Article épinglé

mercredi 4 avril 2012

Que reste-t-il de Pâques?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 4 avril 2012
Pâques n’étant plus une fête religieuse pour la plupart des Québécois, y a-t-il encore lieu de la célébrer ? N’est-ce plus que l’occasion de profiter d’un week-end de congé comme tant d’autres ? 
Le plat de bonbons 
J’ai lu sur internet que Pâques est « une fête religieuse qui commémore le passage de la Mer Rouge pour la religion juive […] la résurrection de Jésus pour la religion chrétienne […] et une fête païenne qui annonce l'éveil du printemps. » Heureusement que je suis branché! Comme beaucoup de Québécois, j’ai été élevé dans la religion catholique. Néanmoins, dans mon esprit, Pâques est essentiellement une fête de famille où on oublie ses soucis quotidiens et son régime alimentaire, pour se gaver d’œufs et de lapins en chocolat. Je sais que plusieurs bonnes âmes dénoncent la surconsommation et le mercantilisme associé aux festivités pascales. Gardez quand même le cœur à la fête! On peut toujours se trouver une bonne raison pour festoyer. Par exemple, à l’occasion du long weekend de Pâques, nos politiciens et bureaucrates font relâche. Imaginez : quatre jours pendant lesquels ils ne dépenseront pas vos impôts pour votre bien! Dites-vous que Pâques est l’une des rares occasions où vous aurez l’impression d’être le seul à piger dans le plat de bonbons. Voilà une bonne raison pour se régaler!

lundi 2 avril 2012

Payer les cours d'anglais aux immigrants?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi le 2 avril 2012.

Les immigrants francophones ont du mal à se trouver un emploi à Montréal parce qu’ils ne parlent pas anglais. Le gouvernement Charest consacre des millions pour financer leurs cours l’anglais. Êtes-vous d’accord avec cette politique ?
Il y a trois jours, le gouvernement du Québec annonçait un renforcement de sa police de la langue. Aujourd’hui, on apprend que ce même gouvernement consacre des millions au financement de cours d’anglais pour les immigrants francophones. Bel effort de cohérence! Malgré tout, on ne peut que saluer cette initiative visant à favoriser l’intégration des nouveaux arrivants sur le marché du travail. Bien que la loi 101 décrète que le français est la langue du travail au Québec, il y a une réalité économique à laquelle on ne peut échapper : l’apprentissage de la langue anglaise est un moyen pour l’immigrant (comme pour le Québécois de souche) d’améliorer ses chances de se trouver un emploi. Pas d'anglais, pas d'emploi! Avec la mondialisation de l’économie, il devient de plus en plus difficile pour un état souverain d’adopter des politiques linguistiques coercitives. Lorsque le Québec adopte des lois et des règlements pour contrer l’apprentissage et l’usage de l’anglais, ce sont ses propres citoyens qui en sont les premières victimes. On brime leurs libertés individuelles et on les tient captifs d’une langue qui les empêche d’échanger avec le reste du monde. Heureusement, on semble avoir saisi qu’on ne bâtit pas un pays fier et prospère en tenant ses citoyens et ses immigrants dans l’ignorance. 

vendredi 30 mars 2012

Budget Flaherty: des compressions nécessaires?


La Presse.ca, La Presse Débats, vendredi le 30 mars 2012.
Dans son budget, le ministre Jim Flaherty a annoncé des compressions de 5,4 milliards $ et la suppression de 19 200 postes dans la fonction publique fédérale. La situation économique et financière du Canada justifie-t-elle ces coupes ?
DES COUPES MODESTES 
Vous pouvez attendre avant d’accumuler des provisions dans votre sous-sol… la catastrophe annoncée n’aura pas lieu. Les dénonciateurs du « Harpeurisme» de droite idéologique et sans compassion, jetant femme et enfant à la rue, auront eu tout faux. Il y a peu de chance que ce budget Flaherty ne vous mette sur la paille, ou même que vous en ressentiez les effets à court et moyen terme. Outre quelques réformes intéressantes qui annoncent un désengagement graduel de l’État, les coupes prévues au budget sont relativement modestes. Alors que les transferts aux particuliers et aux provinces demeurent inchangés, ce sont seulement les dépenses discrétionnaires du gouvernement (75 milliards $ sur 268 milliards $ en dépenses de programmes) qui ont subi une baisse de 6,9 % sur trois ans. C’est vrai que l’annonce d’une suppression de 19 200 postes peut sembler énorme, mais il faut savoir relativiser les choses. Elles n’annuleront même pas les 32 000 postes créés par ce même gouvernement depuis 2006. D’autant plus qu’une grande partie de ces suppressions se fera par attrition. Évidemment, on entendra beaucoup parler de la coupe de 10 % au budget de Radio-Canada. Toutefois, rappelez-vous que les employés de cette société d’État ont le privilège de faire paraître leurs problèmes plus grands qu’ils ne le sont en réalité.

mercredi 21 mars 2012

Satisfait du budget Bachand?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 21 mars 2012.
Êtes-vous satisfait du budget Bachand ? Est-il responsable ? Électoral ? Quelles sont ses meilleures mesures ? Les moins bonnes ?
Les esclaves
Hier était un jour de gala à l’Assemblée nationale : notre ministre des Finances a annoncé les heureux élus de la loterie du budget. Cette année, beaucoup de gagnants se sont partagé des petits lots. La joie était palpable chez plusieurs lauréats. Il fallait voir le maire Labeaume encenser la clairvoyance gouvernementale pour avoir réservé 30 M $ au « Diamant » de Robert Lepage (déjà qu’avec l’amphithéâtre…). Quant aux perdants, on savait depuis deux ans déjà que ce serait les contribuables. C’est comme ça! On a pris l’habitude d’annoncer les perdants à l’avance, histoire d’inhiber l’exaspération de ceux qui doivent assumer les constantes hausses d’impôts décrétées par notre ministre du Bonheur. D’ailleurs, lorsque vient le temps de trouver de nouvelles sources de revenus, M. Bachand ne manque pas d’imagination. En 2012, par exemple, le contribuable assumera une hausse de la TVQ à 9,5%, une hausse de la contribution santé à 200$, une hausse de la taxe sur l’essence, une hausse des cotisations à la RRQ, etc. Si notre ministre était aussi imaginatif pour couper ses dépenses que pour trouver de nouvelles façons de nous plumer, le contribuable n’aurait pas toujours l’impression d’être un esclave au service des ambitions politiciennes.

mardi 20 mars 2012

Aveos: le gouvernement Harper doit-il intervenir?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi 20 mars 2012.

