mardi 21 mai 2013

Doit-on promouvoir les casinos?


La Presse.ca, La Presse Débats, 21 mai 2013.

Loto-Québec s’inquiète de la baisse «majeure» de fréquentation de 10,3% des casinos du Québec depuis cinq ans. Selon vous, la société d’État a-t-elle raison de redoubler d’effort pour freiner l’hémorragie, en encourageant ainsi le jeu, afin de maintenir le dividende versé dans les coffres du gouvernement ?

Vice contre vice
Exploiter le vice pour combattre le vice est devenu une tâche complexe. Jusqu’ici, on prétendait que le monopole des jeux d’argent et de hasard permettait à Loto-Québec de nourrir le Trésor public, tout en contrôlant les pulsions malsaines des citoyens. Mais voilà, même si le jeu reste un jeu, le jeu de la concurrence commence à lui faire mal. Son pouvoir de monopole s’effrite au profit des réserves indiennes et des sites de pari en ligne. Loto-Québec doit donc revoir sa stratégie commerciale pour protéger le dividende versé au gouvernement. Il lui faudra, sans doute, multiplier les voyages organisés pour les ainés en leur offrant des repas gratuits et des cartes privilèges. Elle n’a pas le choix : il lui faut mieux vendre le rêve. En contrepartie, pour se donner bonne conscience, elle intensifiera sa publicité pour nous rappeler que le jeu peut conduire à la faillite, à la dépression, voire au suicide. Mais où est la logique? Euh… je vous explique! L’État doit mieux exploiter la dépendance des citoyens vulnérables, pour assouvir sa propre «addiction» à l’essaimage de subventions visant à prévenir, dépister et traiter le jeu pathologique. En somme, c’est l’histoire du chien qui se mord la queue.

vendredi 17 mai 2013

Denis Coderre est-il l’homme de la situation ?

Croyez-vous que Denis Coderre a le profil de maire que les Montréalais recherchent et dont ils ont besoin pour gouverner la métropole ?
Un maire par défaut 
«Montréal n'a pas besoin d'un sauveur, mais d'un chef d'orchestre». Voilà pour le slogan. Je sais, la formule entre dans les 140 caractères autorisés par Twitter, mais… reste que Gilles Vaillancourt était lui aussi, dans son genre, un sacré chef d’orchestre. Denis Coderre a toujours été un politicien flamboyant. Sera-t-il un bon maire? J’ai des doutes. Il ne suffit pas d’endosser un chandail du Canadien en public pour devenir le maire dont Montréal a besoin. Le principal problème de Denis Coderre, c’est qu’il n’est pas perçu dans la communauté comme le leader promis. Il donne l’impression d’être le candidat par défaut, le moins mauvais des candidats en lice. Même s’il mène dans les sondages, on ne décèle pas d’engouement autour de sa candidature et les élus de Québec donnent l’impression de se tenir à distance de lui. Pis encore, la Chambre de commerce de Montréal a même ignoré sa candidature potentielle en lançant un avis de recherche pour dénicher un autre candidat. Bref, Denis Coderre ne soulève l’enthousiasme de personne. Or, le problème avec un maire élu par défaut, c’est qu’il est fragile politiquement. Est-ce vraiment d’un maire continuellement en campagne électorale dont Montréal a besoin?

mardi 14 mai 2013

Cliniques privées: problème ou solution?

La Presse.ca, La Presse Débats, 14 mai 2013.

La hausse du nombre de cliniques privées de médecine familiale au Québec est-elle de nature à nuire au système public de santé ? Ou est-ce une avenue supplémentaire souhaitable pour avoir accès à un médecin de famille, quitte à payer des frais ?

Ras-le-bol
Ce n’est pas par caprice que les consommateurs fuient un service gratuit pour un service payant. C’est seulement qu’ils en ont ras-le-bol de notre système public de soins de santé inefficace. En réalité, les cliniques privées de médecine familiale répondent à la demande d’un consommateur disposé à payer, deux fois plutôt qu’une, pour accéder à un médecin de famille. Un client qui en a assez de se battre pour obtenir un rendez-vous, de poireauter des heures dans une salle d’attente ou de chauffer la «castonguette» d’un médecin qui l’expédiera en moins de deux. Personne n’est victime des cliniques privées. Dans cet échange volontaire, les deux parties y gagnent : aussi bien les clients désabusés du système, que ces médecins qui ont décidé de s’affranchir d’un système bureaucratique lourd et contraignant. Il est toujours amusant de voir certains regroupements de médecins défendre le monopole public en mettant en doute la capacité des individus à faire les bons choix en matière de soins de santé. S’ils cessaient d’abuser de leur clientèle et s’activaient à améliorer la qualité des services offerts à la population, personne ne paierait pour un service privé qu’il peut obtenir gratuitement. Désolé Docteur, mauvais diagnostic : les clients des cliniques privées ne sont pas tous des déficients mentaux.

jeudi 9 mai 2013

Vaillancourt arrêté: quel impact?

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 9 mai 2013.

