléger les coûts de l’éducation, tout en améliorant sa qualité, il doit penser à subventionner encore plus le secteur privé. Peu importe la façon de faire (crédit d’impôt, subvention à l’école ou chèque d’éducation que les parents peuvent dépenser dans l’école de leur choix), l’important c’est d'accroître la liberté de choix des familles.
Le principal danger dont il faut se méfier est que l’État saisisse le prétexte de sa réforme pour réglementer encore plus le secteur privé. Il faut davantage de diversité en éducation, pas moins. Si l’État ne veut pas faire confiance aux parents, qu’il nous explique comment il peut accorder le droit de vote à des individus aussi peu fiables…
Ne soyons pas naïfs, si plusieurs parents sont disposés à payer des milliers de dollars pour envoyer leur enfant au privé, c’est qu’ils estiment qu’il s’y épanouira davantage. Or, ce n’est pas en leur fermant l’accès aux écoles privées qu’on améliorera leur opinion de l’école publique. Au contraire, c’est en stimulant la concurrence que l’on condamnera les établissements publiques à l’excellence et que l’on convaincra les parents d’y envoyer leur enfant.
Bref, combattre les inégalités de revenu en éliminant l’école privée au profit de l’école publique est une aberration. Désolé, mais la richesse, c’est d’abord avoir la capacité de choisir. C’est seulement en donnant aux parents les moyens de choisir eux-mêmes l’école de leur enfant qu’ils auront le sentiment qu’en matière d’éducation, ils sont aussi riches que les riches.

jeudi 2 octobre 2014

L’emploi n’est pas une priorité


Journal de Québec et Journal de Montréal, septembre 2014 (JQ p.18  et JM p.36 )
Le premier ministre Couillard nous rappelle constamment que sa priorité est la création d’emploi. Désolé, mais les emplois ne devraient pas être une priorité. Soyons sérieux, qui a besoin d’un travail?
Comme l’explique l’économiste Pierre Lemieux dans « Who Need Jobs?», qui vient tout juste de paraître chez Palgrave, les gens recherchent non pas un travail, mais les revenus qui y sont associés. On vous garantirait le même salaire pour vaquer à votre loisir préféré que vous n’hésiteriez pas à donner votre démission sur-le-champ.
Pourquoi revenir sur cette évidence? Parce que nos politiciens semblent ignorer que ce sont nos revenus, et non notre emploi, qui nous permettent d’améliorer notre qualité de vie. Aussi, l’objectif du gouvernement Couillard ne devrait pas être de créer des emplois, mais de favoriser la création de richesse. Or, les moyens d’atteindre les deux objectifs sont bien différents.
Par exemple, investir dans les éoliennes pour produire de l’électricité dont on n’a pas besoin, pour ensuite la brader à un prix inférieur à son coût, ne crée pas de richesse. Au contraire, ce genre de politique détruit une partie des revenus des contribuables.
Il est vrai qu’un tel projet permet à quelques travailleurs chanceux de récupérer, par la magie de l’impôt, le revenu d’un travailleur productif. Mais pour faire quoi? Pour produire une électricité inutile alors que le contribuable qui a financé ce projet avec ses impôts aurait pu utiliser l’argent que lui a prélevé le fisc pour améliorer sa qualité de vie.
Imaginez que l’on vous remette une partie des impôts qui ont été prélevés sur votre salaire. Vous dépenseriez avec plaisir ces revenus récupérés et vous stimuleriez ainsi la création de nouveaux emplois productifs.
En fait, les politiques de création d’emplois consistent à déshabiller Paul pour habiller Pierre. Et, au cours du processus, on détruit une partie des revenus des contribuables.
L’argent du gouvernement ne tombe pas du ciel. Elle est prélevée des poches du contribuable. Aussi, chaque nouvel emploi soi-disant créé par le gouvernement correspond à un emploi productif perdu ailleurs dans l’économie. Pire encore, cet emploi productif sera la plupart du temps remplacé par un emploi improductif.
Quand un gouvernement fait de l’emploi sa priorité et s’imagine pouvoir créer des emplois en lieu et place des consommateurs, on ne peut que s’inquiéter. L’expérience nous a appris qu’il jouera au Robin des bois en subventionnant des entreprises désuètes pour sauver des emplois improductifs; qu’il freinera l’apparition de projets novateurs et créateurs de richesses au nom de l’emploi en région; qu’il multipliera les réglementations pour protéger des travailleurs incapables de suivre la concurrence.
Au moment où une commission est chargée d’explorer les moyens de nous prélever plus d’impôt pour permettre au gouvernement de remplir sa promesse de créer 250 000 emplois, nous devons nous rappeler que l’URSS ne s’est pas effondrée parce qu’elle manquait d’emplois. Au contraire, tous les Soviétiques avaient un emploi… créé par l’État. On a seulement oublié de créer de la richesse!

