Article épinglé

lundi 1 octobre 2012

Omar Khadr devrait-il être libéré rapidement?


La Presse.ca, La Presse Débats, 1er octobre 2012.
Maintenant qu’Omar Khadr a été rapatrié au Canada, quand devrait-on le libérer ? Le plus tôt possible ? L’an prochain, lorsqu’il sera admissible à une libération conditionnelle ? Ou seulement en 2018, quand il aura purgé toute sa peine ?

Les opinions sur le sort qu’on devrait réserver à Omar Khadr sont très polarisées. À un extrême, il y a ceux qui clament haut et fort que Khadr n’était qu’un enfant-soldat qui doit être remis immédiatement en liberté : une victime inoffensive et injustement traitée par les méchants Américains. À l’autre extrême, il y a ceux qui voient Khadr comme un terroriste incorrigible qui devrait purger l’entièreté de sa peine afin d’éviter qu’il reprenne ses activités subversives dès sa remise en liberté. Entre le meurtrier sanguinaire et la pauvre victime de son éducation familiale, il y a peut-être un autre Khadr : un Khadr inconnu de nos politiciens, un Khadr différent de celui qui ne sert qu’à engranger des votes. Il serait peut-être opportun de  dépolitiser le dossier et de laisser les autorités compétentes et apolitiques déterminer le sort à lui réserver. Ce qu’il nous faut, c’est un comité qui, tout en se rappelant que Khadr n’avait que 15 ans lors des événements qu’on lui reproche, considérera aussi le fait qu’il a plaidé coupable à des crimes de guerre. Entre l’irresponsabilité totale et l’entière responsabilité de ses actes, il y a peut-être une position plus nuancée que celle avancée par nos politiciens et nos groupes d’intérêts.

mercredi 26 septembre 2012

Le PLC a-t-il besoin d'un Justin Trudeau ou d'un Mark Carney?

La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 26 septembre 2012.
De quel style de chef a besoin le Parti libéral du Canada? D’un Justin Trudeau, qui veut suivre les traces de son père? Ou bien d’un Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, qui fait l’objet de pressions par des militants pour se présenter ?
Le plus beau !
Qui choisir entre Mike Carney et Justin Trudeau? Le plus beau des deux! Daniel Hamermesh, de l’Université du Texas, est le père de la « pulchrinomics » : un nouveau champ de la science économique qui mesure les avantages de la beauté physique sur plusieurs aspects de votre vie. Selon ses recherches, la beauté serait payante. Les belles personnes auraient de meilleurs revenus que les laides. Il en irait de même pour les politiciens, dont l’apparence physique serait un gage de succès électoral. Pour me mettre au parfum de la course à la chefferie du Parti libéral du Canada, j’ai suis donc allé voir la photo des deux candidats. Rien de concluant à mes yeux, sinon que Justin aurait l’atout supplémentaire d’être un bon boxeur. C’est sans doute ce qui explique qu’avant même d’avoir déposé officiellement sa candidature et présenté sa plateforme électorale, le fils de l’autre mènerait dans les sondages d’opinion. D’ici à ce que les faiseurs d’image nous étalent les qualités intellectuelles des candidats en lice, je m’abstiendrai de prendre position. Mon problème, je l’avoue, c’est que ma grand-mère me répétait sans cesse que la beauté n’apporte pas à manger… elle ignorait sans doute que la beauté peut faire gagner des élections. Le pire : je blague à peine!

lundi 24 septembre 2012

Devrait-on hausser les impôts des revenus supérieurs à 130 000$?

La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 24 septembre 2011.

Êtes-vous d’accord avec le gouvernement Marois qui entend augmenter les impôts des revenus supérieurs à 130 000 $ en ajoutant deux paliers d’imposition supplémentaires ? Est-il justifié de procéder de façon rétroactive ?
Une amende à la richesse
Personne n’aime payer des impôts, le riche comme le moins riche. Surtout si ce nouvel impôt prend l’allure d’une punition à une règle non écrite. En annonçant deux nouveaux paliers d’imposition (+ de 130 000 $ et + de 250 000 $), le gouvernement Marois cherche sans doute à satisfaire les revendications d’une gauche politique pour qui les mieux nantis ne sont que des exploiteurs. En imposant les hauts salariés de manière rétrospective, il envoie cependant un mauvais message : celui que le gouvernement peut venir fouiller dans vos poches sans vous en informer préalablement. C’est comme si on vous envoyait une facture pour avoir dépassé les limites de la richesse acceptable au Québec. Voici votre amende, ça vous apprendra! Le problème, c’est que les riches vont apprendre. Ce n’est pas parce qu’un riche est riche qu’il est con. L’an prochain, il travaillera moins, votera par les pieds en s’expatriant ou se trouvera une niche fiscale quelque part. La mine des hauts salariés qui paient des impôts pour ceux qui n’en paient pas est sur le point de se tarir. À court terme, le PQ aura peut-être regagné quelques votes chez Québec solidaire, mais ce n’est sûrement pas de cette façon qu’on relancera la croissance économique du Québec.

jeudi 20 septembre 2012

Que pensez-vous du cabinet Marois ?

La Presse, Débats, vendredi 21 septembre 2012, p.A21.
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 20 septembre 2012.

Que pensez-vous de la composition du cabinet Marois ? Certaines nominations vous surprennent-elles ?

La diversion 
Le conseil des ministres présentés par Mme Marois a un mandat clair : préparer les prochaines élections. Des élections qui, selon les observateurs, pourraient être déclenchées d’ici deux ans. L’objectif de Mme Marois est simple : profiter des prochains mois pour récupérer les appuis perdus au profit de Québec solidaire et Option nationale. Des appuis qui, si l’on se fie aux stratèges péquistes, auraient coûté au PQ sa majorité parlementaire. Pour y arriver, Mme Marois a opté pour une stratégie de diversion. Pendant que les ministères à vocation économique seront sous la responsabilité de recrues inexpérimentées et surchargées, les étoiles du parti s’occuperont de récupérer les votes perdus. Pendant que les Marceau et Gaudreault se tiendront loin des feux de la rampe – car trop occupés à mettre en place de nouvelles structures, à déménager des fonctionnaires et à commander la nouvelle papeterie de leur ministère – une nouvelle campagne électorale battra son plein. Les plus médiatisés des ministres comme Drainville, Lisée, Duchesne et Breton seront en mission pour récupérer le vote souverainiste, le vote étudiant, le vote syndical et le vote vert. Bref, le vote qui aurait pu faire la différence entre un gouvernement minoritaire et majoritaire. Pendant ce temps, le Plan Nord se transformera en Plan mort et on aura réussi à détourner l’attention des électeurs de la précarité de nos finances publiques.

mardi 18 septembre 2012

Le mouvement de colère des musulmans est-il inquiétant?

La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 18 septembre 2012.

