Article épinglé

vendredi 22 juillet 2011

Combien de semaines de vacances?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi 22 juillet 2011
D’après vous, quel serait le nombre de semaines de vacances annuelles idéal pour un travailleur au Québec ? Deux, trois, quatre, cinq semaines ? À votre avis, combien de temps a-t-on minimalement besoin pour décompresser, décrocher, se ressourcer, refaire ses forces?
UN CHOIX PERSONNEL
Les vacances n’échappent pas à l’ambition de ceux qui s’acharnent à vouloir réglementer la vie des gens. On peut lire nombre de textes qui suggèrent une période idéale de vacances, un lieu idéal de vacances, une durée idéale de vacances, des vacances obligatoires, etc. En réalité, la durée idéale des vacances est une question de choix personnel. Certains préfèrent en prendre beaucoup, d’autres moins. Plusieurs considérations motivent leur choix : des raisons personnelles, familiales et… monétaires. En fait, les vacances payées, ça n’existe pas. Il n’y a que le travail qui est rémunéré. Le coût des vacances est assumé par le travailleur; il ne s’agit pas d’un cadeau de l’employeur ou de l’État. Elles font partie du contrat de travail négocié avec l’employeur, et ce, au même titre que les horaires de travail et autres avantages sociaux. Même si l’État décrète déjà, via la Loi sur les normes du travail, une durée de vacances obligatoire, ça ne change rien au fait que celui qui en assume le coût, c’est le travailleur. Malheureusement, même si j’adore en prendre, les vacances ne sont pas un bien gratuit.

mercredi 20 juillet 2011

Les mafieux de l’or blond!


Pierre Simard et Jean-Luc Migué
Le Soleil, Les mafieux de l'or blond, Point de vue, 23 juillet 2011, p. 30
La Presse, Cyberpresse, mercredi le 20 juillet 2011

Que le grand cric nous croque si on a rêvé. On nous apprend que de dangereux malfaiteurs ont été coincés : le Québec serait en proie à un marché noir du sirop d’érable. Les mafieux de l’or blond achèteraient du sirop directement des producteurs, sans passer par la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. Voilà pour la une!

Pis encore, le sirop de la honte se retrouverait sur les tablettes de plusieurs grandes chaînes de supermarchés, et ce, un peu partout à travers le monde. De quoi faire monter la glycémie de tous les ayatollahs de la réglementation québécoise. Comme si, au royaume du sirop d’érable, les vrais malfaiteurs n’étaient pas ceux qui font augmenter artificiellement le prix d’un produit pour les millions de consommateurs.
On a souvent l’impression que l’interventionnisme public se résume à nous taxer et à dépenser nos impôts. Si au moins ça ne se limitait qu’à ça! On oublie trop souvent ces réglementations qui concèdent un pouvoir monopolistique à un office de mise en marché, une fédération de producteurs par exemple. Il s’agit ni plus ni moins de cartels légalisés qui contrôlent la production et la tarification d’un produit. Leur mission? Opérer un transfert de richesse des poches du consommateur vers quelques producteurs privilégiés.
Au Québec, scalper le consommateur est devenu une activité vertueuse lorsqu’on a l’assentiment du législateur et l’appui d’un ministère. Il suffit de se parer d’un concept creux, comme celui du développement durable, pour mettre sous tutelle une industrie entière. Cela permet, assurément, d’exercer un contrôle sur les prix, et encore, de se lancer à la chasse d’un entrepreneur offrant le produit réglementé à un prix moindre que celui décrété par le fondé de pouvoir étatique.
Lorsque les amendes et les poursuites guettent l'acériculteur qui produit une trop grande quantité de sirop d’érable ou qui le vend sans en parler à sa fédération, on est loin de parler libre marché. Si des acériculteurs se sentent obligés d’intenter des poursuites judiciaires pour se libérer de ceux qui s’activent à les contrôler, on parle alors de harcèlement bureaucratique.
Aujourd’hui, les consommateurs doivent payer des prix gonflés pour de nombreux produits. Plusieurs producteurs ne peuvent plus exercer leur droit de propriété, ni les pouvoirs de décision qui l’accompagnent. Trop souvent, les grossistes et les revendeurs doivent se faire accréditer et montrer patte blanche aux planificateurs de marché.
On conçoit que l’industrie réglementée puisse servir les producteurs organisés et les bruyants syndicalistes. On comprend aussi que l’octroi de tels privilèges puisse séduire les politiciens en quête de votes et d’appuis corporatifs. Il en est toujours ainsi lorsque ceux-ci peuvent concentrer les bénéfices dans les mains de cartels influents et diffuser les coûts de leurs décisions aux consommateurs peu organisés.
Au bout du compte, toutes ces réglementations sectorielles s’inscrivent dans la même logique : elles font payer le consommateur. Eh oui, rien de plus facile que « d’entailler» le consommateur…!

mardi 19 juillet 2011

Encore confiance dans les journaux?


