vendredi 15 avril 2016

Lettre ouverte au ministre de la Sécurité publique M. Martin Coiteux


Monsieur le Ministre,

J'ai pris acte de vos considérations philosophiques concernant les opposants à votre registre des armes à feu. Pour être honnête, vous ne m’avez guère offusqué. Je ne vois rien de honteux à me faire accuser d'adopter une philosophie anarchiste. Surtout quand l’accusation vient du ministre de la Sécurité publique, celui dont le rôle est justement de veiller au monopole de la violence de l’État québécois.

Je ne suis pas politicien, je vais aller droit au but. Dans le cas du projet de loi sur l'immatriculation des armes à feu, c’est votre gouvernement qui se fait l'apôtre de la violence. C’est vous qui menacez les honnêtes chasseurs et autres propriétaires d’armes à feu d’amendes et de saisies s’ils n’immatriculent pas leurs armes. Ne mêlons pas les choses.

C'est vrai que, contrairement à vous, je n'ambitionne aucune carrière politique. Je ne suis soumis à aucune ligne de parti et je ne crains nullement de déplaire à mon premier ministre. Sans compter, j'en suis conscient, que je n'ai aucun groupe d'intérêt à amadouer pour me faire réélire. 

Je ne suis qu'un simple citoyen qui paie ses impôts et qui, jusqu'ici, respectait vos lois. Un Québécois, parmi des centaines de milliers d'autres, qui est en désaccord avec votre projet d'immatriculation des armes à feu. 

Comme eux, j'estime que ce registre n'apportera rien à ma sécurité ou à celle de mes concitoyens.

Je me ferai donc anarchiste. Je serai un anarchiste non violent. Je ne combattrai pas votre violence par la violence. Je n'agresserai personne ni ne ferai dommage au bien de quiconque. 

Pour tout vous dire, je suis contre toutes les violences, y compris celles sur lesquelles se fonde votre pouvoir.

Aussi, comme je suis un anarchiste qui s'assume, je n'immatriculerai pas mes armes. Ce sera ma résistance, ma rébellion. Je mènerai une révolution paisible contre votre loi liberticide. 

Et si nous sommes suffisamment d'anarchistes à le faire, nous ferons tomber votre registre: nous le rendrons inutile.

Pour plus d’information sur la question, je vous invite à prendre connaissance de ce court billet que j’ai déposé sur mon blogue : « Du registre à la désobéissance civile. »

Respectueusement,

Pierre Simard, anarchiste et professeur à l’ENAP


Du registre à la désobéissance civile

« Vous me dites, on se méfie tellement de l’État qu’on veut s’organiser tout seul. Ça fait un peu anarchiste comme proposition. On voit bien que c’est une philosophie politique qui vous anime […]».  (Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique).


Pour le ministre de la Sécurité publique, les opposants à son registre québécois des armes à feu sont mus par une philosophie anarchiste. Lorsque la loi sera adoptée, ajoute-t-il, le refus d’enregistrer ses armes constituera une « rébellion contre les lois ». Le ministre réalise-t-il que son registre l’expose à un mouvement de désobéissance civile et à une révolution paisible?

Les derniers sondages indiquent qu’une forte proportion de québécois sont en désaccord avec l’intention du gouvernement de créer ce registre. Une pétition comptant plus de 60 000 signatures a même été déposée à l’Assemblée nationale. Pourquoi des milliers de Québécois devraient-ils obéir à une loi qu’ils considèrent injuste?

La révolution paisible
Puisque le ministre semble se nourrir de philosophie, j’aimerais lui rappeler que la littérature foisonne de philosophes politiques clamant qu’une loi injuste n’est pas contraignante, et qu’il est légitime de chercher à la renverser par des moyens non violents.

C’est généralement à Henry David Thoreau qu’on associe les concepts de désobéissance civile et de révolution paisible.

« Des lois injustes existent : nous satisferons-nous de leur obéir ou tâcherons-nous de les amender, de leur obéir jusqu'à ce que nous y ayons réussi, ou les transgresserons-nous sur-le-champ ? […] Une minorité est impuissante tant qu'elle se conforme à la majorité […] mais elle devient irrésistible quand elle la bloque de tout son poids. Si l'alternative était de mettre tous les justes en prison ou renoncer à la guerre et à l'esclavage, l'État ne balancerait pas dans son choix. Si un millier d'hommes refusaient [d’enregistrer ses armes à feu], ce ne serait pas une mesure violente et sanguinaire […] Telle est, en fait, la définition d'une révolution paisible, si semblable chose est possible »
Henry David Thoreau - Le devoir de Désobéissance Civile, 1849



Le scénario Lemieux 
L’économiste et philosophe Pierre Lemieux dans ses Confessions d'un coureur des bois hors la loi, imagine le scénario suivant :

« La désobéissance civile s’intensifie. Un grand nombre de détenteurs d’armes refusent de demander les autorisations requises ou, du moins, refusent de répondre à certaines questions et mènent une guérilla écrite et électronique incessante. Les marchés noirs fleurissent où l’on obtient des armes sans la permission du Prince, et personne n’a honte d’y participer. Quand on réalise qu’une loi tyrannique a transformé 10% des Canadiens en criminels pacifiques dans leur propre pays, même la majorité bienpensante se rappelle du mot « liberté ». Au lieu de réprimer, la police laisse faire. Le contrôle des armes au Canada s’écroule. Les héritiers de la Magna Carta et du Bill of Rights et les descendants des coureurs des bois auraient cassé la tyrannie administrative moderne. »  Pierre Lemieux, Confessions d’un coureur des bois hors-la-loi (2001) p. 40

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Quand le gouvernement adopte des lois arbitraires et injustes, il mine son autorité et la légitimité de ses décisions. Il encourage à la désobéissance civile. Peut-être que le ministre Coiteux comprendra l’absurdité de son registre lorsqu’il devra traîner en justice, voire mettre en prison, des centaines de milliers de Québécois dont le seul crime aura été de ne pas avoir enregistré leurs armes.