Êtes-vous inquiet du mouvement de colère qui prend de l’ampleur dans les pays musulmans, en réaction à la diffusion de la vidéo anti-islam réalisée aux États-Unis ? Craignez-vous que cette haine anti-américaine puisse dégénérer ?
Un fanatique en attire un autre
Sept ans après le scandale des caricatures de Mahomet, le monde arabe s’embrase à nouveau. Cette fois, c’est la bande-annonce d’un navet cinématographique qui justifie la  violence et attise la haine antiaméricaine. Ce film qui, pour un Occidental, n’est rien d’autre qu’une parodie religieuse de mauvais goût, est interprété comme une provocation inacceptable par certains Musulmans. Allez savoir! Il se trouvera toujours quelqu'un, quelque part, pour réagir aux caricatures et aux parodies, à fortiori si c’est pour haïr les Américains. Malgré les idées véhiculées lors du printemps arabe, ces manifestants islamistes ignorent totalement les principes de la démocratie et de la liberté d’expression. Ils ne comprennent pas qu’un illustre inconnu de la Californie puisse produire un film sans que le gouvernement américain et les diplomates de son consulat de Benghazi (Libye) en soient responsables. Le danger, c’est que ce fanatisme religieux suscite l’émergence d’une réplique tout aussi violente. Si Georges Darien a raison,  « seul le fanatisme de la liberté peut avoir raison du fanatisme de la servitude et de la superstition. »

jeudi 13 septembre 2012

Qui choisir à la tête du PLQ?

La Presse.ca, La Presse Débats, 13 septembre 2012.

Dans le contexte actuel, qui ferait le meilleur chef pour succéder à Jean Charest à la tête du Parti libéral du Québec?

La qualité de l'image
Le Parti libéral du Québec n'est plus, depuis longtemps, un parti d'idées. Aujourd'hui, le PLQ est d'abord et avant tout un parti de pouvoir. Dans cette perspective, les apparatchiks libéraux vont probablement chercher à identifier le candidat (ou la candidate) pouvant les reporter au pouvoir le plus rapidement possible. Il ne faut pas oublier que cette course à la direction se tiendra en parallèle de la commission Charbonneau. Cet événement hautement médiatisé pourrait déterrer des cadavres du placard libéral et, ce faisant, perpétuer l'odeur de corruption lui ayant coûté la victoire aux dernières élections. Dans ce contexte, il ne faut donc pas exclure qu'un candidat externe, montrant patte blanche, vienne brouiller les cartes. Depuis quelques jours, on parle beaucoup de Philippe Couillard. Toutefois, son nébuleux départ pour le secteur privé pourrait éventuellement lui nuire.

mardi 11 septembre 2012

Rapides, efficaces et abordables


La Presse, Mardi 11 septembre 2012, p. A 28. (Disponible sur La Presse.ca)

Allez savoir! Il existerait des sites de rencontres nouveau genre : celui des papas gâteaux. Des Québécoises en quête d'argent ou de cadeaux utiliseraient la toile pour se dénicher un riche protecteur. Et puis?

Qu’est ce qu’il y a de nouveau à ce que Kelly, 20 ans de Montréal, soit à la recherche d’un homme âgé de 18 à 90 ans pour la soutenir financièrement? Que Dan, 53 ans de Montréal, dont le salaire annuel oscille entre 125 000 et 150 000 $, soit intéressé à gâter une femme avec des repas, des rendez-vous galants, du magasinage et des voyages? Rien de nouveau! Ce marché a toujours existé et ce n’est pas internet qui l’a créé.

La toile ne fait que faciliter les transactions entre des jeunes femmes et des hommes plus âgés; des individus comme vous et moi qui cherchent à satisfaire leurs attentes et leurs préférences en matière de relation de couple.

Si la croissance fulgurante des sites du genre Facebook est souvent associée au désir d’échanger entre amis, il ne faut pas sous-estimer l’intérêt des sites permettant de communiquer entre inconnus. Outre des considérations de fausse pudeur, ces sites de rencontres ne sont pas différents des sites de recherche d’emploi qui foisonnent sur la toile.

N’en déplaise aux puritains, ces sites sont des outils de recherche efficace pour mettre en relation hommes et femmes en quête d’un(e) partenaire de vie, ou pour jumeler travailleurs et entreprises sur le marché de l’emploi.

Comme l’expliquaient sur leur blogue les réputés économistes Gary Becker et Richard Posner, trouver l’âme sœur, ou encore trouver un travail ou un employé à la hauteur de ses attentes, peut s’avérer une tâche difficile. Puisque l’enjeu d’un mauvais maillage est grand et que les coûts de mettre fin à une relation d’amour ou d’emploi sont élevés, on sera enclin à investir beaucoup de temps et d’énergie à réduire l’incertitude entourant nos relations amoureuses ou d’affaires.

L’appariement d’un couple, comme celui d’un employé et d’un employeur, se fait généralement en deux étapes. Une première étape consiste à repérer les candidats potentiels et une seconde à sélectionner le bon candidat. C’est sur le plan du repérage des candidats potentiels que les sites de rencontres et de recherche d’emploi sont particulièrement utiles.

Puisque l’univers des partenaires de vie, des travailleurs et des emplois potentiels est immense, il est parfois difficile de filtrer les candidats intéressants. Pour ce faire, l’utilisation des sites spécialisés est un moyen rapide, précis et peu coûteux de réduire la liste des candidats prometteurs. Ce qui permet évidemment de consacrer davantage de temps et d’énergie à l’étape de la sélection du partenaire.

On peut donc présumer que les unions nées en ligne auront tendance à être plus stables que celles concoctées à la Cage aux sports de votre patelin. Essentiellement, les sites de rencontres permettent aux âmes en détresse d’élargir leurs champs d’investigation et de raffiner le repérage de l’âme sœur, réduisant d’autant ce que mon ami statisticien appelle les « erreurs de sélection ».

Il en va de même pour les sites de recrutement de main-d’œuvre. Rapides et efficaces, ces services permettent aux employeurs d’éviter de coûteuses campagnes d’embauche, tout en facilitant le repérage d’un travailleur ayant le profil souhaité.

En diminuant les coûts de recherche d’un partenaire éventuel, les services de maillage en ligne permettent de réduire l’incertitude dans nos interactions sociales. Qu’on le veuille ou non, ils auront dans le futur un impact considérable sur nos choix personnels et professionnels, et ce, pour notre propre bonheur! Il est donc temps de cesser de présenter internet comme une calamité au service des agresseurs.

jeudi 6 septembre 2012

Quel est l'héritage de Jean Charest?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 6 septembre 2012.

Quel legs laisse Jean Charest comme premier ministre du Québec ? Quelles ont été ses plus grandes réalisations durant ses neuf années au pouvoir?

Un artiste de la politique.
Jean Charest est un artiste. Parmi les plus doués de sa génération. Il a maitrisé l’art de la politique mieux que quiconque. Pendant 28 ans, il a appliqué à la lettre la recette édictée au XVIIIe siècle par Jonathan Swift : faire croire aux citoyens des faussetés politiquement correctes, ne pas leur en faire avaler trop à la fois, soustraire ces mensonges à toute vérification possible et éviter d’outrepasser les bornes du vraisemblable. Il est ainsi devenu à la fois une figure politique des plus admirées et des plus détestées. Un brillant politicien qui aura malheureusement contribué à renforcer le désaveu et le cynisme des citoyens envers la classe politique. Sa plus grande réalisation? Avoir réussi à mettre en veilleuse les velléités souverainistes du Québec. Celui qu’on surnommait à une époque Monsieur Canada aura aussi été un excellent ambassadeur du Québec sur la scène internationale. Sur le plan économique, la réingénierie de l’État promise n’aura finalement été que ça : une promesse électorale. Sous sa gouverne le Québec aura peut-être été épargné des soubresauts de la dernière crise, mais il laisse la province dans une situation financière précaire. Cela dit, M. Charest est encore jeune et… les grands artistes ne meurent jamais.

mercredi 5 septembre 2012

Quelle marge de manoeuvre aura Mme Marois?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 5 septembre 2012.