Lemieux, Pierre, Who Need Jobs?: Spready Poverty or Increasing Welfare, Palgrave Macmillan, New York, 2014, 201 p. (disponible sur Amazon.ca)

dimanche 28 septembre 2014

Mirage de réforme


Journal de Montréal et Journal de Québec , le 29 septembre 2014. (JQ p.14 et JM p.32)
Jusqu’ici, la réforme Barrette me laisse de glace. Au fil des ans, les mirages de réforme administrative de notre système de santé ont été si nombreux que j’ai développé les symptômes d’une grave maladie : le « réformo-scepticisme ».
Chaque nouveau gouvernement nous promet de soigner la bête. C’est normal! Les partis politiques nouvellement élus sont tous affligés d’un biais pour l’action. Ils doivent montrer aux électeurs qu’ils ont les choses en main, qu’ils ont les solutions à tous les problèmes. La passivité d’un politicien est toujours lourdement pénalisée par l’électorat.
Je l’admets, le ministre Barrette a le sens du spectacle. Abolir 18 ASSS,  fusionner les 182 CSSS, créer des CISSS chargés de chapeauter les CJ, les CH, les CR et les CLSC, ça fait pour le moins sérieux. 
Ce brassage d’acronymes cherche sans doute à donner l’illusion que la réforme en cours est fondamentale, mais il n’en est rien. Ce qu’on sait à ce jour de la réforme Barrette ne sort pas des sentiers battus par les réformes précédentes : on concentre ou déconcentre l’administration d’un système fondamentalement centralisé.
Depuis les années 1970, notre système reste lourdement financé par l’État. Il a toujours été contrôlé et financé par l’autorité centrale, c'est-à-dire le ministère de la Santé et, ultimement, le Conseil du trésor qui procède à l’allocation des budgets. Or, ce n’est pas en brassant les structures et en renforçant le pouvoir du Ministre sur l’administration qu’on révolutionne les services aux usagers et qu’on change la culture du système.
Le seul élément de la réforme Barrette qui pourrait éventuellement rapprocher l’usager des choix budgétaires en santé, c’est le financement des organismes par activité. On dit que ce projet de loi serait le prélude à un financement basé sur le volume d’activités des établissements, et non plus simplement sur la reconduction historique des budgets.
Comme proposé dans un rapport d’experts déposé en février dernier, une telle réforme viserait à établir un lien direct entre le patient, les soins prodigués et leur financement. Dans la mesure où les revenus des établissements dépendraient du volume de services rendus et du nombre de clients qu’ils attirent, on présume qu’ils seraient incités à offrir des services mieux adaptés aux attentes de leur clientèle.
Évidemment, un tel mode de financement s’apparente à la tarification à l'acte chez les médecins, un système qui n’est pas sans reproches. Malgré tout, cette mesure pourrait inverser la tendance qu’ont plusieurs de restreindre l’offre de service pour équilibrer le budget qui leur est consenti par Ministère.
Financement par activité ou non, il reste qu’on ne pourra jamais dépolitiser notre système de santé tout en conservant un financement principalement public. Comme nous le rappelle le professeur Gérard Bélanger dans L’économique de la santé et l’État providence, il y a un vieux dicton qui dit : « Who pays the piper calls the tune ». Aussi, tant que le gouvernement refusera une plus grande ouverture au privé en santé, c’est lui qui choisira la musique!

dimanche 21 septembre 2014

Faire confiance à la libre négociation

Journal de Québec et Journal de Montréal, dimanche le 21 septembre 2014 (JQ p.14 et JM p. 26)


Le professeur Pierre Fortin et l’ex-ministre Claude Castonguay suggèrent de mettre sur pied un régime provincial unique pour l’ensemble des employés municipaux du Québec. Cette proposition est pour le moins curieuse : c’est comme s’il fallait davantage de centralisation pour corriger les défaillances d’un système déjà trop centralisé.
Ils n’ont cependant pas tort sur leur diagnostic. Les régimes de retraite dont bénéficient les employés municipaux sont le produit de règles de négociation « prosyndicales » imposées jadis par le gouvernement. À l’inverse, le projet de loi 3 se veut principalement « promunicipalités » : comme si le législateur provincial voulait s’absoudre de ses erreurs en déshabillant Roger pour habiller… Régis!
La libre négociation
Plutôt que de maintenir un cadre de négociation reposant sur des tractations entre gouvernement, municipalités et grandes centrales syndicales, ne serait-il pas préférable de s’attaquer aux vices du présent système? Pourquoi ne pas mettre en place un cadre de négociation décentralisé où prévaudrait un véritable équilibre des forces en présence?
Pour ce faire, le gouvernement n’aurait qu’à laisser les municipalités libres de négocier ce qu’elles veulent avec leurs employés, et à lever les contraintes qui corrompent l’actuel processus de négociations.
Dans un processus où une municipalité n’aurait qu’à tenir compte de sa capacité budgétaire et de la santé financière de son régime de retraite, il y a lieu de croire que les négociations se poursuivraient jusqu’à ce qu’on trouve une possibilité d’échange mutuellement avantageuse pour les parties. Une solution « gagnant-gagnant » tant pour les municipalités que pour les travailleurs.
Dans ce système décentralisé, le gouvernement du Québec ne serait plus responsable des pots cassés. Ce dernier devrait donc décliner, dès le départ, toute responsabilité à l’égard d’éventuels déficits. Néanmoins, afin de s’assurer que la libre négociation s’amorce sur des bases saines, il pourrait reconnaître sa part de responsabilité dans les déficits passés et en assumer, comme l’ont suggéré Fortin et Castonguay, une part significative.
Rétablir l’équilibre des forces
Évidemment, pour qu’un tel système fonctionne, il faudrait éliminer les entraves à la libre négociation et rétablir l’équilibre des forces à la table de négociation.
Pour ce faire,  le gouvernement Couillard devrait minimalement : 1) retirer son projet de loi « proemployeur » qui constitue une épée de Damoclès sur les éventuelles négociations; 2) modifier le Code du travail pour permettre le droit de lock-out aux municipalités et rendre l’arbitrage volontaire.
En balisant de manière stricte les enjeux de négociations futurs, le projet de loi 3 fait surtout écho aux municipalités qui ont failli à leur responsabilité fiduciaire, et pénalisent celles qui ont géré leur régime de retraite de manière responsable. Le gouvernement s’adonne encore une fois à ce qu’il fait de mieux : accorder des privilèges à ceux qui crient le plus fort.
À moins qu’on vise à perpétuer la logique collectiviste qui nous a conduits au présent marasme, il faut confier la gestion des régimes de retraite à des municipalités responsables et faire confiance à la libre négociation.

