Article épinglé

jeudi 21 mars 2013

Taux hypothécaires: pressions inappropriées du ministre Flaherty?


La Presse, Débats, vendredi p.A15. Aussi disponible sur La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 21 mars 2013.
Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a exercé des pressions auprès d’institutions financières afin qu’elles ne se lancent pas dans une guerre ouverte des taux hypothécaires. Croyez-vous qu’il s’agit d’une ingérence inappropriée de l’État dans le secteur bancaire ?
La logique « Flahertyenne»
Voilà que nos institutions financières se font concurrence et baissent les taux hypothécaires. En bon père de famille, le ministre Flaherty s’inquiète. Ce même ministre, qui a augmenté votre hypothèque collective de 150 milliards de $ depuis qu’il est en poste, veut maintenant vous protéger contre les risques de l’endettement personnel. Imaginez s’il laissait faire les banques: un consommateur inconscient pourrait en profiter pour renégocier à la baisse le coût de son hypothèque. Un autre pourrait même s’acheter une maison pour améliorer sa qualité de vie et celle de sa famille. Inacceptable! Pour vous protéger contre vous-même, le bon ministre invite donc les institutions financières à vous voler… pour votre bien. De toute façon, c’est connu, les banques canadiennes ne font pratiquement aucun profit. La logique « Flahertyenne» est redoutable: il déplore l’endettement des ménages, mais il veut que les banques se cartellisent pour vous étrangler davantage. Si le ridicule tuait les politiciens, on tiendrait des funérailles nationales chaque semaine.

mardi 19 mars 2013

La ville de Montréal est-elle ingérable?

 
La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 19 mars 2013.
La Ville de Montréal est-elle devenue une métropole ingérable? Depuis 2001, neuf personnes se sont succédé à la direction générale. Le dernier en lice, Guy Hébert, a dû remettre sa démission hier. Selon vous, quelle est la cause de cette instabilité dans la haute fonction publique de la Ville?

Sans leader fort
Vu de Québec, Montréal c’est l’anarchie. Une ville administrée par un gouvernement de coalition où chacun prépare ses élections. Une ville dotée d’une fonction publique gangrénée par la corruption. Une ville où le service de police est mené par une fraternité de policiers qui, tel un tribunal, réclame un jour la démission du maire et le lendemain celle du plus haut fonctionnaire de la ville. En réalité, on a l’impression d’assister à une « chicane de famille » où chacun cherche à s’emparer du piètre héritage légué par Gérald Tremblay. Une guerre de tranchées où chacun se sent légitimé de détruire l’autre pour augmenter ses pouvoirs. Une ville où tout le monde pense d’abord à son intérêt en oubliant qu’il y a un citoyen et un contribuable qui paient pour cette lutte fratricide. Montréal n’est pas une ville ingérable, elle n’est tout simplement pas gérée. Elle a besoin d’un leader fort : quelqu’un qui saura assurer la cohésion de tout un chacun pour le meilleur intérêt des citoyens. Vous voulez une proposition? Je vous échange Régis contre le Canadien.

jeudi 14 mars 2013

Un pape est un pape


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 14 mars 2013.
Doit-on se réjouir de l’élection du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio comme pape? La personnalité de François pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois?
Un pape est un pape
Plusieurs seront déçus qu’un des nôtres ait échappé au poste prestigieux de chef de l’Église catholique. À l’instar de beaucoup de Québécois, j’aurais aimé que le cardinal Ouellet gagne ses élections. Considérant l’âge du nouvel élu, ce sera pour la prochaine fois. On dit du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio qu’il est conservateur. Évidemment! Le pape est d’abord et avant tout celui qui doit défendre les valeurs traditionnelles de l’Église. C’est le gardien de la foi catholique; celui qui doit veiller au maintien de la parole chrétienne au travers les années et les siècles. Même si le pape est nommé par une élection, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il se comporte comme un politicien. Imaginez s’il disait une chose lundi et son contraire mardi; s’il avançait d’un pas mercredi pour mieux reculer jeudi; s’il augmentait la dîme le vendredi et la capitation le samedi. Il n’y aurait sans doute plus aucun fidèle pour prendre ses sermons au sérieux et contribuer à la quête du dimanche. En somme, un pape est un pape et… « Habemus Papam ».

mercredi 13 mars 2013

Doit-on retarder les travaux d'infrastructures pour éviter les conflits d'intérêts ?


