Article épinglé

mardi 12 février 2013

Voyez-vous Mgr Ouellet pape?


La Presse.ca, La Presse Débats, mardi le 12 février 2013.
Souhaitez-vous l'élection du cardinal Marc Ouellet comme pape? Serait-elle une source de fierté pour les Québécois, malgré les positions conservatrices de Mgr Ouellet?  Pourrait-elle avoir un impact sur la ferveur religieuse des Québécois ?
AYONS LA FOI ! 
L'avocat de Dieu sur Terre, Benoît XVI, s'est désisté. Le cardinal Marc Ouellet, un Québécois qui a passé une grande partie de sa carrière dans les coulisses du Vatican, est un sérieux prétendant à sa succession. Comme dirait mon voisin : le Québec ne s'peut plus! Après Céline, voilà que c'est Marc qui flirte avec la gloire mondiale. L'élection d'un nouveau pape a toujours été un événement médiatique d'envergure internationale. L'élection d'un des nôtres comme chef de l'État du Vatican constituerait sans doute un élément de fierté pour plusieurs et ne pourrait que stimuler la ferveur religieuse des Québécois, du moins chez les plus âgés. Le pape, qu'on le veuille ou non, reste une figure influente de la politique internationale. Ce matin, les médias du monde entier en font leur une et de nombreux Québécois prient pour le cardinal Ouellet en se croisant les doigts. La municipalité de La Motte en Abitibi deviendra-t-elle un lieu de pèlerinage international? Ayons la Foi! 
P.S. Après deux jours de papauté, de papabile... pu papable!

Enjeux d'un autre temps


La Presse, mardi le 12 février 2013, p.A22. (Disponible sur La Presse.ca)
Alors que le Québec n’en finit plus de débattre de gratuité, de gel ou d’indexation de ses droits de scolarité, les grandes universités du monde regardent vers l’avenir.
Dans la récente édition du magazine « The American Interest », Nathan Harden prédit la fin des universités américaines telles qu’on les a connues : l'Éducation supérieure sera dorénavant de plus en plus accessible, de moins en moins coûteuse et plusieurs universités devront se résigner à fermer leur porte. Il va même jusqu’à prédire que d’ici dix ans, l’Université Harvard aura 10 millions d‘étudiants. De la fiction? Pas du tout!
Tout le monde le sait, les industries basées sur l’acquisition et la diffusion d’information vivent une évolution remarquable. Vous pouvez désormais planifier un voyage sur Google Maps, trouver des réponses à vos interrogations sur Wikipédia - la plus grande encyclopédie au monde - où utiliser Skype pour joindre un ami à l’autre bout de la planète. Il suffit d’être branché à internet. 
Le monde universitaire n’échappe pas à cette révolution. Depuis quelques années, plusieurs grandes universités américaines se sont lancées dans la course aux MOOC (Massive open online course); des cours en ligne « massivement » ouverts.
Il s’agit de formations sous forme d’enregistrements vidéos où un grand nombre d’étudiants participent à des forums, des laboratoires, des groupes d’études, et échangent avec d’autres étudiants comme s’ils fréquentaient un cours dans une université traditionnelle.
Ces formations se comptent déjà par centaines et devraient se raffiner et se multiplier dans les prochaines années.  
Parmi les universités engagées dans la compétition : l’Université Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). À l’automne 2012, ils unissaient leurs efforts pour lancer le site edX (edX.org). Ce site offre des formations en ligne identiques à ceux que reçoivent les étudiants qui fréquentent leurs salles de cours, avec, à la clé, un certificat pour ceux qui réussiront les examens. Le tout gratuitement… pour l’instant du moins.
Mieux encore, pendant que le gouvernement du Québec annonçait des coupes budgétaires et qu’il invitait nos universités à se serrer la ceinture, ces deux universités privées investissaient plus de 60 millions de dollars dans un organisme indépendant chargé d’observer les apprentissages et de raffiner les technologies.
Aujourd’hui, la concurrence est vive entre les grandes universités pour étendre leurs enseignements aux étudiants du monde entier. Le jour n’est pas loin où quiconque avec un peu de volonté et de talent pourra s’inscrire en ligne dans une université prestigieuse pour une fraction du coût en campus.
Imaginez l’étudiant de la Gaspésie qui suivra le programme universitaire de son choix, dans l’université de ses rêves, à un coût abordable et sans avoir à déménager à la ville.
Il est donc un peu singulier de voir le monde universitaire québécois ignorer la révolution en cours et se quereller sur des enjeux d’une autre époque. Comme si le Québec était imperméable au reste du monde!
Comment survivre à cette révolution? Voilà la question qui devrait inquiéter les acteurs de notre sommet sur l’enseignement supérieur. La spécialisation et le caractère francophone de nos universités seraient sûrement des atouts à exploiter, mais il semble que chez nous, les universités doivent d’abord faire de la politique.
La bonne nouvelle, c’est que toutes nos hésitations ne devraient pas nuire à l’accessibilité des jeunes Québécois à des formations universitaires de qualité : les grandes universités du monde s’en occupent. Seule la survie de nos universités est en jeu, mais ça, on ne le voit pas. La poutre dans l’œil!

