Article épinglé

mercredi 19 octobre 2011

Et si on faisait l’éloge du travail au noir?

Journal de Québec, Opinion, mercredi le 19 octobre 2011, p.19  et Journal de Montréal, Opinion, mercredi le 19 octobre 2011, p.23
 
Si on en croit un récent sondage, l’évasion fiscale et le travail au noir se classent respectivement au 7e et 13e rang du palmarès des comportements immoraux des Québécois. Puis après…

Le gouvernement nous rappelle sans cesse que le travail au noir, c’est du vol. Mais qui sont les victimes? On connaît le refrain : ce sont les contribuables qui paient leurs impôts assidûment. Ainsi, il serait injuste qu’un contribuable assume davantage d’impôt parce que des travailleurs se font payer « en dessous de la table » pour faire vos réparations ou vos travaux domestiques.

Et si les travailleurs au noir protégeaient tous les contribuables des abus de nos gouvernements? Plusieurs économistes considèrent que l’économie souterraine freine l’appétit fiscal de nos gouvernements. Plus ces derniers augmentent vos impôts, plus ils encouragent le travail au noir. Or, plus le travail au noir augmente, moins le gouvernement retire de revenus de l’impôt. Il arrive même un moment où toute nouvelle hausse de taxes diminue les revenus de l’État! Ce qui fait dire à l’économiste et philosophe Pierre Lemieux que « les travailleurs au noir […] empêchent l’État d’être encore plus vorace. En ce sens, tout le monde profite du travail au noir […] »

J’en conviens, priver nos gouvernements de revenus défavorisera certains individus, principalement ceux qui vivent aux crochets de l’État. Mais attention! Ceux qui vivent aux dépens de l’État ne sont pas tous des démunis et des gens dans le besoin. Oh non! Ces derniers n’accaparent qu’une partie des dépenses de nos gouvernements.

Où va donc le reste de vos impôts? Voilà la question! Une fois que l’État a rempli ses soi-disant devoirs essentiels, il lui en reste suffisamment pour nourrir toutes ces organisations qui font de la spoliation une spécialité. Je parle de qui? Lisez le rapport Duchesneau…

De toute évidence, nous versons trop d’impôt au gouvernement… et c’est ce qui lui permet d’entretenir à son bénéfice un marché des faveurs. Un marché où ce ne sont plus les entreprises efficaces et compétitives qui gagnent les appels d’offres du secteur public, mais – soyons polis – celles qui ont les meilleurs contacts au gouvernement.

Si on était sérieux, si on désirait vraiment moraliser notre société, on implanterait des règles limitant la part de l'économie confiée au secteur public. Lorsqu’on versera moins d’impôt à l’État, il lui sera plus ardu d’essaimer les faveurs. Sans compter que les travailleurs auront, eux aussi, moins d’intérêt à assumer les risques du travail au noir.

En diabolisant le travailleur au noir, on se donne peut-être bonne conscience, mais on se prive aussi d’un des seuls moyens d’empêcher nos gouvernements d’abuser des contribuables. Vous rétorquerez que les comportements immoraux de l’un ne justifient pas les comportements immoraux de l’autre. C’est vrai! Mais entre deux comportements immoraux, je choisis celui qui me coûte le moins cher. Dans l’adversité, on ne choisit pas ses amis…

La banlieue honnie


La Presse, Forum, mercredi le 19 octobre 2011, p A19 et sous le titre : S'acharner contre les pauvres gens, Le Soleil, Opinion, mercredi 19 octobre 2011, p.22. Disponible aussi sur Cyberpresse.