Que pensez-vous du coup d’éclat de l’Union permanente anticorruption (UPAC) qui a procédé jeudi matin à l’arrestation, entre autres, de l’ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt, et de l’homme d’affaires Tony Accurso?
Un message fort
En matière de sensationnalisme, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ne s’en laisse pas imposer par la Commission Charbonneau. L’arrestation de personnalités publiques pour cause d’activités criminelles est toujours spectaculaire. Chaque fois, c’est le mythe du politicien et du fonctionnaire désintéressés et motivés exclusivement par l’intérêt public qui en prend pour son rhume. Si, pour l’instant, tout ce bon monde dispose de la présomption d’innocence, il faut avouer que l’UPAC vient d’envoyer un signal fort à ceux qui seraient tentés d’abuser de leur pouvoir pour piller le bien public. Jusqu’ici, plusieurs d’entre eux estimaient sans doute que le bénéfice anticipé de leur crime était largement supérieur à la probabilité de se faire prendre et d’en payer le prix. Ils devront refaire leur calcul… Le simple fait de voir des collègues parader les menottes aux poignets devant les caméras de télévision sera de nature à décourager les ambitions spoliatrices de plusieurs. Mais même si le message est fort, il faut rester vigilant. Ces scandales ne sont pas que des incidents passagers : l'État s’avèrera toujours un foyer propice aux abus.

mardi 30 avril 2013

Le Canadien ira-t-il loin en séries?

La presse.ca, La Presse Débats, mardi le 30 avril 2013.

Croyez-vous que le Canadien se rendra loin en séries éliminatoires ? A-t-il les atouts pour décrocher sa 25e Coupe Stanley ?
Le 7e homme
Tout dépendra du septième homme sur la glace. De celui qui fait partie intégrante du premier trio. De ce Québécois au grand cœur qui sait faire la différence en série. De ce «fan» engagé, du berceau à la tombe, à donner son 110 % pour les Glorieux. Ayez confiance, je l’ai vu ce matin. Il descendait d’une voiture arborant un drapeau du CH. Le teint bleu, blanc et rouge il m’a confié suivre à la lettre un régime d’éliminatoires : hot-dogs, ailes de poulet et bière Molson. Il m’a promis de défendre la Sainte-Flanelle contre les hérétiques partisans des Sénateurs; ceux qui ne connaissent rien au hockey. Il semblait dévasté par la peur de perdre, lui qui n’a pu déguster la victoire depuis deux décennies. Conscient qu’il n’y en aura pas de facile, il m’a chargé de vous dire: « Nos bras meurtris vous tendent le flambeau, à vous toujours de le porter bien haut. » Ça sent la coupe!

jeudi 25 avril 2013

Manger moins de viande?


La Presse.ca, La Presse Débats, 25 avril 2013.

Bactéries de plus en plus résistantes aux antibiotiques chez le poulet, le bœuf et le porc. Pièces de bœuf contaminées par des traces de médicament toxique pour l’humain. Ces informations sont-elles de nature à vous inciter à manger moins de viande ?
Hystérie alimentaire
Les alertes alimentaires se succèdent à un rythme affolant. Aujourd’hui, ce sont les poulets, les porcs et les bœufs qui seraient contaminés par des traces de médicament toxique pour l’humain. Le mois dernier, c’était les beurres de noix et d'arachide ainsi que le sucre qui étaient contaminés par la salmonelle. Le mois d’avant, c’était la bactérie E. coli qui faisait des ravages. Décidément, se nourrir est un sport extrême. D’autant plus que pour me prémunir contre l’obésité, je devrais éviter les frites, les boissons gazeuses, les desserts, les collations riches en matières grasses et tous les aliments dont le premier ingrédient est le sucre ou l’équivalent. Je devrais également vérifier si l’aliment que je m’apprête à consommer est exempt de lait cru, de colorant, d’agent de conservation, d’arôme artificiel ou autre produit au nom douteux. Enfin, avant de prendre une bouchée, je devrais m’assurer qu’il s’agit d’un produit équitable, c'est-à-dire que les travailleurs ont été rémunérés convenablement pour le produire. C’est l’hystérie alimentaire! Non, ces nouvelles informations ne vont pas m’inciter à manger moins de viande. Je suis convaincu qu’il faut manger pour vivre.

mercredi 24 avril 2013

La réduction des GES avant l'indépendance pétrolière?

La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 23 avril 2013.

Selon un sondage Nanos, une majorité de Québécois trouve plus important de réduire les émissions de gaz à effet de serre que de rendre l'Amérique du Nord indépendante des importations de pétrole. Etes-vous d'accord?

Si ça ne coûte rien…

C’est parce que la propagande des réchauffistes est plus forte au Québec qu’ailleurs, que nous nous distinguons des autres nord-américains en matière de lutte contre les changements climatiques. D’abord, la simple idée voulant que le répondant à un tel sondage dispose de l’information et des connaissances suffisantes pour répondre rationnellement à cette question est farfelue. Même les scientifiques ne s’entendent pas sur la question des gaz à effet de serre. Une des forces de nos groupes de pression c’est d’avoir appris à exploiter notre ignorance rationnelle. Ils savent que le citoyen peu informé, et conscient de ne pouvoir influencer significativement l’issue d’une décision politique retirera une satisfaction psychologique à adhérer à leurs mesures empreintes de vertu. C’est humain, il est plus facile d’exposer sa compassion que de passer pour un négationniste ou un hérétique à la solde des pétrolières. Évidemment, pour le citoyen, l’adhésion à la bonne conscience est plus facile lorsqu’il a l’impression de ne pas avoir à en assumer le coût. J’aimerais bien connaître les résultats d’un sondage Nanos mesurant notre accord avec une hausse du prix de l’essence pour financer les groupes environnementaux. Nous conclurions, sans doute, que le Québécois aime bien se donner bonne conscience à la condition que ça ne lui coûte rien!