La Presse.ca, La Presse Débats, 13 mars 2013.
Malgré l’urgence d’effectuer les travaux, la vérification des conflits d’intérêts potentiels repoussera de plusieurs mois la réalisation du projet de réfection de l’échangeur Turcot. Les Québécois doivent-ils se résoudre à accepter que des projets d’infrastructures prennent plus de temps à être réalisés afin de tenter d’enrayer la collusion et la corruption ?
Réinstaurer la concurrence
La commission Charbonneau a dévoilé plusieurs défaillances dans l’octroi de certains contrats publics. Des entreprises auraient réussi à échapper à la concurrence en redéfinissant les règles du jeu entre elles. Pour mettre fin à cette collusion et à cette corruption (impliquant des politiciens, des fonctionnaires et entreprises), les pouvoirs publics se sont empressés d’adopter de nouvelles règles bureaucratiques visant à contrer ces malversations. Toutefois, ces nouvelles règles du jeu ont été mises en place à la hâte, surtout pour calmer la grogne populaire. On doit maintenant évaluer ces nouvelles réglementations : procède-t-on de la bonne façon ou allons-nous trop loin? Hier, c’était le maire de Québec, Régis Labeaume, qui dénonçait la lenteur de l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans l’approbation d’un sous-traitant de son amphithéâtre. Aujourd’hui, ce sont les travaux le l’échangeur Turcot qui sont retardés par le nouveau processus de vérification des conflits d’intérêts potentiels. Le problème, c’est qu’on a l’impression que ces nouvelles règles visent à remplacer les tribunaux par une bureaucratie diligente chargée de juger les filouteries passées de certaines entreprises. Or, il vaudrait sans doute mieux laisser la justice aux tribunaux et se limiter à mettre en place des règles permettant de réinstaurer une saine concurrence dans l’octroi des contrats publics. Rien de plus, rien de moins.

mardi 5 mars 2013

Aide sociale: compressions justifiées du gouvernement Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats,  le 05 mars 2013.
Approuvez-vous la décision du gouvernement Marois de faire des compressions dans l'aide sociale qui touchent particulièrement les prestataires de 55 à 58 ans et les parents de jeunes enfants? Son attitude s'apparente-t-elle à celle du gouvernement Harper dans sa réforme de l'assurance-emploi?
LES ARISTOCRATES DE LA SOLIDARITÉ
Rationaliser les dépenses publiques en incitant les bénéficiaires de l'aide sociale à intégrer le marché du travail n'a rien de déraisonnable. Toutefois, au Québec, toutes les solutions concrètes et réalistes à un problème public sont assimilées à un assaut contre le sacro-saint modèle québécois. Tout ce qui n'est pas synonyme de compassion universelle, d'amour ou d'altruisme, n'est que de vulgaires considérations matérialistes mues par une idéologie néolibérale. De toute évidence, les seules réformes acceptables par les aristocrates québécois de la solidarité sont celles qui alourdissent le fardeau fiscal des citoyens ou celles qui favorisent une hausse de la taxation des riches. Dire que la semaine dernière, la réforme de l'assurance-emploi par le gouvernement Harper était une raison suffisante pour se séparer du Canada. On se sépare de qui maintenant?

jeudi 28 février 2013

Le Sommet sur l'enseignement supérieur sera-t-il profitable à long terme?