Sans la densification urbaine, point de salut. Voilà la belle affaire! Les experts en planification urbaine sont unanimes : les bungalows doivent disparaître au profit des condos. Il faut développer les transports en commun et freiner l’étalement urbain.
Nos spécialistes de la planification urbaine n’aiment pas les banlieues. À leurs yeux, l’étalement urbain est une pandémie, le résultat d’un déficit de planification qui permet la vente de terrains et la construction des maisons en fonction des préférences des citoyens. Quelle aberration! Comment a-t-on pu vivre si longtemps sans cette horde de planificateurs s’acharnant à gérer nos vies?
Imaginez notre vie sans planificateurs urbains. Nous n’aurions sans doute jamais connu les bulles immobilières… ou, en tout cas, elles auraient plafonné plus bas. Car voyez-vous, il suffit de confier le développement d’une ville à un planificateur pour faire augmenter le prix des habitations.
D’abord, il interdira la construction domiciliaire dans tel ou tel secteur au nom de l’étalement urbain, du réchauffement climatique, du patrimoine agricole, de la protection d’une espèce de grenouille et j’en passe. Une fois qu’il aura créé une rareté dans l’offre de terrains, il obligera l’entrepreneur à lui demander une autorisation ou un permis qui prendra des mois, voire des années à être délivré. Finalement, ce même entrepreneur devra se conformer à une panoplie de normes, de règlements et de procédures. Tout ça, évidemment, pour conforter quelques groupes de pression et augmenter les recettes fiscales de la grande ville.
Par la magie de la planification, la maison de 100 000 $ que vous convoitiez coûte désormais… 250 000 $. Consolez-vous! On vous a protégé contre vous-même. C’est connu, un agent immobilier aurait pu vous forcer à acheter une maison de banlieue contre votre gré.
Nous vivons dans un monde où les planificateurs urbains se concertent pour décider où et dans quel type d’habitation les gens doivent vivre. Un monde où ce sont des technocrates qui décrètent qu’une famille à faible revenu vivra dans un HLM ou un logement multifamilial du centre-ville.
Comme si plus personne n’aspirait à s’offrir une maison avec un petit bout de terrain pour jouer avec ses enfants, faire du jardinage ou… laver sa voiture. Parce que, voyez-vous, cette damnée voiture, celle que nos planificateurs veulent bannir, c’est aussi elle qui a permis à beaucoup de familles d’accéder à leur rêve de propriété. Alors qu’auparavant l’auto était réservée aux mieux nantis, à peu près tout le monde peut maintenant s’en procurer une, ne serait-ce que pour aller vivre dans un bungalow de banlieue pour échapper aux coûts faramineux de la planification urbaine.
On a beau dire, mais ceux qui prétendent se soucier des gens à revenu modeste sont aussi ceux qui privent plusieurs familles des joies de la propriété. En s’acharnant contre l’étalement urbain, nos planificateurs s’acharnent aussi contre les pauvres gens.

lundi 17 octobre 2011

Occupy Wall Street: définir les revendications.


La Presse Débats, Cyberpresse, lundi le 17 octobre 2011.
Des manifestations contre les dérives du capitalisme financier ont eu lieu dans plus de 1000 villes du monde en fin de semaine. Selon plusieurs observateurs, le mouvement Occupy Wall Street risque de s'essouffler si ses organisateurs ne s'entendent pas sur des revendications spécifiques. Est-ce votre avis? Quelles devraient-être ces revendications, selon vous?
 Karl Marx ne ferait pas le poids
Occupy Wall Street est un mouvement de contestation qui dénonce les abus du capitalisme financier. Ce mouvement dit s’inspirer du printemps arabe et prétend représenter les 99 % de citoyens qui ne tolèrent plus la cupidité de l’autre 1 %, les Wall Street Boys. Jusque-là, pas de problème! Mais que veulent les manifestants au juste? Sur le site internet de l’organisation, on peut prendre connaissance de la liste des demandes proposées par l’un d’entre eux: augmenter le salaire minimum, mettre en place un revenu minimum garanti, instaurer un système de santé publique universel, instaurer la gratuité des collèges et, tenez-vous bien, éliminer immédiatement les dettes individuelles (de tout le monde!). Dès maintenant, il faut accorder un pardon sur les prêts commerciaux, les prêts hypothécaires, les dettes sur les cartes de crédit, les prêts étudiants, etc. Et comme si ce n’était pas assez, il faudrait aussi éliminer les dettes contractées par tous les pays de la planète. Bref, si j’ai bien compris, c’est l’opération grand ménage : on efface et on recommence. En matière de socialisme, Karl Marx lui-même ne ferait pas le poids ! Par hasard, vous n’auriez pas un Wesfalia à vendre ? 

jeudi 13 octobre 2011

Tony Tomassi doit-il démissioner?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 13 octobre 2011.
Accusé de fraude et d’abus de confiance, le député et ex-ministre Tony Tomassi devrait-il démissionner ? Mériterait-il d’être destitué par l’Assemblée nationale ? Ou, d’après vous, peut-il continuer de représenter sa circonscription puisqu’il est présumé innocent ?