lundi 22 avril 2013

Pierre Simard appointed Fraser Institute senior fellow

Fraser Institute

Introducing new Fraser Institute senior fellow: Professor Pierre Simard

Pierre SimardPierre Simard is a professor of social sciences at École nationale d'administration publique (ENAP) in Quebec City. He is a frequent commentator on economic and public policy issues in French Canadian media and has served as a research consultant to various public and private agencies.

"A native Quebecer, Professor Simard has cemented himself as one of Quebec's staunchest and most vocal supporters of prosperity through reliance on markets rather than government," said Jason Clemens, Fraser Institute executive vice-president.

"We are thrilled to have Professor Simard contributing to our ongoing efforts in Quebec and supporting more generally our French-language dissemination of the Fraser Institute's work."

Prior to ENAP, Professor Simard was a research professor at the Centre d'études politiques et administratives du Québec (CEPAQ). He holds a bachelor's degree in economics, a master's degree in policy analysis, and a Ph.D. in political science, all from Université Laval.


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mardi 16 avril 2013

Accroître les mesures de sécurité?

La Presse, Montréal 19 avril 2013, p. A 27. Aussi disponible sur La Presse. ca.

D’après vous, l’attentat au marathon de Boston devrait-il forcer les organisateurs de grands événements sportifs à augmenter les mesures de sécurité? Ou devrait-on plutôt voir comme un acte isolé le fait que le marathon de Boston ait été choisi comme cible des explosions?
La dictature sécuritaire
L’intensification des mesures de sécurité est prévisible, non seulement lors des événements sportifs, mais partout dans les lieux publics. Comme on ne sait jamais où et comment le dément va frapper, tout attentat apporte son lot de nouvelles lois et de règles de sécurité. Chaque fois, ce sont les libertés civiques du monde libre qui sont soufflées par les bombes des terroristes. Depuis le 11 septembre 2001, le sécuritarisme a envahi subtilement notre quotidien. Nous ne pouvons plus prendre l’avion sans être purifiés par un agent des douanes. Nos sacs à dos sont fouillés à l’entrée des événements festifs. Des caméras de surveillance enregistrent le moindre de nos gestes au travail, à l’épicerie ou dans la rue. Quelques heures après l’attentat de Boston, un analyste suggérait d’élargir les bases de données sur les citoyens de manière à identifier préalablement les individus susceptibles de perpétrer de tels actes. J’ai compris alors que les terroristes étaient en voie de gagner leur guerre contre le monde libre : quand le fichage des citoyens n’est plus un sujet tabou, c’est que la dictature sécuritaire est à nos portes. Nous sommes tous victimes du terrorisme.

dimanche 14 avril 2013

Justin Trudeau fera-t-il le poids?

La Presse, lundi 15 avril 2013, Débats, p.A 19 (aussi disponible sur La Presse.ca, La Presse Débats, dimanche 14 avril 2013).

D’après vous, l’élection de Justin Trudeau comme chef du Parti libéral du Canada est-elle une bonne nouvelle pour son parti, pour les Québécois, pour les Canadiens ? Fera-t-il le poids contre Stephen Harper et Thomas Mulcair ?
La politique spectacle

Le seul candidat a gagné. Les autres prétendants auront joué le rôle du figurant qui n’a jamais figuré. D’ailleurs, si ce n’était de Justin Trudeau, la course à la direction du PLC serait passée sous le radar des médias. En réalité, le nouveau chef du PLC a fait la démonstration qu’avoir des idées, et en maîtriser le contenu, ne sont plus des qualités requises pour accéder à la chefferie de son parti. Tout est maintenant une question d’image, une affaire de charisme. Il faut savoir séduire, être présent dans les médias et, surtout, ne pas avoir peur du ridicule : un combat de boxe vend davantage qu’un grand discours. Plusieurs s’attendent à ce que Justin Trudeau précise rapidement sa pensée politique. Je ne suis pas de ceux-là. De nos jours, on ne gagne pas ses élections, on les perd. En attendant que l’usure du pouvoir vienne à bout du gouvernement Harper, le nouveau chef du PLC va probablement s’en tenir à multiplier les apparitions dans les « talk-shows», tout en évitant de trop parler de politique, son talon d’Achille.

mardi 9 avril 2013

Quel héritage laisse Margaret Thatcher?

La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 9 avril 2013.

Quelle image gardez-vous de l’ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher? Croyez-vous qu’elle a laissé un héritage bénéfique pour la Grande-Bretagne? Aura-t-elle apporté une contribution positive sur la scène internationale?