Comment interprétez-vous les résultats des élections de lundi? Quelle marge de manœuvre aura la première ministre Marois pour gouverner?
L’avantage de la glace.
Mme Marois a gagné ses élections, mais elle a concédé l’avantage de la glace à ses adversaires. Hier soir, outre le triste événement du Métropolis, nos grands leaders politiques rayonnaient et n’avaient que de bons mots pour leurs adversaires. Ils avaient tous une bonne raison de se réjouir : le PQ se targuait d’avoir repris le pouvoir, le PLQ d’avoir admirablement survécu au tsunami prédit par les sondeurs d’opinion et la CAQ, d’avoir récolté 27% des suffrages de l’électorat. Cette belle harmonie entre chefs ne devrait durer que le temps de se refaire une santé financière. Une fois ce temps d’arrêt écoulé, la joute politique reprendra et la marge de manœuvre de Mme Marois sera alors très mince. Simplement parce que lors du prochain match, ce n’est pas Mme Marois qui contrôlera l’agenda électoral. L’opposition pourra la faire tomber à tout moment par un simple vote de censure. On a beau s’imaginer qu’il lui suffira de faire des compromis pour se maintenir au pouvoir, il n’en est rien.  La réalité, c’est qu’un gouvernement minoritaire dure aussi longtemps que les partis d'opposition le décident : le temps que se présente à eux une fenêtre d’opportunité favorable à une reprise du pouvoir. En politique, tout n’est qu’une question d’opportunité.

jeudi 30 août 2012

Rien d’important ne se passera le mardi 4 septembre 2012!

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 30 août 2012.

Rien d'important!
La présente campagne électorale est encore une fois haute en couleur. Chacun des chefs de parti promet mer et monde aux électeurs; chacun d’eux s’engage à mener les Québécois vers le bonheur éternel par des décisions toujours plus efficaces. C’est ainsi que pour plusieurs électeurs, l’accession de Pauline Marois comme première femme au poste de premier ministre est annonciateur d’un changement profond de la politique québécoise. Tout ça n’est qu’illusion! Homme ou femme, peu importe le chef élu, il y a peu de chance qu’il réalise ses promesses électorales. Comme l’expliquait le sociologue français Jacques Ellul, le pouvoir politique est la plupart du temps impuissant. Les politiciens ont beau être sincères et déterminés, ils ne maîtrisent guère la machine de l’État ni les impératifs économiques qui conditionnent leur prise de décision. Après les réjouissances des vainqueurs, où l’on portera aux nues les vertus de l’exercice démocratique, il faut s’attendre à la traditionnelle déclaration venant briser tous les espoirs : « Nous n’étions pas au courant du piètre état de nos finances publiques ». Je ne voudrais pas faire mon rabat-joie, mais, pour reprendre la formule d’Ellul, rien d’important ne se passera le mardi 4 septembre 2012!

jeudi 23 août 2012

Quel chef s'est démarqué dans les débats?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 22 août 2012
D’après vous, les quatre débats des chefs auront-ils un impact sur le résultat des élections le 4 septembre ? Quel chef s’est le plus démarqué ? Lequel a le plus perdu de plumes ?
Une foire d’empoigne
Ces débats me font penser aux sports de combat arrangés. À l’instar de la lutte professionnelle, les belligérants rivalisent de trucs spectaculaires et d’arguments futiles pour terrasser ou déstabiliser leur adversaire. Une fois le combat terminé, comme à la boxe, on est toujours surpris du verdict des juges. Tout comme on est surpris de l’appréciation de ces analystes politiques, soi-disant neutres, qui réussissent à décréter un vainqueur en décelant des points marquants qui ont échappé au commun des téléspectateurs. Parmi les plus perspicaces, on retiendra celui qui a déclaré vainqueur le chef absent du débat : Legault aurait gagné le débat Charest/Marois. N’importe quoi! Qu’a-t-on appris de ces quatre soirées de débat? Que nos politiciens ont la solution à tous nos problèmes en débat préélectoral, mais se voient affligés d’amnésie ou d’incapacité chronique une fois au pouvoir. Les débats sont censés vous faire changer d’opinion ou permettre aux indécis de s’en forger une. En réalité, ces débats n’auront guère d’impact sur le résultat des élections. Chacun aura vraisemblablement conforté sa clientèle respective sans réussir à raccrocher l’électeur désabusé des promesses électoralistes. Une foire d’empoigne qui aura bien servi nos grands réseaux de télévision et, parce que je suis un analyste perspicace, Costco!

vendredi 17 août 2012

Voter n'est pas un devoir!


La Presse, Débats, vendredi le 17 août 2012, p.A15  (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le « promessomètre » électoral québécois atteint des niveaux ridicules, les chantres de la démocratie investissent les médias pour nous rappeler qu’il est de notre devoir d’aller voter. Devrait-on les écouter? À vous de décider!
Vous avez le sentiment que les politiciens vous racontent n’importe quoi. Aucun parti politique ne répond à vos aspirations. À vos yeux, qu’un parti prenne le pouvoir plutôt qu’un autre ne change rien. Dans ce cas, il n’y a pas de mal à rester chez vous et à vous abstenir. (Ô sacrilège!)
Pourquoi donneriez-vous votre consentement à des propositions électoralistes du simple fait qu’on clame, haut et fort, que vous devez remplir votre devoir de citoyen? Voter n’est pas un devoir, c’est un droit!
Achèteriez-vous une maison qui vous rebute? L’achèteriez-vous sans la visiter ou sans vous informer des frais qui s’y rattachent? Sûrement pas! Pourquoi donneriez-vous votre aval à ce que des élus s’accaparent une part appréciable de vos revenus en échange de l’adoption de centaines de lois et de règlements dont vous ignorez la teneur et les conséquences; en échange de services publics dont vous jugez ne pas avoir besoin?
Soyons honnêtes, comme l’expliquent les économistes des choix publics, beaucoup d’électeurs font désormais la sourde oreille aux politiciens. Ce sont pour la plupart des citoyens avisés (des ignorants rationnels) qui ont décidé de ne plus investir de temps et d’argent à connaître les tenants et aboutissants des promesses des partis politiques. Estimant que leur vote a peu de chance d’influer sur le résultat des élections, ils ne voient pas d’intérêt à analyser de vagues et pompeuses promesses électorales dont les conséquences sont, avouons-le, pratiquement inextricables.
Malgré tout, on ne cesse de les harceler pour qu’ils aillent voter. Comme s’il suffisait de développer un slogan accusateur ou un message télévisé culpabilisateur pour ramener les électeurs dissidents dans l’isoloir.
Évidemment, l’insistance de la classe politique à amener le plus grand nombre de citoyens aux urnes n’est pas désintéressée. D’abord parce que chaque parti politique reçoit du Directeur général des élections une allocation annuelle basée sur les votes recueillis lors des dernières élections (0,85 $ par électeur en 2012). Ensuite, et surtout, parce que nos politiciens ont besoin du consentement du plus grand nombre pour se légitimer.
Même si l’absentéisme électoral n’empêche pas la prise du pouvoir, le silence d’une partie significative de l’électorat est un acte politique non négligeable. Le refus de l’électeur de cautionner les diverses propositions politiques qui lui sont offertes remet en question la légitimité des élus dans l’exercice de ce pouvoir. Par exemple, lorsque le citoyen refuse de voter à l’aveuglette, il devient plus difficile de justifier des politiques à caractère électoraliste ou partisan en affirmant qu’un fort pourcentage de l’électorat appuie la démarche.
Rassurez-vous, s’abstenir de voter n’est pas inutile. C’est aussi envoyer un message aux politiciens : celui qu’ils ont été incapables de répondre à vos aspirations. Au risque de déplaire aux hérauts de la participation électorale, lorsque les politiciens ne sont plus capables de donner aux électeurs une bonne raison d’aller voter, l’absentéisme a le mérite de servir de coup de semonce à une élite politique déconnectée de ceux qu’elle aspire à représenter. C’est aussi ça, la démocratie!