Que de mauvaises décisions
Le métier de politicien n’est pas facile. Un élu peut être accusé à tout moment, être innocent et, malgré tout, être forcé de démissionner. Pour Tony Tomassi, il n’y a que de mauvaises décisions. Il peut rester en poste en invoquant la présomption d’innocence. Il peut prétexter que la présomption d’innocence est un droit fondamental, qu’une personne est présumée innocente tant et aussi longtemps que sa culpabilité n’a pas été prouvée. Dans ce cas, on peut douter de sa capacité à remplir sa tâche d’élu puisqu'il devra consacrer ses énergies à préparer sa défense, plutôt qu’à représenter les électeurs de sa circonscription. L’autre option qui s’offre à lui est de démissionner. C’en sera alors fini de sa réputation et de sa carrière politique, et ce, même s’il devait être reconnu innocent plus tard. Peu importe sa décision, la pression médiatique ne s’estompera pas. L’affaire se déroule sur fond de collusion et de corruption gouvernementale. Elle pollue encore davantage le climat déjà malsain de l’action politique. Si j’étais à sa place, je démissionnerais. De toute façon, la rumeur veut qu’il ait beaucoup d’amis pour l’aider à se refaire une carrière…

jeudi 6 octobre 2011

Le pont Champlain en PPP?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 6 octobre 2011
Question : Le nouveau pont Champlain devrait-il être construit en partenariat public-privé (PPP)?
Et pourquoi pas?
Le gouvernement fédéral affirme avoir une préférence marquée pour un partenariat public-privé (PPP). Et pourquoi pas? Il a utilisé cette formule pour la construction du Pont de la Confédération reliant l’Île-du-Prince-Édouard au Nouveau-Brunswick dans les années 1990. Cet ouvrage de 13 kilomètres a été conçu et construit par un consortium du secteur privé. Ce même consortium s’est vu confier l’entretien et l’exploitation du pont pour 35 ans, au terme duquel il le remettra aux autorités fédérales. D’ici là, les revenus de péage lui servent à l’exploiter et à l’entretenir. Le bilan? L’expérience s’est avérée positive : le pont a été construit dans les délais prévus et sans mauvaises surprises pour les contribuables. En préconisant cette formule, le gouvernement a pu partager avec le secteur privé les risques associés à la construction et à l’exploitation d’un équipement collectif de 1 milliard de dollars. 

Plusieurs dénoncent les PPP sous prétexte que l’entreprise privée n’y participe que pour faire de l’argent. C’est vrai! Je dirais même que c’est ce qu’on souhaite : c’est cette soif de profit qui, pour notre bénéfice mutuel, incitera les entreprises à être économes et efficaces dans la construction et l’exploitation du pont. N’est-ce pas mieux que de les voir s’activer à multiplier les gaspillages et à repousser les délais de réalisation pour obtenir des faveurs ou des rallonges contractuelles du gouvernement?

vendredi 30 septembre 2011

Diminution de soins justifiée?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 30 novembre 2011.
La protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dénonce les compressions importantes dans les soins à domicile aux personnes âgées. Des sommes servent à éponger des déficits dans d’autres services ou font les frais des compressions budgétaires, au détriment de personnes vulnérables. Que pensez-vous de cette décision gouvernementale ?
Solution: Les caisses d'épargne santé
Certes, les soins à domicile contribuent au bien-être des personnes âgées. Ils peuvent même prolonger leur espérance de vie. Le problème, c’est qu’avec le vieillissement de la population et l’escalade des frais de santé, il est difficile d’imaginer que le gouvernement puisse subvenir encore longtemps aux besoins de tout un chacun. Que faire alors? Face à l’impossibilité d’offrir à tous les usagers des services gratuits, plusieurs économistes suggèrent de mettre en place des caisses d’épargne santé, une forme de «REER-Santé». L’idée est simple : chacun d’entre nous accumulerait tout au long de sa vie des fonds personnels, à l’abri de l’impôt, pour subvenir à ses besoins de santé futurs. Le fonds appartiendrait à l’individu et il en serait le seul bénéficiaire. Ainsi, à l’occasion d’une dépense de santé, l’individu puiserait d’abord dans ses épargnes cumulées et, advenant que son fonds s’épuise, l’État prendrait la relève avec une assurance de dernier recours.  Au lieu de continuellement se fier à l’État, pourquoi ne pas faire du citoyen le premier responsable de sa santé? Pourquoi toujours compter sur l’État pour subvenir à ses propres besoins?

dimanche 25 septembre 2011

L’incompréhensible mission du CRTC

Le Journal de Québec et Journal de Montréal, Votre Opinion, dimanche le 25 septembre 2011, p.18 JdQ, p24 JdM.

