mardi 17 juin 2014

Trois médecins ne font pas un économiste


Trois médecins ne font pas un économiste, et je blague à peine! Les déclarations de notre trio de médecins-politiciens achèvent d’ailleurs de me convaincre que s’ils furent naguère d’éminents médecins, ils s’y connaissent très peu en science économique.
Ce week-end, par exemple, le ministre Bolduc déclarait que l’éducation devait être prioritaire sur la santé. La semaine précédente, le ministre Barrette priorisait la santé. Quant au premier ministre Couillard, il nous répète depuis des lunes que son gouvernement priorise les finances publiques.
Il n’en fallait pas plus à un économiste pour diagnostiquer une certaine vulnérabilité du gouvernement au « paradoxe d’Arrow ». Quoi? C’est une maladie qui affecte nombre de gouvernements qui se contentent de suivre le vent politique sans se donner de lignes directrices précises.
À moins d’un coup de barre, les Québécois doivent donc s’attendre à ce que leur nouveau gouvernement libéral montre, à l’instar de ceux qui l’ont précédé, des symptômes chroniques d’instabilité et d’incohérence.
Vous pensez que j’exagère, que la démocratie a toujours raison et qu’elle nous protège contre l’errance politicienne? Vous avez tort!
Faisons un petit effort intellectuel. Supposons que le gouvernement décide de régler la question de ses priorités au conseil des ministres. Trois clans de taille identique s’affrontent : 1) le clan Barrette, qui priorise d’abord la santé (S), ensuite l’éducation (E) et enfin le budget (B);  2) le clan Bolduc, qui priorise l’éducation (E), le budget (B) et la santé (S); 3) le clan Couillard, qui préfèrerait d’abord s’attaquer au budget (B), pour ensuite passer à la santé (S) et en troisième lieu à l’éducation (E).
Je schématise:
Clan Barrette : Santé > Éducation > Budget  (S > E > B)
Clan Bolduc : Éducation > Budget > Santé (E > B > S)
Clan Couillard : Budget > Santé > Éducation (B > S > E)

En supposant que le Conseil des ministres prend ses décisions à la majorité, tentons de prédire la stratégie libérale qui en résultera. On observe que la priorité santé est préférée à l’éducation (E) par deux clans sur trois. On observe aussi que la priorité éducation (E) est préférée au budget (B) par deux clans sur trois. En conséquence, si la santé est préférée à l’éducation et que cette dernière est préférée au budget, on devrait s’attendre en toute logique à ce que la santé soit préférée aussi au budget. Erreur! Dans notre exemple, le budget (B) est préféré à la santé (S) par deux clans sur trois. En résumé : (S > E) et (E > B) mais (B > S).
Ne perdez pas votre temps à chercher le canular. Je viens seulement de vous illustrer le théorème d’impossibilité d’Arrow. En généralisant l’exemple de Condorcet (1785), Kenneth Arrow (Nobel 1972) a montré pourquoi nos démocraties peinent à agréger des préférences variées et conduisent à des incohérences politiques.
Ne vous surprenez donc pas si notre nouveau gouvernement continue à augmenter un salaire minimum destructeur d’emplois, tout en mettant de l’avant des programmes de création d’emplois. À subventionner à coup de milliards des projets de cimenteries et d’éoliennes économiquement inefficaces, tout en promettant une rationalisation des dépenses publiques.
La trithérapie a peut-être permis de révolutionner la lutte contre le sida, mais le cocktail de politiques incohérentes que s’apprête à nous servir notre gouvernement risque d’achever un Québec déjà fort mal en point.

mercredi 7 mai 2014

On préfère les menteurs

Journal de Montréal et  Journal de Québec, 8 mai 2014, p.20.


Les avis juridiques sur le projet de Charte des valeurs n’auraient jamais existé. Bernard Drainville serait donc un menteur. Vous êtes surpris, vraiment?
J’ai toujours pensé qu’en politique, le mensonge était une activité légale. Pire encore, je crois que les politiciens nous mentent parce que c’est ce qu’on attend d’eux.
Le mensonge politique est légal
Nous vivons dans une démocratie où tous sont censés être égaux devant la loi… sauf pour le mensonge.
Si un citoyen fait un faux témoignage devant un tribunal, il sera poursuivi pour parjure. S’il tient des propos mensongers qui portent atteinte à l'honneur d'un tiers, il sera condamné pour diffamation et devra dédommager sa victime.
Il en va autrement pour nos politiciens : ils ont droit à l’irresponsabilité, voire au parjure et à la diffamation. Lorsqu’ils siègent à l’Assemblée nationale, ils disposent de cette immunité parlementaire qui leur permet d'exercer librement leurs fonctions sans se soucier de la vérité.
L’honnêteté est pénalisée
En politique, la canaillerie n’est pas que légale, elle est aussi une obligation imposée par les partis politiques. La ligne de parti peut être impitoyable envers l’honnête politicien.
Ainsi, un élu fidèle à ses convictions qui s’oppose à la position officielle de son parti se fera rabrouer par son chef, traité de paria par ses collègues, si ce n’est exclure du parti. Parlez-en à Fatima Houda-Pepin qui, pour rester fidèle à ses principes, siège désormais dans son salon après 20 ans de loyaux services au PLQ.
Pendant ce temps, des ministres influents du Parti québécois auraient passé sous silence leurs réticences envers le projet de loi 60 et appuyé aveuglément M. Drainville. Ne sont-ils pas complices de la malhonnêteté dont on accuse ce dernier?
Nous aimons les menteurs
Un politicien est comme avec un vendeur d’automobiles d’occasion : on sait d’avance qu’il cherchera à nous vendre un tas de ferraille en lui attribuant les qualités d’une Ferrari. Par contre, si les consommateurs ont appris à se méfier des vendeurs de « citrons », ils aiment les politiciens qui lui mentent.
Les finances publiques sont mal en point? Entre le candidat qui dit la vérité en proposant de draconiennes mesures d’austérité et celui qui vous promet de générer de la richesse en créant 250 000 emplois, soyez assuré que ce sera le second qui remportera l’élection. Et ce, même si les économistes répètent depuis des lunes qu’un gouvernement ne peut créer d’emplois ni de richesse.
En somme, les politiciens nous mentent parce que nous ne voulons pas entendre la vérité. Aussi, ce n’est que le jour où les électeurs valoriseront l’honnêteté et pénaliseront le mensonge que l’on mettra fin aux inepties politiciennes.
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D’ici là, cessons de jouer les vierges offensées. L’erreur de Bernard Drainville n’est pas d’avoir menti, c’est plutôt de s’être fait prendre en flagrant délit.
Soyons sérieux, si on installait un détecteur de mensonges aux portes de l’Assemblée nationale, on n’atteindrait probablement pas le quorum…