jeudi 31 janvier 2013

Les raisins

La Presse.ca, La Presse Débats, jeudi le 31 janvier 2013.
Une demande de recours collectif a été déposée contre la Société des alcools pour dénoncer ses marges bénéficiaires disproportionnées, exorbitantes et déraisonnables. D’après vous, devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence ?
Les raisins
En protégeant le monopole de la Société des alcools et en interdisant toute concurrence, le gouvernement prend les consommateurs pour des raisins. Et en matière de pressage du raisin, avouons-le, notre monopole public excelle : les dividendes de la SAQ sont toujours de grands millésimes. En 2011-2012, malgré de généreux bonis à ses gestionnaires et à ses employés, notre société d’État a réussi à verser près d’un milliard de dollars au Trésor public, sans compter évidemment les 470 millions de TVQ prélevés par le gouvernement. Devrait-on mettre fin au monopole de la SAQ au profit de la libre concurrence? C’est trop évident! La concurrence favoriserait une meilleure efficacité dans la distribution des produits et une baisse des prix. Par contre, j’ai l’étrange sentiment que chaque gain d’efficacité et chaque cent que pourra gagner le consommateur d’une telle opération seront récupérés d’une façon ou d’une autre par notre gouvernement. Au Québec, il est toujours dans l’intérêt public de saigner les consommateurs et les contribuables. C’est triste à dire, mais nous sommes des raisins.

mercredi 30 janvier 2013

Droits de scolarité: quelle est la meilleure solution?

La Presse.ca, Presse Débats, mercredi le 30 janvier 2013.
Le gouvernement Marois jongle avec plusieurs scénarios qui prévoient des augmentations de droits de scolarité variant de 2 à 3,5%, soit de 46 $ à 83 $ par année. Le gouvernement Charest avait prévu une hausse de 254 $ par année pendant sept ans. De son côté, la CAQ souhaite que quatre grandes universités puissent fixer leurs droits de scolarité et que, dans les autres universités, on module les droits de scolarité selon le domaine d'études. Que privilégiez-vous comme solution?
Laissez-faire!
Il faudrait autoriser nos universités à déterminer elles-mêmes les droits de scolarité, et ce, en fonction de la demande pour leurs divers programmes de formation. Les droits de scolarité deviendraient en quelque sorte un indicateur de la valeur réelle de ces formations. Dans un tel scénario, les programmes prisés par les étudiants seront ceux qui offrent le meilleur ratio qualité-prix; ceux qui leur en donneront pour leur argent; ceux qui leur permettront de rentabiliser leur investissement par l’accession à un emploi qui valorise la formation qu’ils ont chèrement acquise. N’ayez crainte, nos étudiants savent ce qui est bon pour eux. Ils bouderont ces programmes douteux qui ne satisfont pas leurs attentes; ils fuiront ces programmes qui ne mènent nulle part, sinon au chômage. Nous n’aurons plus besoin du bon jugement d’un ministre pour discriminer ce qui va ou ne va pas dans les universités québécoises. Les clientèles étudiantes s’en occuperont très bien.

mardi 29 janvier 2013

Regard d'économiste sur nos universités


La Presse, mardi le 29 janvier 2013, Débats, p.A13 (disponible sur La Presse.ca)

