IVAC : l’argent public ne tombe pas du ciel
Un texte publié aujourd’hui par Radio-Canada met en lumière un malaise qu’on ne peut ignorer. On y apprend que des pharmaciens, dans le cadre du régime de l’IVAC, ont pu facturer des honoraires injustifiables. Pour nombre d'entre eux, quand c’est l’État qui paie, c'est le buffet à volonté.
Rappelons une chose bien simple : l’argent de l’IVAC ne tombe pas du ciel. C’est l’argent des contribuables. De ton argent, du mien, envoyé à l’État dans l'espoir qu’il soit utilisé correctement.
Je ne remets pas en question l’existence de l’IVAC. Aider les victimes d’actes criminels, c’est normal, c’est même essentiel. Le problème, c’est que lorsque c'est l'État qui paie, plus personne ne regarde vraiment la facture.
Dans le privé, les choses sont simples. Quand une entreprise ou un particulier paie, on vérifie. On pose des questions. On compare les prix. Chaque dollar compte. Mais quand la facture est envoyée à l’État, la dynamique change. Le payeur devient abstrait. Et dans ce contexte, certains se sentent libres de piller la caisse commune.
Bien sûr, toutes les personnes qui fournissent des services à l'État ne sont pas malhonnêtes, loin de là. Mais certains ont vite compris qu’il y avait peu de risques à gonfler leurs factures, puisqu’ils ont peu de chances de se faire prendre la main dans le sac.
En effet, le fonctionnaire qui traite les factures ne sort pas d’argent de sa poche. Son objectif, bien souvent, est de fermer le dossier, de réduire la paperasse, d’éviter les plaintes. Refuser une facture ou demander des explications prend du temps et complique les choses. Approuver, c’est plus rapide.
On se retrouve donc avec un laisser-aller généralisé : des petites décisions prises trop vite, des factures pas assez vérifiées, et au bout du compte, une grosse facture collective.
Tant que l’argent public sera traité comme n’appartenant à personne, ce buffet à volonté continuera – et c’est nous, les contribuables, qui en paierons la note.
Article épinglé
jeudi 29 janvier 2026
mercredi 28 janvier 2026
La souveraineté mérite mieux que des métaphores creuses
Paul Saint-Pierre Plamondon accuse Marc Carney de réécrire l’histoire. Mais dans sa réplique, il fait exactement ce qu’il lui reproche: il caricature. En décrivant les Québécois comme des « esclaves du fédéral », le chef du PQ ne corrige rien. Il dérape!
L’esclavage n’est pas un mot qu’on agite pour faire joli dans une conversation. C’est la négation de la liberté, de la dignité et des droits. Or, le Québec a un gouvernement élu, des institutions démocratiques, un pouvoir fiscal important et la liberté de débattre... y compris de son indépendance. Appeler ça de l’esclavage, ce n’est pas une opinion, encore moins un argument : c'est au mieux l'exagération d'un politicien en mal de spectacle.
Parler d'esclavage n’a qu’un objectif : choquer pour mobiliser. Transformer un débat politique complexe en indignation morale afin d’éviter une discussion de fond. On ne discute pas des limites concrètes du fédéralisme canadien, on suggère qu’y rester serait moralement indéfendable. C'est peut-être efficace pour rallier la base péquiste, beaucoup moins pour séduire ceux qui hésitent à adhérer à l’option.
Le plus ironique, c’est que PSPP se présente comme le défenseur de la rigueur historique. Pourtant, il instrumentalise l’histoire au lieu de l’éclairer. Il ne cherche pas à nuancer, mais à imposer son propre récit.
À force d’utiliser des images extrêmes, on finit par appauvrir le débat public. Le fédéralisme canadien mérite d’être critiqué sur des bases concrètes : les compétences, les pouvoirs, la langue, la culture, les choix économiques. Ces critiques existent. Elles sont sérieuses. Elles n’ont pas besoin d’être travesties en récit de servitude.