Politicienne d’exception
Margaret Thatcher aura été une première ministre d’exception. Une politicienne fermement engagée à remettre un pays au bord du gouffre sur le chemin de la prospérité. Une femme de convictions qui, pendant onze ans, aura mis de l’avant des idées et des valeurs claires sans jamais y déroger. Une élue courageuse et inébranlable qui se refusait à céder à l’opinion publique et qui clamait haut et fort sa volonté de ne pas dévier de sa route. Une visionnaire dont les profondes réalisations, bien que fortement critiquées par l’opposition, auront survécu à son retrait de la politique. En somme, Margaret Thatcher aura été cette leader dont les Britanniques avaient besoin; celle qui aura aussi redonné espoir à tous ceux qui ne croyaient plus dans la politique et les politiciens. Aujourd’hui, plusieurs profitent de son décès pour dénoncer ses erreurs, ses manières brutales et les coûts sociaux du thatchérisme. Mais aucun de ces héros de la social-démocratie ne s’est donné l’effort d’imaginer ce que serait devenu le Royaume-Uni s’il n’y avait pas eu Margaret Thatcher.

jeudi 4 avril 2013

La Corée du Nord provoquera-t-elle une guerre?


La Presse, Débats, vendredi le 5 avril 2013. Aussi disponible sur La Presse.ca.
Selon vous, y a-t-il lieu de s’inquiéter des gestes répétés de provocation de la Corée du Nord à l’endroit de la Corée du Sud et des États-Unis ? Craignez-vous que l’escalade dégénère et se transforme en guerre nucléaire ? 

Restons aux aguets
D’un Kim Jong à l’autre, on semble maîtriser l’art de la provocation. Même si la Corée du Nord renvoie l’image d’un chihuahua qui jappe devant un pitbull, il y a toujours quelque chose d’inquiétant à voir un pays brandir l’arme nucléaire. Généralement, on estime que la course à l’armement nucléaire fait partie d’une stratégie de dissuasion : on s’en équipe non pas pour l’utiliser, mais pour dissuader l’adversaire de nous attaquer. L’idée étant qu’aucun pays ne l’utilisera au risque de s’exposer, à sont tour, à une réplique qui l’anéantira. En somme, la théorie de la dissuasion repose sur l’idée que les chefs des États détenteurs de l’arme nucléaire sont suffisamment intelligents et rationnels pour ne pas s’autodétruire. Pour l’instant, la Corée du Nord semble vouloir s’en tenir à cette guerre froide. Malgré des déclarations à l'emporte-pièce, ses dirigeants ont toujours évité d’outrepasser les limites de l’acceptable. Par contre, il faut toujours être aux aguets, comme le disait Kant, " le pouvoir corrompt inévitablement la raison".

mardi 2 avril 2013

Nomination justifiée de Gilles Duceppe?

La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 2 avril 2013.

Comment réagissez-vous à la décision du gouvernement Marois de nommer l’ancien chef bloquiste Gilles Duceppe à la tête de la Commission d’enquête sur l’assurance-emploi, dont les autres membres seront également des proches du Parti québécois ?
Les boulettes
Comme première femme aux commandes du Québec, Mme Marois était censée faire de la politique différemment. On en reparlera une prochaine fois. Pour l’instant, c’est la routine : on récompense les fidèles, on occupe Duceppe pour prévenir le putsch et on confie le crayon à des amis. En politique, vaut toujours mieux écrire les recommandations du rapport avant de commencer l’enquête. En réalité, ce qui m’étonnera toujours chez les politiciens, c’est leur conviction profonde que les électeurs sont des imbéciles. Comme si la nomination de l’ancien chef bloquiste à la tête de la Commission d’enquête sur l’assurance-emploi passerait comme lettre à la poste; comme si personne ne verrait que le gouvernement péquiste fait passer ses intérêts partisans devant ceux des citoyens. Même si un politicien reste un politicien, je m’attendais quand même à un gouvernement Marois plus subtil; à autre chose que des boulettes à chaque semaine. Dans le fond, ce n’est pas que je déteste les boulettes, c’est seulement qu’à la longue, je trouve ça indigeste.

mardi 26 mars 2013

Devrait-on autoriser les enfants des immigrants illégaux à fréquenter l'école au Québec?


La Presse, Débats, mercredi le 27 mars 2013, p. A28. (disponible sur La Presse.ca, La Presse Débats)

Devrait-on autoriser les enfants des immigrants illégaux à fréquenter l’école au Québec?
Ne pas avantager les clandestins
J’aimerais bien faire étalage de compassion et m’apitoyer sur le sort des immigrants illégaux, mais ma réponse est NON! Ce n’est pas que je sois contre l’immigration, au contraire. C’est seulement que je suis un partisan de l’insertion totale des immigrants; de ceux qui viennent chez nous avec l’idée de respecter nos lois et d’y travailler pour se tailler une place au soleil. Or, un pays comme le Canada ou une province comme le Québec n’ont pas à récompenser les nouveaux arrivants qui font fi des procédures d’immigration. C’est vrai que nos immigrants doivent parfois faire face à de longues périodes d’attente : il faudrait sans doute s’y attaquer. Toutefois, dans la mesure où le nombre d’immigrants qu’on accueille est limité, accepter les immigrants illégaux et leur reconnaître le droit à l’éducation équivaut à privilégier les clandestins au détriment de ceux qui respectent nos règles du jeu. Autoriser aujourd’hui les illégaux à fréquenter l’école, c’est les autoriser demain à bénéficier de l’aide sociale, des services de santé gratuits, des garderies subventionnées; des services payés par des contribuables qui, eux, respectent la loi. Avant d’ouvrir nos frontières aux immigrants illégaux, il faudrait peut-être se rappeler qu’un pays sans frontières et sans loi, ce n’est pas un pays.

jeudi 21 mars 2013

Taux hypothécaires: pressions inappropriées du ministre Flaherty?


