Article épinglé

jeudi 12 avril 2012

Automobile: le péril jeune


La Presse, Débats, vendredi le 13 avril 2012, p.A19
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 12 avril 2012.
Lundi prochain se tiendra la première du film Dérapages, de Paul Arcand, sur l'attitude des jeunes face à la conduite automobile, leur mépris du risque et les conséquences parfois dramatiques de leur témérité. À votre avis, comment peut-on diminuer le nombre de jeunes victimes des accidents de la route? Faut-il rendre les lois encore plus sévères? Augmenter l'âge donnant droit à un permis de conduire? Miser sur la sensibilisation?
Prison pour jeunes.
Pauvres jeunes! Ils n’ont même plus droit à l’inexpérience. On les tient responsables de tous les maux du monde. Comme s’ils étaient tous des criminels en puissance. C’est vrai que les statistiques montrent que les jeunes conducteurs sont surreprésentés dans les accidents de la route. Est-ce suffisant pour justifier qu’on discrimine toute une population en fonction de son âge? On en finit plus d’imposer des restrictions aux jeunes conducteurs: cours de conduite, permis d’apprenti, permis probatoire, tolérance zéro en matière d’alcool, limitation des points d’inaptitude. Certains aimeraient même leur imposer un couvre-feu. Pourrait-on laisser les jeunes apprendre à vivre? Jusqu’où irons-nous dans notre quête du risque zéro? Aurait-on oublié que nos jeunes ont aussi des aspirations et des désirs de mobilité? Serait-on devenu trop vieux collectivement pour tolérer les imperfections de la vie en société? Il faudra un jour cesser de croire que chaque accident de la route justifie une loi ou un règlement de l’État. On ne façonne pas un citoyen responsable par la coercition, mais par l’éducation. Dans cette perspective, le film de Paul Arcand apportera davantage à la conscientisation des risques de la route que toutes ces réglementations gouvernementales qui sont en voie de transformer le Québec en prison pour jeunes.

mardi 10 avril 2012

Comment protéger nos enfants contre la violence à la télé?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 10 avril 2012
Une enquête menée par des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine auprès de 2120 enfants québécois révèle que les scènes de violence qu'ils ont vues à la télévision ont un impact néfaste sur leur humeur, leur comportement et leurs résultats scolaires. À votre avis, que faut-il faire pour protéger nos enfants contre ces effets néfastes? Faut-il interdire les scènes violentes à la télévision? La responsabilité de protéger les enfants revient-elle à l'État ou aux parents?
LE PERMIS DE PARENT
À en croire les spécialistes, nos enfants sont des monstres élevés par des parents incompétents. Après la malbouffe, le manque de sommeil, l'abus des jeux vidéo, voilà que ce sont les émissions de télévision qui seraient responsables de l'agressivité, des comportements antisociaux et du décrochage scolaire de nos enfants. Décidément, le jour n'est pas loin où le gouvernement devra exiger des couples qui veulent avoir des enfants un permis certifiant leurs compétences parentales. Eh oui, un permis de parent! Un permis octroyé par des fonctionnaires, sous l'autorité de politiciens, garantissant que chaque couple désireux d'enfanter a acquis les connaissances et dispose de l'expertise pour élever des enfants. Ainsi, nos jeunes seront responsables et vieux dès la naissance : les élèves indisciplinés serreront les rangs, les décrocheurs raccrocheront, les jeunes obèses maigriront, et la violence disparaîtra. Qui ne rêve pas d'une société de chiffes molles vivant sous la crainte et le contrôle de l'État? Et si jamais un esprit libre s'écartait du droit chemin? On pourra toujours accuser l'incompétence de l'État. Ce jour-là, la table de concertation de la sécurité des enfants se réunira pour proposer un resserrement des règles d'attribution du permis de parent. Pour notre bien à tous, évidemment!