La Presse.ca, La Presse Débats, 28 février 2013
D'après vous, les décisions prises au Sommet sur l'enseignement supérieur auront-elles plutôt un impact positif ou négatif sur les universités québécoises et leurs étudiants?
NOYER LE POISSON
Le simulacre de réflexion collective sur notre enseignement supérieur est terminé. L'impact positif est essentiellement politique : le gouvernement Marois peut maintenant se targuer d'avoir mis un terme à la crise étudiante. Il a également profité de ce Sommet pour se débarrasser de son gênant carré rouge en donnant la fausse impression qu'il a tenu tête aux associations étudiantes en décrétant une hausse ridicule des frais de scolarité de 70 $ par année. Encore mieux, en annonçant cinq chantiers interminables, il enclenche une course aux rentes qui devrait occuper nos grands groupes d'intérêt pendant quelque temps. En somme, ce Sommet n'aura produit aucune réforme tangible. Nos universités demeurent sous financées et doivent aujourd'hui se contenter d'engranger les déficits dans l'attente d'une promesse de réinvestissement futur. Les dindons de cette monumentale farce? Les contribuables et les étudiants. D'abord les contribuables, qui devront régler la note de ce vaste exercice de relations publiques et qui devront continuer à défrayer pratiquement seuls les coûts de nos universités. Ensuite les étudiants, qui aujourd'hui se bercent d'illusions, mais qui réaliseront tôt ou tard que ce sont eux les premières victimes de notre sous-investissement dans l'enseignement supérieur. Bref, un autre de ces sommets qui aura permis à nos politiciens de noyer le poisson pour se redonner une virginité politique.

vendredi 22 février 2013

Le sommet : un échec souhaitable

La Presse, vendredi le 22 février 2013, p. A19 (aussi disponible sur La Presse.ca

Il y a quelques mois, notre ministre de l’Enseignement supérieur invitait la population à garder la foi dans son sommet. Il a même avancé qu’un chapitre de l’histoire du Québec y serait écrit. À quelques jours de l’événement, son grand rêve s’estompe. La grand-messe devant éclairer le peuple risque même de tourner au fiasco. Souhaitons-le d’ailleurs!
Les problèmes de notre ministre ont commencé le jour où il a annoncé des coupes budgétaires. Les partenaires de la grande corporation de l’enseignement supérieur sont alors devenus des concurrents. Des rivaux qui ont compris que, s’il y a des gains financiers à tirer de ce sommet, tous ne pourront en profiter.  
Le ministre aurait dû le savoir : les grands sommets ne font consensus que lorsqu’il y a quelqu’un à dépouiller. Les coalitions d’intérêts conspirent toujours contre quelqu’un et, par un curieux hasard, les victimes sont rarement présentes à la table de discussion. 
Ce sont habituellement les contribuables et les consommateurs qui font les frais de ces sommets. Mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus grand-chose à dérober à celui qui vient d’être pillé par le dernier budget.
Aussi, à défaut d’une entente de dernière minute pour déshabiller quelqu’un d’absent — les grandes entreprises, par exemple — le grand consensus espéré n’aura pas lieu.
Au Québec, le mythe des sommets comme idéal de démocratie, d'égalité et de solidarité est tenace. Ça fait plus de trente ans que nos gouvernements mettent sur pied des sommets socioéconomiques (ou des états généraux) pour décider avec les grands groupes d’intérêt comment se redistribuer le bien public.
Cette fois encore, on a voulu créer l'illusion qu'un consensus entre politiciens, recteurs, leaders étudiants, syndicats de professeurs et fonctionnaires permettrait de satisfaire les attentes de tout un chacun et d’insuffler un nouveau dynamisme à nos universités. Foutaise!
En réalité, ces exercices ne sont que des assemblées corporatives qui permettent aux membres présents de protéger leurs acquis. Pis encore, selon Edmund S. Phelps (Nobel d’économie 2006), cette forme de néocorporatisme explique la contre-performance de plusieurs grandes économies.
En écartant les idées novatrices et en s’assurant d’adopter des solutions qui ne mettent pas en péril leur propre existence, les partenaires de ces modes de décision collective offrent une forte résistance au changement et à l’innovation qui sont le moteur de toute économie dynamique.
Un échec du sommet sur l’enseignement supérieur est donc souhaitable. Il servirait de coup de semonce à tous ces groupes d’intérêt qui utilisent ces rencontres pour grappiller les fonds publics ou se faire reconnaître des privilèges, comme la reconnaissance d’un droit de grève pour les étudiants.
L’échec du sommet servirait également d’électrochoc à nos recteurs. Ceux-ci ne pourraient plus se contenter de « chauffer le poêle » des officines gouvernementales. Ils devraient, à l’instar de milliers d’entrepreneurs, retrousser leurs manches et réinventer l’université québécoise dans un contexte où les deniers publics ne tombent plus du ciel et où s’annonce une révolution numérique qui transformera les façons de faire.
Comme le disait Margaret Thatcher : « Tout corporatisme (...) encourage la rigidité, décourage la responsabilité individuelle et risque d'aggraver les erreurs en les dissimulant. »  Aussi, il est temps que le Québec passe à autre chose et qu'il laisse les sommets… aux alpinistes.