Puisqu’il a adopté une loi spéciale pour interdire un conflit de travail à Air Canada, le gouvernement Harper devrait-il aussi intervenir pour tenter d’empêcher la fermeture d’Aveos et la mise à pied de ses 1800 employés à Montréal ?

Investir dans notre appauvrissement
À chaque annonce d’une fermeture d’usine, on réclame l’intervention de nos politiciens. La liste des réclamations est interminable : les Chantiers Davie, Papiers White Birch, etc. Je ne voudrais pas faire mon rabat-joie, mais si Aveos était une entreprise efficace et compétitive, elle ne serait pas obligée d’enclencher un processus de faillite. C’est essentiellement parce qu’Air Canada obtient un meilleur service ou un meilleur prix pour l’entretien de ses appareils qu’elle va chez un concurrent. En fait, il n’est pas rare que des entreprises disparaissent face à une concurrence qui a su innover ou rationaliser ses coûts. C’est ce que le grand économiste Joseph Schumpeter appelle la « destruction créatrice ». Les entreprises incapables d’acquérir de nouvelles compétences ou de s’adapter disparaissent au profit d’autres entreprises plus innovantes. J’en conviens, c’est triste pour les travailleurs qui se retrouvent au chômage et doivent se trouver un nouveau travail. Mais s’opposer à ces fermetures, c’est freiner le moteur de notre croissance économique. Lorsque nos politiciens se présentent en correcteur de marché en adoptant des lois coercitives ou en accordant des subventions à des entreprises inefficaces, ils ne font que retarder un processus d’adaptation normal dans une économie saine. Sans le savoir, ils investissent dans l’appauvrissement de notre économie.

dimanche 18 mars 2012

Les blues du contribuable!


En tant que contribuable, j’en ai assez d’être à la merci de nos syndicats et groupes de pression. J’aimerais pouvoir me soustraire à leur emprise; ne plus être celui qui paie toujours la facture; ne plus leur servir d’otage pour les aider à faire « cracher » le gouvernement.
Le bien commun semble toujours bénéficier aux mêmes : à quelques groupes bien organisés qui savent faire plier le gouvernement. L’argent ne fait peut-être pas le bonheur, mais le Trésor public attise la convoitise.
J’ai d’abord pensé mettre sur pied un syndicat d’otages. Une puissante organisation vouée à la défense des contribuables. J’ai finalement abandonné l’idée. Le succès d’une action collective est une question de rentabilité. Même si nous estimons être trop taxés, personne n’est intéressé à s’investir pour contrer les hausses d’impôts à répétition décrétées par nos gouvernements. Parce que la réduction d’impôt devra être partagée avec tout le monde, on attendra que quelqu’un d’autre le fasse à notre place. On est victime de ce que la littérature économique appelle le phénomène du passager clandestin.
Les syndicats
Pour nos syndicats, par contre, il très rentable de revendiquer un privilège qui ira directement dans les poches de leurs membres. Surtout si l’octroi de ce privilège dépend de l’État et qu’on peut prendre le contribuable en otage pour lui faire payer la rançon exigée.
Le contribuable peut-il se prémunir contre les prises d’otages? Il faudrait simplement cesser de confier la gestion de notre vie au gouvernement; cesser de lui confier des responsabilités qu’il ne devrait pas assumer. Avions-nous vraiment besoin de l’État pour négocier les conditions de travail de nos éducatrices en garderies? Avons-nous vraiment besoin de lui pour fixer les droits de scolarité de nos universités? Non! Confier ce pouvoir au gouvernement, c’est se livrer en pâture aux grands groupes de pression.
Le rôle de l’État
Le rôle de l’État devrait se limiter à venir en aide à ceux et celles qui n’ont pas les moyens d’accéder à ces services, à aider les familles et les étudiants à revenu modeste. On appelle ça le partage de richesse. Mais le partage de richesse n’a rien à voir avec la négociation des vacances de nos éducatrices, ni avec l’uniformisation des droits de scolarité de nos universités. On parle ici de socialisme.
Le marché libre n’empêche personne de négocier ses conditions de travail avec son employeur. Pas plus qu’il n’empêche les étudiants de revendiquer des privilèges de leur institution. Mais il permet aux dissidents de voter par les pieds en allant chez un concurrent; il permet aux otages d’échapper à leur ravisseur.
Comptabiliser les votes
C’est parce que l’État ne se mêle pas de ses affaires que certains groupes bien organisés peuvent prendre toute une population en otage pour faire avancer leur cause. Des groupes de pression qui ont compris depuis longtemps que les politiciens sont plus préoccupés par la comptabilisation des votes que par une gestion parcimonieuse de nos impôts.
On a tort de croire que le gouvernement peut s’occuper des problèmes de tout un chacun en créant des monopoles ou en centralisant des décisions qu’on pourrait prendre nous-mêmes.
Même s’il est vrai qu’au fil des ans on peut développer une forme collective du syndrome de Stockholm et être empathique à l’endroit de nos ravisseurs, il faudra bien un jour réaliser qu’on a plus les moyens de verser des rançons à nos grands groupes de pression.

vendredi 16 mars 2012

En faveur d'un régime de retraite obligatoire?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 15 mars 2012.
Dans son budget qui sera déposé mardi prochain, le ministre des Finances, Raymond Bachand, compte obliger les employeurs à mettre en place un régime de retraite auquel seuls leurs employés seront tenus de contribuer. Êtes-vous d’accord avec cette mesure ?
La discipline
C’est connu, notre ministre des Finances veut notre bonheur. Il aurait d’ailleurs trouvé la solution aux problèmes de pauvreté de nos retraités : dorénavant, c’est l'employeur qui aura la responsabilité de choisir le régime de ses employés et de faire des retenues à la source sur leur salaire. Il suffisait d’y penser. Les REER et autres véhicules d’épargnes ne fonctionnent que lorsque les travailleurs sont disciplinés. Comme nous sommes à ses yeux  des insouciants, voire des accros de la consommation, il a décidé de nous offrir un tuteur. Un tiers qui saura nous imposer la discipline nécessaire à l’épargne. Mais si ce n’était pas le vrai problème? Si le problème d’épargne des Québécois était d’abord une question de revenu disponible? Si une fois que le travailleur a payé tous ses impôts, il ne lui en restait plus suffisamment pour joindre les deux bouts et épargner pour sa retraite? En début d’année, la Fédération canadienne des contribuables nous rappelait que le pouvoir d’achat des Québécois s’éroderait de 4 % en 2012, une érosion attribuable aux  différentes hausses de taxes et de cotisation décrétées par notre bon gouvernement. Et si, au lieu de vouloir discipliner les contribuables, le ministre Bachand s’autodisciplinait en allégeant le fardeau fiscal? Je suis persuadé que nos futurs retraités y gagneraient au change.

mardi 13 mars 2012

Air Canada: une loi spéciale justifiée?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 13 mars 2012

Le gouvernement Harper a-t-il raison d’adopter une loi spéciale pour empêcher le déclenchement d’une grève ou d’un lock-out chez Air Canada? Le transport aérien est-il un service essentiel? L’impact d’un conflit sur l’économie canadienne est-il un motif suffisant?