mercredi 4 avril 2012

Que reste-t-il de Pâques?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 4 avril 2012
Pâques n’étant plus une fête religieuse pour la plupart des Québécois, y a-t-il encore lieu de la célébrer ? N’est-ce plus que l’occasion de profiter d’un week-end de congé comme tant d’autres ? 
Le plat de bonbons 
J’ai lu sur internet que Pâques est « une fête religieuse qui commémore le passage de la Mer Rouge pour la religion juive […] la résurrection de Jésus pour la religion chrétienne […] et une fête païenne qui annonce l'éveil du printemps. » Heureusement que je suis branché! Comme beaucoup de Québécois, j’ai été élevé dans la religion catholique. Néanmoins, dans mon esprit, Pâques est essentiellement une fête de famille où on oublie ses soucis quotidiens et son régime alimentaire, pour se gaver d’œufs et de lapins en chocolat. Je sais que plusieurs bonnes âmes dénoncent la surconsommation et le mercantilisme associé aux festivités pascales. Gardez quand même le cœur à la fête! On peut toujours se trouver une bonne raison pour festoyer. Par exemple, à l’occasion du long weekend de Pâques, nos politiciens et bureaucrates font relâche. Imaginez : quatre jours pendant lesquels ils ne dépenseront pas vos impôts pour votre bien! Dites-vous que Pâques est l’une des rares occasions où vous aurez l’impression d’être le seul à piger dans le plat de bonbons. Voilà une bonne raison pour se régaler!

lundi 2 avril 2012

Payer les cours d'anglais aux immigrants?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi le 2 avril 2012.

Les immigrants francophones ont du mal à se trouver un emploi à Montréal parce qu’ils ne parlent pas anglais. Le gouvernement Charest consacre des millions pour financer leurs cours l’anglais. Êtes-vous d’accord avec cette politique ?
Il y a trois jours, le gouvernement du Québec annonçait un renforcement de sa police de la langue. Aujourd’hui, on apprend que ce même gouvernement consacre des millions au financement de cours d’anglais pour les immigrants francophones. Bel effort de cohérence! Malgré tout, on ne peut que saluer cette initiative visant à favoriser l’intégration des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Bien que la loi 101 décrète que le français est la langue du travail au Québec, il y a une réalité économique à laquelle on ne peut échapper : l’apprentissage de la langue anglaise est un moyen pour l’immigrant (comme pour le Québécois de souche) d’améliorer ses chances de se trouver un emploi. Pas d'anglais, pas d'emploi! Avec la mondialisation de l’économie, il devient de plus en plus difficile pour un état souverain d’adopter des politiques linguistiques coercitives. Lorsque le Québec adopte des lois et des règlements pour contrer l’apprentissage et l’usage de l’anglais, ce sont ses propres citoyens qui en sont les premières victimes. On brime leurs libertés individuelles et on les tient captifs d’une langue qui les empêche d’échanger avec le reste du monde. Heureusement, on semble avoir saisi qu’on ne bâtit pas un pays fier et prospère en tenant ses citoyens et ses immigrants dans l’ignorance. 

vendredi 30 mars 2012

Budget Flaherty: des compressions nécessaires?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi le 30 mars 2012.
Dans son budget, le ministre Jim Flaherty a annoncé des compressions de 5,4 milliards $ et la suppression de 19 200 postes dans la fonction publique fédérale. La situation économique et financière du Canada justifie-t-elle ces coupes ?
DES COUPES MODESTES 
Vous pouvez attendre avant d’accumuler des provisions dans votre sous-sol… la catastrophe annoncée n’aura pas lieu. Les dénonciateurs du « Harpeurisme» de droite idéologique et sans compassion, jetant femme et enfant à la rue, auront eu tout faux. Il y a peu de chance que ce budget Flaherty ne vous mette sur la paille, ou même que vous en ressentiez les effets à court et moyen terme. Outre quelques réformes intéressantes qui annoncent un désengagement graduel de l’État, les coupes prévues au budget sont relativement modestes. Alors que les transferts aux particuliers et aux provinces demeurent inchangés, ce sont seulement les dépenses discrétionnaires du gouvernement (75 milliards $ sur 268 milliards $ en dépenses de programmes) qui ont subi une baisse de 6,9 % sur trois ans. C’est vrai que l’annonce d’une suppression de 19 200 postes peut sembler énorme, mais il faut savoir relativiser les choses. Elles n’annuleront même pas les 32 000 postes créés par ce même gouvernement depuis 2006. D’autant plus qu’une grande partie de ces suppressions se fera par attrition. Évidemment, on entendra beaucoup parler de la coupe de 10 % au budget de Radio-Canada. Toutefois, rappelez-vous que les employés de cette société d’État ont le privilège de faire paraître leurs problèmes plus grands qu’ils ne le sont en réalité.