Au final, le problème n’est pas que PSPP critique le fédéralisme, c’est son rôle. Mais après avoir reproché au milieu culturel québécois sa "vacuité intellectuelle" et son "aplatventrisme", voilà qu’il cherche à nous convaincre qu'on vit dans l’« esclavage ». À mon sens, le fédéralisme se détériore moins rapidement que le jugement du chef du PQ.
jeudi 22 janvier 2026
Carney à Davos : la solitude d'un Québec indépendant.
Mark Carney ne mâche pas ses mots à Davos. Son message est clair : dans un monde dominé par les grandes puissances, la solitude est un luxe que peu de pays peuvent se permettre. Bien que son discours s’adresse d’abord aux nations de taille moyenne, il porte aussi un message indirect pour les indépendantistes québécois.
La question n’est pas idéologique. Il ne s’agit pas d’un débat sur l’identité québécoise ou sur la place du français à Montréal. Il s’agit simplement de rappeler que lorsque des leaders puissants imposent leurs décisions, ce ne sont pas les principes qui font la différence, mais la capacité concrète à se défendre. Comme le résume Carney à Davos : « Si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu. »
Même le Canada, avec son appareil militaire, économique et diplomatique respectable, a du mal à se défendre seul face aux grandes puissances sans le soutien de ses alliés. Pour un Québec indépendant et isolé, cette vulnérabilité serait encore plus grande : il perdrait le poids collectif des provinces et l’accès aux alliances internationales, qui prennent des années à se construire, mais sont essentielles pour négocier, influencer et se protéger.
Le fédéralisme canadien joue ici le rôle de bouclier indispensable, renforcé par les alliances mondiales (ONU, OTAN, G7) qui amplifient la voix du pays et offrent un filet de sécurité qu’aucune province seule ne pourrait garantir.
Se séparer, c’est s’exposer à la perte de ce bouclier. Même si un référendum sur l’indépendance aboutissait à un « oui », rien ne garantit que le Québec serait immédiatement reconnu par les alliés du Canada ou accepté dans les institutions internationales. La souveraineté ne se limite pas à un vote référendaire : elle dépend aussi de la reconnaissance et de la crédibilité sur la scène internationale.
Il ne s’agit pas d’une attaque contre le rêve indépendantiste. Cela nous rappelle simplement que la liberté politique a un prix, et que ce prix peut être la vulnérabilité face à ceux qui détiennent les leviers du pouvoir. La force ne découle pas seulement de l’idéalisme, mais de la solidarité et de la masse critique.
Si le Québec aspire à peser sur la scène mondiale, il doit comprendre ce que signifie réellement être seul. Parce qu’en géopolitique, comme dans la vie, l’isolement n’offre aucune protection.
mardi 20 janvier 2026
Trump ou le triomphe de la paresse intellectuelle
Ses discours sont courts, frappants et faciles à comprendre. Il ne cherche pas à convaincre par la raison : il séduit par la simplicité.
Pour l’analyste des politiques, son succès repose sur un mécanisme simple : l’ignorance rationnelle. S’informer correctement demande du temps et de l’effort. Il faut comparer des faits, vérifier des sources, accepter que le monde est complexe.
Suivre un leader qui réduit chaque débat à un combat moral ou un slogan ne demande rien. C’est confortable : on n’a pas besoin de réfléchir, il suffit d’applaudir.
Dans ce contexte, Trump peut se créer des succès imaginaires, inventer des alliances et se présenter comme une victime permanente, sans que personne ne conteste sa version.
Le monde selon Trump se lit comme un guide pour les nuls : la diplomatie n’est qu’intimidation et les tarifs douaniers sont des armes.
La vulgarité, les mensonges et les provocations ne sont pas des erreurs : ce sont des outils pour simplifier la réalité. Le but n’est pas de gouverner, mais de réconforter ceux qui renoncent à l’effort de compréhension, ou pour qui suivre Trump aveuglément devient un moyen de mousser leur propre popularité.
Le phénomène Trump dépasse les frontières. Même au Canada, des dizaines de milliers de personnes se disent séduites par le mouvement MAGA. Au delà du fait que ces sympathisants n’ont pas de vote aux États-Unis et aucun intérêt direct à mesurer les conséquences réelles des décisions de Trump, s’attacher à Trump est une abdication de l’esprit critique.