Déficit de concurrence
Air Canada occupe une position dominante dans l’industrie du transport aérien au pays. Ses parts de marché comptent pour 60% des voyages intérieurs et 40% des voyages internationaux. Parce qu’elle profite d’une clientèle captive, elle peut s’approprier une rente de quasi-monopole en imposant des tarifs anormalement élevés sur certains vols intérieurs. Évidemment, cette rente attise la convoitise des syndiqués. D’autant plus, que la captivité de la clientèle sert avantageusement le pouvoir syndical : on peut prendre en otage les voyageurs canadiens pour se faire octroyer des salaires et des bénéfices marginaux démesurés. Arrive alors Big Brother! Le gouvernement réplique en adoptant une loi spéciale censée protéger notre économie et les consommateurs. Décidément, une situation déplorable en entraine une autre.
En réalité, si le gouvernement voulait vraiment protéger les consommateurs, il s’efforcerait de restaurer une saine concurrence dans cette industrie. Une concurrence qui permettrait aux consommateurs de payer un juste prix pour les services de transport aérien; une concurrence qui permettrait aux travailleurs d’exercer leur droit fondamental de faire la grève pour être rémunéré à leur juste valeur. En attendant, cette loi spéciale sert de pansement temporaire à une situation insatisfaisante pour tous les Canadiens.

jeudi 8 mars 2012

Le corporatisme policier


La Presse.ca, Débats, Opinions, jeudi le 8 mars 2012.

Le projet de loi 46 concernant les enquêtes policières indépendantes est-il suffisant? Ce n’est pas l’avis de la protectrice du citoyen, qui réclame des enquêtes impartiales et véritablement indépendantes sur les policiers. Pendant ce temps, nos autorités policières multiplient les efforts pour banaliser le Bureau civil de surveillance proposé par le gouvernement. Leur crainte? Perdre le monopole de l’information lors des enquêtes impliquant des policiers.
Pour l’économiste, le pouvoir monopolistique prête aux abus. Les abus observés en marge des enquêtes policières sont du reste largement discutés dans la littérature. Dans la revue Critical Criminology, Brian Martin explique en détail les méthodes permettant aux corps policiers de se disculper à la suite de bavures policières. Avis aux intéressés!
Au Québec, lorsqu’il y a décès ou blessures graves dans le cadre d’une intervention policière, la pratique veut qu’une enquête soit menée par une autre organisation de police que celle impliquée dans l’événement. Or, selon un récent sondage Angus Reid, 87 % des Québécois remettent en cause ce système. À croire qu’il n’y a que la grande famille policière qui fasse encore confiance aux enquêtes de police sur la police.
Pourquoi les organisations policières veulent-elles conserver le contrôle des enquêtes qui les concernent? Pour mieux pouvoir inhiber l’indignation citoyenne! Dans les heures suivant l’événement, avant même que les policiers impliqués n’aient été rencontrés, on se hâtera de nous informer que la victime était bien connue des policiers, qu’elle souffrait de problèmes mentaux ou qu’elle possédait un lourd casier judiciaire… On profitera même de l’occasion pour laisser entendre que la sécurité des policiers était menacée et que l’utilisation de la force était pleinement justifiée. Comme si on pouvait présumer des résultats de l’enquête.
Cessons d’être naïfs! Les policiers n’ont aucun intérêt à faire la lumière sur les bavures policières. Contrairement au souhait des autorités policières, ce ne sont pas les pouvoirs du Bureau civil de surveillance qu’il faut limiter, mais bien celui des organisations policières elles-mêmes. Ils auront beau nous répéter que seuls les policiers ont les compétences pour enquêter sur leurs pairs, tout ça n’est que du vulgaire corporatisme. Le véritable enjeu du projet de loi 46 est de restaurer la confiance du public envers une institution dont la crédibilité est mise à mal depuis trop longtemps. A-t-on déjà oublié la Commission Poitras?
Pour l’instant, nos forces policières accepteraient la création d’un bureau civil de surveillance à condition d’en limiter considérablement les pouvoirs. Ne nous laissons pas berner : l’ajout d’un bureau civil sans réel pouvoir d’enquête indépendant créera une fausse illusion d’impartialité et ne servira qu’à renforcer la légitimation d’une situation inacceptable. La loi 46 ne doit pas servir à renforcer un pouvoir policier déjà démesuré. Il faudrait peut-être rappeler à nos autorités policières que, dans un État de droit, leur rôle est de faire respecter la loi… et non de faire la loi!
Épilogue: Il faut avoir testé la sensibilité policière pour comprendre l’inquiétude suscitée par une remise en question des enquêtes policières. Dans la foulée de l’incident ayant fait une innocente victime sur la rue Sainte-Catherine, j’écrivais dans La Presse Débats qu’il ne fallait pas trop attendre de l’enquête policière. La famille, c’est la famille, avais-je osé ajouter! Résultat? Mon institution a reçu plusieurs missives des autorités policières pour dénoncer mes propos et ma présumée incompétence à traiter des affaires policières. Avouez que lorsqu’on se sent investi du pouvoir de mettre de la pression sur une institution universitaire et un de ses professeurs pour un billet d’opinion, il y a de quoi s’inquiéter... Me voilà donc récidiviste!