mercredi 21 mars 2012

Satisfait du budget Bachand?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 21 mars 2012.
Êtes-vous satisfait du budget Bachand ? Est-il responsable ? Électoral ? Quelles sont ses meilleures mesures ? Les moins bonnes ?
Les esclaves
Hier était un jour de gala à l’Assemblée nationale : notre ministre des Finances a annoncé les heureux élus de la loterie du budget. Cette année, beaucoup de gagnants se sont partagé des petits lots. La joie était palpable chez plusieurs lauréats. Il fallait voir le maire Labeaume encenser la clairvoyance gouvernementale pour avoir réservé 30 M $ au « Diamant » de Robert Lepage (déjà qu’avec l’amphithéâtre…). Quant aux perdants, on savait depuis deux ans déjà que ce serait les contribuables. C’est comme ça! On a pris l’habitude d’annoncer les perdants à l’avance, histoire d’inhiber l’exaspération de ceux qui doivent assumer les constantes hausses d’impôts décrétées par notre ministre du Bonheur. D’ailleurs, lorsque vient le temps de trouver de nouvelles sources de revenus, M. Bachand ne manque pas d’imagination. En 2012, par exemple, le contribuable assumera une hausse de la TVQ à 9,5%, une hausse de la contribution santé à 200$, une hausse de la taxe sur l’essence, une hausse des cotisations à la RRQ, etc. Si notre ministre était aussi imaginatif pour couper ses dépenses que pour trouver de nouvelles façons de nous plumer, le contribuable n’aurait pas toujours l’impression d’être un esclave au service des ambitions politiciennes.

mardi 20 mars 2012

Aveos: le gouvernement Harper doit-il intervenir?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 20 mars 2012.

Puisqu’il a adopté une loi spéciale pour interdire un conflit de travail à Air Canada, le gouvernement Harper devrait-il aussi intervenir pour tenter d’empêcher la fermeture d’Aveos et la mise à pied de ses 1800 employés à Montréal ?

Investir dans notre appauvrissement
À chaque annonce d’une fermeture d’usine, on réclame l’intervention de nos politiciens. La liste des réclamations est interminable : les Chantiers Davie, Papiers White Birch, etc. Je ne voudrais pas faire mon rabat-joie, mais si Aveos était une entreprise efficace et compétitive, elle ne serait pas obligée d’enclencher un processus de faillite. C’est essentiellement parce qu’Air Canada obtient un meilleur service ou un meilleur prix pour l’entretien de ses appareils qu’elle va chez un concurrent. En fait, il n’est pas rare que des entreprises disparaissent face à une concurrence qui a su innover ou rationaliser ses coûts. C’est ce que le grand économiste Joseph Schumpeter appelle la « destruction créatrice ». Les entreprises incapables d’acquérir de nouvelles compétences ou de s’adapter disparaissent au profit d’autres entreprises plus innovantes. J’en conviens, c’est triste pour les travailleurs qui se retrouvent au chômage et doivent se trouver un nouveau travail. Mais s’opposer à ces fermetures, c’est freiner le moteur de notre croissance économique. Lorsque nos politiciens se présentent en correcteur de marché en adoptant des lois coercitives ou en accordant des subventions à des entreprises inefficaces, ils ne font que retarder un processus d’adaptation normal dans une économie saine. Sans le savoir, ils investissent dans l’appauvrissement de notre économie.

dimanche 18 mars 2012

Les blues du contribuable!