jeudi 1 mai 2014

Certifié 100% libre de subventions

Le Journal de Québec ( p.20 ) et Journal de Montréal (p.36), 1er mai 2014.

Afin d’informer les consommateurs, certains produits s’affichent « bios » ou « fabriqués au Québec ». Pourquoi pas! Personnellement, j’apprécierais que les entreprises et les organismes qui survivent et prospèrent sans aide de l’État affiche le logo suivant : « certifié 100% libre de subventions ».
Une économie dopée aux subventions
Si l’on additionnait les programmes d’aide financière proposés par nos gouvernements fédéral, provincial et municipal, on en dénombrerait des milliers. Le seul gouvernement du Québec en compte plus de 800 : des subventions pour les organismes, les entreprises, les festivals, etc.
Vous avez un projet farfelu? Qu’importe, il y a sûrement une firme de démarchage ou un lobbyiste qui tirera profit à vous trouver une subvention quelque part au gouvernement.
L’État finance directement ou indirectement à peu près n’importe quoi. Tellement, qu’il est  plus difficile de trouver un organisme ou une entreprise non subventionné que l’inverse.
Certifier les organismes et les entreprises.
Le logo « certifié 100 % libre de subventions » attesterait que l’organisme ou l’entreprise en question ne reçoit aucune aide financière de l’État.
Ce faisant, il permettrait aux consommateurs/contribuables de distinguer les initiatives économiquement viables de celles qui plombent nos finances publiques.
Ce logo enverrait également le message aux consommateurs que les employés de cette entreprise sont concentrés à le satisfaire plutôt qu’à remplir des formulaires de demandes de subvention.
Cécile Philippe (1), de l’Institut économique Molinari, croit également qu’une telle certification pourrait stimuler la générosité volontaire à l’endroit des organismes communautaires : « En donnant à une association sans subvention publique, vous avez la certitude de financer une cause dont la défense dépend de votre générosité et de celle de vos congénères ».
Valoriser l’indépendance de l’État.
Ce n’est un secret pour personne, notre économie vacille et nos finances publiques sont à bout de souffle. Malgré tout, nos entreprises et organismes continuent à dépenser des sommes considérables pour s’attirer les faveurs de l’État; des ressources qu’elles détournent d’un emploi productif vers des activités essentiellement politiques et bureaucratiques.
Si le gouvernement est sérieux dans sa volonté de réformer ses programmes, il pourrait commencer par détaxer (ex. : réduire la TPS) les produits « certifiés 100% libre de subventions » et surtaxer ceux qui reçoivent une aide financière de l’État.
Ainsi, il serait assuré de valoriser les initiatives productives et efficaces tout en pénalisant la dépendance aux subventions.
De plus, en rendant visible le coût de ses largesses, il créerait une dynamique d’autofinancement de ses subventions auprès de ceux qui vivent accrochés aux mamelles de l’État.
Bref, en affichant le logo « 100% libre de subventions », une entreprise ou un organisme nous rappellerait qu’il est possible de vivre et de prospérer sans les politiciens et les fonctionnaires de l’État. Dans un Québec intoxiqué aux subventions, cela apparaîtrait comme un exploit.


samedi 5 avril 2014

Pourquoi va-t-on voter?

La Presse, samedi le 5 avril 2014, p. A27. Disponible sur La Presse+ et La Presse.ca