jeudi 14 février 2013

Trouvez-vous quelqu’un à aimer!


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 14 février 2013.

On dit souvent que la Saint-Valentin est devenue une fête trop commerciale. Si c’est le cas, d’après vous, a-t-elle encore sa raison d’être ?
Trouvez-vous quelqu’un à aimer!
Chaque année, Cupidon fait rappliquer ces bonnes âmes dont l’ambition dans ce monde est de définir le comportement de tout un chacun. Peu importe l’événement – Noël, la Saint-Valentin ou l’Halloween – il y a toujours quelqu’un pour dénoncer le caractère commercial des fêtes populaires. Ces gens réclameraient une intervention de l’État bienveillant pour encadrer la cupidité commerciale des amoureux que je n’en serais pas surpris… Mais de quoi se mêle-t-on? Vous êtes libre de fêter la Saint-Valentin comme vous le voulez. La façon dont vous soulignez cette fête ne regarde que vous; c’est un choix personnel qui n’est imposé par personne. Que le culte de cupidon exprime le culte de la cupidité, je n’en ai rien à cirer! De toute façon, il n’y a rien de plus égoïste que l’amour. L’amour n’est pas un acte désintéressé, pas plus qu’on aime par altruisme. Et encore, l'amour n’est pas donné, il se gagne. La Saint-Valentin est donc l’occasion d’investir dans votre bonheur : le moment de célébrer le plaisir égoïste d'être amoureux et de se rapprocher de l’être aimé. Ce n’est surtout pas le temps d’inviter des rabats joies dans votre lit. La Saint-Valentin vous rend malade? Vous voulez vous soigner? Trouvez-vous quelqu’un à aimer!

mardi 12 février 2013

Voyez-vous Mgr Ouellet pape?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 12 février 2013.
Souhaitez-vous l'élection du cardinal Marc Ouellet comme pape? Serait-elle une source de fierté pour les Québécois, malgré les positions conservatrices de Mgr Ouellet?  Pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois ?
AYONS LA FOI ! 
L'avocat de Dieu sur Terre, Benoît XVI, s'est désisté. Le cardinal Marc Ouellet, un Québécois qui a passé une grande partie de sa carrière dans les coulisses du Vatican, est un sérieux prétendant à sa succession. Comme dirait mon voisin : le Québec ne s'peut plus! Après Céline, voilà que c'est Marc qui flirte avec la gloire mondiale. L'élection d'un nouveau pape a toujours été un événement médiatique d'envergure internationale. L'élection d'un des nôtres comme chef de l'État du Vatican constituerait sans doute un élément de fierté pour plusieurs et ne pourrait que stimuler la ferveur religieuse des Québécois, du moins chez les plus âgés. Le pape, qu'on le veuille ou non, reste une figure influente de la politique internationale. Ce matin, les médias du monde entier en font leur une et de nombreux Québécois prient pour le cardinal Ouellet en se croisant les doigts. La municipalité de La Motte en Abitibi deviendra-t-elle un lieu de pèlerinage international? Ayons la Foi! 
P.S. Après deux jours de papauté, de papabile... pu papable!