jeudi 21 juin 2012

Une Fête nationale différente cette année ?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 21 juin 2012.
La Fête nationale aura-t-elle une coloration particulière cette année en raison du conflit étudiant ?
Subventionner le saccage 
Il fut une époque où j’avais hâte à la Saint-Jean. Cette année, j’ai hâte au lendemain. La Fête nationale est devenue un événement hautement politisé. Elle s’est transformée, au fil des ans, en événement de propagande pour les souverainistes du Québec. S’inviteront également à la fête cette année : les carrés rouges, les « Occupons … » et sans doute quelques casseurs professionnels. On a même prévu une période d’échauffement par une grande manifestation la veille. Plus que jamais, la table est mise pour un affrontement avec les forces de l’ordre. Déjà qu’à Québec, l’an dernier, l’événement avait donné lieu à un déploiement policier sans précédent : barrages routiers, périmètres de sécurité et fouille des participants. Imaginez cette année! On dira ce qu’on voudra, la Saint-Jean n’est plus la fête de tous les Québécois. Une majorité de citoyens resteront chez eux pour ne pas mettre en péril leur propre sécurité ou celle de leur famille. De nombreux élus les imiteront pour éviter de mettre le feu aux poudres. Bref, le Québec est manifestement une société distincte: on y subventionne même le saccage du bien public.

mercredi 20 juin 2012

Financement des partis: comment contrer «l'argent sale»?

La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 20 jun 2012.


Jacques Duchesneau a affirmé devant la commission Charbonneau que 70% des sommes récoltées par les partis provinciaux pour les élections sont de «l’argent sale». «On serait devant une culture éhontée et généralisée de pots-de-vin et de corruption», soutient l’ex-directeur de l’Unité anticollusion. Croyez-vous que le financement illégal a pris une telle ampleur au Québec ? Que devrait-on faire pour remédier à cette situation ?
Libéralisons le financement électoral 
En 1977, le Québec adoptait une loi régissant le financement électoral. On la disait une des plus rigoureuses au monde. Trente-cinq ans plus tard, Jacques Duchesneau  prétend que 70% des sommes récoltées par les partis provinciaux sont de «l’argent sale». Surpris? Pas vraiment! Tout simplement parce que trop souvent ce sont les lois et les impôts abusifs qui font naître les activités illicites. Dans les années 1920, les gouvernements canadiens et américains ont légiféré pour tenter d'éliminer l’alcool de nos vies. Il s'en est suivi ce que plusieurs qualifient d'âge d'or de la corruption et du marché noir. À vouloir restreindre par la force les sources de financement des partis politiques, on ouvre la porte aux organisations illicites et occultes. On attire sur le marché politique des petites mafias qui, grâce à un puissant réseau d'influence, servent la caisse de nos partis. Encore aujourd’hui, le débat sur le financement de nos partis politiques se tient les plans moral et répressif. C'est peut-être là le hic! On néglige l'idée qu'il suffirait de relaxer les contraintes imposées par notre loi électorale pour contrer la corruption.

(Ce billet est le résumé d’un texte paru dans le Journal de Québec et sur Cyberpresse en avril 2010.)

mardi 19 juin 2012

Le pont Maurice-Richard: une bonne idée?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 19 juin 2012.
Le ministre Denis Lebel évoque la possibilité que le futur pont Champlain porte le nom de Maurice-Richard. Croyez-vous que ce serait une bonne idée ?
Le Harpont!
Par définition, s’il est un ouvrage collectif capable de rapprocher les citoyens de toute allégeance, c’est bien un pont. Surtout si on lui donne le nom d’une référence historique comme Champlain ou d’une légende sportive comme Maurice Richard. Un nom permettant de contenter à la fois les nationalistes, les fédéralistes, la gauche et la droite sans distinction. Mais voilà, il faudra encore attendre 10 ans avant de franchir ce pont. On prévoit que les travaux devraient débuter en 2016 et se terminer en 2022. Personnellement, j’estime qu’on a amplement le temps de consulter les citoyens pour arrêter un nom définitif. D’autant plus que nous n’en sommes qu’à l’étape de la planification et qu’il y a des choses beaucoup plus urgentes à régler, ne serait-ce que de décider de l’architecture et de l’emplacement exact de ce pont. Pour l’instant, notre seule certitude, c’est qu’il nécessitera des investissements publics de l’ordre 5 milliards $. Des fonds publics qui, nous l’espérons, seront investis judicieusement. En attendant, nous pouvons lui donner un nom temporaire. Un nom qui nous rappellera qu’il s’agit d’un pont de propriété entièrement fédérale : le Harpont! Accrocheur, non?

jeudi 7 juin 2012

Une justice équitable?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 6 juin 2012.
Trois ans après avoir tué ses deux enfants, et un an après avoir été reconnu criminellement non responsable de leur mort, Guy Turcotte pourra recouvrer partiellement et graduellement sa liberté au cours des six prochains mois. Les Québécois sont-ils en droit de douter de leur système de justice à la suite de la décision de la Commission d’examen des troubles mentaux ?
Coupable d’irresponsabilité
Guy Turcotte a reconnu avoir tué ses deux enfants. Le tribunal a cependant jugé qu’il n’était pas responsable du meurtre en question. Même si le tueur est connu de tous, il ne sera pas puni parce qu’on a jugé qu’au moment de l’événement, il n’était pas responsable de ses actes. À partir de ce moment, le sort de l’irresponsable a été confié à la Commission d’examen des troubles mentaux, une commission dont le rôle est essentiellement d’évaluer le danger que représente Turcotte pour la société. Or, la Commission vient de décréter qu’il pouvait recouvrer, en partie, sa liberté. Comme beaucoup de Québécois, tout ça me laisse songeur. Deux enfants sont morts, mais personne n’est responsable. Le crime a bien eu lieu, mais ce n’est la faute de personne. Aujourd’hui, beaucoup de Québécois ont le sentiment que notre système de justice, basée sur la responsabilité, s’est départi de sa responsabilité de rendre justice pour la confier à l’appréciation de psychiatres. Des experts qui se contredisent sur la dangerosité d’un tueur irresponsable redevenu suffisamment responsable pour réintégrer la société. Pour les citoyens responsables, Guy Turcotte sera toujours coupable… à tout le moins coupable d'irresponsabilité.