Plusieurs électeurs s’abstiendront de voter le 7 avril. Étonnant? Pas vraiment. On devrait plutôt s’étonner qu’il y ait autant d’électeurs qui se rendent aux urnes. Sacrilège!
Ignorance rationnelle
Pour l’école des choix publics, l’absentéisme électoral est un phénomène qui s’explique aisément. Comme le vote d’un électeur n’a pratiquement aucune influence sur le résultat électoral - donc que la probabilité d’en retirer un bénéfice quelconque est faible - plusieurs préféreront s’abstenir.
Aussi, en l’absence d’enjeux électoraux qui les amusent vraiment, plusieurs électeurs auront tendance à demeurer rationnellement apathiques. Ils prêteront peu d’attention à la campagne électorale, ne dépenseront ni temps ni énergie à s’informer des programmes électoraux et… resteront à la maison le jour du vote. Ce sont des ignorants rationnels.
Pourquoi va-t-on voter
Malgré tout, plus de quatre millions d’électeurs se sont rendus aux urnes à l’élection provinciale de 2012. Pourquoi sommes-nous si nombreux à aller voter, en dépit du fait que notre vote n’a pratiquement aucune chance de faire une différence sur le résultat de l’élection?
Plusieurs hypothèses sont avancées. Des électeurs se rendraient aux urnes par mimétisme : pour faire comme les autres afin de ne pas se sentir marginalisés. D'autres voteraient pour des considérations d’ordre moral : pour remplir leur devoir civique.
Mais encore…
Le plaisir de s’exprimer
Dans son ouvrage Comprendre l’économie ou comment les économistes pensent, Pierre Lemieux soutient que l’explication la plus vraisemblable relèverait du simple plaisir de l’expression : la plupart des gens aiment exprimer leurs sentiments, surtout quand ils sont partagés par le groupe dont ils font partie ou par la foule qui les entoure.
Ainsi, certains électeurs feraient comme ces clients de la Cage aux sports qui encouragent le Canadien de Montréal au Centre Bell. Ils savent très bien que P.K. Subban et Carey Price ne peuvent les entendre, et que leurs cris et gesticulations n’auront aucune incidence sur le résultat du match, mais ils trouvent une satisfaction dans le simple plaisir de faire du bruit.
La bonne conscience
D’autres électeurs iront voter pour faire valoir une opinion morale ou pour se donner bonne conscience.
Peu informés et conscients de ne pouvoir influencer significativement l’issue du vote, ils se rendront à l’isoloir pour s’offrir une certaine satisfaction psychologique en adhérant à des mesures empreintes de vertu ou de compassion.
Certains électeurs accepteront même de voter contre leur propre intérêt pour se donner bonne conscience. C’est humain, il est facile de s’attendrir sur les problèmes de tout un chacun lorsqu’on a l’impression que cela n’affectera d’aucune manière ni son revenu, ni son bien-être.
Évidemment, s’exprimer pour le simple plaisir de la chose, ou pour se donner bonne conscience, apporte relativement peu d’utilité à l’électeur. Ce n’est qu’un mini plaisir.
Aussi, tant que le coût de se rendre aux urnes demeurera faible, la participation électorale demeurera élevée. Il suffirait qu’une tempête de neige vienne perturber les déplacements pour que plusieurs électeurs demeurent dans le confort de leur foyer.
Peu importe les conditions météorologiques cependant, le jour de l’élection, le mot d’ordre de chaque parti politique sera de « sortir le vote ». Pas tous les votes : le bon vote.

jeudi 3 avril 2014

Une campagne qui pue


Le Journal de Québec et de Montréal, 3 avril 2014, p.16.

Je l’avoue, je n’en peux plus de cette campagne électorale. Elle m’aura convaincu d’une seule chose : l’haleine des politiciens pue la malhonnêteté intellectuelle.
Traditionnellement, l’art de la politique s’appuyait sur la langue de bois, l’évitement et le double langage. Les politiciens usaient du mensonge avec précaution, par crainte d’y perdre leur crédibilité et de se faire sanctionner par l’électorat
Ce qui a changé? Plus aucun mensonge n’est trop gros. Nos campagnes électorales se déroulent maintenant sur fond d’accusations fallacieuses et de raccourcis intellectuels.
Les salopards
Je pense à Philippe Couillard. Les faits parleraient d’eux-mêmes : il a fréquenté Arthur Porter, travaillé en Arabie saoudite et possédé un compte de bancaire sur l’ile de Jersey. Voter pour le PLQ équivaudrait, sous-tendent ses adversaires, à appuyer un escroc, un pro-islamiste et un partisan des paradis fiscaux. 
Je pense à Pauline Marois. Elle ne serait guère plus attirante : elle a refusé de dévoiler ses actifs familiaux, ourdi un «deal» avec un chef syndical et recruté un candidat dont la société est enregistrée au Delaware. Il y aurait nécessairement anguille sous roche, selon ses adversaires. La preuve? Elle habite dans une somptueuse résidence.
Le politicien inquisiteur ne se limite plus à scruter le passé de ses adversaires pour établir ses conclusions fallacieuses. En outre, il n’hésite pas à attaquer la crédibilité du processus électoral : des étudiants ontariens se seraient inscrits sur la liste électorale pour voler l’élection québécoise. 
Même si le directeur général des élections du Québec (DGE) a réfuté cette allégation de fraude électorale et que de toute façon il serait mathématiquement impossible qu’une poignée de votes change le résultat de l’élection le mensonge a fait œuvre utile. Déjà qu’on se serait fait voler un pays par l’argent et le vote ethnique
Le mensonge triomphe
C’est triste à dire, mais les ignominies politiciennes parviennent à se frayer un chemin dans l’électorat. Désormais, le mensonge et la suspicion triomphent de la réalité des faits. Il suffit à un politicien de répéter sans cesse le même mensonge pour que celui-ci devienne la vérité. 
Si nos politiciens se sentent libres de raconter n’importe quoi, c’est qu‘ils savent que la plupart des électeurs n’investiront ni temps ni argent pour s’informer, encore moins pour vérifier la véracité d’une affirmation grotesque. 
À défaut d’investir dans la recherche de la vérité, l’électeur n’aura d’autre choix que de s’alimenter à la malhonnêteté intellectuelle de nos politiciens; c'est-à-dire choisir ses dirigeants sur la foi de calomnies et de ragots.
Le DGE ne cesse de nous rappeler que « voter c’est le pouvoir de choisir ». Je veux bien! À condition que mon pouvoir ne se limite pas à choisir entre un menteur ou un salopard. 
Je ne sais pas pour vous, mais au moment où je remplis ma déclaration fiscale, j’ai le sentiment que je mérite mieux.

samedi 29 mars 2014

Au-delà des apparences

Journal de Québec et de Montréal, samedi le 29 mars 2014, p.20.