[1] « The beating of Rodney King : the dynamics of backfire », Critical Criminology, Volume 13, no 3, 2005, pp. 307-326.

mercredi 29 février 2012

SNC-Lavalin devrait-elle se montrer plus transparente?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 29 février 2012
Après avoir annoncé la tenue d’une enquête interne au sujet de paiements mystérieux d’au moins 35 millions de dollars, SNC-Lavalin a vu le prix de ses actions culbuter de 20% mardi. Croyez-vous que, pour préserver son image, la haute direction de la multinationale québécoise aurait avantage à montrer plus de transparence et à lever le voile sur ces paiements occultes le plus rapidement possible ? 
Digne d’un roman policier 
La saga SNC-Lavalin est digne d’un roman policier : société fictive, pots-de-vin, lettre de dénonciation, arrestation d’une consultante au Mexique, départ précipité de deux vice-présidents, comptabilité douteuse et… mutisme des dirigeants. Quand le nom de SNC-Lavalin est associé aux plus tordus de ce monde – comme la famille Kadhafi – on ne peut pas dire que notre fleuron québécois transpire l’honnêteté et la transparence. Alors que des allégations de corruption et de malversation ont déjà été portées contre l’entreprise au Bangladesh, en Inde et au Laos, il faut craindre qu’un doute soit désormais installé dans l’esprit de plusieurs fournisseurs de contrats locaux et étrangers. Personne n’aime s’associer à une entreprise dont la probité est mise à mal à répétition! Il va de soi qu’on aimerait en connaître davantage sur notre géant du génie-conseil. Malheureusement, lorsqu’il est question de corruption, l’omerta s’applique. Saura-t-on un jour la vérité? J’en doute. Les histoires du genre se terminent trop souvent en queue de poisson : les dirigeants gagnent du temps, s’affairent à remettre la comptabilité en ordre et tentent de se faire oublier. La mauvaise nouvelle, toutefois, c’est que le silence des dirigeants est souvent considéré comme un aveu.

lundi 27 février 2012

De grands Oscars?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 27 février 2012.
The Artist, Meryl Streep, Jean Dujardin, Christopher Plummer… Êtes-vous d’accord avec le choix des gagnants aux Oscars de dimanche ? Lequel vous a le plus touché ? Même si Monsieur Lazhar ne l’a pas emporté, y a-t-il lieu d’être fier qu’une autre production québécoise ait été mise en nomination dans la catégorie du meilleur film étranger ? 
Mondialisation du cinéma 
«Putain, génial, merci beaucoup!» C’est ainsi que le Français Jean Dujardin a terminé ses remerciements. Juste auparavant, une lauréate du film Hugo s’écriait : « C’est pour l’Italie! » Je l’avoue, je n’ai pas visionné tous les films en lice à la soirée des Oscars. Par contre, j’ai été étonné. Et pas seulement par le glamour et les robes suggestives des stars hollywoodiennes… Ce qui m’a le plus frappé, c’est à quel point l’industrie du cinéma se mondialise. Les Oscars du meilleur film, du meilleur acteur et du meilleur réalisateur ont été décernés à The Artist, une production française. L’Oscar du meilleur film étranger a été attribué au film Iranien Une séparation, et ce, dans une période de grande tension entre l’Iran et les États-Unis. On dira bien ce qu’on voudra sur le chauvinisme des Américains, il reste que l’Académie a donné l’impression de faire fi de la politique et de s’en tenir à valoriser le travail cinématographique un peu partout dans le monde. Quant à Monsieur Lazhar, comme la plupart des Québécois - du moins ceux qui n’écoutaient pas Star Académie - j’aurais aimé qu’il profite davantage de cette vitrine mondiale. Par contre, le seul fait d’être mis en nomination est déjà une belle victoire.

jeudi 23 février 2012

Un gouvernement minoritaire?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 23 février 2012.
Comment entrevoyez la forte possibilité, selon le dernier sondage CROP, qu’un gouvernement minoritaire soit élu aux prochaines élections au Québec ? Serait-ce préférable ou non à l’élection d’un autre gouvernement majoritaire ? D’après vous, quel chef de parti serait susceptible d’accomplir le meilleur travail à la tête d’un gouvernement minoritaire ?
GESTION À LA PETITE SEMAINE
Six mois en politique, c’est une éternité. Il y a quelques semaines, les sondages prédisaient une quasi-disparition du PQ. Ce matin, ils sont en tête des sondages. Le vote des Québécois serait-il volatil? Même si la situation est susceptible d’évoluer considérablement d’ici l’élection, on ne peut ignorer la possibilité qu’un partage du vote entre le PLQ, le PQ et la CAQ conduise à un gouvernement minoritaire. Est-ce souhaitable? Pas sûr! Un gouvernement minoritaire est une situation transitoire et a tendance à favoriser une gestion à court terme des affaires publiques. Parce que l’opposition peut le renverser à tout moment, il aura tendance à gérer à la petite semaine. La plupart du temps, il reportera à plus tard les décisions difficiles pour se préoccuper d’enjeux à court terme. Des enjeux visibles et populaires qui lui permettront de se positionner pour une élection pouvant survenir à tout moment. C’est comme si on était constamment en campagne électorale. Alors que le vrai défi de notre prochain gouvernement sera de jongler avec des finances publiques fragiles et un inévitable vieillissement de la population, le Québec n’a pas besoin d’un gouvernement cherchant constamment à acheter les votes des électeurs en vue de sa réélection.

mercredi 22 février 2012

Commission Charbonneau: avez-vous confiance?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 22 février 2012

Jusqu’à présent, les gestes posés par la commission Charbonneau vous inspirent-ils confiance? L’appel à tous les citoyens afin qu’ils dévoilent des cas de collusion dans la construction? La décision de la présidente de diffuser une vidéo plutôt que de tenir une conférence de presse? Le fait que les audiences publiques ne commenceront qu’en mai? Que le mandat de la commission soit aussi large?

PAS UN BON SIGNAL
Quatre mois après sa mise sur pied, la commission Charbonneau a donné signe de vie. Celle qu’on a décrite au départ comme une patente à gosse a accouché, hier, d’une… patente à gosse : un site internet non sécurisé. Ce n’est pas très sérieux! C’est vrai que la structuration d’une telle commission d’enquête est un lourd travail. Toutefois, la commission peut compter sur un budget illimité et profiter des travaux de l’escouade Marteau, du rapport Duchesneau et de l’UPAC. En lançant un appel à la dénonciation citoyenne, la commission donne l’impression de ne pas trop savoir où elle va. L’appel à tous n’est pas à proprement parler un bon signal. C’est comme si, après avoir investi des dizaines de millions de dollars en enquête policière, la commission n’avait rien à se mettre sous la dent. Même s’il est trop tôt pour juger, cette première sortie nous laisse sur notre appétit. La juge Charbonneau n’a guère le choix : elle doit accélérer les travaux et produire quelque chose de tangible rapidement. Sinon, elle laissera la désagréable impression qu’on retarde les travaux pour ne pas nuire à la prochaine élection. Il est vrai que les apparences sont souvent trompeuses, mais en matière de justice, les apparences sont fondamentales.

