samedi 2 mai 2015

Le hockey subventionné

Journal de Québec, samedi le 2 mai 2015, p.19 (Disponible en ligne JM et JQ).


Certains inconditionnels des Nordiques ont critiqué avec véhémence le choix de Québecor d’organiser un match préparatoire Canadiens-Pittsburgh dans LEUR amphithéâtre. Diantre!
Les vedettes de la radio locale ont blâmé le manque de sensibilité du gestionnaire au marché de Québec. Dans les faits, leur discours s’apparentait à une quête de subventions.
Parce que voyez-vous, derrière la cabale du « Nordique outragé » se cache une triste réalité : lorsqu’il est question de sport professionnel à Québec, tout le monde aspire à faire payer les autres pour ses propres plaisirs.
Vous avez déjà fait l’effort d’imaginer une Ville de Québec où le marché du hockey serait libre et florissant? Une ville où les amateurs renonceraient à l’argent des contribuables et assumeraient tous les coûts de leur amour pour leur club préféré?
Une solution gagnant-gagnant
On pourrait par exemple vendre l’amphithéâtre aux inconditionnels des défunts Nordiques. Ils en réserveraient ainsi l’usage à qui bon leur semble et les contribuables récupéreraient les sommes qu’on leur a spoliées via leurs impôts et leurs taxes municipales.
On pourrait même louer notre vieux Colisée aux inconditionnels des Canadiens, pour que leur club y tienne ses entrainements, ses matchs préparatoires, voire qu’il y installe son club-école. Ainsi, les contribuables de Québec n’auraient plus à payer pour la démolition d’un Colisée devenu inutile.
Bref, tout le monde serait heureux, y compris l’amoureux du hockey non partisan qui y gagnerait par la concurrence réinstaurée.
La course à la rente
Malheureusement, cette solution « gagnant-gagnant » n’émergera pas. Parce le marché québécois du hockey n’est pas si florissant qu’on le clame à la radio; parce que sans argent public, il n’y aurait pas d’amphithéâtre; parce que Québec est une ville de hockey subventionné.

L’amphithéâtre de Québec est d’abord et avant tout un édifice public. Les politiciens qui l’ont construit avec notre argent ne vivent pas du marché, mais de la redistribution de privilèges aux groupes qui les réélisent.
Or, sur le marché politique, on n’achète pas les meilleures places dans une billetterie, mais en exerçant des pressions sur les décideurs. Il ne faut donc pas se surprendre qu’à la veille de son inauguration, l’amphithéâtre attise la convoitise; que tous les chasseurs de rente s’activent pour s’en faire octroyer un usage exclusif.
Mais il y a un os à cette quête de privilèges. En cours de processus, les politiciens ont confié la gestion du temple à une entreprise privée qui n’a pas accès aux poches du contribuable pour subventionner les frustrations partisanes de tout un chacun. La société Québecor qui, d’ici le retour des Bleus, doit minimiser son risque d’affaires en satisfaisant le plus grand nombre de consommateurs de sports et de spectacles.
C’est d’ailleurs cette dernière qui aura vu juste: tous les billets du match préparatoire entre les Canadiens et les Penguins se sont envolés en 1 h 15. Un appui de taille des amateurs au retour des Nordiques.

Québec commence à ressembler à une grande ville de hockey finalement!

mercredi 1 avril 2015

L’itinéraire



Saoulée par les commentaires assassins de son bourgmestre et les bruissements de leur radio, la « Police Nation » jubilait. Naomie l’illégale n’a eu que ce qu’elle méritait : une cartouche de gaz lacrymogène en pleine gueule. Na Na Na Na... Hey Hey... Goodbye!

Jamais je n’ai eu aussi honte d’être Québécois. Avouez qu’il faut vouer un amour indéfectible à nos corps policiers pour tenter de justifier un geste aussi stupide qu’inacceptable dans une société dite libre et démocratique.

C’est de la faute des manifestants... ils n’avaient qu’à fournir leur itinéraire!
Que les policiers aient le pouvoir de déclarer une grève illégale du seul fait que les organisateurs d’une manifestation ont refusé de fournir leur itinéraire est une chose. Mais cela ne justifie en rien qu’on militarise nos corps de police pour aller les réprimer. La grève étudiante est déclarée illégale. Mettez vos gilets pare-balles. Prenez casque, bouclier et matraque et, surtout, n’oubliez pas les chiens… on s’en va cartonner du cégépien à pancarte.

Ce n’est pas la faute du policier... il devait se protéger face à des manifestants agressifs!
La question n'est pas là. La vraie question est de savoir si la violence utilisée par le policier pour se défendre contre cette jeune manifestante était légitime. Or, porter son arme à l’épaule pour tirer un projectile, en visant la figure d’une jeune manifestante désarmée, n’a rien à voir avec l’usage d’une force raisonnable, sensée, juste, équitable, mesurée, etc.