Pierre Karl Péladeau doit-il se départir de ses actions dans Québecor? Si le but poursuivi est uniquement de sauver les apparences, peut-être. Concrètement cependant, il est fort peu probable que son arrivée en politique ne modifie la stratégie d’affaire des divers médias du groupe de presse.
Malgré la déferlante de considérations morales qui a suivi le saut en politique de M. Péladeau, le réalisme économique suggère que cette apparence de conflit d’intérêts ne restera que cela… une apparence de conflit d’intérêts
Pourquoi? Tout simplement parce qu’une entreprise de presse ne peut abuser de la partisanerie politique sans en payer le prix.
Un empire commercial
Je n’ai pas la naïveté de croire qu’un empire de la taille de Québecor n’exerce aucune influence sur l’opinion des votants québécois. Pas plus que je ne crois que les chroniqueurs et journalistes du groupe (comme ceux des autres médias) sont des modèles d’objectivité, et qu’aucun intérêt partisan ne transpire de leur propos. Ce sont des humains!
Dans mon esprit, par contre, nos grands médias font d’abord et avant tout des affaires. Ce sont des entreprises commerciales qui cherchent à soutirer le maximum de profit du segment de marché qu’ils exploitent. C’est ce qui leur permet de vivre et de prospérer dans une industrie fortement concurrentielle.
La dictature des annonceurs
De nos jours, les médias tirent la majeure partie de leurs revenus de la publicité. Or, la valeur des espaces publicitaires s’accroit avec la masse et la variété du public qu’ils rejoignent.
La dure réalité économique d’un média, c’est qu’il doit constamment chercher à élargir, ou à tout le moins à maintenir, l’éventail de sa clientèle. 
Pourquoi mettrait-on en cause le fragile équilibre d’une recette d’affaire qui a permis à Québecor de devenir l’une des plus importantes entreprises de presse au Canada? Pourquoi prendrait-on le risque de s’aliéner une partie de la clientèle et de faire fuir les annonceurs chez les concurrents? Aucun actionnaire ou gestionnaire d’un groupe de presse n’accepterait de courir un tel risque financier, y compris M. Péladeau.
Il est donc peu probable que l’entrée en politique de PKP apporte un changement notable dans la diversité et l’équilibre des contenus véhiculés par les médias du groupe Québecor. Il y a peu de raisons de croire que le Journal deviendra subitement plus ou moins indépendantiste et pro-charte des valeurs qu’il ne l’est déjà.
Les bienfaits de la concurrence
N’en déplaise à ceux qui s'entêtent à nous protéger contre les apparences, les consommateurs d’information et les annonceurs ne sont pas captifs du Journal ou de TVA. Ils ont toujours à leur disposition la SRC, La Presse, Le Devoir et quelques centaines d’autres quotidiens, stations de radio, postes de télévision et médias électroniques pour s’informer ou pour publiciser leurs produits.
Cette concurrence entre médias s’avère d’ailleurs la meilleure protection du public contre les dérives médiatiques. Elle fait sans aucun doute davantage pour la liberté de presse et la probité de nos politiciens, que toutes ces lois, codes de déontologie et commissaires à l’éthique mis en place par nos gouvernements.
Potinage…
Plusieurs ont appris que la relation amoureuse entre Pierre Karl Péladeau et Julie Snyder avait pris fin récemment. Malgré tout, le Groupe TVA était fier d’annoncer que sa relation d’affaires avec l’ex-conjointe de M. Péladeau serait reconduite. Voilà une nouvelle rassurante… pour ceux qui sous-estiment les forces du marché.

vendredi 14 mars 2014

Des électeurs biaisés

Journal de Québec et de Montréal, vendredi 14 mars 2014, p. 18

Comment séduire un électeur? La recette n’est pas si complexe qu’il y paraît : il suffirait à un politicien d’alimenter nos croyances et nos préjugés. Serions-nous des électeurs biaisés?
Les biais de l’électeur
Les électeurs sont généralement peu informés. Comme le vote d’un électeur individuel n’a pratiquement aucune influence sur le résultat électoral, il ne dépensera ni temps ni énergie à décortiquer des programmes électoraux obscurs et complexes. Les électeurs sont donc des ignorants rationnels.
Le politicien averti le sait. Il courtisera l’électeur en titillant ses cordes sensibles, parfois en faisant appel à ses valeurs morales et, trop souvent, en exploitant ses croyances et ses préjugés.
L’économiste américain Bryan Caplan[1] a identifié quatre familles de croyances ou des biais qui sont généralement partagés par les votants sur les questions économiques. Ce sont des préjugés sur lesquels nos politiciens jouent abondamment dans la présente campagne.
Un biais contre le marché : les électeurs sous-estiment les avantages économiques du mécanisme de marché
Ce préjugé est très fort au Québec. Un récent sondage effectué par CROP, pour le compte de Cogeco, nous révélait que la moitié des Québécois croient que les entreprises privées ne profitent pas à la société.
Il est vrai que nos grands partis politiques ne s’opposent pas formellement à l’économie de marché. Par contre, ils promettent tous d’encadrer et de superviser son développement, c’est-à-dire de réglementer encore davantage une économie déjà surréglementée. La chasse au « capitalisme nuisible » est toujours prolifique en période électorale.
Un biais contre les étrangers : les électeurs sous-estiment les avantages des interactions avec les étrangers.
Notre interminable débat sur la Charte des valeurs québécoises en a fait une éloquente démonstration : l’étranger est menaçant. Il en va de même de tous ces travailleurs, entreprises et produits étrangers dont on imagine qu’ils constituent une menace pour notre identité, notre langue, notre sécurité, nos emplois. On gagnerait même des élections à se protéger des étrangers. C’est du moins ce que prédisent de récents sondages.
Le biais de création d’emploi : les électeurs mesurent la valeur d’un projet économique en termes de création d’emploi plutôt qu’en termes de rentabilité et de création de richesse.
Au Québec, le progrès technologique et les innovations sont souvent perçus comme destructeur d’emplois. Même si en principe nos gouvernements ne peuvent créer d’emplois sans détruire l’équivalent ailleurs dans l’économie, nos grands partis ont tous l’ambition d’investir des milliards de fonds publics pour mettre de l’avant le plan du siècle : celui qui créera des centaines de milliers d’emplois. La plupart du temps, cependant, on freinera les projets novateurs et on utilisera ces fonds pour subventionner des canards boiteux qui permettent de sauvegarder des emplois visibles… mais peu productifs.
Le biais pessimiste : quant tout va mal.
Enfin, nous aurions tendance à être pessimistes, c'est-à-dire à juger avec sévérité nos problèmes économiques. Tout irait mal au Québec et nous serions en crise économique permanente. C’est pourquoi chaque parti de l’opposition nous fera la promesse solennelle de nous sortir du marasme économique dans lequel nous a embourbé le précédent gouvernement.
Bref, les électeurs québécois ne sont pas si distincts des autres électeurs dans le monde. Comme les Européens et comme une bonne partie des Américains, ils maudissent l’économie de marché, pestent contre les étrangers, ne pensent qu’à sauvegarder leur emploi et sont pessimistes quant à l’avenir économique.
En fait, il n’y a qu’une chose qu’ils surestiment vraiment : la capacité des politiciens d’apporter une solution à leurs croyances et préjugés. On a finalement les politiciens qu’on mérite!


