samedi 23 avril 2016

Une leçon de libéralisme pour Jeff Fillion

Pierre Simard et Germain Belzile





La liberté d’expression est-elle le point central de l’affaire Fillion? Pas vraiment : Jeff la récupérera dès lundi matin sur Radio Pirate. C’est plutôt une leçon de libéralisme qu’a reçue l’animateur proliberté.


Jeff Fillion n’ira pas en prison pour son malheureux « tweet ». Personne ne l’a d’ailleurs forcé à l’effacer ou à fermer son compte Twitter. Il serait même hasardeux de faire la démonstration que ce gazouillis dépasse les limites légales de la liberté d’expression. On ne parle pas ici d’obscénité, de diffamation ou d’incitation à la haine.

Mais que s’est-il passé? L’affaire Fillion n’est qu’une banale histoire de droit de propriété; une affaire de relation contractuelle avec son employeur. Rien de vraiment exceptionnel.

Une société dite libérale protège la liberté en général. La liberté d’expression doit cohabiter avec les droits de propriété et la liberté de contrat. Ce qui veut dire qu’on peut tenir les propos que l’on veut, à condition de n’agresser personne, de respecter la propriété des autres et les contrats qu’on a volontairement signés.

Sur les ondes de Radio Pirate, Jeff Fillion assume lui-même le coût de ses propos désobligeants, car il est propriétaire de son entreprise. Sur Radio Énergie, c’est Bell qui assume le coût de ses errances, puisque Jeff n’est qu’un employé.

Au lendemain du fameux gazouillis, ses employeurs ont simplement exercé leur droit de propriété. Bell a estimé que le coût de confirmer Fillion dans son emploi dépassait les avantages anticipés de le garder au micro. Même chose pour les propriétaires du restaurant Le Cosmos, qui ont mis fin à leur association avec lui et retiré de leur menu le « Burger à Jeff ».

Est-il besoin de rappeler que Radio Énergie et le Cosmos sont des entreprises privées, dont les gestionnaires cherchent généralement à maximiser les profits? La programmation et le menu sont choisis en ce sens.

Aujourd’hui, Jeff Fillion peut encore exercer sa liberté d’expression, mais il doit se résigner à accepter la liberté de Bell de ne plus lui confier de tribune pour le faire. Le 98,9 est toujours maître de sa programmation et du choix de ses animateurs.

Quant aux clients mécontents du congédiement de l’animateur ou du changement de menu au Cosmos, ils sont libres de voter avec leurs jambes (ou leurs oreilles!). Et c’est bien ainsi. Il n’y a que dans les pays totalitaires où c’est l’État qui décide ce que l’on peut entendre ou manger.


Le seul cheval de bataille de Jeff Fillion, c’est de vérifier si Bell a failli à ses engagements contractuels. Pour le reste, ses admirateurs pourront toujours l’écouter à Radio Pirate aussi longtemps que des commanditaires accepteront de s’y associer. Parce que c’est aussi ça, la liberté, Jeff!






Les auteurs sont respectivement professeur à l’ENAP Québec et maître d’enseignement à HEC Montréal.

lundi 11 avril 2016

À fond la Caisse!

Le premier ministre Couillard annonçait ce week-end que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) irait de l’avant avec la construction de deux lignes de trains électriques à Montréal. Doit-on s’en inquiéter?

Ce n’est pas que la CDPQ investisse deux milliards de dollars de l’épargne des retraités du secteur public et parapublic dans les infrastructures publiques qui est troublant. Investir dans les infrastructures intéresse la plupart des grands fonds de retraite.

D’ailleurs la CDPQ, détient dans son portefeuille une dizaine de milliards de dollars de placement de cette nature hors du Québec.

Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups et laisser profiter les Québécois de ces investissements? Pourquoi investir au Québec serait-il plus risqué qu’à l’étranger? 