Enjeux d'un autre temps


La Presse, mardi le 12 février 2013, p.A22. (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le Québec n’en finit plus de débattre de gratuité, de gel ou d’indexation de ses droits de scolarité, les grandes universités du monde regardent vers l’avenir.
Dans la récente édition du magazine « The American Interest », Nathan Harden prédit la fin des universités américaines telles qu’on les a connues : l'Éducation supérieure sera dorénavant de plus en plus accessible, de moins en moins coûteuse et plusieurs universités devront se résigner à fermer leur porte. Il va même jusqu’à prédire que d’ici dix ans, l’Université Harvard aura 10 millions d‘étudiants. De la fiction? Pas du tout!
Tout le monde le sait, les industries basées sur l’acquisition et la diffusion d’information vivent une évolution remarquable. Vous pouvez désormais planifier un voyage sur Google Maps, trouver des réponses à vos interrogations sur Wikipédia - la plus grande encyclopédie au monde - où utiliser Skype pour joindre un ami à l’autre bout de la planète. Il suffit d’être branché à internet. 
Le monde universitaire n’échappe pas à cette révolution. Depuis quelques années, plusieurs grandes universités américaines se sont lancées dans la course aux MOOC (Massive open online course); des cours en ligne « massivement » ouverts.
Il s’agit de formations sous forme d’enregistrements vidéos où un grand nombre d’étudiants participent à des forums, des laboratoires, des groupes d’études, et échangent avec d’autres étudiants comme s’ils fréquentaient un cours dans une université traditionnelle.
Ces formations se comptent déjà par centaines et devraient se raffiner et se multiplier dans les prochaines années.  
Parmi les universités engagées dans la compétition : l’Université Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). À l’automne 2012, ils unissaient leurs efforts pour lancer le site edX (edX.org). Ce site offre des formations en ligne identiques à ceux que reçoivent les étudiants qui fréquentent leurs salles de cours, avec, à la clé, un certificat pour ceux qui réussiront les examens. Le tout gratuitement… pour l’instant du moins.
Mieux encore, pendant que le gouvernement du Québec annonçait des coupes budgétaires et qu’il invitait nos universités à se serrer la ceinture, ces deux universités privées investissaient plus de 60 millions de dollars dans un organisme indépendant chargé d’observer les apprentissages et de raffiner les technologies.
Aujourd’hui, la concurrence est vive entre les grandes universités pour étendre leurs enseignements aux étudiants du monde entier. Le jour n’est pas loin où quiconque avec un peu de volonté et de talent pourra s’inscrire en ligne dans une université prestigieuse pour une fraction du coût en campus.
Imaginez l’étudiant de la Gaspésie qui suivra le programme universitaire de son choix, dans l’université de ses rêves, à un coût abordable et sans avoir à déménager à la ville.
Il est donc un peu singulier de voir le monde universitaire québécois ignorer la révolution en cours et se quereller sur des enjeux d’une autre époque. Comme si le Québec était imperméable au reste du monde!
Comment survivre à cette révolution? Voilà la question qui devrait inquiéter les acteurs de notre sommet sur l’enseignement supérieur. La spécialisation et le caractère francophone de nos universités seraient sûrement des atouts à exploiter, mais il semble que chez nous, les universités doivent d’abord faire de la politique.
La bonne nouvelle, c’est que toutes nos hésitations ne devraient pas nuire à l’accessibilité des jeunes Québécois à des formations universitaires de qualité : les grandes universités du monde s’en occupent. Seule la survie de nos universités est en jeu, mais ça, on ne le voit pas. La poutre dans l’œil!