lundi 20 février 2012

Chirurgiens: le ministre Bolduc a-t-il raison ?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 20 février 2012.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a-t-il raison de dénoncer les chirurgiens qui encouragent leurs patients à se faire opérer dans leur clinique privée au lieu d’attendre de se faire traiter au public ?
UN SYSTÈME PUBLIC POURRI
Les cliniques privées ne font que pallier l’inefficacité d’un système public qui craque de partout. Si notre système de santé universel et gratuit ne générait pas de file d’attente et offrait un service de qualité, personne ne sentirait le besoin d’aller ailleurs. Si notre monopole d’État satisfaisait les attentes des patients en attente d’une chirurgie, personne ne débourserait des milliers de dollars de sa poche pour aller se faire opérer dans une clinique privée. Soyons honnêtes, les cliniques de chirurgie privées sont florissantes parce que notre système public est pourri. Alors que notre ministre devrait se réjouir que des chirurgiens gagnent leur vie en améliorant le sort de leurs patients dans le privé, il nous ressort la rengaine de la médecine à deux vitesses. Dans un  régime socialisant, l’égalitarisme aura toujours préséance sur l’efficacité. On a beau répéter à nos politiciens que les citoyens qui vont chercher des services dans le privé libèrent des services dans le public pour les autres, rien n’y fera. À leurs yeux, l’égalitarisme est une question de principe, même si ça signifie de mauvais services pour tous.

mercredi 15 février 2012

Droits de scolarité: la grève est-elle justifiée?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi 15 février 2012.
Les étudiants des universités et des cégeps sont-ils justifiés de déclencher une grève générale illimitée pour contester la hausse des droits de scolarité ?
La distributrice à billets
J’avais l’intention de rappeler que l’éducation est un investissement rentable et que les diplômés récupèreront facilement leur mise… mais j’ai déjà écrit ça! Inutile de se répéter, l’éducation serait un droit. Et les droits se multiplient lorsqu’on cherche à faire payer les autres. En réalité, la jeune génération n’est pas différente de celle qui l’a précédée. Lorsqu’il est temps de prendre ses responsabilités et de mettre la main dans ses poches, on brandit la menace de grève. Si d’un coin de la bouche on dénonce les iniquités intergénérationnelles, de l’autre on réclame une subvention de la génération précédente. Le principe? Tous égaux devant la distributrice à billets étatique. Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir! En matière de grève, la semaine aura été bien remplie. Lundi les garderies, aujourd’hui les étudiants. Dans les deux cas, on nous balance la question de principe : il faut protéger les meilleurs investissements du modèle québécois. Le hic, c’est que malgré nos innombrables investissements mirobolants, nous nous classons parmi les plus pauvres et les plus taxés en Amérique du Nord. Il faudra bien un jour cesser de se regarder le nombril et prendre, comme l’ont fait la plupart de nos voisins, le pari de la responsabilisation individuelle.

lundi 13 février 2012

Une loi contre l'intimidation sera-t-elle efficace?

La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 13 février 2012.
Le gouvernement Charest présentera un projet de loi contre l’intimidation qui imposera aux écoles une «obligation d’intervention». Croyez-vous qu’il s’agit d’un moyen efficace de contrer le phénomène de la violence à l’école ?
L’État bienveillant
L’histoire de Marjorie est triste. Triste aussi est la récupération médiatique et politique qui a suivi ce drame. Les journaux en on fait leurs choux gras et les politiciens se sont bousculés au portillon pour étaler leur désarroi. Les solutions étaient pourtant si simples : une loi et plus d’argent public pour les écoles. L’intimidation n’était, finalement, qu’un phénomène prenant racine dans le laxisme de l’État. Nous voilà rassurés! Maintenant que l’État s’en occupe, tout est réglé. Parce que lorsque l’État est responsable, plus personne n’est responsable; parce que lorsque l’État s’en occupe, plus personne ne s’en préoccupe. C’est comme ça! Le politicien avisé sait se faire protecteur et nous protège des aléas de la vie. De toute façon, qu’aurions-nous pu faire? Imaginez si les politiciens s’étaient mêlés de leurs affaires et avaient décidé de nous responsabiliser? Il aurait fallu que les directeurs d’école dirigent leurs écoles et que les parents s’occupent de leurs enfants. Impossible! Où trouverions-nous le temps de nous plaindre et de réclamer des lois et plus d’argent public pour mettre fin à l’intimidation dont sont victimes les poupons en garderie, les jeunes hockeyeurs à l’aréna, les ainés en résidence et les victimes…?

lundi 6 février 2012

Doit-on intervenir en Syrie?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi 6 février 2012.
Sans l’appui du Conseil de sécurité de l’ONU, les pays occidentaux, dont le Canada, devraient-ils organiser une intervention militaire en Syrie pour déloger du pouvoir le régime du président Bachar el-Assad ?
Mêlons-nous de nos affaires
Il y a toujours de bonnes raisons pour se mêler des affaires des autres. Le hic, c’est que les interventions militaires s’apparentent aux interventions gouvernementales : on sait quand ça débute, mais on ne sait jamais quand ça se termine. On commence par donner son accord à une intervention humanitaire, on accepte par la suite de fournir des armes et du matériel et, finalement, on envoie nos soldats se faire tuer au bout du monde. Dix ou vingt ans plus tard, nos alliés d’aujourd’hui se retournent les uns contre les autres et nous voilà, encore une fois, à soutenir une faction quelconque et à dépêcher des troupes pour la soutenir. Et si par hasard on manque d’amis à défendre, nous envoyons nos soldats jouer les Casques bleus pour arbitrer les conflits des autres. C’est l’escalade des bonnes intentions… militaires! Pendant ce temps, notre dette publique se creuse et on peine à sécuriser nos frontières contre le terrorisme. La politique canadienne en matière de défense devrait se limiter à assurer la sécurité des Canadiens. C’est tout!  Se mêler de ses affaires sera toujours la meilleure des stratégies militaires.