Détrompez-vous, je ne suis pas un sympathisant des grèves étudiantes.

Que nos policiers arrêtent et poursuivent en justice les casseurs, c’est leur travail. Qu’ils prennent des mesures raisonnables pour éviter que la sécurité du public soit mise en péril lors des manifestations, c’est tout à fait normal.

Que le ministre de l’Éducation avise les étudiants du risque de perdre leur session, il ne fait que les responsabiliser par rapport à l’état lamentable de nos finances publiques.

Que les professeurs des cégeps et universités pénalisent les étudiants qui ont négligé leur cours pour descendre dans la rue, ils sont payés pour évaluer les apprentissages et non pour faire de l’activisme politique.

Je suis même de ceux qui croient nécessaire d’accorder aux policiers la marge de manœuvre et les outils leur permettant d’exercer efficacement leur mission de maintien de l’ordre. Mais la fin ne justifie pas tous les moyens. Comme le veut l’adage : on n’utilise pas un canon pour tuer une mouche. 

Les policiers qui abusent de leur monopole des armes seront toujours plus dangereux qu’une bande d’étudiants en manque d’émotions fortes. Aussi, quand on est rendu à applaudir le tir à bout portant d’une jeune étudiante pour un itinéraire, c’est le signe que notre démocratie est malade.

dimanche 15 février 2015

P’tite vie… de couple


Vous avez profité de la Saint-Valentin pour raviver votre flamme amoureuse? Tant mieux! Maintenant que vous êtes repu de l’autre, parlons de choses sérieuses : quel intérêt avons-nous à vivre en couple?

Pour certains économistes, vivre en couple, c’est d’abord et avant tout une transaction économique. Je ne parle pas exclusivement d’échange de faveurs sexuelles entre partenaires consentants, mais aussi du partage d'activités productives comme faire la cuisine, la vaisselle, entretenir la maison et éduquer les enfants.

Vous êtes un homme rose ou une femme émancipée? Ça ne change rien à mon propos. Il sera toujours plus facile de cuisiner un ossobuco pour deux personnes que de se préparer individuellement deux jarrets de veau. Je parle ici d’économies d'échelle.

Il est vrai que la plupart des services que s’échangent les couples sont en vente libre sur le marché. Vous pouvez embaucher une femme de ménage, manger au restaurant, faire entretenir votre pelouse et même, en cas de lassitude, consulter les petites annonces pour obtenir les services d’une escorte à domicile.

Toutefois, trouver, marchander et acheter ces services sur le marché libre demande du temps et comporte une part d’inconnu et de risques. Ce sont des coûts de transaction suffisamment importants pour que plusieurs d’entre nous se lancent à la recherche d’un partenaire de vie pour produire et consommer ces services à moindre coût.

Dans cette perspective, le couple devient essentiellement un partenariat d’affaires où deux individus acceptent de mettre en commun une partie de leur revenu, de partager les tâches domestiques selon leur spécialité et de s’octroyer mutuellement l’exclusivité de leurs câlins. Romantique, non?

L’amour
Et l’amour dans tout ça? Pourquoi doit-on préférablement s’acoquiner avec quelqu'un qu’on aime? Essentiellement parce que l’amour réduit les coûts de négociation entre les partenaires de l’entreprise familiale.

Lorsque vous aimez d’amour votre conjointe, son bonheur sera nécessairement l’une de vos préoccupations et vous serez enclin à assouplir vos attentes de partenariat pour la rendre heureuse. Si cet amour est réciproque, c’est encore mieux : vous aurez alors un intérêt commun à vous rendre heureux et vos négociations en seront d’autant facilitées. Les conditions de succès de votre couple seront alors réunies et vous serez vraisemblablement copropriétaire d’une affaire florissante… jusqu’à ce que l’amour s’éteigne.

Soyez sans crainte, la disparition de l’amour n’aboutira pas nécessairement à la faillite de votre entreprise. Tout est question d’avantages et de coûts. Une séparation, tout le monde le sait, n’a rien de gratuit. Quoi qu’il faille bien admettre que s’il n’y avait que des désavantages, personne ne divorcerait.

En somme, si la Saint-Valentin est la fête de l’amour, c’est aussi une fête marchande. Non seulement parce que les fleuristes et les restaurateurs savent en tirer profit, mais aussi parce que le 14 février de chaque année, c’est l’occasion pour les entrepreneurs familiaux de réinvestir dans leur entreprise.  

Julie mon amour, je t’aime!

vendredi 6 février 2015

Et si l’État grec déclarait faillite?