En tant que contribuable, j’en ai assez d’être à la merci de nos syndicats et groupes de pression. J’aimerais pouvoir me soustraire à leur emprise; ne plus être celui qui paie toujours la facture; ne plus leur servir d’otage pour les aider à faire « cracher » le gouvernement.
Le bien commun semble toujours bénéficier aux mêmes : à quelques groupes bien organisés qui savent faire plier le gouvernement. L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais le Trésor public attise la convoitise.
J’ai d’abord pensé mettre sur pied un syndicat d’otages. Une puissante organisation vouée à la défense des contribuables. J’ai finalement abandonné l’idée. Le succès d’une action collective est une question de rentabilité. Même si nous estimons être trop taxés, personne n’est intéressé à s’investir pour contrer les hausses d’impôts à répétition décrétées par nos gouvernements. Parce que la réduction d’impôt devra être partagée avec tout le monde, on attendra que quelqu’un d’autre le fasse à notre place. On est victime de ce que la littérature économique appelle le phénomène du passager clandestin.
Les syndicats
Pour nos syndicats, par contre, il très rentable de revendiquer un privilège qui ira directement dans les poches de leurs membres. Surtout si l’octroi de ce privilège dépend de l’État et qu’on peut prendre le contribuable en otage pour lui faire payer la rançon exigée.
Le contribuable peut-il se prémunir contre les prises d’otages? Il faudrait simplement cesser de confier la gestion de notre vie au gouvernement; cesser de lui confier des responsabilités qu’il ne devrait pas assumer. Avions-nous vraiment besoin de l’État pour négocier les conditions de travail de nos éducatrices en garderies? Avons-nous vraiment besoin de lui pour fixer les droits de scolarité de nos universités? Non! Confier ce pouvoir au gouvernement, c’est se livrer en pâture aux grands groupes de pression.
Le rôle de l’État
Le rôle de l’État devrait se limiter à venir en aide à ceux et celles qui n’ont pas les moyens d’accéder à ces services, à aider les familles et les étudiants à revenu modeste. On appelle ça le partage de richesse. Mais le partage de richesse n’a rien à voir avec la négociation des vacances de nos éducatrices, ni avec l’uniformisation des droits de scolarité de nos universités. On parle ici de socialisme.
Le marché libre n’empêche personne de négocier ses conditions de travail avec son employeur. Pas plus qu’il n’empêche les étudiants de revendiquer des privilèges de leur institution. Mais il permet aux dissidents de voter par les pieds en allant chez un concurrent; il permet aux otages d’échapper à leur ravisseur.
Comptabiliser les votes
C’est parce que l’État ne se mêle pas de ses affaires que certains groupes bien organisés peuvent prendre toute une population en otage pour faire avancer leur cause. Des groupes de pression qui ont compris depuis longtemps que les politiciens sont plus préoccupés par la comptabilisation des votes que par une gestion parcimonieuse de nos impôts.
On a tort de croire que le gouvernement peut s’occuper des problèmes de tout un chacun en créant des monopoles ou en centralisant des décisions qu’on pourrait prendre nous-mêmes.
Même s’il est vrai qu’au fil des ans on peut développer une forme collective du syndrome de Stockholm et être empathique à l’endroit de nos ravisseurs, il faudra bien un jour réaliser qu’on a plus les moyens de verser des rançons à nos grands groupes de pression.

vendredi 16 mars 2012

En faveur d'un régime de retraite obligatoire?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 15 mars 2012.
Dans son budget qui sera déposé mardi prochain, le ministre des Finances, Raymond Bachand, compte obliger les employeurs à mettre en place un régime de retraite auquel seuls leurs employés seront tenus de contribuer. Êtes-vous d’accord avec cette mesure ?
La discipline
C’est connu, notre ministre des Finances veut notre bonheur. Il aurait d’ailleurs trouvé la solution aux problèmes de pauvreté de nos retraités : dorénavant, c’est l'employeur qui aura la responsabilité de choisir le régime de ses employés et de faire des retenues à la source sur leur salaire. Il suffisait d’y penser. Les REER et autres véhicules d’épargnes ne fonctionnent que lorsque les travailleurs sont disciplinés. Comme nous sommes à ses yeux  des insouciants, voire des accros de la consommation, il a décidé de nous offrir un tuteur. Un tiers qui saura nous imposer la discipline nécessaire à l’épargne. Mais si ce n’était pas le vrai problème? Si le problème d’épargne des Québécois était d’abord une question de revenu disponible? Si une fois que le travailleur a payé tous ses impôts, il ne lui en restait plus suffisamment pour joindre les deux bouts et épargner pour sa retraite? En début d’année, la Fédération canadienne des contribuables nous rappelait que le pouvoir d’achat des Québécois s’éroderait de 4 % en 2012, une érosion attribuable aux  différentes hausses de taxes et de cotisation décrétées par notre bon gouvernement. Et si, au lieu de vouloir discipliner les contribuables, le ministre Bachand s’autodisciplinait en allégeant le fardeau fiscal? Je suis persuadé que nos futurs retraités y gagneraient au change.

mardi 13 mars 2012

Air Canada: une loi spéciale justifiée?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 13 mars 2012

Le gouvernement Harper a-t-il raison d’adopter une loi spéciale pour empêcher le déclenchement d’une grève ou d’un lock-out chez Air Canada? Le transport aérien est-il un service essentiel? L’impact d’un conflit sur l’économie canadienne est-il un motif suffisant?