lundi 4 juin 2012

Bonne décision du Grand Prix?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 4 juin 2012.
Les organisateurs du Grand Prix du Canada ont annulé la journée portes ouvertes en invoquant les menaces de perturbation liées au conflit étudiant. Selon vous, ont-ils raison de rayer cette populaire activité du calendrier pour des motifs de sécurité? Jouent-ils le jeu de la CLASSE en prenant cette décision ?
TOUT À PERDRE 
Les organisateurs du Grand Prix ne jouent pas. Ils ne jouent pas avec la sécurité des visiteurs, comme ils ne jouent pas avec les risques que leur image soit ternie par des manifestations sans aucun rapport avec l'événement. On peut penser que permettre au public d'envahir le circuit posait plusieurs difficultés de maintien de l’ordre. Combien de policiers aurait-il fallu mobiliser pour assurer la sécurité de l’événement? Le problème, c’est qu’au Québec il est devenu pratiquement impossible de maintenir l’ordre public sans encourir les foudres d’une gauche bien-pensante. Qu’on aime ou pas, le Grand Prix est d’abord et avant tout un événement médiatique. Or, d’un point de vue médiatique, le Grand Prix avait tout à perdre à maintenir à son programme cette journée portes ouvertes. Imaginez la couverture de presse au lendemain d’un événement où les médias n’ont d’autre chose à couvrir que les manifestations étudiantes. Dans cette histoire, c’est la CLASSE qui se fait prendre à son propre jeu. Aujourd’hui, les amateurs de F1 sont furieux. Et je ne suis pas sûr que ces derniers troqueront le bruit des moteurs pour celui… des casseroles. La sympathie à l'égard de la cause étudiante risque fort de s'essouffler, contrairement aux bolides de la F1. 

jeudi 31 mai 2012

Employés municipaux: le maire Labeaume a-t-il raison?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 mai 2012.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, veut renverser le rapport de force avec les employés municipaux. Il souhaite que les municipalités puissent réformer leurs régimes de retraite, et aient aussi le droit de décréter un lock-out et de dresser une liste de services essentiels, comme c’est déjà le cas à Calgary, Ottawa et Winnipeg. Le gouvernement Charest devrait-il accéder à la demande du maire Labeaume, appuyée par la Fédération québécoise des municipalités ?

Lorsque le jupon dépasse
Le temps est aux réformes, clame Régis Labeaume. Permettez-moi de rire! Il y a dix ans, plus de deux cents municipalités disparaissaient à la suite des regroupements forcés par le gouvernement du Québec. Nos élus provinciaux et municipaux nous avaient alors présenté les fusions comme le remède à tous nos maux urbains. Une planification centrale du gouvernement provincial, jumelée à une centralisation des pouvoirs municipaux, était censée réduire les coûts et faire exploser le développement économique des villes québécoises. Mais que s’est-il passé? Comme plusieurs l’avaient prédit, on a surtout récolté une hausse des taxes, une baisse de la qualité des services et une intensification de la bureaucratie. Aujourd’hui, force est de constater que ce sont surtout les administrations et les syndiqués des villes fusionnées qui ont bénéficié de cette réorganisation. L’ambition du maire Labeaume de renverser le rapport de force entre la Ville de Québec et ses employés est louable. Mais il y a quelque chose d’ironique à utiliser l’argument de l’essoufflement des contribuables lorsqu’on amorce la construction d’un amphithéâtre de 400 millions $ puisés à même les fonds publics. Désolé, mais je ne suis pas certain que nos chefs syndicaux se plieront de bonne grâce aux incantations de notre bon maire. Lorsque le jupon dépasse…

mardi 29 mai 2012

Porte-drapeau aux Jeux olympiques: Despatie doit-il accepter?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 29 mai 2012.
Si on lui offre d’être le porte-drapeau canadien à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, Alexandre Despatie a-t-il le devoir d’accepter, en dépit des exigences médiatiques et protocolaires que ce rôle lui imposerait ?
À moins d’être superstitieux
Certains estiment à 2,4 milliards, d’autres à 4 milliards, le nombre de téléspectateurs qui regarderont la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Même si l’enthousiasme de certains publicitaires semble excessif - il y a 7 milliards d’humains sur la Terre - il reste que parader en tête de la délégation de son pays demeure un honneur enviable. Je ne sais pas si porter le drapeau canadien à la face du monde est un devoir, mais c’est certainement un privilège. Pour la carrière d’un athlète, c’est une belle consécration… et c’est une occasion qui ne se présente souvent qu’une seule fois. Évidemment, les exigences médiatiques et protocolaires associées à cette tâche sont difficilement conciliables avec l’horaire d’un athlète qui entre en compétition dans les heures suivant la cérémonie. Toutefois, ça ne semble pas le cas pour Alexandre, dont la première épreuve est présentée cinq jours plus tard. Évidemment, notre héros national n'est pas sans savoir que ce rôle n'a pas toujours souri aux athlètes dans le passé : la fameuse guigne du porteur de drapeau. Toutefois, à moins d’être superstitieux, je ne crois pas qu’Alexandre puisse refuser cet honneur.

mercredi 23 mai 2012

Manifestations: l'image de Montréal ternie?


La Presse, Débats, jeudi le 24 mai 2012, pA28.
La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 23 mai 2012.
Croyez-vous que les manifestations étudiantes qui tournent au vinaigre soir après soir nuisent à l’image de Montréal à l’étranger et, conséquemment, sont susceptibles d’avoir des impacts négatifs sur son industrie touristique ?
Loin des carrés rouges 
On dit que chaque grande ville a son symbole. Paris a sa tour Eiffel et Montréal… son carré rouge. Un Québec tout en couleur à la veille de la saison touristique. Un carré rouge qui a entamé sa carrière internationale ce week-end à Cannes. On le porte fièrement. Comme si l’on voulait rappeler au monde entier que Montréal est présentement une ville à éviter. Une ville où lancer des projectiles aux policiers, vandaliser les vitrines des commerçants et perturber les axes routiers sont des activités quotidiennes. Malheureusement, outre les casseurs professionnels, les émeutes et la violence n’attirent pas les touristes. En 2011, les revenus du tourisme en Égypte ont baissé de près de 30 % en raison des troubles politiques. C’est vrai que le Québec n’est pas encore l’Égypte. Néanmoins, l’Ambassade des États-Unis a mis en garde les touristes américains et tous ses ressortissants contre les troubles sociaux de Montréal. Les amateurs de F1 du monde entier savent aussi que des étudiants de l’UQAM veulent faire annuler le Grand Prix du Canada. Rappelons-le, l’offre touristique mondiale est très concurrentielle. Aussi, comme beaucoup de Québécois, je vais sûrement prendre mes vacances loin de Montréal. Les plages du Maine, l’Europe… loin des carrés rouges!

jeudi 17 mai 2012

Loi spéciale : la meilleure solution?