Journal de Montréal et Journal de Montréal, samedi le 7 février, 2015. (JM p.48 et JQ p.18)

L’endettement de la Grèce fait encore la manchette. En portant au pouvoir un parti de gauche radicale, la population vient d’exprimer son ras-le-bol devant les politiques d’austérité qui lui sont imposées par ses créanciers. Et si l’État grec déclarait faillite?
L’élection du nouveau gouvernement grec laisse présager une négociation difficile entre une troïka (UE, BCE et FMI) qui possède 80 % de la dette grecque, et le gouvernement Tsipras, qui croit qu’un accroissement des dépenses publiques est la solution miracle à la crise des finances publiques. Trouvera-t-on un compromis? C’est malheureusement ce que trop d’observateurs espèrent.  
Et les Grecs? Pourquoi devraient-ils choisir entre Charybde et Scylla, entre l’esclavage du service de la dette ou de nouvelles dépenses publiques qui, en gonflant une dette déjà insoutenable, ne fera qu’aggraver la crise? Soyons sérieux, rares sont ceux qui croient vraiment que ces nouvelles tractations permettront un jour à la Grèce de recouvrer sa santé financière.
Aujourd’hui, au grand dam des instances européennes, certains analystes estiment que l’État grec devrait déclarer faillite. Que la présente crise politico-financière est si profonde, que l’État grec n’a d’autre choix que de déposer son bilan et d’annoncer à ses créanciers qu’elle ne leur remboursera ni les intérêts ni les capitaux empruntés.
Évidemment, il n’existe pas de solutions faciles au surendettement d’un État. Comme l’explique en détail l’économiste Pierre Lemieux dans The Public Debt Problem [1], déclarer faillite pourrait s’avérer la « moins pire » des solutions.
En n’ayant pas à rembourser des sommes faramineuses à ses créanciers, la Grèce aurait une chance de sortir de son bourbier. De toute façon, il est déjà acquis que ceux qui ont adossé la dette de l’État grec ne s’en sortiront pas indemnes.
Il est vrai qu’un défaut de paiement – envoyer paitre les créanciers – ne serait pas sans conséquences. La réputation de la Grèce serait ternie, l’accès aux marchés financiers lui serait désormais refusé, et le pays serait éventuellement menacé de sanctions économiques par ses ex-partenaires.
Mais justement, dans ce « moins pire » des mondes, le gain des citoyens ne se résumerait pas à effacer sa dette, mais aussi au fait qu’une telle décision couperait les vivres au responsable de ce désastre économique : l’État grec.
En n’ayant plus accès au marché financier, le gouvernement de la Grèce serait obligé d’équilibrer son budget, de vivre selon ses moyens. Il ne pourrait plus procéder, avec la complicité d’une Europe idéaliste et complaisante, à une énième restructuration lui permettant de continuer à dépenser et à rançonner une population déjà trop abusée.
Peu importe la solution, il y aura inévitablement des gagnants et des perdants à cette crise. La question aujourd’hui, est de savoir si les prochaines négociations entre l’Europe et la Grèce permettront encore une fois aux instances politico bureaucratiques impliquées de poursuivre leurs chimères respectives aux dépens du peuple grec.
Entre deux maux, il faut savoir choisir le moindre. Et dans le cas de l’État grec, la faillite… c’est le moindre mal!


[1] Lemieux, Pierre, The Public Debt Problem: A Comprehensive Guide, New York: Palgrave Macmillan (2013), 212 pp. (ISBN: 978 1137298072)


mercredi 14 janvier 2015

Les dangers d’un référendum sur l’austérité


Journal de Montréal et Journal de Québec, mercredi le 15 janvier 2015. (JM p. 40 et JQ p.16)
 
