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mardi 20 janvier 2026

Trump ou le triomphe de la paresse intellectuelle

Donald Trump n’a jamais cherché à construire un projet politique sérieux ou cohérent. Son « génie », si l’on peut dire, tient à sa capacité à transformer la politique en spectacle émotionnel. Ses discours sont courts, frappants et faciles à comprendre. Il ne cherche pas à convaincre par la raison : il séduit par la simplicité et l’intensité. Pour l’analyste des politiques, son succès repose sur un mécanisme simple : l’ignorance rationnelle.

S’informer correctement demande du temps et de l’effort. Il faut comparer des faits, vérifier des sources, accepter que le monde est complexe. Suivre un leader qui réduit chaque débat à un combat moral ou un slogan ne demande rien. C’est confortable : on n’a pas besoin de réfléchir, il suffit d’applaudir. Dans ce contexte, Trump peut se créer des succès imaginaires, inventer des alliances et se présenter comme une victime permanente, sans que personne ne conteste sa version.

Le monde selon Trump se lit comme un guide pour les nuls : la diplomatie devient intimidation et les tarifs douaniers sont brandis comme des armes. La vulgarité, les mensonges et les provocations ne sont pas des erreurs : ce sont des outils pour simplifier la réalité. Le but n’est pas de gouverner, mais de réconforter ceux qui préfèrent l’émotion à la réflexion et la rapidité à la complexité.

Le phénomène Trump dépasse les frontières. Même au Canada, des dizaines de milliers de personnes se disent séduites par le mouvement MAGA. Ces sympathisants n’ont pas de vote aux États-Unis et aucun intérêt direct à mesurer les conséquences réelles de ses décisions. Ils choisissent l’idéologie facile et le récit simple.

S’attacher à Trump est une abdication de l’esprit critique. Ceux qui cherchent à donner une profondeur artificielle à ses discours se trompent : ils ne réfléchissent plus, ils consomment une identité. Soutenir ce mouvement depuis le Canada n’est pas un acte de courage ou de rébellion : c’est accepter la paresse intellectuelle et préférer un slogan étranger à la responsabilité citoyenne.

Trump ne convainc pas par ses idées : il triomphe parce qu’il simplifie. Et ceux qui essaient de le rationaliser ne font souvent que monétiser leur propre vacuité, donnant l’illusion de réflexion là où il n’y a que distraction.

dimanche 18 janvier 2026

L’hypocrisie calculée : droits de la personne et commerce avec la Chine

Le Canada aime se présenter comme un défenseur des droits humains. Ottawa a dénoncé la répression des Ouïghours, l’érosion des libertés à Hong Kong ou les arrestations arbitraires en Chine. Pourtant, lors du récent voyage du Premier ministre Carney, ce discours moral a cédé le pas au pragmatisme économique.

Certains parlent de double langage, voire d’hypocrisie. Cette hypocrisie s’explique facilement : nos politiciens aiment défendre les droits de la personne… tant que cela ne leur coûte rien. Dès que des intérêts économiques majeurs entrent en jeu (comme l’accès au marché chinois) ces principes deviennent négociables.

Ce comportement de notre premier ministre n’est pas une nouveauté en soi. Rappelons que les États-Unis, notre principal partenaire commercial, n’ont jamais été un modèle de respect des droits de la personne. La crise de Minneapolis, la mort de George Floyd et les récentes violences policières montrent que les droits fondamentaux y sont souvent bafoués. Pourtant, personne n’a exigé que le premier ministre canadien aille à la Maison-Blanche sermonner le président américain en menaçant de rompre nos relations commerciales.

Nos élus agissent selon ce qui est politiquement rentable. Les gains du commerce avec la Chine sont tangibles et concentrés pour certains groupes de Canadiens, tandis que les coûts moraux (perte de crédibilité et empathie envers les étrangers) sont diffus et rarement visibles. Or, c’est le pragmatisme économique et non le discours moral qui permet de gagner des élections. 