 La Presse Débats, Cyberpresse, mardi le 19 juillet 2011.
À la suite du scandale des écoutes téléphoniques qui secoue l’empire médiatique de Rupert Murdoch et qui a mené à la fermeture du quotidien News of the World, votre confiance envers les journaux a-t-elle été minée ? Croyez-vous que cette méthode illégale pour récolter de l’information pourrait être utilisée par des médias canadiens ?
RESSERRER LES RÈGLES ÉTHIQUES
News of the World, le plus vendu des journaux dominicaux de Grande-Bretagne, est mort. Ce journal qui a violé pendant de nombreuses années la vie privée des célébrités, des politiciens, des victimes de crime, et ce, sous l’œil complaisant des forces policières, a dû fermer ses portes. La raison? Les pressions populaires et le désengagement de ses principaux commanditaires à la suite des révélations des dernières semaines. Ce scandale montre que certains journalistes et entreprises de presse sont prêts à employer n’importe quelle méthode pour créer la «une». Il illustre aussi la différence entre les journalistes qui se croient tout permis en prétextant le droit du public à l’information, et ceux qui croient encore au droit à la vie privée des citoyens. L’heureuse nouvelle, c’est que dorénavant, les entreprises de presse y penseront à deux fois avant de faire passer leur intérêt avant ceux des individus. Dans un monde où chacun est friand de savoir ce que les autres mangent pour le petit déjeuner et avec qui ils roucoulent, les journaux du monde devront resserrer leurs règles éthiques au risque d’y perdre leur crédibilité ou même de devoir fermer leurs portes. Je ne sais pas ce que le dissident russe Alexandre Soljenitsyne dirait à Rupert Murdock, lui qui disait que «notre liberté se bâtit sur ce qu’autrui ignore de nos existences.»

mardi 12 juillet 2011

Vers une récession mondiale?


La Presse Débats, Cyberpresse, 12 juillet 2011.
La crise de la dette qui secoue les États-Unis ainsi que la zone de l’euro risque-t-elle de provoquer une nouvelle récession à l’échelle planétaire ? Êtes-vous confiant que la crise va se résorber sur les deux fronts ?

CRISE DE L'ÉTAT-PROVIDENCE
Il y a quelques mois, l’économiste Pierre Lemieux publiait un livre intitulé : Une crise peut en cacher une autre (Les Belles Lettres). Dans cet ouvrage, il nous rappelle qu’en 2007, on interprétait la crise comme celle du capitalisme. Fini, le laissez-faire économique! Quatre ans plus tard, on doit se rendre à l’évidence que le diagnostic était erroné. Comme l’explique Lemieux – senior fellow à l’Institut Économique de Montréal – la crise ne relevait pas d’un manque d’autorité des gouvernements, mais au contraire d’un État beaucoup trop présent dans l’économie. Les États occidentaux, déjà lourdement endettés, ont profité de la crise pour accroître leur déficit et s’endetter davantage. Résultat? La crise économique s’est transformée en crise des finances publiques. Peut-être serait-il plus juste de dire que s’est révélée la crise latente de l’État Providence. Il y a quatre ans, nos politiciens accusaient les banques; aujourd’hui, ce sont les banques qui semoncent nos gouvernements. On évoque même la faillite potentielle de plusieurs gouvernements, y compris celui des Etats-Unis. De toute évidence, les promesses interventionnistes ne sont pas au rendez-vous et l’endettement de nos gouvernements plombe les possibilités de reprise. Cette crise se résorbera-t-elle? Pour cela, il faudrait que les citoyens cessent de rêver au retour des Nordiques et du Prince Charmant, et qu’ils obligent les politiciens à mettre de l’ordre dans les finances publiques.

vendredi 8 juillet 2011

Dépassés, les procès devant jury?