Le CRTC est en mission contre la convergence. Au nom du bien commun (sic), il sera désormais interdit aux Bell, Rogers, Shaw ou Quebecor d'offrir des émissions exclusives à leurs clients internet ou de téléphonie mobile. Les « tsars » du CTRC en ont décidé ainsi. 
Dorénavant, les émissions diffusées à la télévision, incluant les parties de hockey, seront collectivisées. Elles seront disponibles à toute entreprise du web ou de téléphonie mobile selon des modalités dites «équitables et raisonnables». À cela s’ajoutent une série de nouvelles règles ainsi qu’un code de conduite auxquels les entreprises devront se plier. Décidément, la soviétisation de nos géants des télécommunications est en marche.
Pour les planificateurs du CRTC, la convergence est intolérable. Une calamité! Des entreprises dynamiques croissent, innovent, offrent de nouveaux produits, conquièrent de nouveaux marchés et… éliminent ou achètent des concurrents moins efficaces. Quelle aberration! 
La solution? Un moratoire sur l’entrepreneuriat. Vite! Un frein à ce déploiement capitaliste tous azimuts pour protéger le petit, la veuve, l’orphelin… et l’imbécile de consommateur! 
Imaginez : des consommateurs pourraient être obligés de s’abonner à plusieurs chaines ou réseaux ou encore de s’acheter un appareil mobile qui diffuse les matchs de leur équipe de hockey préféré. C’est connu, on achète un iPhone ou on s’abonne à Vidéotron sous la menace de représailles physiques ou mentales… 
C’est sans compter que le bien commun exige qu’on bride les profits potentiels de ces grands conglomérats dépourvus de conscience sociale qui ne travaillent que pour l’argent. En effet, comment peut-on tolérer que des entreprises rivalisent d’ingéniosité pour vendre des services que les gens aiment et pour lesquels ils sont disposés à payer?
Le moment ne pouvait être mieux choisi. Le groupe Quebecor mise sur la convergence pour rentabiliser un retour des Nordiques à Québec. Aussi bien l’informer dès maintenant qu’il devra partager le fruit de ses investissements avec ses concurrents. Une tuile vous dites? Pire que les contestations légales du citoyen De Belleval. 
Vous avez déjà lu « La révolte d’Atlas », d’Ayn Rand? Dans ce bestseller vendu à 10 millions d’exemplaires, des chefs d’entreprises en ont assez de se faire dicter une ligne de conduite par les bureaucrates et décident de tout abandonner et de faire… la grève. Résultat : le pays s’enlise dans l’oisiveté et la pauvreté. 
Et si PKP faisait la grève? Régis devrait louer son amphithéâtre aux bureaucrates du CRTC.  

mercredi 21 septembre 2011

Durcissement des peines justifiés?


La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi 21 septembre 2011
Le gouvernement Harper entend adopter un projet de loi omnibus qui prévoit le durcissement des peines d’emprisonnement pour les jeunes contrevenants, les trafiquants de drogue et les prédateurs sexuels. Croyez-vous que ces mesures, dont l’application coûtera 2,7 milliards au cours des cinq prochaines années, sont justifiées compte tenu de la baisse de la criminalité au Canada depuis 10 ans ?
Réparer les dommages aux victimes
Le durcissement des peines d’emprisonnement sont-elles de nature à dissuader les criminels de récidiver? On peut en douter. Certains avancent même que la prison est l’école du crime… Une chose est sûre : avec la proposition des Conservateurs, les victimes devront payer davantage d’impôt pour punir les coupables! C’est comme si notre justice était un système où la victime doit payer, deux fois plutôt qu’une, pour un crime qu’elle a elle-même subi. Plutôt que de chercher à durcir et à rendre les peines automatiques, on pourrait chercher à replacer les victimes au centre du processus judiciaire. Même si on ne peut pas toujours rendre à une victime ce qui lui a été enlevé, la vraie justice ne serait-elle pas de chercher à s’en approcher? Ne serait-il pas préférable de forcer, lorsque c’est possible, les contrevenants à réparer les dommages qu’ils ont causés? Outre les réparations d’ordre financier, les victimes pourraient réclamer d’autres formes de compensation pour les dommages subis : un travail en faveur d’un organisme privé ou communautaire, par exemple. Une justice basée sur la réparation n’est peut-être pas simple à mettre en œuvre, mais contrairement à un système de peine automatique, elle permet d’aspirer à la « juste peine » tout en redonnant aux victimes un peu de ce qu’elles ont perdu.