Parce ce que la Caisse, ce faisant, ouvre la porte à une politisation de ses décisions d’investissements. Or, aucune personne sensée et saine d'esprit ne confierait ses économies à un politicien.

La politisation des investissements
On aura beau me dire que la Caisse est officiellement indépendante du pouvoir politique, il n’en reste pas moins que la récente annonce a été faite par le premier ministre Couillard en marge de l’élection partielle de Chicoutimi.

Par quelle coïncidence lui revenait-il de livrer cette primeur, sinon pour s’en attribuer le mérite? Jusqu’où s’étendra dorénavant son pouvoir d’intervention sur les investissements de la CDPQ?

On peut bien nous marteler que la Caisse reste maîtresse de ses décisions, il faut craindre que cette indépendance soit remise en cause lorsque viendra le temps d’octroyer les mandats de conception et de réalisation des ouvrages; lorsqu’elle devra sélectionner l’option la plus économique et rentable pour faire fructifier l’épargne des retraités.

On peut présumer que les pressions politiques et syndicales seront très fortes pour que cette manne de deux milliards de dollars soit partagée entre un fleuron de l’ingénierie locale et Bombardier Transport (BT Holdco), dans laquelle la CDPQ vient par hasard de prendre une participation de 1.5 milliards de $.  Ce ne serait pas une première : on se souvient tous du faramineux contrat sans appel d’offres qu'on lui a octroyé pour la construction des wagons du métro de Montréal.

Une mine à tarir
En devenant bâilleuse de fonds et gestionnaire de projets d’infrastructures au Québec, la CDPQ s’expose au piège politique, et ce n’est pas les partis d’opposition qui la protégeront des pressions du gouvernement. Il y a longtemps que le PQ et la CAQ salivent à l’idée d’utiliser la Caisse comme, soi-disant, levier de développement économique.

Pendant ce temps à Toronto, le UP Express, qui relie l'aéroport Pearson au centre-ville de Toronto, est critiqué pour son faible achalandage. Pourtant, ce train, qui a coûté près d'un demi-milliard de dollars aux contribuables, dessert un aéroport dont la fréquentation est de plus du double de celui de Montréal. Mais ça, c’est à Toronto. À Montréal, depuis le temps que nos élites politiques en rêve, ce sera sûrement différent. 

Pourquoi ai-je le sentiment que les politiciens ont trouvé dans l’épargne-retraite des Québécois de l'argent frais et une nouvelle mine à tarir ?


mercredi 6 avril 2016

Les « Panama Papers » et l’hypocrisie du devoir fiscal

Je rêve que le Québec devienne un paradis fiscal. Je ne parle pas d’un paradis où les escrocs pourraient blanchir le fruit de leur crime. Je songe à un Québec où le simple contribuable pourrait s’affranchir de l’esclavagisme fiscal.

La propagation des « Panama Papers » est certainement une bonne nouvelle s’ils contribuent à démasquer les criminels et les politiciens qui détroussent les citoyens à leur profit.

Il s’agit toutefois d’une mauvaise nouvelle s’ils servent à harceler et à diaboliser ceux qui utilisent légalement les paradis fiscaux à des fins d’optimisation fiscale; ceux qui se prévalent des échappatoires permises par la loi pour s’extirper du pouvoir coercitif de l’État.

Vous allez me dire que payer de l’impôt est un geste de solidarité et bla-bla-bla…

Je veux bien m’enivrer de morale et de vertu, mais soyons honnêtes : combien d’entre nous paieraient l’entièreté de leurs impôts si ce n’était des menaces de l’État? Si ce n’était du risque d’être ruiné par l’inquisition d’un percepteur motivé par l’atteinte de son quota?

Sans la coercition de l’État, peu de citoyens se précipiteraient au ministère du Revenu avec le souci d’acquitter tous leurs impôts. La réalité, c’est que nous étudions scrupuleusement notre déclaration fiscale - ou la faisons préparer par un spécialiste - de manière à payer le moins d’impôt possible. Pourquoi devrait-on alors s’acharner sur ceux qui utilisent légalement les paradis fiscaux pour échapper aux tentacules du fisc?