Pour contrer les initiatives syndicales visant à faire dérailler la démarche gouvernementale de redressement des finances publiques, nos grands quotidiens proposent d’organiser un référendum sur l’austérité. Danger! À moins que le Québec soit atteint d’un syndrome de Stockholm collectif, ce référendum risque de perpétuer la dépendance de l’État aux dépenses publiques.
J’en conviens, le redressement des finances publiques est primordial pour l’avenir du Québec. Mais il faut miser sur beaucoup d’empathie politicienne pour croire que la majorité silencieuse du Québec légitimerait, voire encouragerait, les décisions d’un État qui n’a cessé de lui confisquer ses revenus et empiété sur ses libertés depuis 50 ans.
Jusqu’ici, la soi-disant rigueur budgétaire du gouvernement Couillard, c’est d’abord et avant tout la majorité silencieuse qui en fait les frais. C’est le contribuable qui récolte les hausses de taxes, de tarifs et d’impôt décrétés au nom de l’équilibre budgétaire. C’est lui qui se fait amputer ses revenus par des hausses de tarifs de garderie, des hausses de taxes municipales, des taxes sur le carbone, etc.
Et le gouvernement? Il promet de contribuer. Non pas de couper dans ses dépenses, mais de réduire leur croissance. C’est comme ça! Les contribuables québécois sont toujours moins égaux que leur gouvernement dans le partage des efforts d’équilibrage des finances publiques.
Fausse prémisse
Mais personne n’est dupe. Alors que le gouvernement profite du prétexte du redressement budgétaire pour nous saigner davantage, il continue à essaimer les privilèges et à investir des milliards dans des projets douteux : des éoliennes, des cimenteries, des emplois chez CGI, etc.
Le problème avec cette idée de référendum, c’est qu’elle repose sur une fausse prémisse : celle que l’État ne nous prélèvera que ce dont il a besoin pour équilibrer son budget; que toutes ces nouvelles ponctions permettront à l’État de rembourser notre énorme dette, et qu’ensuite, en bon père de famille, il nous retournera ses excédents sous forme de baisses d'impôt. Mon œil!
Ce n’est pas parce qu’une majorité de Québécois est silencieuse qu’elle est stupide. Il y a longtemps qu’elle a fait sien l’enseignement de J. Buchanan (Nobel 1986) selon lequel le but de l'État est essentiellement de nous prélever le plus de revenus possible; qu’une fois qu’il nous a bien plumés, il ajuste ses dépenses en conséquence. 

Problème d'obésité
Les syndicats ne sont pas la véritable source du problème; c’est plutôt l’obésité de l’État québécois. Ce sont nos gouvernements qui ont accordé aux syndicats les privilèges dont ils abusent aujourd’hui. Aussi, ce n’est qu’en limitant les ressources que le gouvernement peut nous prélever qu’on l’obligera à réduire ses dépenses et, par conséquent, à sevrer la bête syndicale.
En attendant que la majorité silencieuse se révolte et oblige nos gouvernements à mettre en place des contraintes à son pouvoir de dépenser, il faut éviter un référendum qui permettrait aux syndicats de récupérer l’exaspération des contribuables à l’endroit des abus de nos politiciens.
Bref, ce n’est pas un référendum d’appui au gouvernement qu’il faut organiser, mais la résistance fiscale des contribuables. Où est notre Gérard Depardieu?

samedi 29 novembre 2014

Les blogues d’un vieil économiste


Mon ami Gérard Bélanger publie cette semaine Les blogues d’un vieil économiste. Ce bouquin reprend les billets qu’il a publiés sur « Libres échanges », le blogue de l’Association des économistes québécois.
M. Bélanger est l’un des plus grands économistes du Québec. Non seulement ses travaux lui ont permis de faire avancer les connaissances de la discipline, mais ses enseignements ont assurément marqué la plupart des étudiants qui, comme moi, ont suivi ses cours à l’Université Laval.
Derrière son style, parfois corrosif et provocateur, se cache un amoureux de la science économique. J’ai eu la chance de le côtoyer tout au long de ma carrière. Il m’a enseigné au baccalauréat, à la maitrise et – la poisse! – a même été membre de mon jury de thèse de doctorat. Encore aujourd’hui, il prend le temps de relire mes articles et sa critique est toujours juste et pertinente. Je l’en remercie!
Je vous invite donc à télécharger gratuitement son dernier bouquin via le site web de l’Association des économistes québécois :
Cliquez ici pour télécharger

vendredi 28 novembre 2014

PKP, la politique et le showbiz

La Presse, vendredi le 28 novembre 2014, p. A31 (disponible en ligne sur La Presse+ et sur La Presse.ca)

