Article épinglé

vendredi 17 août 2012

Voter n'est pas un devoir!


La Presse, Débats, vendredi le 17 août 2012, p.A15  (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le « promessomètre » électoral québécois atteint des niveaux ridicules, les chantres de la démocratie investissent les médias pour nous rappeler qu’il est de notre devoir d’aller voter. Devrait-on les écouter? À vous de décider!
Vous avez le sentiment que les politiciens vous racontent n’importe quoi. Aucun parti politique ne répond à vos aspirations. À vos yeux, qu’un parti prenne le pouvoir plutôt qu’un autre ne change rien. Dans ce cas, il n’y a pas de mal à rester chez vous et à vous abstenir. (Ô sacrilège!)
Pourquoi donneriez-vous votre consentement à des propositions électoralistes du simple fait qu’on clame, haut et fort, que vous devez remplir votre devoir de citoyen? Voter n’est pas un devoir, c’est un droit!
Achèteriez-vous une maison qui vous rebute? L’achèteriez-vous sans la visiter ou sans vous informer des frais qui s’y rattachent? Sûrement pas! Pourquoi donneriez-vous votre aval à ce que des élus s’accaparent une part appréciable de vos revenus en échange de l’adoption de centaines de lois et de règlements dont vous ignorez la teneur et les conséquences; en échange de services publics dont vous jugez ne pas avoir besoin?
Soyons honnêtes, comme l’expliquent les économistes des choix publics, beaucoup d’électeurs font désormais la sourde oreille aux politiciens. Ce sont pour la plupart des citoyens avisés (des ignorants rationnels) qui ont décidé de ne plus investir de temps et d’argent à connaître les tenants et aboutissants des promesses des partis politiques. Estimant que leur vote a peu de chance d’influer sur le résultat des élections, ils ne voient pas d’intérêt à analyser de vagues et pompeuses promesses électorales dont les conséquences sont, avouons-le, pratiquement inextricables.
Malgré tout, on ne cesse de les harceler pour qu’ils aillent voter. Comme s’il suffisait de développer un slogan accusateur ou un message télévisé culpabilisateur pour ramener les électeurs dissidents dans l’isoloir.
Évidemment, l’insistance de la classe politique à amener le plus grand nombre de citoyens aux urnes n’est pas désintéressée. D’abord parce que chaque parti politique reçoit du Directeur général des élections une allocation annuelle basée sur les votes recueillis lors des dernières élections (0,85 $ par électeur en 2012). Ensuite, et surtout, parce que nos politiciens ont besoin du consentement du plus grand nombre pour se légitimer.
Même si l’absentéisme électoral n’empêche pas la prise du pouvoir, le silence d’une partie significative de l’électorat est un acte politique non négligeable. Le refus de l’électeur de cautionner les diverses propositions politiques qui lui sont offertes remet en question la légitimité des élus dans l’exercice de ce pouvoir. Par exemple, lorsque le citoyen refuse de voter à l’aveuglette, il devient plus difficile de justifier des politiques à caractère électoraliste ou partisan en affirmant qu’un fort pourcentage de l’électorat appuie la démarche.
Rassurez-vous, s’abstenir de voter n’est pas inutile. C’est aussi envoyer un message aux politiciens : celui qu’ils ont été incapables de répondre à vos aspirations. Au risque de déplaire aux hérauts de la participation électorale, lorsque les politiciens ne sont plus capables de donner aux électeurs une bonne raison d’aller voter, l’absentéisme a le mérite de servir de coup de semonce à une élite politique déconnectée de ceux qu’elle aspire à représenter. C’est aussi ça, la démocratie!

jeudi 21 juin 2012

Une Fête nationale différente cette année ?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 21 juin 2012.
La Fête nationale aura-t-elle une coloration particulière cette année en raison du conflit étudiant ?
Subventionner le saccage 
Il fut une époque où j’avais hâte à la Saint-Jean. Cette année, j’ai hâte au lendemain. La Fête nationale est devenue un événement hautement politisé. Elle s’est transformée, au fil des ans, en événement de propagande pour les souverainistes du Québec. S’inviteront également à la fête cette année : les carrés rouges, les « Occupons … » et sans doute quelques casseurs professionnels. On a même prévu une période d’échauffement par une grande manifestation la veille. Plus que jamais, la table est mise pour un affrontement avec les forces de l’ordre. Déjà qu’à Québec, l’an dernier, l’événement avait donné lieu à un déploiement policier sans précédent : barrages routiers, périmètres de sécurité et fouille des participants. Imaginez cette année! On dira ce qu’on voudra, la Saint-Jean n’est plus la fête de tous les Québécois. Une majorité de citoyens resteront chez eux pour ne pas mettre en péril leur propre sécurité ou celle de leur famille. De nombreux élus les imiteront pour éviter de mettre le feu aux poudres. Bref, le Québec est manifestement une société distincte: on y subventionne même le saccage du bien public.

mercredi 20 juin 2012

Financement des partis: comment contrer «l'argent sale»?