mardi 20 septembre 2011

La journée internationale de la paix et du… capitalisme!



Vincent Geloso, doctorant à la London School of Economics and Political Science, Londres et Pierre Simard, professeur, École nationale d’administration publique, Québec.   
Le 21 septembre, on fête la Journée internationale de la paix. Profitons-en pour célébrer le principal vecteur de la paix dans le monde : le capitalisme! Vous êtes sceptiques? Et pourtant!
Même si les technologies nous permettent aujourd’hui de suivre en temps réel les conflits qui sévissent un peu partout sur la planète; même si on l’impression de vivre dans un monde toujours plus violent, il n’en est rien. Depuis la seconde guerre mondiale, on observe une importante réduction de la violence et de la fréquence des conflits à l’échelle mondiale.
Selon le Human Security report 2009-2010, le nombre moyen de décès sur les champs de bataille est passé de 596 000 en 1950 à moins de 17 000 en 2007, une tendance qui s’est confirmée avec la chute de l’Union soviétique. D’ailleurs, depuis le début des années 1990, la diminution du nombre de victimes sur les champs de bataille s’accélère. Aujourd’hui, les guerres sont plus localisées et de moindre envergure que par le passé. En outre, les conflits armés affectent une proportion de plus en plus petite de la population mondiale.

jeudi 15 septembre 2011

Collusion: que doit faire le gouvernement?


La presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 15 septembre 2011
Le rapport de l’Unité anticollusion est troublant : les malversations dans l'industrie de la construction ont pris une telle ampleur que le Québec risque une «prise de contrôle de certaines fonctions de l'État» par des acteurs mal intentionnés. Face à ce système corrompu, infiltré massivement par le crime organisé, que devrait faire le gouvernement Charest pour tenter de le briser ? 
Une illusion. 
Pour ou contre une commission d’enquête sur le milieu de la construction? Le débat est relancé. Plusieurs s’imaginent qu’il suffit de faire une enquête publique pour éradiquer les pratiques de collusion entre l’industrie privée, des fonctionnaires et des politiciens. Désolé, mais la commission d’enquête n’est qu’une illusion! Comme je l’écrivais sur cette tribune il y près de deux ans, notre plus grande erreur serait de considérer ces scandales comme des incidents passagers. N’y voir qu’un dysfonctionnement moral affligeant une poignée d’individus. Croire que lorsque les pommes pourries auront été démasquées nous pourrons recouvrer notre «monde parfait» et bénéficier à nouveau de la supériorité morale de nos politiciens et bureaucrates. En réalité, les politiciens et les fonctionnaires sont des individus qui, en dépit de leurs contraintes morales et éthiques, peuvent parfois agir malhonnêtement lorsqu’ils estiment que le bénéfice anticipé de leur crime est supérieur à la probabilité de se faire prendre et d’en payer le prix. Puisqu’il est admis que l'efficacité administrative du secteur public est généralement moindre que celle du secteur privé, on peut présumer qu’il en va de même de son efficacité à contrer les nombreux abus réalisés sur le dos des citoyens. Pourquoi? Tout simplement parce dans le secteur public, l'argent que les politiciens et les bureaucrates gèrent n'est pas le leur. D’où un moindre souci à combattre les abus. De toute évidence, lorsqu'on reconnaîtra que l'État s’avère un foyer propice aux collusions de toutes sortes, il est fort à parier qu’on resserrera les systèmes de reddition de comptes assujettissant nos gouvernements et qu’on implantera des règles pour limiter la part de l'économie qu'on confie au secteur public. D’ici là, commission d’enquête ou non, on devra vraisemblablement se contenter de: «je ne suis pas au courant», «je vais m’informer» et «j’ai demandé à mon ministère d’examiner la question».

mardi 13 septembre 2011

La Grèce en faillite?