Nos universités sont malades. Les grands acteurs du monde universitaire divergent sur les causes, mais s’entendent sur le remède : l’État doit payer davantage.
Imaginez un instant si l’industrie de la construction était gérée comme nos universités… Nous aurions alors une industrie financée par l’État où les consommateurs pourraient acheter une maison pour une fraction de son coût de construction!
Que se passerait-il? La demande pour des résidences exploserait et on devrait confier à une bureaucratie la tâche d’édicter des règles d’attribution pour discriminer entre les acheteurs. Conséquemment, nos constructeurs d’habitation ne se sentiraient plus obligés de répondre aux préférences de leurs clients, et ces derniers n’auraient d’autre choix que de manifester, de faire la grève, voire de recourir à la violence pour exprimer leurs préférences. À terme, on assisterait à une course aux rentes permettant aux principaux acteurs du domaine de piller le trésor public.
Voyez ce qui se passe dans les universités.
En 1970, J. Buchanan (Nobel d’économie 1986) et N. Devletoglou* s’interrogeaient sur les universités qui sont financées par l’État et où les étudiants ne paient qu’une fraction du coût de leur formation. En les comparant à une entreprise privée, ils leur attribuaient trois caractéristiques : 1) Les propriétaires n’ont aucun pouvoir : ceux qui paient, c’est-à-dire les contribuables, n’exercent aucun contrôle sur la gestion de ces universités; 2) Les producteurs n’ont rien à vendre : les professeurs de ces universités n’ont pas besoin de performer pour vendre leurs services; 3) Les consommateurs n’ont d’autres choix que de consommer ce qu’on leur offre : les étudiants, qui achètent les services de ces universités à un prix dérisoire, sont incapables d’influencer les services qu’on leur offre.
Si cela est vrai aux États-Unis, imaginez au Québec… où toutes les universités sont lourdement subventionnées par l’État.
Aux yeux de l’économiste, nos institutions universitaires s’apparentent à des organismes à but non lucratif ou des ONG subventionnées : elles sont à la poursuite de rentes de l’État où les acteurs s’activent à préserver leur marge discrétionnaire.
Les rencontres préalables au sommet de février nous en ont d’ailleurs fait une éloquente démonstration.
On y a vu des gestionnaires universitaires jouer les lobbyistes; nier avoir cherché à ponctionner les fonds publics; se défendre d’avoir relaxé leurs règles d’admission et d’avoir multiplié les programmes et les campus pour recruter de nouveaux étudiants afin de gonfler la subvention du ministère par « tête de pipe ». Des recteurs qui déplorent le sous-financement universitaire, mais qui se font discrets sur la marge discrétionnaire qui leur a permis de se verser de généreuses augmentations de salaire et des indemnités de départ.
Des fédérations de professeurs qui prêchent les vertus supérieures de l’université publique et qui réclament une charte pour se protéger des « attraits capiteux du moment ». Comme si nos universités étaient des tours d’ivoire et que les professeurs avaient besoin de la protection de l’État pour éviter d’être happés par des incitations de producteurs; comme s’il fallait cimenter la liberté des professeurs d’enseigner ce que bon leur semble et les dégager de leur responsabilité d’adapter leur cours aux besoins des étudiants et du marché du travail.
Il ne faut donc pas se surprendre de voir des leaders étudiants – qui, vraisemblablement, n’attribuent pas une très grande valeur à la formation qu’ils reçoivent – investir leurs énergies à se tailler une carrière sur le marché politique en appelant à une révolution dont l’aboutissement serait de reconduire, voire de sacraliser le système qu’ils dénoncent.
Mais où va notre ministre avec son sommet? Tant qu’il persistera à écarter l’option d’une hausse substantielle des droits de scolarité, son sommet restera une table de revendications où les grands acteurs exigeront toujours plus d’argent public pour satisfaire leurs besoins spécifiques. Ce n’est sûrement pas ce que les contribuables – les propriétaires de nos universités – attendent de cet exercice.
Ce n’est que lorsqu’on obligera nos universités à tirer une large part de leurs revenus des droits de scolarité qu’elles seront forcées de faire le ménage dans leurs programmes de formation et de se concentrer sur ceux qui ont une valeur ajoutée pour les étudiants. On stimulera ainsi la concurrence entre nos universités.
Quand une partie importante de leurs revenus sera tributaire de leur capacité à convaincre les étudiants et le marché de l’emploi de la qualité de leurs programmes, nos universités n’auront guère d’autre choix que de viser l’excellence.
* Buchanan, James M., et Nicos E. Devletoglou. Academia in Anarchy: An Economic Diagnosis, New York and London, Basic Books Inc., 1970, 187p.