Bref, ceux qui cherchent à donner une profondeur à ses discours se ridiculisent. Soutenir le mouvement MAGA depuis le Canada n’est pas un acte de courage ou de rébellion : c’est essentiellement de la paresse intellectuelle.
dimanche 18 janvier 2026
L’hypocrisie calculée : droits de la personne et commerce avec la Chine
Le Canada aime se présenter comme un défenseur des droits humains. Ottawa a dénoncé la répression des Ouïghours, l’érosion des libertés à Hong Kong ou les arrestations arbitraires en Chine. Pourtant, lors du récent voyage du Premier ministre Carney, ce discours moral a cédé le pas au pragmatisme économique.
Certains parlent de double langage, voire d’hypocrisie. Cette hypocrisie s’explique facilement : nos politiciens aiment défendre les droits de la personne… tant que cela ne leur coûte rien. Dès que des intérêts économiques majeurs entrent en jeu (comme l’accès au marché chinois) ces principes deviennent négociables.
Ce comportement de notre premier ministre n’est pas une nouveauté en soi. Rappelons que les États-Unis, notre principal partenaire commercial, n’ont jamais été un modèle de respect des droits de la personne. La crise de Minneapolis, la mort de George Floyd et les récentes violences policières montrent que les droits fondamentaux y sont souvent bafoués. Pourtant, personne n’a exigé que le premier ministre canadien aille à la Maison-Blanche sermonner le président américain en menaçant de rompre nos relations commerciales.
Nos élus agissent selon ce qui est politiquement rentable. Les gains du commerce avec la Chine sont tangibles et concentrés pour certains groupes de Canadiens, tandis que les coûts moraux (perte de crédibilité et empathie envers les étrangers) sont diffus et rarement visibles. Or, c’est le pragmatisme économique et non le discours moral qui permet de gagner des élections.
Quant aux droits de l’homme, ils restent un slogan séduisant… tant qu’il reste gratuit.
lundi 29 décembre 2025
Donald Trump : un libéral économique ? Pas vraiment.
On présente souvent Donald Trump comme un grand défenseur de la liberté économique. Pour plusieurs, il incarne l’entrepreneur qui a réussi par lui-même, l’homme d’affaires audacieux qui cherche à libérer l’économie de l’emprise de l’État. Cette image, largement entretenue par son discours et par une partie de ses partisans, repose toutefois sur une lecture très superficielle de son action politique. À y regarder de plus près, elle ne tient pas.
Un marché soumis au rapport de force
Avec Trump, il n’est pas question d’un marché fondé sur des règles stables, prévisibles et impartiales. Au contraire, son approche repose sur un rapport de force permanent, où l’économie devient un outil de pression politique. Les règles changent selon l’intérêt du moment, selon les alliances à consolider ou les adversaires à affaiblir. On est loin de l’idéal libéral d’un cadre neutre permettant à tous les acteurs économiques de jouer à armes égales.
Les tarifs douaniers : un pouvoir arbitraire
Prenons l’exemple des tarifs douaniers. Plutôt que de défendre un commerce international fondé sur des règles communes, négociées et respectées, Trump privilégie l’imposition unilatérale de droits de douane. Officiellement, ces mesures visent à « protéger les travailleurs américains ». En pratique, elles servent surtout à concentrer un immense pouvoir discrétionnaire entre ses mains. Il peut ainsi décider qui punir ou récompenser selon ses intérêts politiques du moment.
Cette approche transforme les échanges économiques en instrument de chantage. Les entreprises, les pays alliés et même les partenaires historiques deviennent vulnérables à l’arbitraire présidentiel. Or, un véritable libéralisme économique repose sur la prévisibilité du droit, pas sur l’improvisation stratégique d’un dirigeant.
Les conflits d’intérêts : quand privé et public se confondent
Sous sa présidence, Trump a également brouillé les frontières entre ses intérêts personnels et ses fonctions publiques. Il a continué à tirer profit de ses hôtels, terrains de golf et propriétés, qu’il utilise pour ses activités diplomatiques ou politiques. Il arrive même que des délégations étrangères y soient invitées dans l’espoir implicite d’obtenir des faveurs.