Selon Bernard Drainville, Pierre Karl Péladeau battrait des records d’ambigüité et devrait clarifier son programme politique. Désolé, mais les politiciens aux idées claires n’intéressent guère que lui. Le Québec vit à l’ère de la politique spectacle.
On raconte que PKP et Justin Trudeau seraient aux antipodes sur le plan idéologique. Et puis? 
Au Parti québécois comme au Parti libéral du Canada, le but ultime est de reprendre le pouvoir.
Or, c’est justement parce que PKP est le seul candidat capable de conduire le PQ à la victoire qu’il sera plébiscité par ses membres. Et comme le chef du PLC, il peut y arriver en faisant l’économie d’un programme électoral.
À l’instar de Justin Trudeau, le véritable électeur que doit séduire PKP n’est pas le péquiste fini, mais le citoyen moyen; celui qui répond aux sondages, celui qui votera à la prochaine élection. Aussi, pour l’analyste des choix publics, cultiver l’ambigüité peut s’avérer une stratégie gagnante.
L’électeur moyen n’en a rien à cirer que PKP soit antisyndical une année et prosyndical l’année suivante; qu’il combatte Radio-Canada en janvier et qu’il se porte à sa défense en mai; qu’il dénigre le Bloc le samedi et en fasse l’éloge le lundi. L’électeur est un ignorant rationnel : il n’a ni le temps, ni l’intérêt de décortiquer des prises de position aussi étranges.
Une affaire de Showbiz
Parce qu’ils minimisent leur investissement en connaissance de la chose publique, la plupart des citoyens s’en remettent aux médias pour s’informer. Et encore, ils privilégieront l’information qui minimise leur effort d’analyse et dont l’acquisition est peu coûteuse.     
Aujourd’hui, la politique est une affaire de showbiz. Le politicien doit multiplier les apparitions dans les journaux, sur les médias sociaux et dans les spectacles de variétés. C’est là qu’on séduit un électorat! De toute façon, les émissions d’affaires publiques traînent en queue de peloton des cotes d’écoute. Pourquoi PKP répondrait-il aux questions de journalistes qui le harcèlent sur son cellulaire, voire jusqu’aux toilettes?
N’en déplaise à ceux qui aimeraient en connaître davantage sur ses idées politiques, la course à la chefferie du PQ ne se gagnera pas sur la date du prochain référendum. C’est une campagne de séduction, où un « selfie » avec Véro rapporte davantage qu’une furtive poignée de mains avec Jean-François Lisée.
Le PKP nouveau
Si Pierre Karl Péladeau mène aujourd’hui sa course à la chefferie, c’est qu’il s’est acharné à nous démontrer qu’il a l’étoffe du politicien; qu’il est capable de compassion et de vertu. Qu’outre ses factures de fin de mois, ses préoccupations sont celles de Monsieur Tout-le-Monde : l’austérité, l’ignoble Harper et la cause du moment.
Il faudra bien se l’avouer, le prochain chef du PQ n’a pas que la bosse des affaires, mais aussi celle du show-business. Le magnat de la presse, jadis vindicatif et intransigeant, a su se métamorphoser en politicien aguerri. Pour preuve, celui qui annonçait par communiqué de presse la séparation de son couple a depuis fait appel à la médiation, entamé un processus de réconciliation, puis annoncé son mariage. N’est-ce pas là l’ultime témoignage de sa nouvelle résilience et de sa capacité à rassembler? Je vous le jure, je l’ai entendu à la télé et lu dans plusieurs journaux à potins!


mercredi 29 octobre 2014

Et si un loup solitaire frappe à ma porte…

Journal de Québec et Journal de Montréal, mercredi le 29 octobre 2014, p.40

L’attentat d’Ottawa a semé l’inquiétude dans la population. Comme beaucoup d’entre vous, je suis désormais envahi par un sentiment d’impuissance face à la menace terroriste. Et si un loup solitaire frappait à ma porte?
Pendant des heures, les médias télévisés du monde entier ont diffusé les images de policiers aux trousses d’un terroriste armé; de citoyens exprimant leur crainte et leur impuissance devant l’horreur; d’experts expliquant les difficultés de contrer ce type d’attentat; de politiciens clamant que la démocratie ne cèderait pas à la terreur. 
Les journalistes ont également salué le courage des politiciens québécois, qui ont unanimement décidé de poursuivre la période de questions à l’Assemblée nationale. Mais entre vous et moi, lorsqu’on est entouré de gardes du corps, à 450 kilomètres du chaos qui plus est, il n’y a pas guère de risques à discuter encore quelques heures. Surtout lorsqu’il est question de rassurer un peuple désarmé et impuissant.
Je peux comprendre les préoccupations des politiciens : faire quelque chose et montrer qu’ils s’en occupent. Mais quand leur seule réponse consiste à multiplier les contrôles et à se donner plus de pouvoir, je ne me sens guère rassuré.
Ils le savent et tout le monde le sait installer des policiers devant le Parlement, les édifices publics et les bases militaires n'aura qu'une efficacité limitée pour contrer les actes des loups solitaires. En moins de 48 heures, deux individus ont réussi à faire la démonstration de l’inutilité de toutes ces mesures de sécurité décrétées au fil des événements par nos gouvernements.
Aujourd’hui, il faut se compter chanceux que nos extrémistes locaux ne se soient pas inspirés d’Anders Breivik, ce terroriste norvégien qui a assassiné 77 personnes et fait 151 blessés, dont la plupart de jeunes adolescents (2011).
Dans les prochaines semaines, nos politiciens se demanderont sans doute comment Michael Zehaf-Bibeau a pu se procurer une arme à feu. Comment un individu avec un passé criminel, connu de nos corps policiers, a-t-il pu débarquer sur la colline parlementaire avec une carabine alors qu’on lui en avait interdit la possession?
La réponse est pourtant simple : les criminels trouveront toujours des armes, et aucune interdiction gouvernementale ne les empêchera de poser leurs gestes insensés.
Il faudra bien un jour l’avouer, l’État sera toujours impuissant à nous protéger contre les détraqués. Aussi, la multiplication des lois et règlements limitant le droit des citoyens d’acquérir des armes n’a réussi qu’à accroître notre vulnérabilité face aux criminels.
À ce jour, j’ai écouté les conférences de presse des autorités m’apprenant qu’il était trop tôt pour dire quoi que ce soit. J’ai entendu l’appel à la solidarité de notre élite politique. J’ai lu plusieurs dizaines de textes d’opinion et d’analyses m’entretenant du courage du sergent d’armes Vickers, de la résilience du monde libre, de l’importance de sécuriser le Parlement. J’en suis!
Malheureusement, personne n’a encore réussi à répondre à ma question : je fais quoi si un loup solitaire frappe à ma porte?  

