lundi 2 mai 2016

Le monde des affaires d’Alexandre Taillefer


 
« Quand je lis le soutien que donne une institution Montréalaise (sic) bien en vue à Uber ou un chargé de cours des Hautes Études Commerciales (sic)[1], je vois le monde des affaires d'hier. »  (A. Taillefer)[2]


Avouons qu’il faut de l’audace pour accuser les défenseurs d’Uber de professer un monde des affaires d’hier, quand le but de Téo Taxi est de reconduire un système de gestion de l’offre à bout de souffle et dépassé. Une industrie du taxi qui, depuis des décennies, offre un service médiocre aux consommateurs et exploite ses chauffeurs en les forçant à acheter la permission de travailler.

Il faut également une bonne dose d’estime de soi pour se présenter en libérateur des travailleurs du taxi, tout en voulant les garder sous son dictat. Celui qui se présente comme un visionnaire devrait pourtant savoir que l’époque du propriétaire de champs de coton est chose du passé; qu’il ne suffit pas de proposer à des esclaves une faible augmentation de leur pitance pour les libérer de leur servitude.

Pourquoi les travailleurs du taxi devraient-ils se contenter des 15 $ de l’heure de Téo? Pourquoi ne pourraient-ils pas s'émanciper de ces privilégiés de l’État qui veulent toujours l’obliger à louer ou à acheter un permis pour travailler? Pourquoi un travailleur autonome ne pourrait-il pas gérer lui-même son temps de travail et sa propre voiture, et ce, tout en satisfaisant les besoins et les attentes des consommateurs?

Nous sommes désolés, mais remplacer des voitures à essence par des voitures électriques n’a rien de vraiment innovateur. Il ne suffit pas de remplacer une fournaise à l’huile par des plinthes électriques pour rendre un taudis salubre.

M. Taillefer nous invite à choisir entre « #JeSuisUber ou #NousSommesTéo ». Notre choix est fait. Nous préférons un marché libre à l’écoute des besoins des usagers et à l’affut des opportunités économiques; un Uber qui, pour survivre, ne réclame pas du gouvernement des permis pour soi et des interdits pour les autres.

Non, nous ne sommes pas Téo. Le monde des affaires d’hier, comme se plait à le décrire M. Taillefer, nous a enseigné qu’un projet capable de satisfaire efficacement les attentes des consommateurs peut se passer de l’État et de l’argent des contribuables.

Nous déplorons que la Caisse de dépôt, Investissement Québec et autres fonds syndicaux, qui sont financés en tout ou en partie par nos impôts, servent à financer une entreprise qui perpétue un modèle d’affaires obsolète ne pouvant survivre sans la coercition de l’État.





[1] M. Taillefer réfère sans doute à HEC Montréal, anciennement l’École des hautes études commerciales de Montréal.
[2] http://quebec.huffingtonpost.ca/alexandre-taillefer/teo-taxi_b_9806980.html

samedi 23 avril 2016

Une leçon de libéralisme pour Jeff Fillion

Pierre Simard et Germain Belzile





La liberté d’expression est-elle le point central de l’affaire Fillion? Pas vraiment : Jeff la récupérera dès lundi matin sur Radio Pirate. C’est plutôt une leçon de libéralisme qu’a reçue l’animateur proliberté.


Jeff Fillion n’ira pas en prison pour son malheureux « tweet ». Personne ne l’a d’ailleurs forcé à l’effacer ou à fermer son compte Twitter. Il serait même hasardeux de faire la démonstration que ce gazouillis dépasse les limites légales de la liberté d’expression. On ne parle pas ici d’obscénité, de diffamation ou d’incitation à la haine.

Mais que s’est-il passé? L’affaire Fillion n’est qu’une banale histoire de droit de propriété; une affaire de relation contractuelle avec son employeur. Rien de vraiment exceptionnel.

Une société dite libérale protège la liberté en général. La liberté d’expression doit cohabiter avec les droits de propriété et la liberté de contrat. Ce qui veut dire qu’on peut tenir les propos que l’on veut, à condition de n’agresser personne, de respecter la propriété des autres et les contrats qu’on a volontairement signés.