Cette confusion entre sphère publique et sphère privée contredit frontalement les principes de transparence et d’éthique qui devraient encadrer toute économie libérale saine. Quand le pouvoir politique sert d’outil de promotion personnelle, le marché cesse d’être libre.
Liberté économique ou prétexte au pouvoir ?
Certes, Trump applique parfois certaines recettes classiques de la droite économique : baisses d’impôts, déréglementation, etc. Mais ces politiques s’accompagnent d’attaques répétées contre les juges, les médias, les fonctionnaires et les agences indépendantes. Or ce sont précisément ces institutions qui protègent l’équité du marché et limitent les abus de pouvoir.
Sans contre-pouvoirs solides, la « liberté économique » devient un slogan creux. Elle sert moins à favoriser la concurrence qu’à récompenser la loyauté et à punir la dissidence. Dans ce contexte, le marché n’est plus un espace d’opportunités, mais un terrain de contrôle politique.
Une version déformée du libéralisme
À l’image de nombreux dirigeants autoritaires contemporains, Trump invoque le vocabulaire du marché libre tout en rejetant ses fondements. Les juges deviennent des ennemis, les journalistes des obstacles, et les lois des entraves à contourner. Or, la tradition libérale repose précisément sur l’idée inverse : limiter le pouvoir du dirigeant pour protéger les libertés individuelles et l’équité des échanges.
Au final, Donald Trump n’est pas le produit naturel du libéralisme économique, mais bien sa caricature. Il reprend ses mots — liberté, marché, réussite individuelle — tout en en vidant le sens. Ce qu’il propose n’est pas une économie libre, mais une économie soumise à sa volonté.
samedi 13 décembre 2025
Ukraine: à la recherche d'une paix politiquement rentable
Pour l’Ukraine, accepter sous pression américaine les conditions imposées par Moscou ressemble davantage à une capitulation qu’à une paix négociée. Les concessions territoriales ou politiques exigées par la Russie ne garantissent en rien la sécurité future du pays. Au contraire, elles risquent de figer l’Ukraine dans une situation de vulnérabilité permanente. L’histoire démontre qu’une paix imposée à un pays agressé, sans garanties solides, ne fait souvent que reporter le conflit à plus tard. Pour les Ukrainiens, l’enjeu est existentiel : il s’agit de préserver leur souveraineté, leur territoire et leur droit à choisir leur avenir.
Les Européens, eux aussi, ont de sérieuses raisons de s’inquiéter. Une paix qui consacrerait les gains territoriaux russes affaiblirait un principe central de la sécurité européenne : l’inviolabilité des frontières. Un tel précédent enverrait un signal dangereux à d’autres puissances autoritaires, suggérant que l’usage de la force peut être récompensé. À moyen et long terme, ce choix pourrait accroître l’instabilité sur le continent et obliger les États européens à investir davantage dans leur défense, à un coût économique et politique bien supérieur à celui du soutien actuel à l’Ukraine.
Pourquoi, alors, Donald Trump insiste-t-il pour une « solution rapide » au conflit? La réponse tient largement à la logique des incitations politiques. Mettre fin à la guerre, peu importe les conditions, est un message simple, percutant et facile à vendre à un électorat américain fatigué des engagements internationaux. Une paix imparfaite est politiquement plus rentable qu’un conflit complexe, long et coûteux, dont les bénéfices stratégiques sont difficiles à expliquer.
Cette approche s’inscrit aussi dans son obsession d'obtenir le Prix Nobel de la paix. Se présenter comme l’homme qui « arrête les guerres » permettrait à Trump de se forger une image de grand pacificateur sur la scène internationale. Dans cette logique, l’annonce d’un accord compte davantage que sa solidité ou sa durabilité. Les bénéfices politiques sont immédiats et concentrés, tandis que les coûts — instabilité future, sentiment d’injustice, risques sécuritaires — sont diffus et assumés par d’autres.
Un élément clé de cette dynamique est que ceux qui prennent la décision ne sont pas ceux qui en paient le prix. Les électeurs américains favorables au désengagement perçoivent un gain immédiat : moins d’argent dépensé à l’étranger, moins d’implication militaire. En revanche, les Ukrainiens et les Européens supportent l’essentiel des conséquences d’une paix bâclée. Cette dissociation entre décideurs et victimes des décisions favorise des choix politiquement efficaces à court terme, mais potentiellement désastreux à long terme.