La Presse, Débats, Montréal, vendredi 18 mai 2012, p. A21.
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 17 mai 2012.
Le gouvernement Charest a annoncé que la session sera suspendue jusqu’à la fin août dans les cégeps et facultés universitaires qui font l’objet d’un boycottage. Le début de la session d’automne à l’université sera reporté au mois d’octobre. Une loi spéciale sera aussi adoptée pour empêcher les étudiants de bloquer l’accès aux cégeps et aux universités à la reprise des cours. Est-ce la meilleure solution pour dénouer la crise étudiante ?
LES DANGERS D'UNE LOI SPÉCIALE
Une suspension du trimestre est sans doute une sage décision. Elle devrait permettre, du moins à court terme, de mettre fin aux affrontements entre manifestants et policiers aux abords des institutions d'enseignement. Par contre, l'idée d'une loi spéciale pour empêcher les étudiants de bloquer l'accès aux cégeps et aux universités me laisse songeur. Pourquoi doit-on adopter une loi spéciale pour faire respecter la loi existante? Pour rendre la loi actuelle plus efficace? Peut-être! Je crois en une société de droit où le rôle légitime de l'État est la protection des libertés individuelles. La liberté ne peut exister en absence de loi pour protéger l'individu contre la coercition d'autrui. Toutefois, il ne faudrait pas qu'une loi spéciale, venant se superposer à la loi existante, accorde des privilèges ou en enlève à quiconque. Dans un État de droit, tous sont censés être égaux devant la loi. Aucun individu ou groupe d'individus ne devrait acquérir de nouveaux privilèges ou s'en faire enlever par une loi spéciale. Or, une loi spéciale qui, par définition, s'applique à un groupe en particulier, est nécessairement discriminatoire. D'où mon enthousiasme prudent...

mardi 15 mai 2012

Crise étudiante: Michelle Courchesne fera-t-elle mieux?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 15 mai 2012.

Que pensez-vous de la démission de la ministre Line Beauchamp? Sa remplaçante à l’Éducation, Michelle Courchesne, parviendra à dénouer la crise étudiante?
La victoire totale
Michèle Courchesne a-t-elle le mandat de hisser le drapeau blanc? A-t-elle le pouvoir signer la capitulation du gouvernement? À moins de faire volte-face sur la hausse des droits de scolarité, la ministre Courchesne a peu de chance de dénouer la crise étudiante. L’évolution du conflit étudiant n’a rien à voir avec l’intransigeance de Mme Beauchamp. Au contraire, jusqu’à la dernière minute, l’ex-ministre s’est affairée à faire des concessions et à trouver des moyens d’assouplir la position gouvernementale. Sans succès! En réalité, pour négocier, il faut être deux. Il faut que chacune des parties ait la légitimité de négocier et la volonté d’en arriver à une entente. Ce que semblent avoir perdu les leaders étudiants lorsqu’une majorité de leurs membres ont rejeté l’entente qu’ils avaient dûment signée avec le gouvernement. Depuis cette rebuffade, ils ont perdu toute marge de négociation. Ils ont dû revenir à leur position de départ.  Aujourd’hui, ils revendiquent et ils exigent. Ils n’ont d’autre velléité que de mettre le gouvernement K.O. La crise étudiante est devenue une affaire de leaders étudiants qui, après avoir été portés aux nues par les artistes et les leaders syndicaux, doivent absolument humilier le gouvernement pour redorer leur blason. Comme le disait Eisenhower : Nous n’accepterons que la victoire totale! 

lundi 14 mai 2012

Droits de scolarité: faut-il un moratoire?



La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 14 mai 2012.
Pour espérer ramener tous les étudiants en classe afin de sauver leur session, le gouvernement Charest devrait-il décréter un moratoire sur la hausse des droits de scolarité?
Un moratoire sur les moratoires
Le statu quo est la solution prisée par les opposants à tout projet politique. Il suffit d’annoncer un projet public — construction domiciliaire, gaz de schiste, plan nord, etc. — pour qu’on réclame un moratoire. Encore aujourd’hui, nos soi-disant progressistes n’en finissent plus d’écrémer le dictionnaire des synonymes pour dégoter un terme séduisant permettant de remettre à demain une hausse des droits de scolarité. Comme si personne n’avait compris qu’un moratoire, une trêve, un gel ou un armistice rimait avec capitulation gouvernementale. Les droits de scolarité auraient dû être augmentés depuis trop longtemps. La crise que nous traversons aujourd’hui n’est pas uniquement celle des droits de scolarité. C’est aussi la crise d’une gouvernance qui, pendant des décennies, a refusé d’assumer ses responsabilités de gestionnaire des affaires publiques. C’est la crise de politiciens qui, pour des raisons électoralistes, n’ont jamais osé affronter les groupes de pression en quête de privilèges. C’est la crise d’élus qui ont trop souvent plié l’échine devant ceux qui défient la loi et l’ordre et terrorisent les citoyens. Et si, pour une fois, notre gouvernement gouvernait? Plutôt que de céder aux étudiants, il pourrait commencer par décréter un moratoire sur les moratoires et prendre des mesures pour faire respecter la loi. Ce serait déjà ça!

mercredi 9 mai 2012

Des transports collectifs plus chers ?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 9 mai 2012.
Un groupe de recherche affilié à l’Institut d’urbanisme de l’Université de Montréal propose de hausser considérablement les tarifs aux usagers des transports en commun pour améliorer la qualité et l’efficacité des services. Cependant, le directeur général de Transports 2000 Québec, Normand Parisien, rétorque qu’une augmentation marquée des tarifs entraînerait une chute de la fréquentation des transports collectifs. Qu’en dites-vous ?
L'ÉLASTICITÉ-PRIX
La plupart du temps, une augmentation des tarifs influence la décision de consommation d’un individu. En économique, la mesure du changement observé dans la consommation à la suite d’une modification du prix s’appelle l’élasticité-prix. Si vous êtes un usager captif des transports en commun, il est probable qu’une hausse de tarif ne changera pas vos habitudes de transport, du moins à court terme. Par contre, si vous possédez déjà une voiture et que votre utilisation des transports en commun est un choix discrétionnaire, une hausse substantielle des tarifs pourrait vous inciter à revoir vos modes de déplacement. Les planificateurs urbains ont trop souvent tendance à supposer que la consommation des transports en commun est inélastique au prix, qu’il suffit de décréter une augmentation des tarifs pour remplir les coffres de la société des transports. Des études scientifiques montrent que si ça peut être le cas à court terme, à moyen terme, il pourrait en résulter une baisse de fréquentation et une perte de revenus. Cela dit, il n’y a pas de mal à tarifer équitablement les divers modes de transport et à laisser le consommateur choisir celui qui lui convient le mieux. Bien au contraire!

samedi 5 mai 2012

Les bandits nomades

La Presse, Débats, samedi le 5 avril 2012, p. A33. (Disponible sur La Presse.ca)