La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 20 jun 2012.


Jacques Duchesneau a affirmé devant la commission Charbonneau que 70% des sommes récoltées par les partis provinciaux pour les élections sont de «l’argent sale». «On serait devant une culture éhontée et généralisée de pots-de-vin et de corruption», soutient l’ex-directeur de l’Unité anticollusion. Croyez-vous que le financement illégal a pris une telle ampleur au Québec ? Que devrait-on faire pour remédier à cette situation ?
Libéralisons le financement électoral 
En 1977, le Québec adoptait une loi régissant le financement électoral. On la disait une des plus rigoureuses au monde. Trente-cinq ans plus tard, Jacques Duchesneau  prétend que 70% des sommes récoltées par les partis provinciaux sont de «l’argent sale». Surpris? Pas vraiment! Tout simplement parce que trop souvent ce sont les lois et les impôts abusifs qui font naître les activités illicites. Dans les années 1920, les gouvernements canadiens et américains ont légiféré pour tenter d'éliminer l’alcool de nos vies. Il s'en est suivi ce que plusieurs qualifient d'âge d'or de la corruption et du marché noir. À vouloir restreindre par la force les sources de financement des partis politiques, on ouvre la porte aux organisations illicites et occultes. On attire sur le marché politique des petites mafias qui, grâce à un puissant réseau d'influence, servent la caisse de nos partis. Encore aujourd’hui, le débat sur le financement de nos partis politiques se tient les plans moral et répressif. C'est peut-être là le hic! On néglige l'idée qu'il suffirait de relaxer les contraintes imposées par notre loi électorale pour contrer la corruption.

(Ce billet est le résumé d’un texte paru dans le Journal de Québec et sur Cyberpresse en avril 2010.)

mardi 19 juin 2012

Le pont Maurice-Richard: une bonne idée?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 19 juin 2012.
Le ministre Denis Lebel évoque la possibilité que le futur pont Champlain porte le nom de Maurice-Richard. Croyez-vous que ce serait une bonne idée ?
Le Harpont!
Par définition, s’il est un ouvrage collectif capable de rapprocher les citoyens de toute allégeance, c’est bien un pont. Surtout si on lui donne le nom d’une référence historique comme Champlain ou d’une légende sportive comme Maurice Richard. Un nom permettant de contenter à la fois les nationalistes, les fédéralistes, la gauche et la droite sans distinction. Mais voilà, il faudra encore attendre 10 ans avant de franchir ce pont. On prévoit que les travaux devraient débuter en 2016 et se terminer en 2022. Personnellement, j’estime qu’on a amplement le temps de consulter les citoyens pour arrêter un nom définitif. D’autant plus que nous n’en sommes qu’à l’étape de la planification et qu’il y a des choses beaucoup plus urgentes à régler, ne serait-ce que de décider de l’architecture et de l’emplacement exact de ce pont. Pour l’instant, notre seule certitude, c’est qu’il nécessitera des investissements publics de l’ordre 5 milliards $. Des fonds publics qui, nous l’espérons, seront investis judicieusement. En attendant, nous pouvons lui donner un nom temporaire. Un nom qui nous rappellera qu’il s’agit d’un pont de propriété entièrement fédérale : le Harpont! Accrocheur, non?