Quant aux droits de l’homme, ils restent un slogan séduisant… tant qu’il reste gratuit.

lundi 29 décembre 2025

Donald Trump : un libéral économique ? Pas vraiment.

On présente souvent Donald Trump comme un grand défenseur de la liberté économique. Pour plusieurs, il incarne l’entrepreneur qui a réussi par lui-même, l’homme d’affaires audacieux qui cherche à libérer l’économie de l’emprise de l’État. Cette image, largement entretenue par son discours et par une partie de ses partisans, repose toutefois sur une lecture très superficielle de son action politique. À y regarder de plus près, elle ne tient pas.

Un marché soumis au rapport de force

Avec Trump, il n’est pas question d’un marché fondé sur des règles stables, prévisibles et impartiales. Au contraire, son approche repose sur un rapport de force permanent, où l’économie devient un outil de pression politique. Les règles changent selon l’intérêt du moment, selon les alliances à consolider ou les adversaires à affaiblir. On est loin de l’idéal libéral d’un cadre neutre permettant à tous les acteurs économiques de jouer à armes égales.

Les tarifs douaniers : un pouvoir arbitraire

Prenons l’exemple des tarifs douaniers. Plutôt que de défendre un commerce international fondé sur des règles communes, négociées et respectées, Trump privilégie l’imposition unilatérale de droits de douane. Officiellement, ces mesures visent à « protéger les travailleurs américains ». En pratique, elles servent surtout à concentrer un immense pouvoir discrétionnaire entre ses mains. Il peut ainsi décider qui punir ou récompenser selon ses intérêts politiques du moment.

Cette approche transforme les échanges économiques en instrument de chantage. Les entreprises, les pays alliés et même les partenaires historiques deviennent vulnérables à l’arbitraire présidentiel. Or, un véritable libéralisme économique repose sur la prévisibilité du droit, pas sur l’improvisation stratégique d’un dirigeant.

Les conflits d’intérêts : quand privé et public se confondent

Sous sa présidence, Trump a également brouillé les frontières entre ses intérêts personnels et ses fonctions publiques. Il a continué à tirer profit de ses hôtels, terrains de golf et propriétés, qu’il utilise pour ses activités diplomatiques ou politiques. Il arrive même que des délégations étrangères y soient invitées dans l’espoir implicite d’obtenir des faveurs.

Cette confusion entre sphère publique et sphère privée contredit frontalement les principes de transparence et d’éthique qui devraient encadrer toute économie libérale saine. Quand le pouvoir politique sert d’outil de promotion personnelle, le marché cesse d’être libre.

Liberté économique ou prétexte au pouvoir ?

Certes, Trump applique parfois certaines recettes classiques de la droite économique : baisses d’impôts, déréglementation, etc. Mais ces politiques s’accompagnent d’attaques répétées contre les juges, les médias, les fonctionnaires et les agences indépendantes. Or ce sont précisément ces institutions qui protègent l’équité du marché et limitent les abus de pouvoir.

Sans contre-pouvoirs solides, la « liberté économique » devient un slogan creux. Elle sert moins à favoriser la concurrence qu’à récompenser la loyauté et à punir la dissidence. Dans ce contexte, le marché n’est plus un espace d’opportunités, mais un terrain de contrôle politique.

Une version déformée du libéralisme

À l’image de nombreux dirigeants autoritaires contemporains, Trump invoque le vocabulaire du marché libre tout en rejetant ses fondements. Les juges deviennent des ennemis, les journalistes des obstacles, et les lois des entraves à contourner. Or, la tradition libérale repose précisément sur l’idée inverse : limiter le pouvoir du dirigeant pour protéger les libertés individuelles et l’équité des échanges.

Au final, Donald Trump n’est pas le produit naturel du libéralisme économique, mais bien sa caricature. Il reprend ses mots — liberté, marché, réussite individuelle — tout en en vidant le sens. Ce qu’il propose n’est pas une économie libre, mais une économie soumise à sa volonté.