jeudi 31 janvier 2013

Les raisins

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 janvier 2013.
Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools pour dénoncer ses marges bénéficiaires disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. D’après vous, devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence ?
Les raisins
En protégeant le monopole de la Société des alcools et en interdisant toute concurrence, le gouvernement prend les consommateurs pour des raisins. Et en matière de pressage du raisin, avouons-le, notre monopole public excelle : les dividendes de la SAQ sont toujours de grands millésimes. En 2011-2012, malgré de généreux bonis à ses gestionnaires et à ses employés, notre société d’État a réussi à verser près d’un milliard de dollars au Trésor public, sans compter évidemment les 470 millions de TVQ prélevés par le gouvernement. Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence? C’est trop évident! La concurrence favoriserait une meilleure efficacité dans la distribution des produits et une baisse des prix. Par contre, j’ai l’étrange sentiment que chaque gain d’efficacité et chaque cent que pourra gagner le consommateur d’une telle opération seront récupérés d’une façon ou d’une autre par notre gouvernement. Au Québec, il est toujours dans l’intérêt public de saigner les consommateurs et les contribuables. C’est triste à dire, mais nous sommes des raisins.

mercredi 30 janvier 2013

Droits de scolarité: quelle est la meilleure solution?

La Presse.ca, Presse Débats, mercredi le 30 janvier 2013.
Le gouvernement Marois jongle avec plusieurs scénarios qui prévoient des augmentations de droits de scolarité variant de 2 à 3,5%, soit de 46 $ à 83 $ par année. Le gouvernement Charest avait prévu une hausse de 254 $ par année pendant sept ans. De son côté, la CAQ souhaite que quatre grandes universités puissent fixer leurs droits de scolarité et que, dans les autres universités, on module les droits de scolarité selon le domaine d'études. Que privilégiez-vous comme solution?
Laissez-faire!
Il faudrait autoriser nos universités à déterminer elles-mêmes les droits de scolarité, et ce, en fonction de la demande pour leurs divers programmes de formation. Les droits de scolarité deviendraient en quelque sorte un indicateur de la valeur réelle de ces formations. Dans un tel scénario, les programmes prisés par les étudiants seront ceux qui offrent le meilleur ratio qualité-prix; ceux qui leur en donneront pour leur argent; ceux qui leur permettront de rentabiliser leur investissement par l’accession à un emploi qui valorise la formation qu’ils ont chèrement acquise. N’ayez crainte, nos étudiants savent ce qui est bon pour eux. Ils bouderont ces programmes douteux qui ne satisfont pas leurs attentes; ils fuiront ces programmes qui ne mènent nulle part, sinon au chômage. Nous n’aurons plus besoin du bon jugement d’un ministre pour discriminer ce qui va ou ne va pas dans les universités québécoises. Les clientèles étudiantes s’en occuperont très bien.

mardi 29 janvier 2013

Regard d'économiste sur nos universités


La Presse, mardi le 29 janvier 2013, Débats, p.A13 (disponible sur La Presse.ca)