La Presse, Débats, vendredi p.A15. Aussi disponible sur La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 21 mars 2013.
Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a exercé des pressions auprès d’institutions financières afin qu’elles ne se lancent pas dans une guerre ouverte des taux hypothécaires. Croyez-vous qu’il s’agit d’une ingérence inappropriée de l’État dans le secteur bancaire ?
La logique « Flahertyenne»
Voilà que nos institutions financières se font concurrence et baissent les taux hypothécaires. En bon père de famille, le ministre Flaherty s’inquiète. Ce même ministre, qui a augmenté votre hypothèque collective de 150 milliards de $ depuis qu’il est en poste, veut maintenant vous protéger contre les risques de l’endettement personnel. Imaginez s’il laissait faire les banques: un consommateur inconscient pourrait en profiter pour renégocier à la baisse le coût de son hypothèque. Un autre pourrait même s’acheter une maison pour améliorer sa qualité de vie et celle de sa famille. Inacceptable! Pour vous protéger contre vous-même, le bon ministre invite donc les institutions financières à vous voler… pour votre bien. De toute façon, c’est connu, les banques canadiennes ne font pratiquement aucun profit. La logique « Flahertyenne» est redoutable: il déplore l’endettement des ménages, mais il veut que les banques se cartellisent pour vous étrangler davantage. Si le ridicule tuait les politiciens, on tiendrait des funérailles nationales chaque semaine.

mardi 19 mars 2013

La ville de Montréal est-elle ingérable?

 
La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 19 mars 2013.
La Ville de Montréal est-elle devenue une métropole ingérable? Depuis 2001, neuf personnes se sont succédé à la direction générale. Le dernier en lice, Guy Hébert, a dû remettre sa démission hier. Selon vous, quelle est la cause de cette instabilité dans la haute fonction publique de la Ville?

Sans leader fort
Vu de Québec, Montréal c’est l’anarchie. Une ville administrée par un gouvernement de coalition où chacun prépare ses élections. Une ville dotée d’une fonction publique gangrénée par la corruption. Une ville où le service de police est mené par une fraternité de policiers qui, tel un tribunal, réclame un jour la démission du maire et le lendemain celle du plus haut fonctionnaire de la ville. En réalité, on a l’impression d’assister à une « chicane de famille » où chacun cherche à s’emparer du piètre héritage légué par Gérald Tremblay. Une guerre de tranchées où chacun se sent légitimé de détruire l’autre pour augmenter ses pouvoirs. Une ville où tout le monde pense d’abord à son intérêt en oubliant qu’il y a un citoyen et un contribuable qui paient pour cette lutte fratricide. Montréal n’est pas une ville ingérable, elle n’est tout simplement pas gérée. Elle a besoin d’un leader fort : quelqu’un qui saura assurer la cohésion de tout un chacun pour le meilleur intérêt des citoyens. Vous voulez une proposition? Je vous échange Régis contre le Canadien.

jeudi 14 mars 2013

Un pape est un pape


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 14 mars 2013.
Doit-on se réjouir de l’élection du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio comme pape? La personnalité de François pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois?
Un pape est un pape
Plusieurs seront déçus qu’un des nôtres ait échappé au poste prestigieux de chef de l’Église catholique. À l’instar de beaucoup de Québécois, j’aurais aimé que le cardinal Ouellet gagne ses élections. Considérant l’âge du nouvel élu, ce sera pour la prochaine fois. On dit du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio qu’il est conservateur. Évidemment! Le pape est d’abord et avant tout celui qui doit défendre les valeurs traditionnelles de l’Église. C’est le gardien de la foi catholique; celui qui doit veiller au maintien de la parole chrétienne au travers les années et les siècles. Même si le pape est nommé par une élection, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il se comporte comme un politicien. Imaginez s’il disait une chose lundi et son contraire mardi; s’il avançait d’un pas mercredi pour mieux reculer jeudi; s’il augmentait la dîme le vendredi et la capitation le samedi. Il n’y aurait sans doute plus aucun fidèle pour prendre ses sermons au sérieux et contribuer à la quête du dimanche. En somme, un pape est un pape et… « Habemus Papam ».

mercredi 13 mars 2013

Doit-on retarder les travaux d'infrastructures pour éviter les conflits d'intérêts ?