La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 8 juillet 2011
À la suite du verdict rendu par 11 jurés dans l'affaire Turcotte, certains remettent en question les procès devant jury. Les jurés, estiment-ils, n'ont pas la formation juridique nécessaire pour trancher dans des causes aussi complexes que celle-là. Qu'en pensez-vous? Vaudrait-il mieux que tous les procès criminels se fassent devant un juge seul?
LA PARTICIPATION CITOYENNE N'EST PAS QU'UN CAPRICE DÉMOCRATIQUE
Je comprends que l’affaire Turcotte puisse soulever les passions, mais ne serait-il pas préférable de laisser retomber la poussière avant de réformer notre système de justice? Au Canada, la plupart des procès sont entendus devant des juges exclusivement. Ce ne sont que les personnes accusées d’une infraction criminelle qui ont le droit d’être jugées par un jury de citoyens. Désire-t-on vraiment que la justice devienne exclusivement une affaire de spécialistes triés sur le volet? Notre justice n’est-elle pas déjà un « business » de juges, d’avocats et de témoins experts? La participation citoyenne n’est pas qu’un caprice démocratique, c’est aussi une façon de rapprocher le peuple de sa justice. Or, malgré ce que certains laissent entendre, les jurés n’ont pas autant de latitude qu’on pourrait le croire. Outre le fait qu’ils sont sélectionnés par les parties en cause, ils doivent suivre les instructions du juge, ne tenir compte que des éléments de preuve qui leur sont présentés au tribunal et rendre une décision unanime. Avant de décréter que tous les procès criminels devraient se tenir devant un juge seul, il faudrait peut-être se rappeler qu’il y a quelques mois à peine, on voguait en pleine commission Bastarache. On se calme?

mercredi 6 juillet 2011

Confiance en la justice?


La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi le 6 juillet 2011

Le verdict de non responsabilité criminelle pour troubles mentaux rendu par le jury au procès de Guy Turcotte a suscité l'indignation générale. À votre avis, ce verdict révèle-t-il une faille dans notre système de justice? Avez-vous confiance que ce système, de façon générale, punit assez sévèrement les criminels?
DEUX ENFANTS MORTS PAR ACCIDENT?
Onze jurés ont jugé à l’unanimité que Guy Turcotte n’était pas responsable de la mort de ses enfants. Mais qui en est donc responsable? Loin de moi l’idée de remettre en cause le travail de la justice dans cette affaire. Au contraire, tout indique que le juge et les jurés ont fait leur travail consciencieusement. Ce qui m’interpelle, en tant que citoyen, c’est l’idée qu’au bout du compte, deux enfants sont morts et que ce n’est la faute de personne. Si Guy Turcotte avait été jugé sain d’esprit au moment de son crime, sa responsabilité n’aurait fait aucun doute et il aurait été condamné à perpétuité. On a plutôt jugé que son geste avait été commis dans un moment de démence et, qu’en conséquence, il n’était pas responsable de ses actes. Au lendemain de ce verdict, je me pose plusieurs questions. La responsabilité d’un individu est-elle exclusivement une question de santé mentale? Le rôle de la justice se limite-t-il à déterminer, avec l’aide de psychiatres, si oui ou non le meurtrier était sain d’esprit au moment de poser son geste? Une personne ne peut-elle qu’être responsable ou irresponsable de ses actes? N’y aurait-il pas de place pour une responsabilité partielle? Je ne suis pas outré par ce jugement, il me rend seulement inconfortable. Comme beaucoup de citoyens, j’ai de la difficulté à admettre que deux enfants aient été poignardés à mort par accident.

jeudi 30 juin 2011

Visite du couple princier: pour ou contre les manifestations?