[1] Caplan, B.  2007. The Myth of the Rational Voter: Why Democracies Choose Bad Policies, Princeton: Princeton University Press.


jeudi 6 mars 2014

Propagande et inepties électorales


La Presse, jeudi le 6 mars 2014, p.A21. Aussi disponible en ligne sur La Presse+ et sur La Presse.ca.
Ça y est, nous y sommes. La campagne électorale est officiellement lancée. Comme à chaque élection, les apôtres de la démocratie investiront les médias pour nous chanter les vertus de l’exercice démocratique. Propagande et inepties ?
Le peuple gouverne
On vous rappellera d’abord que le pouvoir vous appartient, que c’est le peuple qui gouverne. On négligera cependant de vous préciser qui est ce peuple au pouvoir.
De qui parle-t-on au juste : de la majorité des votants, de la majorité des personnes inscrites sur la liste électorale, de la majorité de la population ? Aux élections de 2012, ce sont 31,95 % des votants qui ont élu le gouvernement, soit 23,5 % des électeurs inscrits et moins de 17,4 % de la population du Québec.
Dans le contexte actuel, si c’est le peuple qui gouverne, on peut donc estimer que chaque citoyen du Québec a moins d’une chance sur cinq d’avoir quelque chose à dire sur la future gouvernance du Québec.
Chaque vote compte
On insistera également pour que vous exerciez votre droit de vote : ce dernier pourrait soi-disant faire la différence. La réalité, c’est que vous avez plus de chances de remporter la loterie 6/49 que d’influencer le résultat de l’élection.
Aux dernières élections, il y avait près de 6 millions de personnes inscrites sur la liste électorale. Ainsi, votre vote ne représentait que 0,00000016 % de l’électorat.
Imaginez maintenant qu’on veuille calculer la probabilité que votre vote décide du vainqueur de la prochaine élection, et ce, en tenant compte du fait que vous votez dans plusieurs circonscriptions électorales et que vous devez choisir entre plusieurs partis politiques. Comme l’ont montré des économistes, cette probabilité est pratiquement de zéro.
Le peuple ne se trompe pas
Évidemment, on vous dira que tout ça n’a pas d’importance puisque la démocratie est garante de paix, de justice sociale et un gage de prospérité collective. Chaque élection permettrait d’apporter une solution à tous nos maux sociaux : l’élection salvatrice quoi !
C’est dans cette illusion que les partis politiques puisent leur légitimité de se lancer en campagne électorale en promettant le bonheur des uns aux dépens des autres. Chacun aspire à remporter l’élection en faisant miroiter des avantages particuliers à un groupe d’électeurs. Des promesses dont les coûts seront inévitablement assumés par l’ensemble de la collectivité.
Comme si l’élection permettait aux politiciens de dépenser sans compter, de réglementer votre vie et même de restreindre vos droits et libertés individuelles si cela peut aider à leur réélection.
Soyons réalistes, les élections nous appauvrissent collectivement et elles confèrent des allures de légitimité et de respectabilité à des gouvernements représentant une frange négligeable de la population.
Plutôt que de s’épancher sur les vertus de l’exercice démocratique, ne serait-il pas préférable de baliser le pouvoir politique et de revoir nos règles de décisions collectives ?
On pourrait, par exemple, empêcher ces gouvernements majoritaires élus avec une minorité des suffrages exprimés de gérer le Québec comme s’il s’agissait de leur propriété. Il suffirait d’exiger des majorités qualifiées (ex. 60 % des voix à l’Assemblée nationale) pour les décisions d’importance.
***
D’ici là, l’élection d’avril ne risque pas d’être très différente des précédentes. Chacun des partis en lice poursuivra la victoire pour pourvoir au bien-être de son peuple : les moins de 20 % de la population qui auront voté pour lui.

samedi 15 février 2014

Charte des contribuables : mon vote est à vendre!


Journal de Québec et de Montréal, 15 février 2014 et dans La Presse du 17 février 2014. Disponible en ligne dans la Presse.ca et sur  le site du Journal de Montréal.