jeudi 2 février 2012

Rétablir la peine de mort?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 2 janvier 2012.
Devrait-on rouvrir le débat sur la peine de mort ? Y a-t-il des situations où la peine capitale pourrait s’appliquer, par exemple lorsqu’un meurtrier n’a aucune chance de réhabilitation, comme le suggérait hier le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu ?
Non à la tyrannie!
Certains crimes méritent-ils la peine de mort? Là n’est pas la question. La vraie question est de savoir si la peine de mort a sa place dans une société comme la nôtre. Ma réponse est non. Pourquoi? Parce que la peine de mort est l’arme de prédilection des tyrans. Ça ne peut être celle d’une société libre et démocratique reposant sur les responsabilités individuelles. Imaginez qu’on exécute un criminel dans le contexte d’une erreur judiciaire : qui en sera tenu responsable? Le juge, le bourreau, le policier chargé de l’enquête? Nous vivons dans un État de droit où personne n’est censé être au-dessus des lois et où chacun doit être responsable de ses actes. La réintroduction de la peine de mort équivaudrait à favoriser le retour d’une caste de despotes investis du pouvoir d’exécuter un individu sans avoir à en assumer la responsabilité. Certains croient que la peine de mort est un moyen de dissuasion à l’endroit des criminels dangereux. D’autres qu’exécuter un criminel en série mettra la population à l’abri d’une récidive. Ils n’ont probablement pas tort… mais on peut sans doute parvenir aux mêmes résultats sans avoir à emprunter la route de la tyrannie.

mercredi 1 février 2012

Doit-on réformer le régime de la Sécurité de la vieillesse?

La Presse, Débats, jeudi le 2 février 2012, p. A21.
La Presse.ca, La Presse Débats. mercredi le 1 février 2012.

Le gouvernement Harper songe à modifier le régime de prestations de la Sécurité de la vieillesse. Aurait-il raison de le faire ? Si oui, comment devrait-il s’y prendre ? En haussant l’âge d’admissibilité de 65 à 67 ans, par exemple ?
UNE SAGE DÉCISION
Électoralement, les conservateurs jouent gros en annonçant une réforme du régime de prestations de la Sécurité de la vieillesse. C’est malgré tout une sage décision : vaut mieux s’y attaquer maintenant que de frapper le mur à long terme. On a beau argumenter qu’une réforme du Régime n’était pas prévue au programme électoral des conservateurs, il reste que le financement des régimes de retraite est une préoccupation qui touche la plupart des pays occidentaux. Les solutions passent inévitablement par l’augmentation de l’âge de la retraite, la diminution des prestations ou l’augmentation des cotisations (si ce n’est des trois à la fois). Le problème de financement à long terme de nos fonds de pension est d’abord et avant tout comptable. J’en conviens avec vous, les comptables ne sont pas particulièrement «sexys»… encore moins leurs solutions. C’est pourquoi le principal obstacle à cette réforme sera politique. En politique, il n’y a jamais de bon moment pour amorcer une réforme qui risque de mettre fin aux privilèges des boomers qui aspiraient à se faire payer une retraite par les générations futures. Malheureusement, à la prochaine élection, les vrais gagnants de cette réforme n’auront pas tous l’âge de voter pour exprimer leur gratitude au Parti conservateur. Les perdants, par contre, auront toute la latitude voulue pour jouer aux victimes d’un gouvernement idéologique et sans compassion.

jeudi 26 janvier 2012

Doit-on reconnaître la CAQ à l'Assemblée nationale?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi 26 janvier 2012.

Même si ses neuf députés n’ont pas été élus sous la bannière la CAQ, le parti devrait-il être reconnu à l’Assemblée nationale et se voir octroyer droit de parole en Chambre et budget à l’avenant ? Le premier ministre Jean Charest et la chef de l’opposition, Pauline Marois, devraient-il accéder à la demande de François Legault ?

Marchandage politique.
Le parti au logo arc-en-ciel, composé d’un arc-en-ciel de députés, a besoin de reconnaissance et… d’argent public. François Legault compte sur la pression populaire pour convaincre les libéraux et les péquistes de lui accorder le statut de deuxième opposition officielle à l’Assemblée nationale. Ce même François qui, depuis des mois, multiplie les maraudages pour convaincre des élus libéraux et péquistes de trahir leur chef, doit maintenant montrer patte blanche devant Pauline Marois et Jean Charest. Le premier geste de la CAQ – personne n’est dupe – sera donc de s’adonner au marchandage politique avec ses adversaires. Que devra-t-il concéder à Pauline pour se faire pardonner le rapt de Rebello? Que promettra-t-il à Jean pour se faire donner ce que l’électorat ne lui a pas encore accordé? On ne le saura probablement jamais. C’est triste, mais c’est comme ça! Le marchandage fait partie de l’ADN des politiciens et, pour eux, l’argent public n’a pas odeur. Bref, pour un politicien, tout est négociable… et, comme le disait Napoléon Bonaparte, « en politique l’absurdité n’est jamais un obstacle. »

Transport collectif: qui doit payer?


La Presse.ca, La Presse Débats, 25 janvier 2011.
Le transport collectif enregistre des records d’affluence. Comment devrait-on financer les projets de développement du transport en commun? En utilisant une partie des recettes du péage ? Par le truchement de la taxe sur l’essence ? Que suggérez-vous ?
Une taxe, c’est une taxe!
Lorsqu’il est temps de faire payer les autres, nos administrateurs publics débordent d’imagination. Le péage routier n’est pas à proprement parler une mauvaise chose. L’idée de faire supporter aux consommateurs le coût réel de l’utilisation d’un bien ou d’un service public est même souhaitable; on parle alors du principe de l’utilisateur-payeur. Les revenus de péage servent alors, et de manière exclusive, à la construction et à l'entretien des infrastructures routières. Si, par un heureux hasard, le péage dégage des surplus, on doit selon ce principe les reverser dans les poches de l’automobiliste. En proposant de prendre 50 % des revenus de péage pour financer le transport en commun, l’ambition réelle de la Société de transport de Montréal (STM) est de taxer les usagers de la route pour financer ses projets de développement. On ne cherche pas seulement à faire payer les automobilistes pour des services qu’ils utilisent, mais à les faire payer pour les utilisateurs d’un autre service, en l’occurrence les usagers du transport en commun. On appelle ça poliment de l’interfinancement. Doit-on se réjouir de l’introduction, par le péage, d’une nouvelle taxe auprès des usagers de la route? On dira bien ce qu’on voudra, mais une taxe… c’est une taxe!