La Presse Débats, Cyberpresse, jeudi le 30 juin 2011.
Un regroupement d'indépendantistes, le Réseau de résistance du Québécois, prévoit manifester à Québec, samedi, contre la visite du prince William et de sa conjointe Kate Middleton. Selon vous, ces manifestants devraient-ils s'abstenir pour éviter de nuire à l'image du Québec? Ou bien doit-on se réjouir qu'on puisse, chez nous, exprimer publiquement son opinion, quelle que soit cette opinion?
LA LIBERTÉ D'EXPRESSION S'ACCOMPAGNE DE CELLE DE MANIFESTER
Je l’avoue, je n’ai aucune affinité avec le Réseau de résistance du Québécois, par contre comme le disait Thomas Paine: Celui qui veut conserver sa liberté doit protéger même ses ennemis de l’oppression; car s’il ne s’y astreint pas il créera ainsi un précédent qui l’atteindra un jour. Aussi, je considère inutile de refaire l’historique de la liberté d’opinion. Nous devrions tous connaître nos droits fondamentaux et les défendre bec et ongles. Je me contenterai seulement de rappeler que la liberté d’expression s’accompagne de celle de manifester ses opinions dans le 
respect de l’ordre public, et ce, même si elles sont contraires à celle de la majorité. En aucun cas ces droits ne devraient être diminués. Surtout pas au nom de la sauvegarde d’une soi-disant image. Au contraire, l’image d’un Québec libre et démocratique serait ternie à jamais s’il fallait interdire cette manifestation du Réseau de résistance du Québécois. Par contre, j’aimerais exprimer une opinion toute personnelle: ces militants devraient trouver quelque chose d’utile à faire de leurs dix doigts – aller couper de la cane à sucre pour les pauvres à Cuba, par exemple.

mardi 28 juin 2011

Au nom de la sécurité!


J’ai éprouvé un malaise avec les mesures de sécurité mises en place par la Ville de Québec lors de la Saint-Jean. Non pas que je suis contre l’ordre public. Simplement, ça sentait l’État répressif.
L’événement a donné lieu à un déploiement policier sans précédent : barrages routiers, périmètres de sécurité et fouille des citoyens. Le but avoué? Freiner la consommation d’alcool. Mais comme les fêtards avaient la permission de consommer des boissons alcoolisées, tout laisse croire que le but réel de cette opération policière consistait à contrôler les citoyens.
Je sais, nous vivons en démocratie, mais... comment expliquer ce mur de suspicion devant tous ceux venus fêter la Saint-Jean sur les plaines d’Abraham? Que penser d’une ville qui donne à ses policiers la permission d’arrêter, d’interroger et de fouiller tous les citoyens? Doit-on ignorer qu’on a exigé de chaque individu qu’il prouve son innocence avant même de s’être rendu coupable de quoi que ce soit?
Soit! Il y a bien eu des débordements festifs par le passé. N’empêche que la fin ne justifie pas les moyens. Ce n’est pas tant les objectifs poursuivis qu’il faut questionner ici, mais les moyens utilisés. C’est toute cette démesure dans le déploiement des forces policières pour contrer les excès de quelques abuseurs qu’il faut dénoncer. D’autant plus que les casseurs trouvent toujours les moyens de briser, policiers ou non.
Si le mandat confié aux policiers s’était limité à intervenir face aux comportements mettant en danger la propriété ou la vie des citoyens, on pourrait dire qu’ils n’ont fait que leur travail. Mais non, ce n’est pas des policiers ordinaires qu’on a déployés pour la Saint-Jean, mais une cavalerie de douaniers, d’inquisiteurs et de voyeurs.
Évidemment, en entretenant le spectre de l’événement malheureux, les autorités ont cherché à faire oublier que l’immense majorité des citoyens se rendent à la fête nationale pour voir un spectacle, s’amuser et partager leur ferveur nationaliste. Non pas pour mettre la Ville de Québec à feu et à sac.
Il y aura toujours quelque chose de malsain à transformer une ville en état policier et à imposer la « drill » militaire au bon peuple sous prétexte de le protéger contre lui-même.
Aujourd’hui, la Ville de Québec donne la frousse. Non seulement parce qu’elle a réussi à mettre à l’avant-scène un corps policier bien entrainé, bien armé et omniprésent, mais parce qu’elle retire une telle fierté de son opération, qu’elle entend en faire une mesure permanente.
Que nous réserve-t-on pour le prochain événement festif? Un périmètre de sécurité s’étendant à toute la ville? L’obligation de présenter une carte d’identité? Tout le monde tout nu pour la fouille? Au nom de la sécurité, l’inquisition policière semble sans limites.
Il y aura toujours une bonne raison pour intensifier les contrôles policiers et abuser des individus. Les plus grandes atrocités du monde ont commencé par ce genre de petites entorses aux droits et libertés des citoyens.
Aussi, pourrait-on rappeler aux autorités que dans une démocratie, ce ne sont pas les citoyens honnêtes qu’il faut pourchasser, mais les criminels et les délinquants.

lundi 27 juin 2011

Le Québec fait-il peur à l'industrie gazière et pétrolière?