mercredi 8 octobre 2014

L’école privée pour réduire les inégalités

Journal de Québec et le Journal de Montréal, jeudi le 9 octobre 2014. (JQ p.18 et JM p.36)

Le gouvernement étudie la possibilité de diminuer les subventions aux établissements d’enseignement privé. En conséquence, plusieurs parents pourraient être obligés de renoncer à leur liberté de choisir l’école de leur enfant. Absurde!
Être parent, c’est vouloir offrir ce qu’il y a de mieux à sa progéniture. Quand les parents choisissent l’école de leur enfant, ils sont conscients qu’ils engagent l’avenir de ce dernier. Aussi, très peu d’entre eux prennent cette décision à la légère.
Beaucoup de familles sacrifient une part importante de leur revenu pour envoyer leur enfant à l’école privée. C’est leur choix. Si vous n’aimez pas votre travail ou le trouvez insuffisamment rémunérateur, vous pouvez donner votre démission. Si la ville ou le quartier dans lequel vous habitez ne vous convient pas, vous pouvez déménager. La liberté de choix, c’est avoir le contrôle sur sa vie; choisir l’école de son enfant, c’est avoir une influence sur son avenir.  
La plus grande fourberie véhiculée dans le présent débat, c’est de laisser croire qu’en diminuant les subventions aux établissements privés, on fera payer les riches; qu’en coupant les subventions au secteur privé, pour engraisser le secteur public, on réduira les inégalités de revenu.
Au contraire, le pouvoir de choisir ne devrait pas être réservé à quelques bien nantis. C’est plutôt en augmentant le nombre de parents ayant la capacité financière d’offrir l’école privée à leurs enfants qu’on estompera les inégalités.
Si le gouvernement cherche vraiment à alléger les coûts de l’éducation, tout en améliorant sa qualité, il doit penser à subventionner encore plus le secteur privé. Peu importe la façon de faire (crédit d’impôt, subvention à l’école ou chèque d’éducation que les parents peuvent dépenser dans l’école de leur choix), l’important c’est d'accroître la liberté de choix des familles.
Le principal danger dont il faut se méfier est que l’État saisisse le prétexte de sa réforme pour réglementer encore plus le secteur privé. Il faut davantage de diversité en éducation, pas moins. Si l’État ne veut pas faire confiance aux parents, qu’il nous explique comment il peut accorder le droit de vote à des individus aussi peu fiables…
Ne soyons pas naïfs, si plusieurs parents sont disposés à payer des milliers de dollars pour envoyer leur enfant au privé, c’est qu’ils estiment qu’il s’y épanouira davantage. Or, ce n’est pas en leur fermant l’accès aux écoles privées qu’on améliorera leur opinion de l’école publique. Au contraire, c’est en stimulant la concurrence que l’on condamnera les établissements publiques à l’excellence et que l’on convaincra les parents d’y envoyer leur enfant.
Bref, combattre les inégalités de revenu en éliminant l’école privée au profit de l’école publique est une aberration. Désolé, mais la richesse, c’est d’abord avoir la capacité de choisir. C’est seulement en donnant aux parents les moyens de choisir eux-mêmes l’école de leur enfant qu’ils auront le sentiment qu’en matière d’éducation, ils sont aussi riches que les riches.