Au final, les pressions exercées sur l’Ukraine apparaissent moins comme une véritable stratégie de paix que comme un calcul politique. Une paix durable ne peut être construite sans le consentement du peuple ukrainien, sans garanties de sécurité crédibles et sans respect du droit international. Sacrifier ces principes au nom d’un gain politique personnel revient non seulement à trahir l’Ukraine, mais aussi à fragiliser l’ordre européen. La paix ne devrait jamais être un trophée électoral.
* Cet essai a été rédigé avec l'aide de ChatGPT
mercredi 5 novembre 2025
(1/2) Médecins et gouvernement : la guerre des vertueux intéressés
* Cet essai a été rédigé avec l'aide de ChatGPT
Le conflit entre les médecins et le gouvernement n’est pas un accident, c’est un produit du système. Chacun agit rationnellement : le politicien veut des votes, le médecin veut des revenus, et le citoyen paie la facture sans savoir pourquoi.
Dans ce débat, le gouvernement aime se présenter comme le gardien des fonds publics, celui qui “protège” les contribuables contre les excès d’un corps professionnel jugé trop bien payé.
En imposant des cibles de performance et une loi spéciale, il veut prouver qu’il agit — peu importe si le système reste malade. L’important est d’avoir l’air déterminé. Ce n’est pas la santé du patient qui motive le gouvernement, mais la santé de la CAQ.
Les médecins, pour leur part, dénoncent l’ingérence bureaucratique, les cibles absurdes, les promesses creuses. Ils ont raison, mais ils défendent aussi un système qui leur garantit des revenus élevés et une autonomie quasi totale. Le discours sur “la qualité des soins” sert souvent de bouclier à un cartel médical qui protège ses privilèges.
Dans un réseau public où tout dépend d’eux, les médecins disposent d’un pouvoir de négociation immense. Ils sont à la fois indispensables et intouchables. Et dans un marché sans véritable concurrence, ils ont tout intérêt à préserver les importants privilèges dont ils disposent.
Entre les deux camps, le citoyen n’a qu’un rôle secondaire : celui du contribuable captif. Il finance le système sans comprendre ses mécanismes. L’ignorance du public n’est pas un défaut, c’est une donnée structurelle. Le citoyen moyen n’a ni le temps ni la capacité d’évaluer les conventions collectives ou les budgets du ministère.
Le véritable remède à cette maladie chronique n’est peut-être pas politique, ni même syndical. En effet, pendant que médecins et gouvernements se disputent les leviers du pouvoir, une autre révolution frappe à la porte du réseau de la santé : celle de l’intelligence artificielle.
Voir texte suivant : (2/2) Le conflit entre les médecins et Québec : négocier le passé, ignorer l’avenir
mardi 4 novembre 2025
(2/2) Le conflit entre les médecins et Québec : négocier le passé, ignorer l’avenir
* Cet essai a été rédigé avec l'aide de ChatGPT
Le conflit entre le gouvernement du Québec et les médecins sur la rémunération et les objectifs de performance ressemble de plus en plus à un dialogue de sourds. Après des mois de discussions improductives, Québec a choisi de mettre fin aux négociations à coup de loi spéciale, comme si le problème pouvait être réglé par décret. Les médecins dénoncent un manque de respect pour leur autonomie professionnelle; le gouvernement parle de responsabilité financière et d’accès équitable. Derrière ce bras de fer, un constat s’impose : ces négociations appartiennent à une autre époque.
Car pendant que les tables de discussion se vident, le monde médical, lui, change à une vitesse vertigineuse. L’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer la médecine de fond en comble. Ce n’est plus un concept futuriste : elle est déjà là, dans les hôpitaux, les cliniques, les laboratoires. Elle aide à diagnostiquer, à prédire, à planifier. Et son influence ne fera que croître dans les prochaines années. Pendant qu’on se bat encore sur la valeur d’un acte médical, la technologie redéfinit ce qu’un acte médical peut être.