Déficit de concurrence
Air Canada occupe une position dominante dans l’industrie du transport aérien au pays. Ses parts de marché comptent pour 60% des voyages intérieurs et 40% des voyages internationaux. Parce qu’elle profite d’une clientèle captive, elle peut s’approprier une rente de quasi-monopole en imposant des tarifs anormalement élevés sur certains vols intérieurs. Évidemment, cette rente attise la convoitise des syndiqués. D’autant plus, que la captivité de la clientèle sert avantageusement le pouvoir syndical : on peut prendre en otage les voyageurs canadiens pour se faire octroyer des salaires et des bénéfices marginaux démesurés. Arrive alors Big Brother! Le gouvernement réplique en adoptant une loi spéciale censée protéger notre économie et les consommateurs. Décidément, une situation déplorable en entraine une autre.
En réalité, si le gouvernement voulait vraiment protéger les consommateurs, il s’efforcerait de restaurer une saine concurrence dans cette industrie. Une concurrence qui permettrait aux consommateurs de payer un juste prix pour les services de transport aérien; une concurrence qui permettrait aux travailleurs d’exercer leur droit fondamental de faire la grève pour être rémunéré à leur juste valeur. En attendant, cette loi spéciale sert de pansement temporaire à une situation insatisfaisante pour tous les Canadiens.

jeudi 8 mars 2012

Le corporatisme policier


La Presse.ca, Débats, Opinions, jeudi le 8 mars 2012.

Le projet de loi 46 concernant les enquêtes policières indépendantes est-il suffisant? Ce n’est pas l’avis de la protectrice du citoyen, qui réclame des enquêtes impartiales et véritablement indépendantes sur les policiers. Pendant ce temps, nos autorités policières multiplient les efforts pour banaliser le Bureau civil de surveillance proposé par le gouvernement. Leur crainte? Perdre le monopole de l’information lors des enquêtes impliquant des policiers.
Pour l’économiste, le pouvoir monopolistique prête aux abus. Les abus observés en marge des enquêtes policières sont du reste largement discutés dans la littérature. Dans la revue Critical Criminology, Brian Martin explique en détail les méthodes permettant aux corps policiers de se disculper à la suite de bavures policières. Avis aux intéressés!
Au Québec, lorsqu’il y a décès ou blessures graves dans le cadre d’une intervention policière, la pratique veut qu’une enquête soit menée par une autre organisation de police que celle impliquée dans l’événement. Or, selon un récent sondage Angus Reid, 87 % des Québécois remettent en cause ce système. À croire qu’il n’y a que la grande famille policière qui fasse encore confiance aux enquêtes de police sur la police.
Pourquoi les organisations policières veulent-elles conserver le contrôle des enquêtes qui les concernent? Pour mieux pouvoir inhiber l’indignation citoyenne! Dans les heures suivant l’événement, avant même que les policiers impliqués n’aient été rencontrés, on se hâtera de nous informer que la victime était bien connue des policiers, qu’elle souffrait de problèmes mentaux ou qu’elle possédait un lourd casier judiciaire… On profitera même de l’occasion pour laisser entendre que la sécurité des policiers était menacée et que l’utilisation de la force était pleinement justifiée. Comme si on pouvait présumer des résultats de l’enquête.
Cessons d’être naïfs! Les policiers n’ont aucun intérêt à faire la lumière sur les bavures policières. Contrairement au souhait des autorités policières, ce ne sont pas les pouvoirs du Bureau civil de surveillance qu’il faut limiter, mais bien celui des organisations policières elles-mêmes. Ils auront beau nous répéter que seuls les policiers ont les compétences pour enquêter sur leurs pairs, tout ça n’est que du vulgaire corporatisme. Le véritable enjeu du projet de loi 46 est de restaurer la confiance du public envers une institution dont la crédibilité est mise à mal depuis trop longtemps. A-t-on déjà oublié la Commission Poitras?
Pour l’instant, nos forces policières accepteraient la création d’un bureau civil de surveillance à condition d’en limiter considérablement les pouvoirs. Ne nous laissons pas berner : l’ajout d’un bureau civil sans réel pouvoir d’enquête indépendant créera une fausse illusion d’impartialité et ne servira qu’à renforcer la légitimation d’une situation inacceptable. La loi 46 ne doit pas servir à renforcer un pouvoir policier déjà démesuré. Il faudrait peut-être rappeler à nos autorités policières que, dans un État de droit, leur rôle est de faire respecter la loi… et non de faire la loi!
Épilogue: Il faut avoir testé la sensibilité policière pour comprendre l’inquiétude suscitée par une remise en question des enquêtes policières. Dans la foulée de l’incident ayant fait une innocente victime sur la rue Sainte-Catherine, j’écrivais dans La Presse Débats qu’il ne fallait pas trop attendre de l’enquête policière. La famille, c’est la famille, avais-je osé ajouter! Résultat? Mon institution a reçu plusieurs missives des autorités policières pour dénoncer mes propos et ma présumée incompétence à traiter des affaires policières. Avouez que lorsqu’on se sent investi du pouvoir de mettre de la pression sur une institution universitaire et un de ses professeurs pour un billet d’opinion, il y a de quoi s’inquiéter... Me voilà donc récidiviste!