Le Québécois n’existe plus individuellement. Dans un élan de solidarité pour la grève étudiante, les leaders de groupes d’intérêt ne cessent de proclamer que les droits collectifs doivent primer sur les droits individuels. On aura compris que lesdits droits collectifs sont la propriété privée des groupes de pression, et que, dorénavant, ils entendent les faire respecter coûte que coûte. Même au prix de la violence!
Le Québec vit présentement sous la menace d’une dictature des groupes de pression. La tyrannie des propriétaires de droits collectifs. La Constitution, la Charte des droits et libertés, l’État qui protège vos droits individuels et assure votre sécurité ne sont à leurs yeux que du folklore. Si par hasard vous n’êtes qu’un vulgaire citoyen ou contribuable, si par malheur vous ne faites pas partie d’un grand syndicat, d’une puissante corporation professionnelle ou d’une fédération étudiante, la menace d’exclusion sociale est imminente.
Évidemment, tout ça n’a pas débuté avec la grève étudiante. Le processus de négation de l’individu s’est amorcé et intensifié tout au long de la Révolution tranquille, notamment lorsque nos gouvernements ont décidé de partager leur responsabilité de gestionnaire des affaires publiques avec les groupes d’intérêt. Comment? En les invitant régulièrement à des sommets socioéconomiques ou à des états généraux pour décider, entre élites, de l’avenir de la société. Rien à voir avec le prolétariat!
On voulait créer l’illusion qu’un consensus entre chefs syndicaux, leaders étudiants, patrons et fonctionnaires permettrait d'intégrer les préférences de chaque citoyen. On en faisait un modèle idyllique – encore mieux, une spécificité québécoise. Évidemment, c’était pour occulter que ce soi-disant modèle de démocratie, d’égalité et de solidarité n’était qu’une vulgaire forme de corporatisme servant des intérêts particuliers, et ce, au détriment des citoyens et des contribuables québécois.
C’est ainsi qu’après s’être approprié pendant 50 ans la richesse des citoyens, la corporation des propriétaires de droits collectifs est à bout de souffle. La mine s’est tarie! Les coûts sans cesse croissants des privilèges et l’endettement collectif font en sorte que l’État, traditionnellement chargé de redistribuer le butin volé aux citoyens, éprouve de plus en plus de difficulté à livrer la marchandise.
Il fallait donc profiter de la faiblesse du gouvernement pour reprendre les choses en main. L’État redistributeur de privilèges étant devenu un intermédiaire encombrant, on aspire à continuer l’opération sans lui.
Profitant de l’ignorance rationnelle des citoyens, nos grands groupes d’intérêt se réclament dorénavant d’une nouvelle démocratie : une démocratie où les intérêts particuliers revêtent une allure d'intérêt général. Une démocratie d’intérêts corporatifs qui appelle à la rupture sociale et qui cherche à installer le chaos en recourant à la violence et en défiant ouvertement la loi et l’ordre. Une démocratie où une coalition de privilégiés de l’État défend une idéologie consistant à ne rien céder des privilèges acquis et à se moquer de tout le reste, notamment des conséquences de leurs démarches.
Ces nouveaux démocrates de l’intimidation sont maintenant comparables au « bandit nomade » : celui qui détruit tout sur son passage, pille la récolte, et terrorise les citoyens. De plus, ce bandit nomade légitime la violence de peur que ses victimes ne trouvent un reste de droit individuel pour résister. Les résistants? Ces « p’tits cons » qui s’imaginent qu’une injonction de la cour peut freiner une coalition de subventionnés.

mardi 1 mai 2012

Couche-Tard sans syndicat?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 1 mai 2012.
Le PDG de Couche-Tard, Alain Bouchard, estime que le contexte hautement concurrentiel des dépanneurs, leurs marges extrêmement serrées et la nature même de leurs activités ne sont pas compatibles avec la syndicalisation de ces commerces. Êtes-vous d’accord avec sa vision ?
L’illusion de la syndicalisation
Couche-Tard est un fleuron québécois dont le chiffre d’affaires et les profits font saliver les centrales syndicales. Néanmoins, l’industrie du dépanneur est fragile. On rapportait récemment qu’entre janvier 2008 et septembre 2011, plus de 1 000 dépanneurs québécois ont dû fermer boutique. La contrebande de cigarettes et les règlementations gouvernementales sur la vente de produits (ex. : bière, lait) font que les marges bénéficiaires sont souvent très minces. Peut-on réellement croire que la syndicalisation des Couche-Tard permettra aux employés d’améliorer leur sort? On peut en douter! D’abord, parce que la syndicalisation n’est pas un bien gratuit pour l’employé : elle implique des cotisations et du temps à consacrer à des actions militantes. Ensuite, parce qu’en alourdissant le fonctionnement des dépanneurs, on incite les propriétaires à revoir l’allocation des ressources entre leurs facteurs de production. Ainsi, pour conserver une marge bénéficiaire acceptable, ils chercheront à obtenir le même supplément de production avec moins de travailleurs. Ce faisant, on peut présumer que ce sont des milliers d’emplois, souvent occupés par des étudiants, qui disparaîtront. Les bénéfices de la syndicalisation ne sont souvent qu’une illusion entretenue par des bureaucraties syndicales dans leur insatiable quête de revenus de cotisation.

vendredi 27 avril 2012

Crise étudiante: que faire?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi 27 avril 2012.

Que doit faire le gouvernement Charest pour dénouer l’impasse dans la crise étudiante ? Déposer une offre finale, nommer un médiateur, accepter un moratoire sur la hausse des droits de scolarité ?
Un tribunal des conflits sociaux 
La grève étudiante s’éternise. Pendant ce temps, la population québécoise subit les pénibles conséquences de ce conflit. Pourquoi ne pas s’inspirer de la méthode australienne de résolution des grèves? Il suffirait de confier à une juridiction indépendante l’arbitrage du conflit opposant les étudiants et le gouvernement. L’idée est que l’exercice du droit de grève n’est pas sans limites et que l’intérêt public doit aussi être pris en compte dans les conflits qui paralysent toute une population. Ainsi, ce tribunal des conflits sociaux, dont un des rôles serait de veiller à l’intérêt des citoyens et à la sauvegarde des biens publics, aurait le pouvoir de suspendre la grève pour une durée déterminée ou même d’y mettre fin. Il pourrait notamment exiger la médiation ou la conciliation; ordonner la réouverture immédiate des institutions d’enseignement et le retour en classe des étudiants; et accorder un délai (disons 30 jours) aux parties pour en venir à une entente. À défaut d’une entente, ce tribunal pourrait rendre une décision liant les parties pour une période déterminée (disons 3 ans). Cette manière de procéder enverrait le message aux étudiants que le droit de grève n’est pas absolu, et au gouvernement, qu’il n’est pas opportun d’utiliser les conflits sociaux à des fins électoralistes. Une façon comme une autre de forcer la négociation entre le gouvernement et les associations étudiantes, de mettre fin au saccage du centre-ville de Montréal, et de permettre aux étudiants de terminer leur session lourdement compromise.

mardi 24 avril 2012

Le Québec sera-t-il indépendant un jour?


La Presse, Débats, Montréal, mercredi le 25 avril 2012, p.A23.
La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 24 avril 2012.
Le Québec deviendra un jour un pays indépendant, affirme Michael Ignatieff. L'ancien chef libéral estime que le Québec et le Canada n’ont plus rien à se dire. Pensez-vous que sa prédiction va se réaliser?
PLUS DÉPENDANT QUE JAMAIS
À mes yeux, les prédictions d’un politicien ne valent guère mieux que ses promesses électorales. Il y a un mois, Justin Trudeau ne se reconnaissait plus dans le Canada. Cette semaine, c’est Michael Ignatieff qui prédit que le Québec vogue vers l’indépendance. Décidément, les libéraux s’ennuient des feux de la rampe! Cessons de nous raconter des histoires. Les conditions gagnantes pour réaliser l’indépendance du Québec ne cessent de reculer. M. Ignatieff oublie que les appuis à la souveraineté s’étiolent depuis le dernier référendum; que le Québec a une dette de 250 milliards $; que ses citoyens sont parmi les plus taxés en Amérique du Nord; et que 10 % de son budget provient de la péréquation canadienne. La réalité, c’est que le Québec est plus dépendant que jamais du Canada. Tellement dépendant, que les provinces de l’Ouest sont de moins en moins indifférentes à nous transférer des milliards de dollars pour qu’on puisse se payer des programmes sociaux qu’elles-mêmes n’ont pas les moyens de s’offrir. Dans son élan de logique prédictive à long terme, Michael Ignatieff aurait aussi pu considérer la possibilité que le Canada éclate avant que le Québec ne déclare son indépendance. Tant qu’à faire des prédictions!