La Presse Débats, Cyberpresse, lundi le 27 juin 2010
Selon un sondage réalisé par l'Institut Fraser auprès des principales entreprises pétrolières et gazières, le Québec est perçu comme un des pires endroits au monde pour investir dans l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. À votre avis, faut-il s'inquiéter ou au contraire se réjouir de cette perception? Que devrait faire le gouvernement du Québec pour réagir à ce résultat?
RIEN D'ÉTONNANT
Ainsi, la province de Québec serait considérée comme un des pires endroits pour investir dans l'exploration et l'exploitation des hydrocarbures. Faut-il s’en surprendre? On aurait tort de n’y voir qu’une conséquence du débat folklorique entourant l’exploitation des gaz de schiste. Il ne faut pas oublier que cette enquête sondait les entreprises sur plusieurs aspects de leur environnement d'affaires. Or, le gouvernement du Québec est le champion nord américain de la coercition des entreprises. Non seulement à cause de sa fiscalité défavorable, mais aussi par ce qu’il contrôle à peu près toutes les activités d’une entreprise. Investir au Québec, c’est accepter de se conformer à une panoplie de lois et de règlements édictés par une quelconque régie, un ministère, la CSST,  l’Office québécois de la langue française et au moins une dizaine d’autres bureaucraties. Avez-vous déjà compté le nombre de rapports à produire et les demandes d’autorisation à obtenir avant même de commencer à exploiter une ressource? Pas surprenant, que les investisseurs préfèrent aller creuser leur trou ailleurs. Rien pour se réjouir!

mercredi 22 juin 2011

Quel sens donner à la Fête nationale?

La Presse Débats, Cyberpresse, mercredi le 22 juin 2011
Quelle signification revêt la Fête nationale pour vous ? Est-ce la fête de tous les Québécois? Des francophones uniquement? Des souverainistes et fédéralistes confondus? Est-ce important de célébrer la fête de la Saint-Jean?
LA "FÊTE DE LA POLICE"? 
Selon l’Encyclopédie canadienne, la célébration de la Saint-Jean est une tradition qui remonte à 1636. Longtemps considéré comme la fête des Canadiens français, la Saint-Jean est depuis 1977 la fête nationale des Québécois. Aujourd’hui, la Saint-Jean est un événement hautement politisé. Ce qui devrait être la fête de tous les Québécois est devenu l’événement propagandiste des souverainistes du Québec. D’ailleurs, pas question d’y faire chanter un groupe de musiciens anglophone. Ô sacrilège! Cette année à Québec, ce n’est pas l’étalage de la ferveur nationaliste qui retient l’attention. On ne parle guère, non plus, des artistes qui se produiront sur les divers sites. Ce qui retient l’attention, ce sont les nouvelles mesures de sécurité mises de l’avant pour contrer les débordements festifs. Depuis des mois, les autorités se bousculent dans les médias pour faire étalage de leur souci soudain de faire respecter l’ordre public. Au menu : déploiement policier, périmètre de sécurité, contrôle de l’alcool et transport en commun. S’il y a eu d’inévitables débordements dans le passé, on doit aujourd’hui s’interroger sur ces mesures mise de l’avant pour contrer les excès de quelques jeunes… Des écervelés qui, avouons-le, trouveront toujours les moyens de briser et de casser, policiers ou non.  Aurait-on mis la table pour un éventuel débordement? Espérons que tout cet autoritarisme ne dégénère pas en « fête de la police ».                                                         

mercredi 15 juin 2011

Bonjour la police!