jeudi 2 octobre 2014

L’emploi n’est pas une priorité


Journal de Québec et Journal de Montréal, septembre 2014 (JQ p.18  et JM p.36 )
Le premier ministre Couillard nous rappelle constamment que sa priorité est la création d’emploi. Désolé, mais les emplois ne devraient pas être une priorité. Soyons sérieux, qui a besoin d’un travail?
Comme l’explique l’économiste Pierre Lemieux dans « Who Need Jobs?», qui vient tout juste de paraître chez Palgrave, les gens recherchent non pas un travail, mais les revenus qui y sont associés. On vous garantirait le même salaire pour vaquer à votre loisir préféré que vous n’hésiteriez pas à donner votre démission sur-le-champ.
Pourquoi revenir sur cette évidence? Parce que nos politiciens semblent ignorer que ce sont nos revenus, et non notre emploi, qui nous permettent d’améliorer notre qualité de vie. Aussi, l’objectif du gouvernement Couillard ne devrait pas être de créer des emplois, mais de favoriser la création de richesse. Or, les moyens d’atteindre les deux objectifs sont bien différents.
Par exemple, investir dans les éoliennes pour produire de l’électricité dont on n’a pas besoin, pour ensuite la brader à un prix inférieur à son coût, ne crée pas de richesse. Au contraire, ce genre de politique détruit une partie des revenus des contribuables.
Il est vrai qu’un tel projet permet à quelques travailleurs chanceux de récupérer, par la magie de l’impôt, le revenu d’un travailleur productif. Mais pour faire quoi? Pour produire une électricité inutile alors que le contribuable qui a financé ce projet avec ses impôts aurait pu utiliser l’argent que lui a prélevé le fisc pour améliorer sa qualité de vie.
Imaginez que l’on vous remette une partie des impôts qui ont été prélevés sur votre salaire. Vous dépenseriez avec plaisir ces revenus récupérés et vous stimuleriez ainsi la création de nouveaux emplois productifs.
En fait, les politiques de création d’emplois consistent à déshabiller Paul pour habiller Pierre. Et, au cours du processus, on détruit une partie des revenus des contribuables.
L’argent du gouvernement ne tombe pas du ciel. Elle est prélevée des poches du contribuable. Aussi, chaque nouvel emploi soi-disant créé par le gouvernement correspond à un emploi productif perdu ailleurs dans l’économie. Pire encore, cet emploi productif sera la plupart du temps remplacé par un emploi improductif.
Quand un gouvernement fait de l’emploi sa priorité et s’imagine pouvoir créer des emplois en lieu et place des consommateurs, on ne peut que s’inquiéter. L’expérience nous a appris qu’il jouera au Robin des bois en subventionnant des entreprises désuètes pour sauver des emplois improductifs; qu’il freinera l’apparition de projets novateurs et créateurs de richesses au nom de l’emploi en région; qu’il multipliera les réglementations pour protéger des travailleurs incapables de suivre la concurrence.
Au moment où une commission est chargée d’explorer les moyens de nous prélever plus d’impôt pour permettre au gouvernement de remplir sa promesse de créer 250 000 emplois, nous devons nous rappeler que l’URSS ne s’est pas effondrée parce qu’elle manquait d’emplois. Au contraire, tous les Soviétiques avaient un emploi… créé par l’État. On a seulement oublié de créer de la richesse!

Lemieux, Pierre, Who Need Jobs?: Spready Poverty or Increasing Welfare, Palgrave Macmillan, New York, 2014, 201 p. (disponible sur Amazon.ca)

dimanche 28 septembre 2014

Mirage de réforme


Journal de Montréal et Journal de Québec , le 29 septembre 2014. (JQ p.14 et JM p.32)
Jusqu’ici, la réforme Barrette me laisse de glace. Au fil des ans, les mirages de réforme administrative de notre système de santé ont été si nombreux que j’ai développé les symptômes d’une grave maladie : le « réformo-scepticisme ».
Chaque nouveau gouvernement nous promet de soigner la bête. C’est normal! Les partis politiques nouvellement élus sont tous affligés d’un biais pour l’action. Ils doivent montrer aux électeurs qu’ils ont les choses en main, qu’ils ont les solutions à tous les problèmes. La passivité d’un politicien est toujours lourdement pénalisée par l’électorat.
Je l’admets, le ministre Barrette a le sens du spectacle. Abolir 18 ASSS,  fusionner les 182 CSSS, créer des CISSS chargés de chapeauter les CJ, les CH, les CR et les CLSC, ça fait pour le moins sérieux. 
Ce brassage d’acronymes cherche sans doute à donner l’illusion que la réforme en cours est fondamentale, mais il n’en est rien. Ce qu’on sait à ce jour de la réforme Barrette ne sort pas des sentiers battus par les réformes précédentes : on concentre ou déconcentre l’administration d’un système fondamentalement centralisé.
Depuis les années 1970, notre système reste lourdement financé par l’État. Il a toujours été contrôlé et financé par l’autorité centrale, c'est-à-dire le ministère de la Santé et, ultimement, le Conseil du trésor qui procède à l’allocation des budgets. Or, ce n’est pas en brassant les structures et en renforçant le pouvoir du Ministre sur l’administration qu’on révolutionne les services aux usagers et qu’on change la culture du système.
Le seul élément de la réforme Barrette qui pourrait éventuellement rapprocher l’usager des choix budgétaires en santé, c’est le financement des organismes par activité. On dit que ce projet de loi serait le prélude à un financement basé sur le volume d’activités des établissements, et non plus simplement sur la reconduction historique des budgets.
Comme proposé dans un rapport d’experts déposé en février dernier, une telle réforme viserait à établir un lien direct entre le patient, les soins prodigués et leur financement. Dans la mesure où les revenus des établissements dépendraient du volume de services rendus et du nombre de clients qu’ils attirent, on présume qu’ils seraient incités à offrir des services mieux adaptés aux attentes de leur clientèle.
Évidemment, un tel mode de financement s’apparente à la tarification à l'acte chez les médecins, un système qui n’est pas sans reproches. Malgré tout, cette mesure pourrait inverser la tendance qu’ont plusieurs de restreindre l’offre de service pour équilibrer le budget qui leur est consenti par Ministère.
Financement par activité ou non, il reste qu’on ne pourra jamais dépolitiser notre système de santé tout en conservant un financement principalement public. Comme nous le rappelle le professeur Gérard Bélanger dans L’économique de la santé et l’État providence, il y a un vieux dicton qui dit : « Who pays the piper calls the tune ». Aussi, tant que le gouvernement refusera une plus grande ouverture au privé en santé, c’est lui qui choisira la musique!