jeudi 19 avril 2012

Devrait-on rapatrier Omar Khader?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 19 avril 2012
Emprisonné depuis 10 ans à Guantanamo pour des crimes de guerre qu'il a commis en Afghanistan à l'âge de 15 ans, Omar Khadr demande son rapatriement au Canada. Le gouvernement Harper devrait-il exaucer son vœu?
Prenons nos responsabilités
Aux yeux de la population américaine, Omar Khadr personnifie le terrorisme. Toutefois, généralement, les enfants-soldats sont considérés comme des victimes plutôt que comme des agresseurs. Son procès devant un tribunal militaire américain aura d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre. Aujourd’hui, certains considèrent que les aveux d’Omar Kadhr suffisent pour qu’on l’abandonne à son sort. Je voudrais bien que la chose soit aussi simple. D’abord, avait-il le choix de plaider coupable? Des aveux soutirés et négociés en marge d’un procès nébuleux n’ont rien de convaincant. Il ne faut pas oublier qu’Omar Khadr avait 15 ans à l'époque où il aurait tué un soldat américain en Afghanistan. Au Canada, à cet âge, vous ne pouvez pas conduire une voiture, ni acheter de la bière. En fait, tant que vous êtes d’âge mineur, vous êtes sous la tutelle de vos parents, auxquels vous devez respect et obéissance. Aussi, je ne pourrai jamais m’enlever de l’esprit que c’est sans doute parce qu’il a obéi à son père djihadiste que Kadhr a passé les dix dernières années derrière les barreaux. Jusqu’ici, plusieurs ONG internationales ont décrié le traitement subi par M. Khadr. Des comités de la Chambre des communes ont aussi recommandé son rapatriement. Le Canada doit cesser de se défiler et prendre ses responsabilités.

mardi 17 avril 2012

L'UPAC est-elle efficace?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 17 avril 2012.
Les arrestations, dont celle de l’entrepreneur en construction Tony Accurso, et les perquisitions effectuées ce matin vous redonnent-elles confiance en l'UPAC, l’Unité permanente anticorruption?
L'ÉTAT, FOYER PROPICE AUX ABUS
Tony Accurso fait l’objet de soupçons depuis belle lurette. L’émission « Enquête » a révélé en 2009 et en 2010 des accointances entre ses propriétés et les pouvoirs publics. Finalement, il s’est écoulé plus de deux ans avant que des accusations soient déposées contre lui. Évidemment, ce n’est pas parce que l’UPAC a procédé à l’arrestation d’une quinzaine de personnes qu’on en a fini avec la corruption. Désolé, mais Accurso et ses complices n’ont pas inventé la corruption! La corruption n’est pas un phénomène propre au Québec. Elle existe là où des politiciens et des bureaucrates peuvent abuser de leur fonction à des fins d'enrichissement personnel. On aura beau empiler les unités d’enquête, tant qu'on ne reconnaîtra pas que l'État s'avère un foyer propice aux abus, on ne pourra mettra un terme à ces pillages de fonds publics. L’indice de perception de la corruption (IPC) de l’organisme Transparency International  est d'ailleurs riche d'enseignement. Les pays les moins corrompus sont des pays prospères qui laissent une grande place à la concurrence et à l'économie de marché. À l'inverse, les pays les plus corrompus se caractérisent par leur pauvreté et par l’omniprésence de l’État.

jeudi 12 avril 2012

Automobile: le péril jeune


La Presse, Débats, vendredi le 13 avril 2012, p.A19
La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 12 avril 2012.
Lundi prochain se tiendra la première du film Dérapages, de Paul Arcand, sur l'attitude des jeunes face à la conduite automobile, leur mépris du risque et les conséquences parfois dramatiques de leur témérité. À votre avis, comment peut-on diminuer le nombre de jeunes victimes des accidents de la route? Faut-il rendre les lois encore plus sévères? Augmenter l'âge donnant droit à un permis de conduire? Miser sur la sensibilisation?
Prison pour jeunes.
Pauvres jeunes! Ils n’ont même plus droit à l’inexpérience. On les tient responsables de tous les maux du monde. Comme s’ils étaient tous des criminels en puissance. C’est vrai que les statistiques montrent que les jeunes conducteurs sont surreprésentés dans les accidents de la route. Est-ce suffisant pour justifier qu’on discrimine toute une population en fonction de son âge? On en finit plus d’imposer des restrictions aux jeunes conducteurs: cours de conduite, permis d’apprenti, permis probatoire, tolérance zéro en matière d’alcool, limitation des points d’inaptitude. Certains aimeraient même leur imposer un couvre-feu. Pourrait-on laisser les jeunes apprendre à vivre? Jusqu’où irons-nous dans notre quête du risque zéro? Aurait-on oublié que nos jeunes ont aussi des aspirations et des désirs de mobilité? Serait-on devenu trop vieux collectivement pour tolérer les imperfections de la vie en société? Il faudra un jour cesser de croire que chaque accident de la route justifie une loi ou un règlement de l’État. On ne façonne pas un citoyen responsable par la coercition, mais par l’éducation. Dans cette perspective, le film de Paul Arcand apportera davantage à la conscientisation des risques de la route que toutes ces réglementations gouvernementales qui sont en voie de transformer le Québec en prison pour jeunes.

mardi 10 avril 2012

Comment protéger nos enfants contre la violence à la télé?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 10 avril 2012
Une enquête menée par des chercheurs de l'hôpital Sainte-Justine auprès de 2120 enfants québécois révèle que les scènes de violence qu'ils ont vues à la télévision ont un impact néfaste sur leur humeur, leur comportement et leurs résultats scolaires. À votre avis, que faut-il faire pour protéger nos enfants contre ces effets néfastes? Faut-il interdire les scènes violentes à la télévision? La responsabilité de protéger les enfants revient-elle à l'État ou aux parents?
LE PERMIS DE PARENT
À en croire les spécialistes, nos enfants sont des monstres élevés par des parents incompétents. Après la malbouffe, le manque de sommeil, l'abus des jeux vidéo, voilà que ce sont les émissions de télévision qui seraient responsables de l'agressivité, des comportements antisociaux et du décrochage scolaire de nos enfants. Décidément, le jour n'est pas loin où le gouvernement devra exiger des couples qui veulent avoir des enfants un permis certifiant leurs compétences parentales. Eh oui, un permis de parent! Un permis octroyé par des fonctionnaires, sous l'autorité de politiciens, garantissant que chaque couple désireux d'enfanter a acquis les connaissances et dispose de l'expertise pour élever des enfants. Ainsi, nos jeunes seront responsables et vieux dès la naissance : les élèves indisciplinés serreront les rangs, les décrocheurs raccrocheront, les jeunes obèses maigriront, et la violence disparaîtra. Qui ne rêve pas d'une société de chiffes molles vivant sous la crainte et le contrôle de l'État? Et si jamais un esprit libre s'écartait du droit chemin? On pourra toujours accuser l'incompétence de l'État. Ce jour-là, la table de concertation de la sécurité des enfants se réunira pour proposer un resserrement des règles d'attribution du permis de parent. Pour notre bien à tous, évidemment!