jeudi 7 juin 2012

Une justice équitable?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 6 juin 2012.
Trois ans après avoir tué ses deux enfants, et un an après avoir été reconnu criminellement non responsable de leur mort, Guy Turcotte pourra recouvrer partiellement et graduellement sa liberté au cours des six prochains mois. Les Québécois sont-ils en droit de douter de leur système de justice à la suite de la décision de la Commission d’examen des troubles mentaux ?
Coupable d’irresponsabilité
Guy Turcotte a reconnu avoir tué ses deux enfants. Le tribunal a cependant jugé qu’il n’était pas responsable du meurtre en question. Même si le tueur est connu de tous, il ne sera pas puni parce qu’on a jugé qu’au moment de l’événement, il n’était pas responsable de ses actes. À partir de ce moment, le sort de l’irresponsable a été confié à la Commission d’examen des troubles mentaux, une commission dont le rôle est essentiellement d’évaluer le danger que représente Turcotte pour la société. Or, la Commission vient de décréter qu’il pouvait recouvrer, en partie, sa liberté. Comme beaucoup de Québécois, tout ça me laisse songeur. Deux enfants sont morts, mais personne n’est responsable. Le crime a bien eu lieu, mais ce n’est la faute de personne. Aujourd’hui, beaucoup de Québécois ont le sentiment que notre système de justice, basée sur la responsabilité, s’est départi de sa responsabilité de rendre justice pour la confier à l’appréciation de psychiatres. Des experts qui se contredisent sur la dangerosité d’un tueur irresponsable redevenu suffisamment responsable pour réintégrer la société. Pour les citoyens responsables, Guy Turcotte sera toujours coupable… à tout le moins coupable d'irresponsabilité.

lundi 4 juin 2012

Bonne décision du Grand Prix?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 4 juin 2012.
Les organisateurs du Grand Prix du Canada ont annulé la journée portes ouvertes en invoquant les menaces de perturbation liées au conflit étudiant. Selon vous, ont-ils raison de rayer cette populaire activité du calendrier pour des motifs de sécurité? Jouent-ils le jeu de la CLASSE en prenant cette décision ?
TOUT À PERDRE 
Les organisateurs du Grand Prix ne jouent pas. Ils ne jouent pas avec la sécurité des visiteurs, comme ils ne jouent pas avec les risques que leur image soit ternie par des manifestations sans aucun rapport avec l'événement. On peut penser que permettre au public d'envahir le circuit posait plusieurs difficultés de maintien de l’ordre. Combien de policiers aurait-il fallu mobiliser pour assurer la sécurité de l’événement? Le problème, c’est qu’au Québec il est devenu pratiquement impossible de maintenir l’ordre public sans encourir les foudres d’une gauche bien-pensante. Qu’on aime ou pas, le Grand Prix est d’abord et avant tout un événement médiatique. Or, d’un point de vue médiatique, le Grand Prix avait tout à perdre à maintenir à son programme cette journée portes ouvertes. Imaginez la couverture de presse au lendemain d’un événement où les médias n’ont d’autre chose à couvrir que les manifestations étudiantes. Dans cette histoire, c’est la CLASSE qui se fait prendre à son propre jeu. Aujourd’hui, les amateurs de F1 sont furieux. Et je ne suis pas sûr que ces derniers troqueront le bruit des moteurs pour celui… des casseroles. La sympathie à l'égard de la cause étudiante risque fort de s'essouffler, contrairement aux bolides de la F1. 

jeudi 31 mai 2012

Employés municipaux: le maire Labeaume a-t-il raison?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 mai 2012.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, veut renverser le rapport de force avec les employés municipaux. Il souhaite que les municipalités puissent réformer leurs régimes de retraite, et aient aussi le droit de décréter un lock-out et de dresser une liste de services essentiels, comme c’est déjà le cas à Calgary, Ottawa et Winnipeg. Le gouvernement Charest devrait-il accéder à la demande du maire Labeaume, appuyée par la Fédération québécoise des municipalités ?

Lorsque le jupon dépasse
Le temps est aux réformes, clame Régis Labeaume. Permettez-moi de rire! Il y a dix ans, plus de deux cents municipalités disparaissaient à la suite des regroupements forcés par le gouvernement du Québec. Nos élus provinciaux et municipaux nous avaient alors présenté les fusions comme le remède à tous nos maux urbains. Une planification centrale du gouvernement provincial, jumelée à une centralisation des pouvoirs municipaux, était censée réduire les coûts et faire exploser le développement économique des villes québécoises. Mais que s’est-il passé? Comme plusieurs l’avaient prédit, on a surtout récolté une hausse des taxes, une baisse de la qualité des services et une intensification de la bureaucratie. Aujourd’hui, force est de constater que ce sont surtout les administrations et les syndiqués des villes fusionnées qui ont bénéficié de cette réorganisation. L’ambition du maire Labeaume de renverser le rapport de force entre la Ville de Québec et ses employés est louable. Mais il y a quelque chose d’ironique à utiliser l’argument de l’essoufflement des contribuables lorsqu’on amorce la construction d’un amphithéâtre de 400 millions $ puisés à même les fonds publics. Désolé, mais je ne suis pas certain que nos chefs syndicaux se plieront de bonne grâce aux incantations de notre bon maire. Lorsque le jupon dépasse…