Les applications sont innombrables. En radiologie, des algorithmes détectent des anomalies plus finement que l’œil humain. En pathologie, l’IA analyse des milliers d’images en quelques secondes pour repérer des cancers précoces. En médecine de famille, elle soutient la décision clinique, anticipe les risques, et oriente les patients vers les bons services. Même la gestion administrative — fléau bien connu du système québécois — peut être allégée grâce à des outils automatisés qui prennent en charge la rédaction de notes, la facturation ou la planification.
Ces innovations ne remplacent pas les médecins : elles les libèrent. Elles leur permettent de consacrer plus de temps à la relation humaine, à la réflexion clinique, à l’accompagnement des patients. Or, dans le débat actuel, cette réalité est totalement absente. On continue de raisonner comme si le nombre d’heures travaillées ou de patients vus définissait la valeur d’un médecin. C’est oublier que la performance ne se mesure plus seulement en volume, mais en qualité, pertinence et efficacité des soins.
Le paradoxe, c’est qu’en refusant d’intégrer cette révolution technologique dans leurs discussions, le gouvernement et les fédérations médicales risquent de se battre pour un modèle qui s’éteint. À moyen terme, l’IA permettra de maintenir, voire d’augmenter, le volume de soins avec un nombre réduit de médecins. Non pas en les remplaçant, mais en optimisant leur travail, en automatisant les tâches répétitives et en réduisant les erreurs.
Le Québec pourrait saisir cette transformation pour redéfinir la pratique médicale : revoir la formation, réviser les structures de rémunération, repenser les indicateurs de performance. Plutôt que d’imposer des quotas ou des cibles, on pourrait valoriser la collaboration homme-machine. Ce serait un projet d’avenir, fondé sur l’innovation plutôt que sur la confrontation.
Mais pour cela, il faudrait une vision. Et c’est précisément ce qui manque. Tant le gouvernement que les associations médicales semblent prisonniers d’une logique comptable. On parle d’heures, de pourcentages, de coûts, comme si le système de santé était une usine. On gère des budgets, mais on oublie d’imaginer le futur. Pendant ce temps, d’autres pays intègrent déjà l’IA dans leur gouvernance médicale et récoltent les fruits d’une plus grande efficacité.
L’intelligence artificielle n’est pas une menace pour la profession médicale : c’est une occasion historique de la réinventer. Le Québec pourrait être à l’avant-garde d’une médecine plus intelligente, plus humaine et plus accessible. Mais pour cela, il faut cesser de négocier le passé.
La loi spéciale ne réglera rien d’autre qu’un conflit de surface. Le vrai défi, celui que ni décret ni barème salarial ne peuvent résoudre, consiste à préparer notre système de santé à l’ère numérique. Tant que l’on refusera de regarder dans cette direction, le Québec continuera à débattre des solutions d’hier, pendant que le monde construira la médecine de demain.
mardi 17 juin 2025
Texte paru dans le Journal le Devoir, 17 juin 2025.
Le 3e lien est-il un projet d’infrastructure ou une arme électorale?
Malgré les critiques d’experts, les études défavorables et l’opposition quasi unanime des autres partis, la Coalition Avenir Québec (CAQ) nous ramène périodiquement son projet de 3e lien autoroutier entre les villes de Québec et de Lévis. Ce retour récurrent s’explique non par le hasard, mais par une stratégie politique pleinement délibérée que l’on peut aisément analyser à travers le prisme de la théorie des choix publics.
Une promesse électorale ciblée
Le 3e lien est avant tout une promesse électorale ciblée. Il vise les électeurs des circonscriptions situées sur la Rive-Sud de Québec, autour de Lévis, où le soutien au projet est beaucoup plus fort qu’à Québec. Pourquoi ? Parce que ce sont surtout les automobilistes de la rive sud qui espèrent raccourcir leur trajet quotidien vers la rive nord. Ils y voient une solution à leurs embouteillages. Pour eux, ce projet est perçu comme un gain direct.