Je l’avoue,  je suis un peu désabusé de la politique. Mais je n’hésiterai jamais à voter pour un parti politique qui veut me protéger contre les excès de nos gouvernements. J’applaudis donc l’idée d’une Charte des contribuables proposée par la Coalition Avenir Québec.
Encore une promesse électorale? C’est ma crainte, mais j’ai pour principe qu’il ne faut jamais décourager un alcoolique qui est disposé à signer un contrat de sobriété. On doit seulement s'assurer qu'il ne puisse revenir sur sa signature.
Des économistes décrivent nos gouvernements comme des institutions qui maximisent leurs rentrées fiscales. J’en suis! Pour moi, les politiciens sont d’abord motivés par leur réélection et aucune dépense ne les rebute pour s’acheter des votes.
Donnez de l’argent à un politicien et il ne manquera pas de le dépenser, quitte à endetter les générations futures.
Il n’y a donc pas de mal à prendre au mot un parti politique disposé à sevrer la bête gouvernementale. Surtout lorsque le ministre des Finances d’un Québec surtaxé déclare (sans même sourire) ne pas avoir de problème de dépenses, mais un problème de revenus.
Mon vote est donc à vendre. En m’inspirant des propositions de mon collègue Jean-Luc Migué dans son ouvrage On n’a pas les gouvernements qu’on mérite, voici quelques éléments d’une Charte que je serais disposé à acheter.
Réduisons et fixons la taille de l’État. Dans un Québec où le budget du gouvernement accapare 47 % de l’économie, la Charte devrait prévoir une réduction significative de la taille de l’État et fixer le niveau maximal de dépenses du gouvernement en fonction du PIB.
À ce sujet, une étude de Schuknecht et Tanzi (2005), pour le compte de la Banque centrale européenne, montre que plusieurs pays ont réussi à réduire leurs dépenses publiques (parfois de plus de 10 %) sans contrecoup. Ces réductions à la taille de l’État n’ont pas affecté le bien-être des populations selon les grands indices macroéconomiques et de bien-être conventionnels. Au contraire, ces ambitieux programmes de réformes ont eu des effets positifs sur la croissance économique et l’innovation.
Imposons une discipline budgétaire. La Charte devrait prévoir une réduction de l’impôt des contribuables et des entreprises, et imposer une discipline fiscale à nos élus. À l’instar de plusieurs États américains, la Charte devrait obliger l’équilibre budgétaire et fixer des limites aux augmentations d’impôts, de taxes et de tarifs que peut décréter le gouvernement.
Restituons les surplus aux contribuables. La Charte devrait également préciser qu’en cas de surplus budgétaire, ce qui est peu probable avouons-le, nos gouvernements devraient obligatoirement retourner ces surplus aux contribuables sous la forme d’une diminution des impôts ou en remboursement de la dette.
Imposons des règles de dérogation stricte. Enfin, pour s’assurer que cette Charte ne soit pas modifiée au gré des humeurs politiciennes, elle devrait avoir un caractère constitutionnel. Elle ne devrait pouvoir être contournée qu’avec l’assentiment d’une supra majorité (voire l’unanimité) des élus de l’Assemblée nationale. Il serait trop facile de permettre à un gouvernement de s’y soustraire par un vote à la majorité simple.
Certains inconditionnels de l’État bienveillant rétorqueront qu’une telle Charte peut conduire à une impasse budgétaire, une falaise fiscale comme celle vécue par le gouvernement américain à l’automne 2013. Ce sera alors une bonne nouvelle : la preuve que la Charte fonctionne.
Quel contribuable se plaindra d’obliger les politiciens à se serrer la ceinture plutôt que d’avoir constamment à payer le coût de leurs excès?

dimanche 9 février 2014

Ne pas nourrir l'ogre


La Presse, Débats, samedi 8 février 2014, p. A27. Aussi disponible sur La Presse.ca et La Presse +.

Dans son bilan annuel sur la performance économique du Québec, le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC estime que le gouvernement pourrait revoir la structure de sa fiscalité en haussant la TVQ et en réduisant d’autant l’impôt sur le revenu. Les taxes à la consommation étant plus efficaces, c’est à dire moins nocives pour notre économie que l’impôt sur le revenu. Je suis d’accord, mais...
Il est vrai qu’une taxe générale comme la TVQ engendre moins de distorsions dans l’économie qu’un méli-mélo d’impôts et de privilèges ciblés. Le problème n’est pas là. Le hic, c’est que mes collègues des HEC semblent postuler que le gouvernement ne prélève par le fisc que les sommes dont il a besoin pour couvrir le coût des biens et des services publics. En conséquence, ils présument qu’une meilleure tarification des services publics et une amélioration de la fiscalité permettrait à l’État de rembourser notre énorme dette, voire de nous retourner les excédents sous la forme de baisses d’impôt.
Malheureusement, tout n’est pas si simple pour les économistes des choix publics. Dans leur ouvrage The Power to Tax, Geoffrey Brennan et James M. Buchanan (Nobel 1986) proposent une vision beaucoup plus pragmatique de la fiscalité. Ils décrivent nos gouvernements comme des institutions qui cherchent à maximiser leurs rentrées fiscales. Le but de l’État serait essentiellement de prélever chez le contribuable le plus de revenus possible. Le gouvernement ajusterait ses dépenses en conséquence, c’est-à-dire en fonction du maximum d’impôt qu’il peut nous soutirer.
Dans cette perspective, la proposition de mes collègues des HEC pourrait devenir une calamité pour le contribuable. En effet, des études empiriques ont montré que les taxes uniformes à large assiette fiscale favorisent la croissance des gouvernements. Parce qu’elle favorise l’apathie des contribuables et repousse leur seuil de tolérance face à la taxation, elle permet à nos gouvernements de toujours mieux se gaver à nos dépens.
La logique est simple : un contribuable n’offrira de résistance à une hausse de taxes qu'à partir du moment où l’investissement en temps ou en argent pour la combattre est inférieur au gain escompté. Or, aucun d’entre nous n’a intérêt à consacrer du temps et des énergies à cabaler contre des hausses de TVQ qui, chaque fois, nous apparaîtront minimes par rapport à nos revenus. On préfèrera attendre que d’autres le fassent à notre place… ce qui n’arrivera pas.
Aussi, la réforme proposée devrait s’accompagner d’une obligation de mettre en place des contraintes au pouvoir de dépenser des politiciens; des contraintes qui limitent le montant d’impôt que l’État peut nous prélever. Dans cette veine, des économistes suggèrent d’introduire des règles constitutionnelles ou statutaires pour limiter le pouvoir de taxer, de dépenser et de faire des déficits.
Il faut cesser d’attendre la conscientisation de politiciens motivés par leur seule réélection. Laissons les faire ce qu’ils savent faire le mieux : faire des promesses électorales et octroyer des faveurs politiques. Mais, soyons réalistes : obligeons-les à faire de la politique à l’intérieur d’une enveloppe budgétaire fermée.
J’en conviens, réformer la fiscalité est une voie intéressante pour mettre de l’ordre dans nos finances publiques. Toutefois, il faut garder à l’esprit qu’en confiant un système de taxation plus efficace et sans contraintes à des politiciens, c’est aussi courir le risque de se faire plumer.