[1] « The beating of Rodney King : the dynamics of backfire », Critical Criminology, Volume 13, no 3, 2005, pp. 307-326.

mercredi 29 février 2012

SNC-Lavalin devrait-elle se montrer plus transparente?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 29 février 2012
Après avoir annoncé la tenue d’une enquête interne au sujet de paiements mystérieux d’au moins 35 millions de dollars, SNC-Lavalin a vu le prix de ses actions culbuter de 20% mardi. Croyez-vous que, pour préserver son image, la haute direction de la multinationale québécoise aurait avantage à montrer plus de transparence et à lever le voile sur ces paiements occultes le plus rapidement possible ? 
Digne d’un roman policier 
La saga SNC-Lavalin est digne d’un roman policier : société fictive, pots-de-vin, lettre de dénonciation, arrestation d’une consultante au Mexique, départ précipité de deux vice-présidents, comptabilité douteuse et… mutisme des dirigeants. Quand le nom de SNC-Lavalin est associé aux plus tordus de ce monde – comme la famille Kadhafi – on ne peut pas dire que notre fleuron québécois transpire l’honnêteté et la transparence. Alors que des allégations de corruption et de malversation ont déjà été portées contre l’entreprise au Bangladesh, en Inde et au Laos, il faut craindre qu’un doute soit désormais installé dans l’esprit de plusieurs fournisseurs de contrats locaux et étrangers. Personne n’aime s’associer à une entreprise dont la probité est mise à mal à répétition! Il va de soi qu’on aimerait en connaître davantage sur notre géant du génie-conseil. Malheureusement, lorsqu’il est question de corruption, l’omerta s’applique. Saura-t-on un jour la vérité? J’en doute. Les histoires du genre se terminent trop souvent en queue de poisson : les dirigeants gagnent du temps, s’affairent à remettre la comptabilité en ordre et tentent de se faire oublier. La mauvaise nouvelle, toutefois, c’est que le silence des dirigeants est souvent considéré comme un aveu.

lundi 27 février 2012

De grands Oscars?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 27 février 2012.
The Artist, Meryl Streep, Jean Dujardin, Christopher Plummer… Êtes-vous d’accord avec le choix des gagnants aux Oscars de dimanche ? Lequel vous a le plus touché ? Même si Monsieur Lazhar ne l’a pas emporté, y a-t-il lieu d’être fier qu’une autre production québécoise ait été mise en nomination dans la catégorie du meilleur film étranger ? 
Mondialisation du cinéma 
«Putain, génial, merci beaucoup!» C’est ainsi que le Français Jean Dujardin a terminé ses remerciements. Juste auparavant, une lauréate du film Hugo s’écriait : « C’est pour l’Italie! » Je l’avoue, je n’ai pas visionné tous les films en lice à la soirée des Oscars. Par contre, j’ai été étonné. Et pas seulement par le glamour et les robes suggestives des stars hollywoodiennes… Ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point l’industrie du cinéma se mondialise. Les Oscars du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur réalisateur ont été décernés à The Artist, une production française. L’Oscar du meilleur film étranger a été attribué au film Iranien Une séparation, et ce, dans une période de grande tension entre l’Iran et les États-Unis. On dira bien ce qu’on voudra sur le chauvinisme des Américains, il reste que l’Académie a donné l’impression de faire fi de la politique et de s’en tenir à valoriser le travail cinématographique un peu partout dans le monde. Quant à Monsieur Lazhar, comme la plupart des Québécois - du moins ceux qui n’écoutaient pas Star Académie - j’aurais aimé qu’il profite davantage de cette vitrine mondiale. Par contre, le seul fait d’être mis en nomination est déjà une belle victoire.

