lundi 11 avril 2016

À fond la Caisse!

Le premier ministre Couillard annonçait ce week-end que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) irait de l’avant avec la construction de deux lignes de trains électriques à Montréal. Doit-on s’en inquiéter?

Ce n’est pas que la CDPQ investisse deux milliards de dollars de l’épargne des retraités du secteur public et parapublic dans les infrastructures publiques qui est troublant. Investir dans les infrastructures intéresse la plupart des grands fonds de retraite.

D’ailleurs la CDPQ, détient dans son portefeuille une dizaine de milliards de dollars de placement de cette nature hors du Québec.

Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et laisser profiter les Québécois de ces investissements? Pourquoi investir au Québec serait-il plus risqué qu’à l’étranger? 

Parce ce que la Caisse, ce faisant, ouvre la porte à une politisation de ses décisions d’investissements. Or, aucune personne sensée et saine d'esprit ne confierait ses économies à un politicien.

La politisation des investissements
On aura beau me dire que la Caisse est officiellement indépendante du pouvoir politique, il n’en reste pas moins que la récente annonce a été faite par le premier ministre Couillard en marge de l’élection partielle de Chicoutimi.

Par quelle coïncidence lui revenait-il de livrer cette primeur, sinon pour s’en attribuer le mérite? Jusqu’où s’étendra dorénavant son pouvoir d’intervention sur les investissements de la CDPQ?

On peut bien nous marteler que la Caisse reste maîtresse de ses décisions, il faut craindre que cette indépendance soit remise en cause lorsque viendra le temps d’octroyer les mandats de conception et de réalisation des ouvrages; lorsqu’elle devra sélectionner l’option la plus économique et rentable pour faire fructifier l’épargne des retraités.

On peut présumer que les pressions politiques et syndicales seront très fortes pour que cette manne de deux milliards de dollars soit partagée entre un fleuron de l’ingénierie locale et Bombardier Transport (BT Holdco), dans laquelle la CDPQ vient par hasard de prendre une participation de 1.5 milliards de $.  Ce ne serait pas une première : on se souvient tous du faramineux contrat sans appel d’offres qu'on lui a octroyé pour la construction des wagons du métro de Montréal.

Une mine à tarir
En devenant bâilleuse de fonds et gestionnaire de projets d’infrastructures au Québec, la CDPQ s’expose au piège politique, et ce n’est pas les partis d’opposition qui la protégeront des pressions du gouvernement. Il y a longtemps que le PQ et la CAQ salivent à l’idée d’utiliser la Caisse comme, soi-disant, levier de développement économique.

Pendant ce temps à Toronto, le UP Express, qui relie l'aéroport Pearson au centre-ville de Toronto, est critiqué pour son faible achalandage. Pourtant, ce train, qui a coûté près d'un demi-milliard de dollars aux contribuables, dessert un aéroport dont la fréquentation est de plus du double de celui de Montréal. Mais ça, c’est à Toronto. À Montréal, depuis le temps que nos élites politiques en rêve, ce sera sûrement différent. 

Pourquoi ai-je le sentiment que les politiciens ont trouvé dans l’épargne-retraite des Québécois de l'argent frais et une nouvelle mine à tarir ?