La Presses Débats, Cyberpresse, mardi le 13 septembre 2011.


La faillite de la Grèce est-elle inévitable? La survie même de l’euro est-elle menacée? Les pays les plus endettés de l’Union européenne risquent-ils d’être largués? 

Un grand service
Aujourd’hui, on s’inquiète pour la Grèce et demain, on s’inquiètera pour l’Espagne, le Portugal et l'Italie… Le problème? L’endettement démesuré de ces pays et leur difficulté à faire face à leurs obligations financières. De plus en plus d’observateurs croient qu’on devrait laisser la Grèce faire faillite, qu’on lui rendrait un grand service si on l’obligeait à respecter ses engagements en quittant la zone euro et en dévaluant sa monnaie. En réalité, peu d’économistes croient qu’une nouvelle aide financière sera un jour remboursée par la Grèce. La «solidarité» de l’UE viserait seulement à protéger les banques européennes très engagées dans l’économie grecque; une fuite en avant qui aura pour seule conséquence d’endetter encore davantage la Grèce et les pays de l’UE. La faillite ne serait évidemment pas facile pour les Grecs. Mais mettons-nous à leur place : quels choix ont-ils réellement? Soit ils acceptent l’aide européenne et se font dicter un plan de redressement venant de l’extérieur du pays, soit ils font faillite, larguent une partie de leur dette et se chargent eux-mêmes de mettre en place les mesures d’austérité qui ramènera le pays sur le chemin de la santé financière. Souvenons-nous de l’Argentine : ce pays avait préféré faire faillite plutôt que de se soumettre aux diktats du FMI. Qui mettra ses culottes le premier?

mardi 6 septembre 2011

Évaluer les enseignants?


La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 6 septembre 2011.
Devrait-on évaluer les enseignants du primaire et du secondaire ? Devrait-on accorder de meilleurs salaires aux enseignants jugés les plus performants ?  Et congédier les plus incompétents ?
Aux parents d'évaluer! 
L’idée du salaire au rendement pour les enseignants n’est pas nouvelle. Plusieurs États américains envisagent, eux aussi, la mise en place de modes de rémunération permettant de récompenser les enseignants les plus performants. L’idée pose cependant des difficultés de mise en œuvre. La principale consiste à définir la performance. Comment, et sur quelle base, évaluera-t-on la performance d’un enseignant? Augmentera-t-on son salaire en fonction de l’amélioration de la performance de ses élèves à des tests standardisés? En fonction d’objectifs annuels prédéfinis par la direction de l’école ou la commission scolaire? Lorsqu’il acquiert de nouvelles compétences? Plus encore, la performance sera-t-elle récompensée par un bonus ou plutôt par une majoration du salaire annuel? À la base, l’introduction du salaire au rendement suppose qu’on saura discriminer le professeur performant du non performant; le professeur compétent de l’incompétent. Si l’évaluation de la performance est liée à des critères flous − reproche que l’on fait souvent aux avancements d’échelon dans la fonction publique − on risque d’augmenter le salaire de tous les enseignants, et ce, indépendamment de leur performance. Aussi, si on désire réellement mesurer la performance de nos enseignants, il serait peut-être bon d’impliquer les parents dans l’évaluation du professeur de leur enfant. Ne sont-ils pas les premiers clients de notre système d’éducation?

jeudi 1 septembre 2011

Abolir les commissions scolaires


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 1er septembre 2011.