La Presse.ca, La Presse Débats, 13 mars 2013.
Malgré l’urgence d’effectuer les travaux, la vérification des conflits d’intérêts potentiels repoussera de plusieurs mois la réalisation du projet de réfection de l’échangeur Turcot. Les Québécois doivent-ils se résoudre à accepter que des projets d’infrastructures prennent plus de temps à être réalisés afin de tenter d’enrayer la collusion et la corruption ?
Réinstaurer la concurrence
La commission Charbonneau a dévoilé plusieurs défaillances dans l’octroi de certains contrats publics. Des entreprises auraient réussi à échapper à la concurrence en redéfinissant les règles du jeu entre elles. Pour mettre fin à cette collusion et à cette corruption (impliquant des politiciens, des fonctionnaires et entreprises), les pouvoirs publics se sont empressés d’adopter de nouvelles règles bureaucratiques visant à contrer ces malversations. Toutefois, ces nouvelles règles du jeu ont été mises en place à la hâte, surtout pour calmer la grogne populaire. On doit maintenant évaluer ces nouvelles réglementations : procède-t-on de la bonne façon ou allons-nous trop loin? Hier, c’était le maire de Québec, Régis Labeaume, qui dénonçait la lenteur de l’Autorité des marchés financiers (AMF) dans l’approbation d’un sous-traitant de son amphithéâtre. Aujourd’hui, ce sont les travaux le l’échangeur Turcot qui sont retardés par le nouveau processus de vérification des conflits d’intérêts potentiels. Le problème, c’est qu’on a l’impression que ces nouvelles règles visent à remplacer les tribunaux par une bureaucratie diligente chargée de juger les filouteries passées de certaines entreprises. Or, il vaudrait sans doute mieux laisser la justice aux tribunaux et se limiter à mettre en place des règles permettant de réinstaurer une saine concurrence dans l’octroi des contrats publics. Rien de plus, rien de moins.

mardi 5 mars 2013

Aide sociale: compressions justifiées du gouvernement Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats,  le 05 mars 2013.
Approuvez-vous la décision du gouvernement Marois de faire des compressions dans l'aide sociale qui touchent particulièrement les prestataires de 55 à 58 ans et les parents de jeunes enfants? Son attitude s'apparente-t-elle à celle du gouvernement Harper dans sa réforme de l'assurance-emploi?
LES ARISTOCRATES DE LA SOLIDARITÉ
Rationaliser les dépenses publiques en incitant les bénéficiaires de l'aide sociale à intégrer le marché du travail n'a rien de déraisonnable. Toutefois, au Québec, toutes les solutions concrètes et réalistes à un problème public sont assimilées à un assaut contre le sacro-saint modèle québécois. Tout ce qui n'est pas synonyme de compassion universelle, d'amour ou d'altruisme, n'est que de vulgaires considérations matérialistes mues par une idéologie néolibérale. De toute évidence, les seules réformes acceptables par les aristocrates québécois de la solidarité sont celles qui alourdissent le fardeau fiscal des citoyens ou celles qui favorisent une hausse de la taxation des riches. Dire que la semaine dernière, la réforme de l'assurance-emploi par le gouvernement Harper était une raison suffisante pour se séparer du Canada. On se sépare de qui, maintenant?

jeudi 28 février 2013

Le Sommet sur l'enseignement supérieur sera-t-il profitable à long terme?


La Presse.ca, La Presse Débats, 28 février 2013
D'après vous, les décisions prises au Sommet sur l'enseignement supérieur auront-elles plutôt un impact positif ou négatif sur les universités québécoises et leurs étudiants?
NOYER LE POISSON
Le simulacre de réflexion collective sur notre enseignement supérieur est terminé. L'impact positif est essentiellement politique : le gouvernement Marois peut maintenant se targuer d'avoir mis un terme à la crise étudiante. Il a également profité de ce Sommet pour se débarrasser de son gênant carré rouge en donnant la fausse impression qu'il a tenu tête aux associations étudiantes en décrétant une hausse ridicule des frais de scolarité de 70 $ par année. Encore mieux, en annonçant cinq chantiers interminables, il enclenche une course aux rentes qui devrait occuper nos grands groupes d'intérêt pendant quelque temps. En somme, ce Sommet n'aura produit aucune réforme tangible. Nos universités demeurent sous financées et doivent aujourd'hui se contenter d'engranger les déficits dans l'attente d'une promesse de réinvestissement futur. Les dindons de cette monumentale farce? Les contribuables et les étudiants. D'abord les contribuables, qui devront régler la note de ce vaste exercice de relations publiques et qui devront continuer à défrayer pratiquement seuls les coûts de nos universités. Ensuite les étudiants, qui aujourd'hui se bercent d'illusions, mais qui réaliseront tôt ou tard que ce sont eux les premières victimes de notre sous-investissement dans l'enseignement supérieur. Bref, un autre de ces sommets qui aura permis à nos politiciens de noyer le poisson pour se redonner une virginité politique.

vendredi 22 février 2013

Le sommet : un échec souhaitable

La Presse, vendredi le 22 février 2013, p. A19 (aussi disponible sur La Presse.ca