À l’inverse, de nombreux citoyens de Québec se montrent sceptiques, voire hostiles au projet. Selon eux, ce troisième lien risque d’accroître le trafic chez eux, sans pour autant résoudre la congestion routière de manière durable. La CDPQ-Infra, qui a analysé six corridors potentiels, concluait que les économies de temps de trajet seraient en moyenne d’à peine cinq minutes. Plutôt que de diminuer la congestion, le projet ne ferait que la déplacer vers d’autres segments déjà vulnérables du réseau routier. Autrement dit, le problème ne serait pas réglé, mais simplement déplacé. Pour les citoyens de la rive-nord, il ne s’agit donc pas d’une solution à un problème, mais la création d’un nouveau problème.
Concentration des avantages et diffusion des coûts
L’hostilité au projet des résidents de la Rive-Nord a toutefois peu de chances de faire fléchir la CAQ. Tant que les avantages potentiels du troisième lien resteront concentrés sur un groupe restreint et que les coûts seront largement répartis, le gouvernement aura tout intérêt à maintenir le cap malgré les critiques généralisées.
Pour l’instant, le projet bénéficie à un électorat bien défini et mobilisé - celui de la Rive-Sud - tandis que les désavantages, tels que la congestion accrue, les répercussions environnementales et l’alourdissement de la dette publique, sont supportés par un ensemble plus vaste, notamment les citoyens de la ville de Québec et, bien sûr, l’ensemble des contribuables de la province qui paieront la majeure partie de la facture.
C’est précisément cette asymétrie dans la répartition des avantages et des coûts qui explique pourquoi ce projet reste politiquement rentable malgré les critiques qui fusent de toutes parts. Quand un groupe bien précis profite directement d’un projet, il est plus motivé à le soutenir activement. En revanche, si les coûts et les bénéfices sont répartis entre beaucoup de gens, chacun se sent moins concerné, ce qui rend l’opposition moins forte et organisée.
La dimension symbolique est tout aussi cruciale. Le troisième lien est devenu un étendard politique. En le défendant, la CAQ s’oppose aux experts, aux élites montréalaises, aux médias: elle parle directement au « vrai monde ». Le projet simplifie le débat, renforce l’identité régionale, et à 18 mois d’une élection générale, c’est un levier politique loin d’être négligeable.
En somme, le 3e lien n’est pas qu’un projet d’infrastructure: c’est une arme électorale redoutable. Tant qu’il suffit d’en parler pour rallumer la ferveur d’une base électorale stratégique, pourquoi la CAQ s’en priverait-elle? À ce jour, pas un mètre n’a été creusé mais des kilomètres de votes ont été récoltés.
mercredi 24 avril 2024
Dunes de Tadoussac : parc imposé, non merci!
En pleine crise pandémique
En pleine crise pandémique, il fut donc décidé que ce précieux territoire de 6,5 km rejoindrait le réseau des parcs nationaux gérés par la Sépaq. Ce projet, dont on connaît maintenant les détails, prévoit notamment d’en faire un site à accès contrôlé, avec des zones de stationnement, des campings et des installations administratives. Une coopérative d’habitation pour loger le personnel serait même à l’étude.
La communauté n'a jamais eu la possibilité d'explorer d'autres options de gestion de ce territoire. Or, pour nombre de citoyens, ce projet de Parc national s’apparente davantage à une entreprise commerciale qu'à un projet de conservation et de mise en valeur. C’est loin de répondre à leurs attentes.
L’ombre du passé et des citoyens méfiants
Les quelques séances d'information visant à convaincre les citoyens de l'utilité d'un tel projet n’ont pas eu l’effet escompté. Plutôt que de rassurer, elles ont semé beaucoup d'inquiétude au sein de la population.
On a sans doute oublié que les résidents locaux ont une expérience concrète des parcs sur leur territoire, ce qui les rend peu sensibles aux arguments de vente des élus et des représentants du ministère.
Tadoussac et les municipalités voisines sont entourées de parcs. La présence de la Sépaq depuis de nombreuses années et l'exemple du Parc national du Fjord du Saguenay-Baie Sainte-Marguerite, situé dans le village voisin de Sacré-Coeur, permet aux résidents d’appréhender et de bien mesurer les contraintes de vivre à proximité d’un tel parc national.