dimanche 21 septembre 2014

Faire confiance à la libre négociation

Journal de Québec et Journal de Montréal, dimanche le 21 septembre 2014 (JQ p.14 et JM p. 26)


Le professeur Pierre Fortin et l’ex-ministre Claude Castonguay suggèrent de mettre sur pied un régime provincial unique pour l’ensemble des employés municipaux du Québec. Cette proposition est pour le moins curieuse : c’est comme s’il fallait davantage de centralisation pour corriger les défaillances d’un système déjà trop centralisé.
Ils n’ont cependant pas tort sur leur diagnostic. Les régimes de retraite dont bénéficient les employés municipaux sont le produit de règles de négociation « prosyndicales » imposées jadis par le gouvernement. À l’inverse, le projet de loi 3 se veut principalement « promunicipalités » : comme si le législateur provincial voulait s’absoudre de ses erreurs en déshabillant Roger pour habiller… Régis!
La libre négociation
Plutôt que de maintenir un cadre de négociation reposant sur des tractations entre gouvernement, municipalités et grandes centrales syndicales, ne serait-il pas préférable de s’attaquer aux vices du présent système? Pourquoi ne pas mettre en place un cadre de négociation décentralisé où prévaudrait un véritable équilibre des forces en présence?
Pour ce faire, le gouvernement n’aurait qu’à laisser les municipalités libres de négocier ce qu’elles veulent avec leurs employés, et à lever les contraintes qui corrompent l’actuel processus de négociations.
Dans un processus où une municipalité n’aurait qu’à tenir compte de sa capacité budgétaire et de la santé financière de son régime de retraite, il y a lieu de croire que les négociations se poursuivraient jusqu’à ce qu’on trouve une possibilité d’échange mutuellement avantageuse pour les parties. Une solution « gagnant-gagnant » tant pour les municipalités que pour les travailleurs.
Dans ce système décentralisé, le gouvernement du Québec ne serait plus responsable des pots cassés. Ce dernier devrait donc décliner, dès le départ, toute responsabilité à l’égard d’éventuels déficits. Néanmoins, afin de s’assurer que la libre négociation s’amorce sur des bases saines, il pourrait reconnaître sa part de responsabilité dans les déficits passés et en assumer, comme l’ont suggéré Fortin et Castonguay, une part significative.
Rétablir l’équilibre des forces
Évidemment, pour qu’un tel système fonctionne, il faudrait éliminer les entraves à la libre négociation et rétablir l’équilibre des forces à la table de négociation.
Pour ce faire,  le gouvernement Couillard devrait minimalement : 1) retirer son projet de loi « proemployeur » qui constitue une épée de Damoclès sur les éventuelles négociations; 2) modifier le Code du travail pour permettre le droit de lock-out aux municipalités et rendre l’arbitrage volontaire.
En balisant de manière stricte les enjeux de négociations futurs, le projet de loi 3 fait surtout écho aux municipalités qui ont failli à leur responsabilité fiduciaire, et pénalisent celles qui ont géré leur régime de retraite de manière responsable. Le gouvernement s’adonne encore une fois à ce qu’il fait de mieux : accorder des privilèges à ceux qui crient le plus fort.
À moins qu’on vise à perpétuer la logique collectiviste qui nous a conduits au présent marasme, il faut confier la gestion des régimes de retraite à des municipalités responsables et faire confiance à la libre négociation.