Les commissions scolaires ont admis cette semaine qu’elles doivent améliorer leur gestion. Croyez-vous que leur engagement sera suffisant pour leur éviter une éventuelle disparition? Si elles ont encore leur raison d’être, doivent-elles conserver à la fois leur mandat éducatif et administratif ? 
Redonner l’argent aux parents ? 
En 2006, lorsque Mario Dumont a proposé l’abolition pure et simple des commissions scolaires, on l’a traité d’hérétique. Une idée « sans bon sens », déclarait Paul Gérin-Lajoie. Cinq ans plus tard, l’idée « sans bon sens » a fait son chemin. Évidemment, il s’est enclenché depuis une course à la rente bureaucratique. Il y a quelques mois, le ministère de l’Éducation annonçait son intention de sabrer dans les budgets des commissions scolaires. Aujourd’hui, la Fédération québécoise des directions d'établissement d'enseignement (FQDE) réclame des pouvoirs accrus et l’autonomie financière pour les écoles. Comme si le véritable enjeu était de redistribuer à une quelconque bureaucratie ce que l’autre perd. Et le parent dans tout ça? N’est-il pas le premier responsable de l’éducation de son enfant? Pourquoi ne pas lui confier davantage de responsabilités? Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour lui remettre directement les sommes récupérées par l’abolition des commissions scolaires? Pourquoi ne pas lui expédier un bon d’éducation lui permettant d’acheter lui-même, auprès des écoles ou sur le marché privé, des services éducatifs qu’ils jugent susceptibles de contribuer au développement de son enfant. Encore une idée « sans bon sens », une hérésie!

mardi 30 août 2011

François Legault, un vent de changement?

La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 30 août 2011

François Legault et sa Coalition pour l’avenir du Québec proposent-ils vraiment des solutions qui tranchent avec les politiques du gouvernement Charest ou les idées du Parti québécois? En quoi les positions de M. Legault diffèrent-elles? Sont-elles de nature à séduire l’électorat ? 
Un pétard mouillé!
François Legault cherche à nous vendre l’image d’un politicien en mission. Celle du politicien désintéressé et insensible aux préoccupations électoralistes. Celle du politicien résolu à relancer le Québec à l’intérieur d’un ou deux mandats (ça dépend des jours) et qui quittera la vie publique par la suite. Séduisant? Bien sûr! À condition de se faire élire. Or, pour y arriver, la CAQ procède exactement comme tout bon vieux parti politique. Elle nous a concocté de vagues et timides réformes dont la principale caractéristique est de plaire à tel ou tel groupe d’électeurs, tout en s’assurant de ne pas trop froisser les divers groupes d’intérêt qui profitent actuellement des largesses de l’État. Des propositions qui, somme toute, ne sont guères plus originales ou ambitieuses que celles avancées par les autres partis d’opposition (PQ, ADQ). En réalité, François Legault ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de la théorie des choix publics voulant que les partis politiques proposent des politiques en vue de gagner leurs élections, et non à gagner des élections en vue de mettre en œuvre des politiques. La CAQ est sans doute une opération de marketing politique à succès, mais…  Dites, vous connaissez l’histoire du pétard mouillé?

vendredi 19 août 2011

Augmenter ou réduire l'immigration?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 19 août 2011
Le gouvernement Charest souhaite réduire de 54 000 à 50 000 le nombre d’immigrants reçus au Québec chaque année. Au contraire, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain propose que le Québec en accueille davantage, jusqu’à 65 000, afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre et de contrecarrer le vieillissement de la population. Augmenter ou réduire, quelle politique devrait-on prôner ?
Vendre le droit d’immigrer
Nul doute que l’immigration peut être bénéfique pour le Québec. Mais toute immigration n’est pas forcément bonne. Pour profiter de l’immigration, il faut attirer des populations qui contribueront à notre économie. Dans cette perspective, l’économiste Gary Becker (Nobel d’économie 1992) propose de vendre le droit d’immigrer. La tarification du droit d’immigrer attirerait des populations d’immigrants jeunes, ambitieux, travailleurs et en santé. Puisque qu’ils devraient amortir le coût de leur investissement, les nouveaux arrivants devraient disposer d’une formation ou de qualifications compatibles avec notre marché de l’emploi. Pour améliorer leurs chances de réussite, ils seraient motivés à apprendre notre langue, à adopter nos valeurs et à devenir des citoyens actifs et bien informés. Évidemment, pour attirer ce type de nouveaux arrivants, il faudrait cesser de se donner bonne conscience avec l’aide sociale et faciliter l’accès des nouveaux arrivants à notre marché du travail. On pourrait commencer par lever toutes ces barrières qui font que des immigrants bardés de diplômes doivent occuper des postes sans rapport avec leurs qualifications et leurs compétences. La vente du droit d’immigrer aurait aussi l’avantage de circonscrire le discrétionnaire bureaucratique et politique dans le choix du nombre et de la composition des nouveaux venus.