Sur les ondes de Radio Pirate, Jeff Fillion assume lui-même le coût de ses propos désobligeants, car il est propriétaire de son entreprise. Sur Radio Énergie, c’est Bell qui assume le coût de ses errances, puisque Jeff n’est qu’un employé.

Au lendemain du fameux gazouillis, ses employeurs ont simplement exercé leur droit de propriété. Bell a estimé que le coût de confirmer Fillion dans son emploi dépassait les avantages anticipés de le garder au micro. Même chose pour les propriétaires du restaurant Le Cosmos, qui ont mis fin à leur association avec lui et retiré de leur menu le « Burger à Jeff ».

Est-il besoin de rappeler que Radio Énergie et le Cosmos sont des entreprises privées, dont les gestionnaires cherchent généralement à maximiser les profits? La programmation et le menu sont choisis en ce sens.

Aujourd’hui, Jeff Fillion peut encore exercer sa liberté d’expression, mais il doit se résigner à accepter la liberté de Bell de ne plus lui confier de tribune pour le faire. Le 98,9 est toujours maître de sa programmation et du choix de ses animateurs.

Quant aux clients mécontents du congédiement de l’animateur ou du changement de menu au Cosmos, ils sont libres de voter avec leurs jambes (ou leurs oreilles!). Et c’est bien ainsi. Il n’y a que dans les pays totalitaires où c’est l’État qui décide ce que l’on peut entendre ou manger.


Le seul cheval de bataille de Jeff Fillion, c’est de vérifier si Bell a failli à ses engagements contractuels. Pour le reste, ses admirateurs pourront toujours l’écouter à Radio Pirate aussi longtemps que des commanditaires accepteront de s’y associer. Parce que c’est aussi ça, la liberté, Jeff!






Les auteurs sont respectivement professeur à l’ENAP Québec et maître d’enseignement à HEC Montréal.

vendredi 15 avril 2016

Lettre ouverte au ministre de la Sécurité publique M. Martin Coiteux


Monsieur le Ministre,

J'ai pris acte de vos considérations philosophiques concernant les opposants à votre registre des armes à feu. Pour être honnête, vous ne m’avez guère offusqué. Je ne vois rien de honteux à me faire accuser d'adopter une philosophie anarchiste. Surtout quand l’accusation vient du ministre de la Sécurité publique, celui dont le rôle est justement de veiller au monopole de la violence de l’État québécois.

Je ne suis pas politicien, je vais aller droit au but. Dans le cas du projet de loi sur l'immatriculation des armes à feu, c’est votre gouvernement qui se fait l'apôtre de la violence. C’est vous qui menacez les honnêtes chasseurs et autres propriétaires d’armes à feu d’amendes et de saisies s’ils n’immatriculent pas leurs armes. Ne mêlons pas les choses.

C'est vrai que, contrairement à vous, je n'ambitionne aucune carrière politique. Je ne suis soumis à aucune ligne de parti et je ne crains nullement de déplaire à mon premier ministre. Sans compter, j'en suis conscient, que je n'ai aucun groupe d'intérêt à amadouer pour me faire réélire. 

Je ne suis qu'un simple citoyen qui paie ses impôts et qui, jusqu'ici, respectait vos lois. Un Québécois, parmi des centaines de milliers d'autres, qui est en désaccord avec votre projet d'immatriculation des armes à feu. 

Comme eux, j'estime que ce registre n'apportera rien à ma sécurité ou à celle de mes concitoyens.

Je me ferai donc anarchiste. Je serai un anarchiste non violent. Je ne combattrai pas votre violence par la violence. Je n'agresserai personne ni ne ferai dommage au bien de quiconque. 

Pour tout vous dire, je suis contre toutes les violences, y compris celles sur lesquelles se fonde votre pouvoir.