Nos universités sont malades. Les grands acteurs du monde universitaire divergent sur les causes, mais s’entendent sur le remède : l’État doit payer davantage.
Imaginez un instant si l’industrie de la construction était gérée comme nos universités… Nous aurions alors une industrie financée par l’État où les consommateurs pourraient acheter une maison pour une fraction de son coût de construction!
Que se passerait-il? La demande pour des résidences exploserait et on devrait confier à une bureaucratie la tâche d’édicter des règles d’attribution pour discriminer entre les acheteurs. Conséquemment, nos constructeurs d’habitation ne se sentiraient plus obligés de répondre aux préférences de leurs clients, et ces derniers n’auraient d’autre choix que de manifester, de faire la grève, voire de recourir à la violence pour exprimer leurs préférences. À terme, on assisterait à une course aux rentes permettant aux principaux acteurs du domaine de piller le trésor public.
Voyez ce qui se passe dans les universités.
En 1970, J. Buchanan (Nobel d’économie 1986) et N. Devletoglou* s’interrogeaient sur les universités qui sont financées par l’État et où les étudiants ne paient qu’une fraction du coût de leur formation. En les comparant à une entreprise privée, ils leur attribuaient trois caractéristiques : 1) Les propriétaires n’ont aucun pouvoir : ceux qui paient, c’est-à-dire les contribuables, n’exercent aucun contrôle sur la gestion de ces universités; 2) Les producteurs n’ont rien à vendre : les professeurs de ces universités n’ont pas besoin de performer pour vendre leurs services; 3) Les consommateurs n’ont d’autres choix que de consommer ce qu’on leur offre : les étudiants, qui achètent les services de ces universités à un prix dérisoire, sont incapables d’influencer les services qu’on leur offre.
Si cela est vrai aux États-Unis, imaginez au Québec… où toutes les universités sont lourdement subventionnées par l’État.
Aux yeux de l’économiste, nos institutions universitaires s’apparentent à des organismes à but non lucratif ou des ONG subventionnées : elles sont à la poursuite de rentes de l’État où les acteurs s’activent à préserver leur marge discrétionnaire.
Les rencontres préalables au sommet de février nous en ont d’ailleurs fait une éloquente démonstration.
On y a vu des gestionnaires universitaires jouer les lobbyistes; nier avoir cherché à ponctionner les fonds publics; se défendre d’avoir relaxé leurs règles d’admission et d’avoir multiplié les programmes et les campus pour recruter de nouveaux étudiants afin de gonfler la subvention du ministère par « tête de pipe ». Des recteurs qui déplorent le sous-financement universitaire, mais qui se font discrets sur la marge discrétionnaire qui leur a permis de se verser de généreuses augmentations de salaire et des indemnités de départ.
Des fédérations de professeurs qui prêchent les vertus supérieures de l’université publique et qui réclament une charte pour se protéger des « attraits capiteux du moment ». Comme si nos universités étaient des tours d’ivoire et que les professeurs avaient besoin de la protection de l’État pour éviter d’être happés par des incitations de producteurs; comme s’il fallait cimenter la liberté des professeurs d’enseigner ce que bon leur semble et les dégager de leur responsabilité d’adapter leur cours aux besoins des étudiants et du marché du travail.
Il ne faut donc pas se surprendre de voir des leaders étudiants – qui, vraisemblablement, n’attribuent pas une très grande valeur à la formation qu’ils reçoivent – investir leurs énergies à se tailler une carrière sur le marché politique en appelant à une révolution dont l’aboutissement serait de reconduire, voire de sacraliser le système qu’ils dénoncent.
Mais où va notre ministre avec son sommet? Tant qu’il persistera à écarter l’option d’une hausse substantielle des droits de scolarité, son sommet restera une table de revendications où les grands acteurs exigeront toujours plus d’argent public pour satisfaire leurs besoins spécifiques. Ce n’est sûrement pas ce que les contribuables – les propriétaires de nos universités – attendent de cet exercice.
Ce n’est que lorsqu’on obligera nos universités à tirer une large part de leurs revenus des droits de scolarité qu’elles seront forcées de faire le ménage dans leurs programmes de formation et de se concentrer sur ceux qui ont une valeur ajoutée pour les étudiants. On stimulera ainsi la concurrence entre nos universités.
Quand une partie importante de leurs revenus sera tributaire de leur capacité à convaincre les étudiants et le marché de l’emploi de la qualité de leurs programmes, nos universités n’auront guère d’autre choix que de viser l’excellence.
* Buchanan, James M., et Nicos E. Devletoglou. Academia in Anarchy: An Economic Diagnosis, New York and London, Basic Books Inc., 1970, 187p.

vendredi 25 janvier 2013

Devrait-on encourager le forage pétrolier en Gaspésie?

La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi le 25 janvier 2013.