mardi 26 novembre 2013

La Charte nuira à l'économie


La Presse, Débats, mardi le 26 novembre 2013, p. A17. Disponible en ligne sur La Presse.ca et sur La Presse+.
On en parle peu, mais l'assujettissement des entreprises privées à la Charte des valeurs québécoises pourrait avoir des conséquences malheureuses sur leur compétitivité.
Le projet de loi 60 stipule que lorsque les circonstances le justifient, un organisme public peut exiger de toute personne ou société avec laquelle il conclut un contrat - ou une entente de subvention - de respecter les obligations prévues à la charte. L'interdiction du port d'un signe religieux ostentatoire pourrait donc s'étendre à toute entreprise en relation avec un organisme public.
Il faut bien l'admettre, dans une province où l'État occupe plus de 45% de l'économie, les entreprises qui ne bénéficient d'aucune subvention ou qui ne font aucunement affaire avec un organisme public sont une denrée rare. Aussi, cette disposition de la loi risque d'inciter plusieurs entreprises québécoises à revoir leur politique d'embauche.
Si vous êtes un chef d'entreprise qui espère obtenir une subvention ou un contrat du gouvernement, vous le savez par expérience, l'État est pointilleux. L'inspecteur de l'Office québécois de la langue française vous a déjà sommé de franciser le bouton «On/Off» de votre micro-ondes. Vous avez obtempéré, craignant de voir annuler le certificat de francisation vous permettant de faire affaire avec le gouvernement. Dans la foulée de la Charte, prendrez-vous le risque d'embaucher un employé portant une kippa ou un hijab? Probablement que non.
On peut anticiper que plusieurs entreprises québécoises s'abstiendront désormais d'embaucher des employés revendiquant le droit d'afficher leurs croyances religieuses, préférant ainsi se priver, sans égard à leur compétence, d'employés qui pourraient éventuellement l'empêcher de faire affaire avec l'État.
Évidemment, si un gouvernement peut se permettre de discriminer ses employés, il en va tout autrement d'une entreprise privée en situation concurrentielle. Contrairement à l'État, l'entreprise ne peut dissiper le coût de sa discrimination dans sa rente de monopoleur. L'entreprise devra, tôt ou tard, en payer le prix.
Le ministre Drainville se berce d'illusions lorsqu'il prétend que tous les porteurs de signes religieux ostentatoires se plieront de bonne grâce à ses interdictions. Plusieurs accordent une valeur considérable au port de leur couvre-chef, et on peut présumer qu'ils seront nombreux à vouloir changer d'emploi.
Évidemment, le coût de changer d'emploi est moindre chez les employés efficaces et compétents que chez les incompétents. Il y aura toujours des preneurs sur le marché pour les premiers. Ce sont surtout eux qui réussiront à échapper au diktat de l'État.
Dans un monde concurrentiel, où la compétence veut encore dire quelque chose, les employés ne sont pas interchangeables. C'est pourquoi en se privant d'employés efficaces et compétents, plusieurs entreprises mineront leur compétitivité face aux entreprises non assujetties aux contraintes de la charte.
Quelques rares entreprises locales, et beaucoup trop d'entreprises hors Québec, tireront profit de la situation pour embaucher des ressources compétentes laissées pour compte par des entreprises incapables de se sevrer des mamelles de l'État québécois.
Bref, il est paradoxal de voir un gouvernement multiplier les politiques et les mesures visant à lutter contre la discrimination de toute sorte et, de l'autre main, forcer ses entreprises à discriminer leurs employés sur une base religieuse.
Dites-vous bien que la recherche d'employés efficaces et performants par les entreprises a probablement fait davantage pour la lutte à la discrimination que toutes les politiques gouvernementales réunies.

lundi 4 novembre 2013

Les priorités de Denis Coderre


La Presse, Débats, lundi 4 novembre 2013, p.A21. Disponible sur La Presse.ca et La Presse+.
Quelles devraient être les priorités du nouveau maire de Montréal?
Éviter le désastre
Dans l'ivresse de la course à la mairie, on promet l'impossible. Le lendemain de l'assermentation, on dégrise. Maintenant que le cirque électoral est terminé, il faut revenir sur terre et gérer Montréal. Une ville qui, avouons-le, affiche une triste mine. Une métropole affaiblie par les scandales de corruption. Une ville administrée par des employés surpayés et où le coût des régimes de retraite accapare 12% du budget de fonctionnement. Une ville aux infrastructures vétustes où des chantiers de reconstruction majeurs (Champlain et Turcot) perturberont les allées et venues pendant encore une décennie. Une ville aux prises avec un exode de ses citoyens et de ses entreprises vers les banlieues.
Que fera Denis Coderre pour mettre fin au déclin de Montréal? On n'en sait trop rien. Les campagnes électorales sont surtout l'occasion de cultiver l'ambiguïté. Une période où les divers candidats rivalisent de promesses accrocheuses sans trop expliquer comment ils vont les mettre en œuvre. On nous a promis que Montréal reprendrait sa place de grande métropole; une métropole culturelle à la fois intègre, mobile, intelligente et numérique. Soit. Mais disons que la priorité du nouveau maire devrait être de faire l'impossible pour éviter à Montréal le désastre vécu par plusieurs grandes villes américaines.

mercredi 23 octobre 2013

Un compromis sur la Charte?