jeudi 23 février 2012

Un gouvernement minoritaire?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 23 février 2012.
Comment entrevoyez la forte possibilité, selon le dernier sondage CROP, qu’un gouvernement minoritaire soit élu aux prochaines élections au Québec ? Serait-ce préférable ou non à l’élection d’un autre gouvernement majoritaire ? D’après vous, quel chef de parti serait susceptible d’accomplir le meilleur travail à la tête d’un gouvernement minoritaire ?
GESTION À LA PETITE SEMAINE
Six mois en politique, c’est une éternité. Il y a quelques semaines, les sondages prédisaient une quasi-disparition du PQ. Ce matin, ils sont en tête des sondages. Le vote des Québécois serait-il volatil? Même si la situation est susceptible d’évoluer considérablement d’ici l’élection, on ne peut ignorer la possibilité qu’un partage du vote entre le PLQ, le PQ et la CAQ conduise à un gouvernement minoritaire. Est-ce souhaitable? Pas sûr! Un gouvernement minoritaire est une situation transitoire et a tendance à favoriser une gestion à court terme des affaires publiques. Parce que l’opposition peut le renverser à tout moment, il aura tendance à gérer à la petite semaine. La plupart du temps, il reportera à plus tard les décisions difficiles pour se préoccuper d’enjeux à court terme. Des enjeux visibles et populaires qui lui permettront de se positionner pour une élection pouvant survenir à tout moment. C’est comme si on était constamment en campagne électorale. Alors que le vrai défi de notre prochain gouvernement sera de jongler avec des finances publiques fragiles et un inévitable vieillissement de la population, le Québec n’a pas besoin d’un gouvernement cherchant constamment à acheter les votes des électeurs en vue de sa réélection.

mercredi 22 février 2012

Commission Charbonneau: avez-vous confiance?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 22 février 2012

Jusqu’à présent, les gestes posés par la commission Charbonneau vous inspirent-ils confiance? L’appel à tous les citoyens afin qu’ils dévoilent des cas de collusion dans la construction? La décision de la présidente de diffuser une vidéo plutôt que de tenir une conférence de presse? Le fait que les audiences publiques ne commenceront qu’en mai? Que le mandat de la commission soit aussi large?

PAS UN BON SIGNAL
Quatre mois après sa mise sur pied, la commission Charbonneau a donné signe de vie. Celle qu’on a décrite au départ comme une patente à gosse a accouché, hier, d’une… patente à gosse : un site internet non sécurisé. Ce n’est pas très sérieux! C’est vrai que la structuration d’une telle commission d’enquête est un lourd travail. Toutefois, la commission peut compter sur un budget illimité et profiter des travaux de l’escouade Marteau, du rapport Duchesneau et de l’UPAC. En lançant un appel à la dénonciation citoyenne, la commission donne l’impression de ne pas trop savoir où elle va. L’appel à tous n’est pas à proprement parler un bon signal. C’est comme si, après avoir investi des dizaines de millions de dollars en enquête policière, la commission n’avait rien à se mettre sous la dent. Même s’il est trop tôt pour juger, cette première sortie nous laisse sur notre appétit. La juge Charbonneau n’a guère le choix : elle doit accélérer les travaux et produire quelque chose de tangible rapidement. Sinon, elle laissera la désagréable impression qu’on retarde les travaux pour ne pas nuire à la prochaine élection. Il est vrai que les apparences sont souvent trompeuses, mais en matière de justice, les apparences sont fondamentales.