Il y a quelques mois, notre ministre de l’Enseignement supérieur invitait la population à garder la foi dans son sommet. Il a même avancé qu’un chapitre de l’histoire du Québec y serait écrit. À quelques jours de l’événement, son grand rêve s’estompe. La grand-messe devant éclairer le peuple risque même de tourner au fiasco. Souhaitons-le d’ailleurs!
Les problèmes de notre ministre ont commencé le jour où il a annoncé des coupes budgétaires. Les partenaires de la grande corporation de l’enseignement supérieur sont alors devenus des concurrents. Des rivaux qui ont compris que, s’il y a des gains financiers à tirer de ce sommet, tous ne pourront en profiter.  
Le ministre aurait dû le savoir : les grands sommets ne font consensus que lorsqu’il y a quelqu’un à dépouiller. Les coalitions d’intérêts conspirent toujours contre quelqu’un et, par un curieux hasard, les victimes sont rarement présentes à la table de discussion. 
Ce sont habituellement les contribuables et les consommateurs qui font les frais de ces sommets. Mais il faut se rendre à l’évidence : il n’y a plus grand-chose à dérober à celui qui vient d’être pillé par le dernier budget.
Aussi, à défaut d’une entente de dernière minute pour déshabiller quelqu’un d’absent — les grandes entreprises, par exemple — le grand consensus espéré n’aura pas lieu.
Au Québec, le mythe des sommets comme idéal de démocratie, d'égalité et de solidarité est tenace. Ça fait plus de trente ans que nos gouvernements mettent sur pied des sommets socioéconomiques (ou des états généraux) pour décider avec les grands groupes d’intérêt comment se redistribuer le bien public.
Cette fois encore, on a voulu créer l'illusion qu'un consensus entre politiciens, recteurs, leaders étudiants, syndicats de professeurs et fonctionnaires permettrait de satisfaire les attentes de tout un chacun et d’insuffler un nouveau dynamisme à nos universités. Foutaise!
En réalité, ces exercices ne sont que des assemblées corporatives qui permettent aux membres présents de protéger leurs acquis. Pis encore, selon Edmund S. Phelps (Nobel d’économie 2006), cette forme de néocorporatisme explique la contre-performance de plusieurs grandes économies.
En écartant les idées novatrices et en s’assurant d’adopter des solutions qui ne mettent pas en péril leur propre existence, les partenaires de ces modes de décision collective offrent une forte résistance au changement et à l’innovation qui sont le moteur de toute économie dynamique.
Un échec du sommet sur l’enseignement supérieur est donc souhaitable. Il servirait de coup de semonce à tous ces groupes d’intérêt qui utilisent ces rencontres pour grappiller les fonds publics ou se faire reconnaître des privilèges, comme la reconnaissance d’un droit de grève pour les étudiants.
L’échec du sommet servirait également d’électrochoc à nos recteurs. Ceux-ci ne pourraient plus se contenter de « chauffer le poêle » des officines gouvernementales. Ils devraient, à l’instar de milliers d’entrepreneurs, retrousser leurs manches et réinventer l’université québécoise dans un contexte où les deniers publics ne tombent plus du ciel et où s’annonce une révolution numérique qui transformera les façons de faire.
Comme le disait Margaret Thatcher : « Tout corporatisme (...) encourage la rigidité, décourage la responsabilité individuelle et risque d'aggraver les erreurs en les dissimulant. »  Aussi, il est temps que le Québec passe à autre chose et qu'il laisse les sommets… aux alpinistes.

jeudi 14 février 2013

Trouvez-vous quelqu’un à aimer!


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 14 février 2013.

On dit souvent que la Saint-Valentin est devenue une fête trop commerciale. Si c’est le cas, d’après vous, a-t-elle encore sa raison d’être ?
Trouvez-vous quelqu’un à aimer!
Chaque année, Cupidon fait rappliquer ces bonnes âmes dont l’ambition dans ce monde est de définir le comportement de tout un chacun. Peu importe l’événement – Noël, la Saint-Valentin ou l’Halloween – il y a toujours quelqu’un pour dénoncer le caractère commercial des fêtes populaires. Ces gens réclameraient une intervention de l’État bienveillant pour encadrer la cupidité commerciale des amoureux que je n’en serais pas surpris… Mais de quoi se mêle-t-on? Vous êtes libre de fêter la Saint-Valentin comme vous le voulez. La façon dont vous soulignez cette fête ne regarde que vous; c’est un choix personnel qui n’est imposé par personne. Que le culte de cupidon exprime le culte de la cupidité, je n’en ai rien à cirer! De toute façon, il n’y a rien de plus égoïste que l’amour. L’amour n’est pas un acte désintéressé, pas plus qu’on aime par altruisme. Et encore, l'amour n’est pas donné, il se gagne. La Saint-Valentin est donc l’occasion d’investir dans votre bonheur : le moment de célébrer le plaisir égoïste d'être amoureux et de se rapprocher de l’être aimé. Ce n’est surtout pas le temps d’inviter des rabats joies dans votre lit. La Saint-Valentin vous rend malade? Vous voulez vous soigner? Trouvez-vous quelqu’un à aimer!

mardi 12 février 2013

Voyez-vous Mgr Ouellet pape?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 12 février 2013.
Souhaitez-vous l'élection du cardinal Marc Ouellet comme pape? Serait-elle une source de fierté pour les Québécois, malgré les positions conservatrices de Mgr Ouellet?  Pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois ?
AYONS LA FOI ! 
L'avocat de Dieu sur Terre, Benoît XVI, s'est désisté. Le cardinal Marc Ouellet, un Québécois qui a passé une grande partie de sa carrière dans les coulisses du Vatican, est un sérieux prétendant à sa succession. Comme dirait mon voisin : le Québec ne s'peut plus! Après Céline, voilà que c'est Marc qui flirte avec la gloire mondiale. L'élection d'un nouveau pape a toujours été un événement médiatique d'envergure internationale. L'élection d'un des nôtres comme chef de l'État du Vatican constituerait sans doute un élément de fierté pour plusieurs et ne pourrait que stimuler la ferveur religieuse des Québécois, du moins chez les plus âgés. Le pape, qu'on le veuille ou non, reste une figure influente de la politique internationale. Ce matin, les médias du monde entier en font leur une et de nombreux Québécois prient pour le cardinal Ouellet en se croisant les doigts. La municipalité de La Motte en Abitibi deviendra-t-elle un lieu de pèlerinage international? Ayons la Foi! 
P.S. Après deux jours de papauté, de papabile... pu papable!