Devrait-on autoriser le forage d'un puits de pétrole par l'entreprise Pétrolia en Gaspésie? Le Québec a-t-il avantage à encourager l'exploitation de la filière pétrolière?
LES AGITATEURS D'ÉPOUVANTE
Au Québec, on trouve toujours une raison valable pour retarder un projet visant l'exploitation de nos ressources pétrolières et gazières. On préfère appliquer le principe de précaution et se vautrer dans l'immobilisme. Si un projet présente des effets potentiellement néfastes, il faut immédiatement l'arrêter. Comme si on pouvait éliminer tous les risques associés à une quelconque activité; comme si décourager l'exploitation de la filière pétrolière était la garantie d'un développement durable. Le Québec précautionneux condamne nos promoteurs à être l'otage des groupes de pression. Les agitateurs d'épouvante ont même ainsi réussi à élever au rang de « choix de société » la protection de leurs dadas et privilèges. Il serait peut-être temps que le Québec sorte de sa torpeur et prenne conscience que notre immobilisme présente aussi un risque : celui de s'enliser dans la pauvreté.

jeudi 10 janvier 2013

Les députés transfuges devraient-ils se faire réélire?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 10 janvier 2013

Le gouvernement Marois souhaite forcer tout député qui veut changer de parti à se faire réélire dans sa circonscription. Un député pourrait cependant siéger comme indépendant sans devoir solliciter à nouveau le soutien de ses électeurs. Qu’en pensez-vous ?
Le romantisme politique
Le butinage politique n’est ni un phénomène récent, ni propre à un parti ou au Québec. Il est toutefois ironique d’observer des politiciens, soi-disant altruistes, adopter des règles pour gérer leur opportunisme. En fait, les politiciens ne sont pas moins égoïstes que les citoyens : ils maximisent leur intérêt personnel. On connaît d’ailleurs leurs motivations : la première est de se faire élire, la seconde est de se faire réélire. Les autres motivations? Ça dépend… des sondages. La proposition du gouvernement Marois ne changera rien à cette réalité; tout ça n’est que diversion cosmétique. Libéré de la ligne de parti, le transfuge pourra toujours siéger comme indépendant et vendre son vote en chambre à un parti d’opposition. Des sondages favorables pourront même l’inciter à se présenter sous une nouvelle bannière. Le but premier d’un politicien est, et sera toujours, d’accéder et de se maintenir au pouvoir. La proposition péquiste doit donc être classée dans la catégorie du romantisme politique; elle ne devrait pas nous faire oublier que les politiciens qui n'ont aucun scrupule à vendre leur âme pour se faire élire sont les mêmes qui gèrent vos impôts et qui réglementent votre vie pour se faire réélire.

mardi 8 janvier 2013

Les partisans passeront-ils l'éponge?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 8 janvier 2013.
Comment réagissez-vous à la fin du lock-out dans la LNH? Croyez-vous que les partisans vont facilement pardonner au Canadien, aux joueurs et à la ligue ce conflit qui les a privés de hockey pendant quatre mois?
ON PEUT VIVRE SANS HOCKEY
Geoff Molson déclarait que Montréal avait besoin de hockey : « Ça fait partie de notre culture, ça fait partie de nous.» Peut-être, mais n'exagérons rien. Montréal peut vivre sans hockey et l'économie du Québec ne dépend pas du Canadien. En 2006, trois économistes américains (Baade, Baumann et Matheson) publiaient une étude sur les conséquences économiques des grèves et des arrêts de travail dans le sport professionnel. Ils ont observé qu'aucune des six nouvelles franchises ou des huit nouveaux stades construits dans l'État de la Floride depuis 1980, pas plus que les nombreux arrêts de travail qui ont marqué les divers sports professionnels depuis, n'ont généré d'augmentation ou de diminution statistiquement significative des revenus de la taxe de vente. Bref, l'arrêt de travail de la LNH aura peut-être privé les Québécois d'un sport qu'ils aiment, mais nous pouvons vivre sans hockey professionnel et nous savons nous divertir autrement. Soyez sans crainte, l'avenir du économique du Québec n'a rien à voir avec le dossier P.K. Subban, ni avec le chiffre d'affaires des tenanciers de bar à proximité du centre Bell. Le hockey est essentiellement un business qui doit maintenant reconquérir le cœur des fans qui ont pu goûter, pendant quatre mois, à une offre récréative concurrente.