Aussi, comme je suis un anarchiste qui s'assume, je n'immatriculerai pas mes armes. Ce sera ma résistance, ma rébellion. Je mènerai une révolution paisible contre votre loi liberticide. 

Et si nous sommes suffisamment d'anarchistes à le faire, nous ferons tomber votre registre: nous le rendrons inutile.

Pour plus d’information sur la question, je vous invite à prendre connaissance de ce court billet que j’ai déposé sur mon blogue : « Du registre à la désobéissance civile. »

Respectueusement,

Pierre Simard, anarchiste et professeur à l’ENAP


Du registre à la désobéissance civile

« Vous me dites, on se méfie tellement de l’État qu’on veut s’organiser tout seul. Ça fait un peu anarchiste comme proposition. On voit bien que c’est une philosophie politique qui vous anime […]».  (Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique).


Pour le ministre de la Sécurité publique, les opposants à son registre québécois des armes à feu sont mus par une philosophie anarchiste. Lorsque la loi sera adoptée, ajoute-t-il, le refus d’enregistrer ses armes constituera une « rébellion contre les lois ». Le ministre réalise-t-il que son registre l’expose à un mouvement de désobéissance civile et à une révolution paisible?

Les derniers sondages indiquent qu’une forte proportion de québécois sont en désaccord avec l’intention du gouvernement de créer ce registre. Une pétition comptant plus de 60 000 signatures a même été déposée à l’Assemblée nationale. Pourquoi des milliers de Québécois devraient-ils obéir à une loi qu’ils considèrent injuste?

La révolution paisible
Puisque le ministre semble se nourrir de philosophie, j’aimerais lui rappeler que la littérature foisonne de philosophes politiques clamant qu’une loi injuste n’est pas contraignante, et qu’il est légitime de chercher à la renverser par des moyens non violents.

C’est généralement à Henry David Thoreau qu’on associe les concepts de désobéissance civile et de révolution paisible.

« Des lois injustes existent : nous satisferons-nous de leur obéir ou tâcherons-nous de les amender, de leur obéir jusqu'à ce que nous y ayons réussi, ou les transgresserons-nous sur-le-champ ? […] Une minorité est impuissante tant qu'elle se conforme à la majorité […] mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poids. Si l'alternative était de mettre tous les justes en prison ou renoncer à la guerre et à l'esclavage, l'État ne balancerait pas dans son choix. Si un millier d'hommes refusaient [d’enregistrer ses armes à feu], ce ne serait pas une mesure violente et sanguinaire […] Telle est, en fait, la définition d'une révolution paisible, si semblable chose est possible »
Henry David Thoreau - Le devoir de Désobéissance Civile, 1849



Le scénario Lemieux 
L’économiste et philosophe Pierre Lemieux dans ses Confessions d'un coureur des bois hors la loi, imagine le scénario suivant :

« La désobéissance civile s’intensifie. Un grand nombre de détenteurs d’armes refusent de demander les autorisations requises ou, du moins, refusent de répondre à certaines questions et mènent une guérilla écrite et électronique incessante. Les marchés noirs fleurissent où l’on obtient des armes sans la permission du Prince, et personne n’a honte d’y participer. Quand on réalise qu’une loi tyrannique a transformé 10% des Canadiens en criminels pacifiques dans leur propre pays, même la majorité bienpensante se rappelle du mot « liberté ». Au lieu de réprimer, la police laisse faire. Le contrôle des armes au Canada s’écroule. Les héritiers de la Magna Carta et du Bill of Rights et les descendants des coureurs des bois auraient cassé la tyrannie administrative moderne. »  Pierre Lemieux, Confessions d’un coureur des bois hors-la-loi (2001) p. 40

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Quand le gouvernement adopte des lois arbitraires et injustes, il mine son autorité et la légitimité de ses décisions. Il encourage à la désobéissance civile. Peut-être que le ministre Coiteux comprendra l’absurdité de son registre lorsqu’il devra traîner en justice, voire mettre en prison, des centaines de milliers de Québécois dont le seul crime aura été de ne pas avoir enregistré leurs armes.