Enjeux d'un autre temps


La Presse, mardi le 12 février 2013, p.A22. (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le Québec n’en finit plus de débattre de gratuité, de gel ou d’indexation de ses droits de scolarité, les grandes universités du monde regardent vers l’avenir.
Dans la récente édition du magazine « The American Interest », Nathan Harden prédit la fin des universités américaines telles qu’on les a connues : l'Éducation supérieure sera dorénavant de plus en plus accessible, de moins en moins coûteuse et plusieurs universités devront se résigner à fermer leur porte. Il va même jusqu’à prédire que d’ici dix ans, l’Université Harvard aura 10 millions d‘étudiants. De la fiction? Pas du tout!
Tout le monde le sait, les industries basées sur l’acquisition et la diffusion d’information vivent une évolution remarquable. Vous pouvez désormais planifier un voyage sur Google Maps, trouver des réponses à vos interrogations sur Wikipédia - la plus grande encyclopédie au monde - où utiliser Skype pour joindre un ami à l’autre bout de la planète. Il suffit d’être branché à internet. 
Le monde universitaire n’échappe pas à cette révolution. Depuis quelques années, plusieurs grandes universités américaines se sont lancées dans la course aux MOOC (Massive open online course); des cours en ligne « massivement » ouverts.
Il s’agit de formations sous forme d’enregistrements vidéos où un grand nombre d’étudiants participent à des forums, des laboratoires, des groupes d’études, et échangent avec d’autres étudiants comme s’ils fréquentaient un cours dans une université traditionnelle.
Ces formations se comptent déjà par centaines et devraient se raffiner et se multiplier dans les prochaines années.  
Parmi les universités engagées dans la compétition : l’Université Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). À l’automne 2012, ils unissaient leurs efforts pour lancer le site edX (edX.org). Ce site offre des formations en ligne identiques à ceux que reçoivent les étudiants qui fréquentent leurs salles de cours, avec, à la clé, un certificat pour ceux qui réussiront les examens. Le tout gratuitement… pour l’instant du moins.
Mieux encore, pendant que le gouvernement du Québec annonçait des coupes budgétaires et qu’il invitait nos universités à se serrer la ceinture, ces deux universités privées investissaient plus de 60 millions de dollars dans un organisme indépendant chargé d’observer les apprentissages et de raffiner les technologies.
Aujourd’hui, la concurrence est vive entre les grandes universités pour étendre leurs enseignements aux étudiants du monde entier. Le jour n’est pas loin où quiconque avec un peu de volonté et de talent pourra s’inscrire en ligne dans une université prestigieuse pour une fraction du coût en campus.
Imaginez l’étudiant de la Gaspésie qui suivra le programme universitaire de son choix, dans l’université de ses rêves, à un coût abordable et sans avoir à déménager à la ville.
Il est donc un peu singulier de voir le monde universitaire québécois ignorer la révolution en cours et se quereller sur des enjeux d’une autre époque. Comme si le Québec était imperméable au reste du monde!
Comment survivre à cette révolution? Voilà la question qui devrait inquiéter les acteurs de notre sommet sur l’enseignement supérieur. La spécialisation et le caractère francophone de nos universités seraient sûrement des atouts à exploiter, mais il semble que chez nous, les universités doivent d’abord faire de la politique.
La bonne nouvelle, c’est que toutes nos hésitations ne devraient pas nuire à l’accessibilité des jeunes Québécois à des formations universitaires de qualité : les grandes universités du monde s’en occupent. Seule la survie de nos universités est en jeu, mais ça, on ne le voit pas. La poutre dans l’œil!

jeudi 31 janvier 2013

Les raisins

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 janvier 2013.
Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools pour dénoncer ses marges bénéficiaires disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. D’après vous, devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence ?
Les raisins
En protégeant le monopole de la Société des alcools et en interdisant toute concurrence, le gouvernement prend les consommateurs pour des raisins. Et en matière de pressage du raisin, avouons-le, notre monopole public excelle : les dividendes de la SAQ sont toujours de grands millésimes. En 2011-2012, malgré de généreux bonis à ses gestionnaires et à ses employés, notre société d’État a réussi à verser près d’un milliard de dollars au Trésor public, sans compter évidemment les 470 millions de TVQ prélevés par le gouvernement. Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence? C’est trop évident! La concurrence favoriserait une meilleure efficacité dans la distribution des produits et une baisse des prix. Par contre, j’ai l’étrange sentiment que chaque gain d’efficacité et chaque cent que pourra gagner le consommateur d’une telle opération seront récupérés d’une façon ou d’une autre par notre gouvernement. Au Québec, il est toujours dans l’intérêt public de saigner les consommateurs et les contribuables. C’est triste à dire, mais nous sommes des raisins.