mardi 29 mai 2012

Porte-drapeau aux Jeux olympiques: Despatie doit-il accepter?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 29 mai 2012.
Si on lui offre d’être le porte-drapeau canadien à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, Alexandre Despatie a-t-il le devoir d’accepter, en dépit des exigences médiatiques et protocolaires que ce rôle lui imposerait ?
À moins d’être superstitieux
Certains estiment à 2,4 milliards, d’autres à 4 milliards, le nombre de téléspectateurs qui regarderont la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Même si l’enthousiasme de certains publicitaires semble excessif - il y a 7 milliards d’humains sur la Terre - il reste que parader en tête de la délégation de son pays demeure un honneur enviable. Je ne sais pas si porter le drapeau canadien à la face du monde est un devoir, mais c’est certainement un privilège. Pour la carrière d’un athlète, c’est une belle consécration… et c’est une occasion qui ne se présente souvent qu’une seule fois. Évidemment, les exigences médiatiques et protocolaires associées à cette tâche sont difficilement conciliables avec l’horaire d’un athlète qui entre en compétition dans les heures suivant la cérémonie. Toutefois, ça ne semble pas le cas pour Alexandre, dont la première épreuve est présentée cinq jours plus tard. Évidemment, notre héros national n'est pas sans savoir que ce rôle n'a pas toujours souri aux athlètes dans le passé : la fameuse guigne du porteur de drapeau. Toutefois, à moins d’être superstitieux, je ne crois pas qu’Alexandre puisse refuser cet honneur.

mercredi 23 mai 2012

Manifestations: l'image de Montréal ternie?


La Presse, Débats, jeudi le 24 mai 2012, pA28.
La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 23 mai 2012.
Croyez-vous que les manifestations étudiantes qui tournent au vinaigre soir après soir nuisent à l’image de Montréal à l’étranger et, conséquemment, sont susceptibles d’avoir des impacts négatifs sur son industrie touristique ?
Loin des carrés rouges 
On dit que chaque grande ville a son symbole. Paris a sa tour Eiffel et Montréal… son carré rouge. Un Québec tout en couleur à la veille de la saison touristique. Un carré rouge qui a entamé sa carrière internationale ce week-end à Cannes. On le porte fièrement. Comme si l’on voulait rappeler au monde entier que Montréal est présentement une ville à éviter. Une ville où lancer des projectiles aux policiers, vandaliser les vitrines des commerçants et perturber les axes routiers sont des activités quotidiennes. Malheureusement, outre les casseurs professionnels, les émeutes et la violence n’attirent pas les touristes. En 2011, les revenus du tourisme en Égypte ont baissé de près de 30 % en raison des troubles politiques. C’est vrai que le Québec n’est pas encore l’Égypte. Néanmoins, l’Ambassade des États-Unis a mis en garde les touristes américains et tous ses ressortissants contre les troubles sociaux de Montréal. Les amateurs de F1 du monde entier savent aussi que des étudiants de l’UQAM veulent faire annuler le Grand Prix du Canada. Rappelons-le, l’offre touristique mondiale est très concurrentielle. Aussi, comme beaucoup de Québécois, je vais sûrement prendre mes vacances loin de Montréal. Les plages du Maine, l’Europe… loin des carrés rouges!

jeudi 17 mai 2012

Loi spéciale : la meilleure solution?