mercredi 25 janvier 2012

Le RLQ n’est pas le gouvernement


Ils s’invectivent à qui mieux mieux! Depuis quelques jours, certains partisans du Réseau Liberté-Québec (RLQ) et du Parti Conservateur du Québec (PCQ) ne cessent de se lancer des roches. C’est votre droit, mais ne m’embarquez pas dans vos jérémiades. Cessez de collectiviser vos insultes. Ne venez plus déposer votre propagande sur mon mur Facebook ou m’accuser d’être un marxiste culturel du simple fait que je participe aux activités du RLQ. J’exercerai ma liberté de vous flusher… promis!
Je participe aux activités du Réseau parce que j’y trouve mon compte. J’y participe parce que le RLQ me permet d’échanger des idées avec d’autres partisans des libertés individuelles.
Dois-je être d’accord avec toutes les idées véhiculées aux rencontres du Réseau? Non. C’est d’ailleurs ce que j’attends d'un réseau, c’est même ce que j’exige du RLQ.
Le RLQ n’est pas le gouvernement. Il n’a pas à privilégier un parti politique plutôt qu’un autre. Il n’a pas à accorder un monopole de vérité à un groupe de droite plutôt qu’un autre. Son travail est de les mettre en concurrence. Il doit simplement m’offrir l’opportunité de mieux les connaître afin que je puisse éclairer mes choix politiques.
Plusieurs aimeraient que le RLQ deviennent un parti politique ou endosse leur préférence partisane. Pas moi!  Le jour où il prendra position, décidera à ma place de ce qui est bon pour moi, je ne participerai plus à ses activités.
Je serai donc de la rencontre du 18 mars à Lévis. J’y serai pour écouter les divers entrepreneurs politiques m’offrir leur produit. Chose certaine, je n’achèterai rien sous la menace et les invectives.

lundi 23 janvier 2012

Affaire Duceppe: qu'en pensez-vous?


La Presse.ca, La Presse Débats, lundi le 23 janvier 2012.
Comment réagissez-vous au fait que pendant plusieurs années, le Bloc québécois et son chef Gilles Duceppe aient utilisé les fonds de la Chambre des communes pour défrayer le salaire du directeur général du parti ?
Bonne chance Gilles!
Stupéfaction chez les souverainistes. Gilles Duceppe aurait floué le trésor public à des fins partisanes. Celui qui, pendant des années, a déchiré sa chemise pour dénoncer les tripotages de fonds publics aurait été pris la main dans le sac. Voilà la belle affaire! L’ex-chef du Bloc serait-il de la race de ceux qu’il se plaisait à pourfendre? Pendant qu’il nous exhorte à lui accorder la présomption d’innocence, sa machine à sauver les meubles est en marche. Tout aurait été fait selon les normes (lorsqu’on étire la norme évidemment). Le pauvre Duceppe serait victime d’une tentative d’assassinat politique perpétrée par des fédéralistes ou des partisans de Pauline. Son discours de réplique serait déjà écrit : toutes les Québécoises et tous les Québécois pensent que... savent que... comprennent que si j’ai rémunéré le directeur général du Bloc à même mon budget de cabinet, c’est seulement pour protéger le Québec des malversations du Canada anglais. La mauvaise nouvelle pour notre champion de la morale politicienne, c’est que ses anciens adversaires politiques ont beaucoup appris de sa légendaire pugnacité. Il risque de goûter dans les prochains mois à sa propre médecine. Il risque de se voir accorder la même présomption d’innocence qu’il a concédée à ses adversaires politiques. Bonne chance Gilles!


jeudi 19 janvier 2012

Pauline Marois doit-elle partir?


La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 19 janvier 2011.
Si vous êtes Pauline Marois, que faites-vous ? Vous démissionnez, ou au contraire, vous vous accrochez à votre poste de chef du Parti québécois, à l’approche des élections ?
Les loups!
Mme Marois doit partir. Suivant la tradition, les chefs péquistes sont toujours responsables des insuccès du parti (jamais le programme !). Mais où est ce politicien qui réussira à conduire le Québec au nirvana d’une souveraineté sociale-démocrate? À en croire les médias, les prétendants sont légion. Ils seraient nombreux à étaler, en privé, leur abnégation à la cause souverainiste. Paradoxalement, tous ces honnêtes et altruistes candidats à la direction du PQ multiplient les trahisons, les magouillages et les alliances douteuses pour conquérir le poste de Mme Marois. Comme des loups à l’affut d’une proie blessée, ils sont prêts à n’importe quelle bassesse pour y arriver. On dit souvent qu’à l’instar d’un bon boxeur, le politicien se doit d’être pugnace et sans pitié pour ses adversaires. Mme Marois avait peut-être ces qualités, mais elle s’est trompée d’adversaire. Elle a compris trop tard que ses vrais ennemis se trouvent dans ses troupes. Elle aura fauté de vertu en étant incapable de faire passer la politicaillerie devant la politique. La bonne nouvelle, c’est que le noble successeur de Mme Marois prétendra avoir réunifié le parti. La mauvaise nouvelle, c’est que le grenouillage est une maladie incurable chez les péquistes. Finalement, le PQ foisonne de politiciens d’expérience.

mardi 17 janvier 2012

Une alliance PQ-QS?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 17 janvier 2012.

Le Parti québécois et Québec solidaire auraient-ils avantage à conclure une alliance pour ne pas se faire compétition dans certaines circonscriptions et ainsi augmenter leurs chances de récolter plus de sièges de part et d’autre aux prochaines élections ?

Vulgaire marchandage politique
On a beau nous présenter les accords électoraux entre le Parti Québécois et Québec solidaire comme une noble alliance, tout ça n’est que du vulgaire marchandage politique. L’idée d’une alliance est simple : elle consiste à acheter les votes d’un autre parti pour tenter de former le prochain gouvernement. Les termes de l’échange? Une fois au pouvoir, et pour s’y maintenir, Pauline Marois accepte de voter pour les politiques mises de l’avant par Amir Khadir. De son côté, le chef de Québec solidaire s’engage à voter pour les mesures prônées par le Parti Québécois. En somme, on fait copain-copain si chacun accepte de donner son appui aux propositions de l’autre. Ce genre de marchandage conduit à l’adoption de politiques publiques qui font plaisir à un sous-groupe d’électeurs, mais qui n’auraient pas reçu l’adhésion d’une majorité si on les avait regroupées dans un seul programme électoral. À terme, ces alliances favorisent l’adoption d’une macédoine de politiques aussi incohérentes que coûteuses pour la population. En somme, comme le coût des politiques publiques est à la charge de tous les citoyens, les alliances politiques permettent à des intérêts partisans de faire adopter des mesures qui seront payées par une majorité d’électeurs qui les désapprouvent. Ah les manigances politiciennes!

mercredi 11 janvier 2012

Des transfuges légitimes?


