mercredi 6 avril 2016

Les « Panama Papers » et l’hypocrisie du devoir fiscal

Je rêve que le Québec devienne un paradis fiscal. Je ne parle pas d’un paradis où les escrocs pourraient blanchir le fruit de leur crime. Je songe à un Québec où le simple contribuable pourrait s’affranchir de l’esclavagisme fiscal.

La propagation des « Panama Papers » est certainement une bonne nouvelle s’ils contribuent à démasquer les criminels et les politiciens qui détroussent les citoyens à leur profit.

Il s’agit toutefois d’une mauvaise nouvelle s’ils servent à harceler et à diaboliser ceux qui utilisent légalement les paradis fiscaux à des fins d’optimisation fiscale; ceux qui se prévalent des échappatoires permises par la loi pour s’extirper du pouvoir coercitif de l’État.

Vous allez me dire que payer de l’impôt est un geste de solidarité et bla-bla-bla…

Je veux bien m’enivrer de morale et de vertu, mais soyons honnêtes : combien d’entre nous paieraient l’entièreté de leurs impôts si ce n’était des menaces de l’État? Si ce n’était du risque d’être ruiné par l’inquisition d’un percepteur motivé par l’atteinte de son quota?

Sans la coercition de l’État, peu de citoyens se précipiteraient au ministère du Revenu avec le souci d’acquitter tous leurs impôts. La réalité, c’est que nous étudions scrupuleusement notre déclaration fiscale - ou la faisons préparer par un spécialiste - de manière à payer le moins d’impôt possible. Pourquoi devrait-on alors s’acharner sur ceux qui utilisent légalement les paradis fiscaux pour échapper aux tentacules du fisc?

Vous me direz sans doute que même si c’est légal, ce n’est pas légitime; que payer de l’impôt est un devoir de citoyen. Ben voyons donc!

Payer de l’impôt n’est pas un devoir, c’est une cotisation obligatoire prélevée par l’État pour assurer le financement de ses propres dépenses.

L’impôt serait un prélèvement légitime? Le jour où le contribuable aura le sentiment que l’argent qu'on lui prend de force est utilisé de façon judicieuse; que ses impôts servent à faire fonctionner efficacement les services publics; que le sacrifice d’une part importante de ses revenus permet un partage équitable de la richesse et des investissements publics éclairés, peut-être alors verra-t-il dans la préparation de sa déclaration fiscale un geste de solidarité et une légitimité à la coercition de l’État.

En attendant, le Québécois souffre de l’hypocrisie du devoir : il s’évertue à renvoyer l’image de celui qui, un fusil sur la tempe, se sacrifie dans la joie et l’allégresse à son devoir fiscal et qui, par devoir civique, s'attaque à ceux qui peuvent s’en libérer un tant soit peu.

L’État peut dormir tranquille : les esclaves coopèrent encore à l’extorsion de leurs revenus...  pour l'instant du moins.