La Presse, Débats, jeudi le 24 octobre 2013, p. A25. Disponible sur La Presse.ca et La Presse+.
À l'Assemblée nationale, les partis d'opposition proposent au gouvernement Marois de négocier avec eux une position de compromis sur la charte des valeurs québécoises. Êtes-vous favorable à une telle avenue? En quoi devrait consister le compromis?
Un compromis impossible
Dans le cadre du débat sur la charte des valeurs, deux éléments font obstacle à la recherche d'un compromis. Pour qu'il y ait compromis, il faudrait d'abord que le parti au pouvoir veuille négocier. Or, jusqu'ici, le débat sur la charte des valeurs semble très bien servir le Parti Québécois. Comme en font foi les sondages, la politique de la division (wedge politics) pourrait lui apporter à court terme le mandat majoritaire souhaité. D'où, on le comprendra, le peu d'empressement du gouvernement Marois à vouloir enterrer le débat sur la charte des valeurs en négociant avec la Coalition avenir Québec ou le Parti libéral. 
Un deuxième élément non négligeable, c'est que dans une société libre et démocratique, la marge de négociation des politiciens est balisée par la Constitution. Les politiciens peuvent bien négocier entre eux ce qu'ils veulent, ils doivent le faire en respectant les Chartes québécoises et canadiennes des droits et libertés. Or, selon plusieurs spécialistes, aucune des propositions sur la table ne semble pouvoir satisfaire cette condition: les droits fondamentaux des citoyens ne se négocient pas. 
Cela dit, au stade où nous en sommes, le Québec s'est déjà beaucoup trop compromis pour en arriver à une entente satisfaisant l'ensemble des Québécois.

jeudi 17 octobre 2013

Le fédéral devrait-il contester la Charte?


La Presse, Débats, vendredi 18 octobre 2013, p.A20. Aussi disponible sur La Presse.ca et sur La Presse+.

Croyez-vous que le gouvernement fédéral devrait lui-même contester la Charte des valeurs québécoises devant les tribunaux s’il estime qu’elle est contraire à la Charte canadienne des droits et libertés ?
Rassurant
Il n’y a rien d’anormal à ce qu’un gouvernement fasse respecter la loi suprême du pays qu’il gouverne. Évidemment, en prenant l’initiative de cette contestation, le gouvernement Harper ouvre la porte aux traditionnelles récriminations des nationalistes québécois qui y verront un énième blocage du gouvernement canadien contre la volonté souveraine du Québec. Il s’attirera également les foudres de ceux qui ont une foi inébranlable dans l’État; de ceux pour qui la charte mène à un gouvernement des juges et limite le pouvoir des politiciens; de ceux pour qui un gouvernement élu peut faire la loi sans avoir à s’y soumettre. Mais, dans un Québec multipartiste, où une majorité de sièges peut être constituée avec moins de 40 % des votes exprimés, il est heureux d’avoir une charte des droits et libertés qui protège chaque citoyen contre les dérives de notre système politique. D’autant plus que je ne vois aucun mal à ce que des politiciens fédéraux prennent des mesures pour nous protéger des politiciens provinciaux. Même si tout le monde aura compris qu’en s’opposant au projet de charte québécoise, les conservateurs ont plus de votes à gagner dans le reste du Canada qu’ils en ont à perdre au Québec.

mardi 15 octobre 2013

Élections municipales: quoi surveiller?


La Presse.ca, La Presse Débats et La Presse+, lundi 15 et mardi 16 octobre 2013.
À moins de trois semaines des élections municipales, suivez-vous avez intérêt la campagne électorale dans votre municipalité ? Quels enjeux vous interpellent davantage ?
Peu de mobilisation
En 2009, la participation électorale aux élections municipales ne fut que de 45 % à l’échelle du Québec. Faut-il s’attendre à une mobilisation de l’électorat pour 2013? On peut en douter.

Les élections municipales 2013 ne soulèvent aucun enjeu particulier par rapport aux précédentes. La plupart des campagnes à la mairie se déploient sur fond de promesses politiciennes. On ne compte plus les candidats qui se présentent avec l’idée du siècle pour votre famille, votre transport, vos sports et loisirs. Des politiciens et politiciennes qui prétendent savoir mieux que quiconque ce qui est bon pour vous.

Mais voilà, de moins en moins d’électeurs sont enclins à croire cette élite dirigeante qui aspire à gérer notre vie en nous soutirant une part toujours plus grande de nos revenus. Il y a un proverbe anglais qui dit qu’« une ville riche est comme un fromage gras, elle nourrit bien des vers ». Le problème, c’est que le fromage des villes québécoises est de plus en plus léger et les citoyens de plus en plus réticents à l’engraisser.

mardi 8 octobre 2013

Politique économique du Québec: la révélation


La Presse, Débats, mercredi 9 octobre 2013, p. A31. Disponible sur La Presse.ca et La Presse+.

Que pensez-vous de la nouvelle politique économique du gouvernement Marois qui prévoit des mesures qui coûteront 2 milliards de dollars pour la création de 43 000 emplois d’ici 2017 ?
 
La révélation
Je ne voudrais pas faire mon rabat-joie, mais s’il suffisait d’essaimer les subventions pour relancer la croissance économique, on le saurait depuis longtemps. Cela fait des dizaines d’années que les gouvernements québécois annoncent des programmes de stimulation économique censés nous rendre riches et prospères. Et puis? Rien! Notre économie traîne toujours de la patte par rapport au reste du Canada et des États-Unis. Aujourd’hui, bien que nous soyons les plus taxés en Amérique du Nord, nous peinons à atteindre l’équilibre budgétaire et nous croulons sous une dette de plus de 250 milliards de dollars.

Qu’importe, notre ministre des Finances, Nicolas Marceau, l’a clairement expliqué à la télévision : « le problème qui se pose, c'est celui des revenus. Ce n'est pas celui des dépenses ». Alors, dépensons! Annonçons des dépenses publiques de 2 milliards de dollars. Étayons notre politique économique d’un lot de promesses floues, mais attrayantes. Oui, voilà le grand secret qui nous a été révélé hier : le Québec est pauvre parce qu’il ne dépense pas.

Hum… il faut que j’en parle à mon ignare de banquier pour qu’il augmente ma marge de crédit.