La Presse.ca, La Presse Débats, mercredi le 11 janvier 2012
Est-il légitime que des députés changent de parti politique et conservent leur siège sans se faire réélire dans leur circonscription ? Les transfuges ne contribuent-ils pas à alimenter le cynisme de la population à l’endroit de la classe politique ?
La légende urbaine du politicien altruiste
Ceux qui généralement courent les tribunes pour étaler leur souci du bien commun n’auraient finalement qu’une seule motivation : se faire élire et réélire. Pour l’école des choix publics, l’opportunisme des hommes et des femmes politiques n’a rien de surprenant. Les politiciens, peu importe leur allégeance, ne sont pas plus altruistes ou moins égoïstes que les citoyens : ils maximisent leur intérêt personnel. Aussi, ce sont essentiellement les sondages favorables à la CAQ qui appâtent les adéquistes, les péquistes et autres transfuges de la scène provinciale. Ce qu’il faut retenir de ce butinage politique, c’est qu’une fois qu’ils auront accédé au pouvoir, ces mêmes politiciens ne se métamorphoseront pas soudainement en gardiens de nos soi-disant intérêts collectifs. Aujourd’hui, ces politiciens n’ont aucun scrupule à vendre leur âme pour se faire élire. Demain, ils gèreront vos impôts et règlementeront votre vie pour se faire réélire. Ils ne se seront pas moins calculateurs et carriéristes une fois au pouvoir! Et dire que plusieurs croient encore que notre avenir doit passer par un État fort… Finalement, l’image du politicien altruiste, désintéressé et animé par l’intérêt public n’est que légende urbaine.

lundi 9 janvier 2012

Chomage inquiétant au Québec?

La presse.ca, La Presse Débats, lundi le 9 janvier 2012.

À contre-courant du reste du Canada, et aussi des États-Unis, le Québec a non seulement encaissé une perte de 25 700 emplois le mois dernier, mais son taux de chômage a bondi de 0,7 % pour atteindre 8,7%. Cette situation vous inquiète-t-elle ? Est-ce un mauvais présage pour la situation économique du Québec en 2012 ?

Le Québec se vide!
Bien sûr que c’est inquiétant : le Québec continuera à se marginaliser du reste du Canada! Comme l’expliquent les économistes Gérard Bélanger et Jean-Luc Migué, les ajustements interrégionaux aux variations de croissance se concrétisent par l’émigration des Québécois, et par un Québec moins attrayant pour les immigrants. Lorsque vous n’avez pas d’emploi, ou un emploi à faible revenu, vous déménagez là où vous pouvez améliorer votre sort. Cette réalité est celle de beaucoup de jeunes Québécois et de nouveaux immigrants qui, depuis plusieurs décennies, préfèrent aller faire leur vie dans les provinces les plus prospères du pays. Résultat? La population du Québec, qui représentait 29 % de la population canadienne en 1966, a vu son poids fondre à 23 %. 

Plusieurs rétorqueront que tout ça n’a guère d’importance, car notre revenu disponible reste comparable à celui des autres Canadiens. C’est vrai. Comme l’ont montré nos deux économistes, on gagne plus à Toronto qu’à Montréal, mais comme il en coûte plus cher de se loger à Toronto qu’à Montréal, notre revenu disponible reste comparable à celui des Torontois. Le problème, c’est qu’à se gargariser du revenu disponible, on oublie l’essentiel. On oublie que notre appauvrissement se manifeste d'abord et avant tout par l’exode des nôtres. Bref, à trop se regarder le nombril, on risque de vider le Québec des Québécois les plus prometteurs.

samedi 7 janvier 2012

Puritanisme hypocrite?



Pas facile pour la Maison Simons de faire des campagnes publicitaires. Après s’être fait reprocher l’hypersexualisation des jeunes et la maigreur de ses mannequins, voilà qu’elle doit composer avec le puritanisme commercial des dirigeants de l’Université Laval.
Mon alma mater vient de s’opposer pour une deuxième fois aux ambitions d’autofinancement des joueuses de l’équipe de rugby du Rouge et Or.  Alors qu’elle leur avait interdit la publication d’un calendrier exhibant leurs charmes, elle s’oppose cette fois à ce que ces mêmes étudiantes participent à une campagne publicitaire de la Maison Simons.
La raison officielle : « Hors de question que des athlètes du Rouge et Or se prêtent à des publicités pour des entreprises, même au bénéfice de leur équipe. […] Nos étudiants ne font pas de pub […] avec personne. […] Que ce soit des étudiants du Rouge et Or ou un crack d'un domaine X ou Y, attacher l'étudiant et l'Université Laval dans un exercice de commercialisation, ce n'est pas dans nos valeurs.» Bref, il n’est pas question pour l’Université Laval d’associer les étudiants ou le nom de l’université à des entreprises commerciales.
Le journaliste n’a cependant pas précisé s’il avait mené son entrevue au Pavillon Kruger de l’Université Laval, au Pavillon La Laurentienne de l’Université Laval, au Pavillon Abitibi-Price de l’Université Laval ou au Pavillon Desjardins de l’Université Laval…

Dites, vous connaissez l’histoire du curé qui prêchait l’abstinence et pieutait avec la bonne sœur?

mardi 3 janvier 2012

Quoi surveiller en 2012?

La presse.ca, La presse Débats, mardi 2 janvier 2012.


En 2012, quels sont les dossiers qui retiendront particulièrement votre attention ? Les élections au Québec ? Les compressions prévues dans le budget fédéral ? Les présidentielles aux États-Unis et en France ? Les relations orageuses entre l’Iran et l’Occident ?

L’année du sacrifice
Pourquoi se creuser la tête à faire des prédictions? Comme une fatalité, les années passent et se ressemblent. À moins que les prophéties mayas nous délivrent de l’emprise de nos gouvernements, l’année 2012 se présente comme une autre année de sacrifices. Les politiciens vont continuer à nous sacrifier pour notre propre bien : hausse de la taxe de vente, hausse de la taxe sur les carburants, hausse de la contribution santé, etc. Cette année encore, nos gouvernements ont impérativement besoin de notre argent : ils croulent sous le poids des dettes et des déficits. Le fédéral a besoin de 12 milliards $, le provincial de 4 milliards $ et les municipalités de 800 millions $. Pour boucler le budget 2012? Non, pour se rendre à l’année du sacrifice 2013. C’est comme ça! Le bonheur du peuple a un prix et, dans le monde politique, le sacrifice des autres est une vertu. Il suffit de prélever toujours davantage de revenus dans la poche des contribuables et de laisser la clairvoyance politicienne promouvoir votre bonheur. Je sais, je sais, l’important c’est « d’être heureux comme peuple », dixit le ministre Bachand. Mais être heureux ne veut pas dire niaiseux, même si parfois… sacrifice!