samedi 2 avril 2016

Saint-Hubert et les dangers du nationalisme économique

Le Québec a le fleuron sensible. De Rona à Saint-Hubert, chaque vente d’une entreprise québécoise à des intérêts hors Québec ramène aux barricades les hérauts du nationaliste économique. De quoi apeurer tout investisseur étranger.

Ce qui nuit vraiment au développement économique du Québec, ce n’est pas que des étrangers se portent acquéreur d’une chaîne locale de rôtisseries ou de quincailleries. Le problème, c’est tout le brouhaha qui suit l’annonce de ces transactions.

Investir
Investir dans une entreprise comporte une part importante d’inconnu et de risque. Si l’investisseur doit craindre en plus qu’on boycotte ses produits, que l’État fasse avorter la transaction ou qu’il nationalise la firme convoitée, il y a de fortes chances qu’il réoriente son capital vers des contrées plus accueillantes.

Tous ces hauts cris de nos leaders politiques invitent les détenteurs de capitaux étrangers à faire preuve de prudence lorsqu’ils étudient la possibilité d’investir au Québec. L’horizon temporel de celui qui investit plusieurs centaines de millions de dollars dans une entreprise dépasse largement l’échéance électorale de ceux qui le diabolisent.

La concurrence
L’illusion du nationaliste économique est de croire que l’investisseur étranger est un prédateur désintéressé des spécificités québécoises, un bandit nomade qui détruit tout sur son passage, pille l’entreprise nouvellement acquise et saigne ses clients locaux avant de plier bagage.   

La réalité, c’est que les chaînes de restaurants et de quincailleries doivent tirer leur épingle du jeu sur des marchés hautement concurrentiels. Pour survivre, elles doivent s’affairer à satisfaire les goûts et préférences des consommateurs et à vendre leurs produits au meilleur prix possible. Voilà qui laisse peu de place aux velléités discriminatoires qu’on aime prêter aux investisseurs étrangers.

Le rôle du gouvernement
Lors de la vente d’une entreprise locale, nos politiciens n’ont aucun droit de regard quant à la gestion de cette entreprise. Le rôle d’un gouvernement doit se limiter à s’assurer que les entreprises respectent la loi et que les contrats conclus entre entrepreneurs privés soient honorés.

L’État ne peut pas, non plus, gérer au gré du vent et mettre fin aux contrats qu’il a lui-même conclus. Les tergiversations entretenues par le premier ministre Couillard concernant la résiliation du partenariat d’exploration pétrolière à Anticosti ne sont sûrement pas de nature à renforcer la confiance des détenteurs de capitaux à l’endroit du Québec.   

Cessons d’envoyer le message qu’investir au Québec s’apparente à investir dans un pays en voie de développement : un pays dirigé par un gouvernement instable qui peut changer son fusil d’épaule à tout moment.
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Un Québec en quête d’investissement n’a pas besoin de leaders politiques qui parlent des deux côtés de la bouche. Il a besoin d’un gouvernement qui énonce clairement son intention de promouvoir la libre entreprise et qui s’engage à défendre la primauté du droit.