Comment appelle-t-on un État où les policiers dictent aux professeurs d'université quoi
penser et quoi écrire? Ce sera difficile à croire, mais certains policiers jouent les gros bras auprès de mon université pour me faire taire.
Voilà, je suis choqué. Non pas parce que des policiers sont en désaccord avec moi, ni parce qu’ils m’invectivent par courriel. Oh non! Je suis indigné par leurs menaces de représailles à peine voilées. Hé les amis! L’ENAP, c’est une université!
Sous prétexte que son service de police a des contrats avec mon institution, l’un d’entre eux m’a écrit : « Il est clair que nous allons discuter de vos propos dans notre organisation et avec l'ENAP... » « Je vais personnellement, a-t-il ajouté, intervenir auprès des autorités concernées pour m'assurer que vous ne soyez pas impliqué [dans nos contrats avec l’ENAP]. » Désolé, cher «client», mais ça sent l’intimidation policière.
En d’autres termes, ces messieurs qui suivent des cours à l’ENAP veulent montrer à l’institution et à ses professeurs quoi penser. Je devrais, semble-t-il, les « contacter » avant  d’exprimer mon opinion sur des évènements d’actualité impliquant des policiers.
Mon crime? Avoir écrit  un commentaire de 250 mots dans La Presse Débats sur la tuerie de Montréal. J’y soulignais que les forces policières ont le monopole des armes à feu; qu’une des raisons des nombreux débordements policiers tient surtout de leur impunité et qu’il ne faut pas trop attendre d’une enquête menée par la confrérie. La famille, c’est la famille, ai-je même ajouté. Ô sacrilège!
Pour quiconque suit l’actualité, il n’y a rien de très original dans ce commentaire : plusieurs observateurs ont tenu des propos similaires sur d’autres tribunes. Mais leurs institutions n’ont pas toutes des policiers étudiants et des contrats avec un service de police… D’où ma gloire soudaine, j’imagine, auprès de la famille policière.
Il semble qu’aux yeux de certains policiers, un professeur d’université qui met en doute une intervention policière constitue une menace à leur pouvoir. J’invite les étudiants policiers à ne pas interrompre leurs études universitaires pour autant : ils ont beaucoup à apprendre, notamment à propos de la liberté universitaire… et de la liberté tout court.
Un policier étudiant m’a annoncé en grande pompe son intention d’éviter ma salle de classe. Puisqu’il sera absent, je lui cite l’Encyclopédie canadienne : « La liberté universitaire se définit couramment comme étant la liberté pour les professeurs d'enseigner, de publier leurs travaux de recherche, de critiquer et d'aider à définir les politiques de leurs institutions, et d'aborder des questions d'ordre public en tant que citoyens sans craindre de sanctions de la part de leur institution» (Les caractères gras sont de moi.)
Je sais, chers policiers, que mes propos vous ont froissés, et pour cause. Mais comme le disait André Foissard : Il y a tout lieu de s’inquiéter quand la police est « sur les dents » : la position ne permet pas d’attraper grand chose. Ça vous tente de desserrer les dents un peu?

vendredi 10 juin 2011

Des sommets utiles?

La Presse Débats, Cyberpresse, vendredi le 10 juin 2011.

La Presse Débats: Selon la Vérificatrice générale Sheila Fraser, le gouvernement du Canada a dépensé plus de 600 millions pour la tenue au pays des sommets du G8 et du G20, l'été dernier. Cette année, la France a dépensé près de 30 millions pour la rencontre du G8, à Deauville. À votre avis, ces rencontres annuelles de chefs de gouvernement sont-elles utiles? Y aurait-il un moyen de faire en sorte qu'elles soient moins coûteuses? Les mesures de sécurité sont-elles excessives?

UNE PLATEFORME PUBLICITAIRE MONDIALE
Les sommets du G8 et du G20 sont sensés permettre une concertation des chefs d’État sur les grands enjeux économiques internationaux. Au fil des ans, ils sont devenus des plateformes publicitaires mondiales. Aujourd’hui, on ne mesure plus le succès des sommets aux décisions qui y sont prises, mais à la couverture médiatique qui en est faite. C’est dans cette perspective que le Canada a dépensé une fortune pour refaire une beauté à la ville hôtesse de Toronto. L’objectif inavoué? Bien recevoir les habitués de ces rencontres que sont les manifestants altermondialistes. Sans surprise, nos politiciens auront profité de l’occasion pour s’adonner à leur sport favori : le gaspillage de fonds publics. En bout de ligne, ils auront dépensé plus de 600 millions de dollars pour permettre aux caméras du monde entier de retransmettre l’image d’un Canada démesurément riche et disposant d’une police entraînée et… super équipée. Bref, nous aurons réussi à convaincre le monde que le gouvernement canadien a un orgueil encore plus démesuré que celui des Français. Ce qui n’a rien de rassurant, avouons-le!