En outre, tenter de les persuader que le projet de la Sépaq pourrait être adapté à leurs habitudes et préférences est futile. Ils savent depuis longtemps que les règles et politiques des parcs nationaux sont fixées par le gouvernement du Québec, sans véritable considération pour les préoccupations locales.
La nécessité de s’exprimer
À la demande du Ministre, le BAPE recevra les mémoires et les commentaires des parties intéressées le 14 mai. Il remettra son rapport au ministre au plus tard le 16 août.
Soyons toutefois réalistes! Ce n'est pas le BAPE qui prendra la décision finale sur ce projet. Il se limitera à transmettre une agrégation des opinions qui lui seront transmises lors des audiences. Sans compter que les recommandations du BAPE ne sont pas légalement contraignantes pour le gouvernement, qui peut choisir de ne pas les suivre.
L’idée d’un Parc national aux dunes de Tadoussac fait face à un sérieux problème d'acceptabilité sociale. Que ce soit par le biais du BAPE ou autrement, il est crucial que les citoyens qui s'inquiètent de ce projet se fassent entendre.
À l'heure actuelle, une pétition bénéficiant d'un large soutien appelle le Ministre à interrompre le projet en cours et à instaurer un comité chargé de consulter et d'examiner les différentes options de gestion pour ce territoire. Il est probable que d'autres initiatives populaires émergent d'ici août.
Souhaitons que la résistance s’intensifie!
mercredi 11 décembre 2019
Cette politique bon marché qui mise sur l’ignorance des électeurs
Des citoyens jusqu’ici apolitiques sont de plus en plus engagés. Ils n’y comprennent pas grand-chose, mais ils aiment bien. C’est la politique bon marché.
Les ignorants rationnels ne sont ni incultes ni illettrés. Ce
sont simplement des individus avisés dont le comportement est dicté par un
calcul avantages/coûts. Les avantages qu’ils perçoivent du vote ne justifient
pas l’investissement en temps et en énergie pour s’informer sur les
propositions politiques des partis.Coûts d’information et d’adhésion
Si les médias sociaux permettent de réduire les coûts d’information, encore faut-il que l’ignorant rationnel puisse adhérer et faire sienne la politique qui lui est proposée.
vendredi 30 mars 2018
Le tramway et le troisième lien ne peuvent cohabiter
La ville de Québec peut-elle s’offrir le luxe d’un « troisième lien » en plus d’un tramway? Pas vraiment. Le succès du nouveau réseau de transport en commun de la Capitale passe par l’abandon du projet de construction d’un nouveau pont.
Il n’y a rien de vraiment surprenant à ce que les autorités
publiques aient d’abord choisi d’investir dans le transport en commun plutôt
que dans un troisième lien. On a pu observer ailleurs que la multiplication des
ponts ne faisait que repousser les problèmes de congestion. Bien que la plupart des spécialistes conviennent qu’à long terme le transport en commun est une option de mobilité urbaine plus prometteuse, encore faut-il qu’il soit utilisé à sa juste mesure.
Le tramway annoncé en grande pompe changera-t-il la donne? Les études montrent que si les tramways améliorent le confort des usagers, ils n’augmentent pas automatiquement l'achalandage.
Concurrence de l’automobile
Le succès du futur tramway de Québec repose donc sur sa capacité à concurrencer l’automobile, en faisant migrer les automobilistes de la région de Québec vers le nouveau réseau de transport en commun.
samedi 9 décembre 2017
Dire « NON » à la Davie
Le maire de Lévis se demandait s’il n’y a pas, au gouvernement fédéral, « une volonté de fermer la bonbonne d’oxygène » de la Davie. Et pourquoi pas? Pour une fois que des considérations de saine gestion publique semblent prévaloir sur les motivations électoralistes de nos politiciens…
C’est la peur de se faire rejeter par les consommateurs qui poussent les entreprises à offrir les biens et services au meilleur prix possible; c’est ce pouvoir de dire « non » qui a permis aux consommateurs d’obtenir des entreprises qu’elles améliorent leurs produits.
Un bilan peu reluisant
Le premier ministre Couillard devrait
d’ailleurs s’excuser auprès des contribuables québécois pour avoir mené la
récente marche de soutien à la Davie alors qu’un important contentieux oppose
son gouvernement au chantier naval. 