La Presse, Débats, Montréal, vendredi 18 mai 2012, p. A21.
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 17 mai 2012.
Le gouvernement Charest a annoncé que la session sera suspendue jusqu’à la fin août dans les cégeps et facultés universitaires qui font l’objet d’un boycottage. Le début de la session d’automne à l’université sera reporté au mois d’octobre. Une loi spéciale sera aussi adoptée pour empêcher les étudiants de bloquer l’accès aux cégeps et aux universités à la reprise des cours. Est-ce la meilleure solution pour dénouer la crise étudiante ?
LES DANGERS D'UNE LOI SPÉCIALE
Une suspension du trimestre est sans doute une sage décision. Elle devrait permettre, du moins à court terme, de mettre fin aux affrontements entre manifestants et policiers aux abords des institutions d'enseignement. Par contre, l'idée d'une loi spéciale pour empêcher les étudiants de bloquer l'accès aux cégeps et aux universités me laisse songeur. Pourquoi doit-on adopter une loi spéciale pour faire respecter la loi existante? Pour rendre la loi actuelle plus efficace? Peut-être! Je crois en une société de droit où le rôle légitime de l'État est la protection des libertés individuelles. La liberté ne peut exister en absence de loi pour protéger l'individu contre la coercition d'autrui. Toutefois, il ne faudrait pas qu'une loi spéciale, venant se superposer à la loi existante, accorde des privilèges ou en enlève à quiconque. Dans un État de droit, tous sont censés être égaux devant la loi. Aucun individu ou groupe d'individus ne devrait acquérir de nouveaux privilèges ou s'en faire enlever par une loi spéciale. Or, une loi spéciale qui, par définition, s'applique à un groupe en particulier, est nécessairement discriminatoire. D'où mon enthousiasme prudent...

mardi 15 mai 2012

Crise étudiante: Michelle Courchesne fera-t-elle mieux?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 15 mai 2012.

Que pensez-vous de la démission de la ministre Line Beauchamp? Sa remplaçante à l’Éducation, Michelle Courchesne, parviendra à dénouer la crise étudiante?
La victoire totale
Michèle Courchesne a-t-elle le mandat de hisser le drapeau blanc? A-t-elle le pouvoir signer la capitulation du gouvernement? À moins de faire volte-face sur la hausse des droits de scolarité, la ministre Courchesne a peu de chance de dénouer la crise étudiante. L’évolution du conflit étudiant n’a rien à voir avec l’intransigeance de Mme Beauchamp. Au contraire, jusqu’à la dernière minute, l’ex-ministre s’est affairée à faire des concessions et à trouver des moyens d’assouplir la position gouvernementale. Sans succès! En réalité, pour négocier, il faut être deux. Il faut que chacune des parties ait la légitimité de négocier et la volonté d’en arriver à une entente. Ce que semblent avoir perdu les leaders étudiants lorsqu’une majorité de leurs membres ont rejeté l’entente qu’ils avaient dûment signée avec le gouvernement. Depuis cette rebuffade, ils ont perdu toute marge de négociation. Ils ont dû revenir à leur position de départ.  Aujourd’hui, ils revendiquent et ils exigent. Ils n’ont d’autre velléité que de mettre le gouvernement K.O. La crise étudiante est devenue une affaire de leaders étudiants qui, après avoir été portés aux nues par les artistes et les leaders syndicaux, doivent absolument humilier le gouvernement pour redorer leur blason. Comme le disait Eisenhower : Nous n’accepterons que la victoire totale! 

lundi 14 mai 2012

Droits de scolarité: faut-il un moratoire?



La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 14 mai 2012.
Pour espérer ramener tous les étudiants en classe afin de sauver leur session, le gouvernement Charest devrait-il décréter un moratoire sur la hausse des droits de scolarité?
Un moratoire sur les moratoires
Le statu quo est la solution prisée par les opposants à tout projet politique. Il suffit d’annoncer un projet public — construction domiciliaire, gaz de schiste, plan nord, etc. — pour qu’on réclame un moratoire. Encore aujourd’hui, nos soi-disant progressistes n’en finissent plus d’écrémer le dictionnaire des synonymes pour dégoter un terme séduisant permettant de remettre à demain une hausse des droits de scolarité. Comme si personne n’avait compris qu’un moratoire, une trêve, un gel ou un armistice rimait avec capitulation gouvernementale. Les droits de scolarité auraient dû être augmentés depuis trop longtemps. La crise que nous traversons aujourd’hui n’est pas uniquement celle des droits de scolarité. C’est aussi la crise d’une gouvernance qui, pendant des décennies, a refusé d’assumer ses responsabilités de gestionnaire des affaires publiques. C’est la crise de politiciens qui, pour des raisons électoralistes, n’ont jamais osé affronter les groupes de pression en quête de privilèges. C’est la crise d’élus qui ont trop souvent plié l’échine devant ceux qui défient la loi et l’ordre et terrorisent les citoyens. Et si, pour une fois, notre gouvernement gouvernait? Plutôt que de céder aux étudiants, il pourrait commencer par décréter un moratoire sur les moratoires et prendre des mesures pour faire respecter la loi. Ce serait déjà ça!