dimanche 31 août 2014

La concurrence fiscale : pour contrer les abus


Journal de Québec et Journal de Montréal, dimanche le 31 août 2014, (JQ p.12 et JM p.40 )

Nos politiciens sont unanimes : tout le monde doit payer sa juste part d’impôt. La médiatisation des affaires Burger King et Valeant leur aura d’ailleurs permis de renouveler l’appel à la solidarité fiscale… Comme si payer de l’impôt était une question de patriotisme et de loyauté nationale.
Au risque de décevoir nos « mère Teresa » de la fiscalité, je crois qu’il serait plus juste de dire que tout le monde veut que « l’autre » paie sa juste part d’impôt. Désolé, mais lorsque vient le moment d’envoyer le fruit de son labeur au fisc, les élans de solidarité ont tendance à s’estomper.
Je ne sais pas si c’est parce que j’ai de mauvaises fréquentations, mais personne de mon entourage ne remplit sa déclaration de revenus de gaieté de cœur. La plupart font même appel à des spécialistes pour payer le moins d’impôt possible.
Je n’ai jamais entendu, non plus, un diplômé de mon université dire qu’il était heureux d'accéder au marché du travail pour pouvoir payer des impôts. II sont surtout préoccupés par la recherche d’un emploi rémunérateur qui justifiera l’investissement de plusieurs années d’études. Certains se découvrent même un soudain attachement au fédéralisme canadien pour fuir librement vers les gros salaires et la faible imposition de certaines provinces de l’Ouest.
Contrairement à ce qu’on nous laisse entendre, les particuliers qui s’expatrient pour améliorer leur qualité de vie, ou les entreprises qui déménagent leur siège social au Canada pour payer moins d’impôt qu’aux Etats-Unis, ne sont pas des monstres d’ingratitudes. Ce sont seulement des citoyens préoccupés par leur bien-être, ou des dirigeants qui souhaitent accroître la rentabilité de leur entreprise et verser de meilleurs dividendes à leurs actionnaires.
De fait, les particuliers comme les entreprises réagissent aux incitations fiscales. Ils profitent de leur mobilité pour ne pas se laisser emprisonner par des politiciens qui n’aspirent qu’à leur en soutirer davantage. Et c’est bien ainsi!
En effet, la concurrence fiscale permet aux gens mobiles de choisir la combinaison services publics/impôt qui correspond le mieux à leurs préférences. Elle leur permet dans d’autres cas de voter par les jambes pour exprimer leur mécontentement à l’endroit de certaines décisions politiques qui les pénalisent.
Plutôt que de diaboliser la concurrence fiscale, on devrait la saluer. Pourquoi? Simplement parce qu’elle empêche les politiciens d’abuser de nous.
Plus nos politiciens usent de leur pouvoir de taxation, plus ils encouragent les particuliers et les entreprises à quitter la province. Or, plus les gens partent, moins le gouvernement retire de revenus de l’impôt. Voilà qui freine les ambitions spoliatrices de nos élus, et les incitent à une meilleure gestion du trésor public.
N’oublions pas que les vrais coupables de notre résistance à l’impôt, ce sont ces politiciens eux-mêmes. Si, à l’origine, l’impôt était un moyen collectif de s’offrir des services, il est devenu peu à peu un moyen de financer l’essaimage de privilèges politiques.
Soyons réaliste, s’il y a des paradis fiscaux, c’est qu’il existe des enfers fiscaux!