Vous me direz sans doute que même si c’est légal, ce n’est pas légitime; que payer de l’impôt est un devoir de citoyen. Ben voyons donc!

Payer de l’impôt n’est pas un devoir, c’est une cotisation obligatoire prélevée par l’État pour assurer le financement de ses propres dépenses.

L’impôt serait un prélèvement légitime? Le jour où le contribuable aura le sentiment que l’argent qu'on lui prend de force est utilisé de façon judicieuse; que ses impôts servent à faire fonctionner efficacement les services publics; que le sacrifice d’une part importante de ses revenus permet un partage équitable de la richesse et des investissements publics éclairés, peut-être alors verra-t-il dans la préparation de sa déclaration fiscale un geste de solidarité et une légitimité à la coercition de l’État.

En attendant, le Québécois souffre de l’hypocrisie du devoir : il s’évertue à renvoyer l’image de celui qui, un fusil sur la tempe, se sacrifie dans la joie et l’allégresse à son devoir fiscal et qui, par devoir civique, s'attaque à ceux qui peuvent s’en libérer un tant soit peu.

L’État peut dormir tranquille : les esclaves coopèrent encore à l’extorsion de leurs revenus...  pour l'instant du moins.

samedi 2 avril 2016

Saint-Hubert et les dangers du nationalisme économique

Le Québec a le fleuron sensible. De Rona à Saint-Hubert, chaque vente d’une entreprise québécoise à des intérêts hors Québec ramène aux barricades les hérauts du nationaliste économique. De quoi apeurer tout investisseur étranger.

Ce qui nuit vraiment au développement économique du Québec, ce n’est pas que des étrangers se portent acquéreur d’une chaîne locale de rôtisseries ou de quincailleries. Le problème, c’est tout le brouhaha qui suit l’annonce de ces transactions.

Investir
Investir dans une entreprise comporte une part importante d’inconnu et de risque. Si l’investisseur doit craindre en plus qu’on boycotte ses produits, que l’État fasse avorter la transaction ou qu’il nationalise la firme convoitée, il y a de fortes chances qu’il réoriente son capital vers des contrées plus accueillantes.

Tous ces hauts cris de nos leaders politiques invitent les détenteurs de capitaux étrangers à faire preuve de prudence lorsqu’ils étudient la possibilité d’investir au Québec. L’horizon temporel de celui qui investit plusieurs centaines de millions de dollars dans une entreprise dépasse largement l’échéance électorale de ceux qui le diabolisent.

La concurrence
L’illusion du nationaliste économique est de croire que l’investisseur étranger est un prédateur désintéressé des spécificités québécoises, un bandit nomade qui détruit tout sur son passage, pille l’entreprise nouvellement acquise et saigne ses clients locaux avant de plier bagage.   

La réalité, c’est que les chaînes de restaurants et de quincailleries doivent tirer leur épingle du jeu sur des marchés hautement concurrentiels. Pour survivre, elles doivent s’affairer à satisfaire les goûts et préférences des consommateurs et à vendre leurs produits au meilleur prix possible. Voilà qui laisse peu de place aux velléités discriminatoires qu’on aime prêter aux investisseurs étrangers.

Le rôle du gouvernement
Lors de la vente d’une entreprise locale, nos politiciens n’ont aucun droit de regard quant à la gestion de cette entreprise. Le rôle d’un gouvernement doit se limiter à s’assurer que les entreprises respectent la loi et que les contrats conclus entre entrepreneurs privés soient honorés.

L’État ne peut pas, non plus, gérer au gré du vent et mettre fin aux contrats qu’il a lui-même conclus. Les tergiversations entretenues par le premier ministre Couillard concernant la résiliation du partenariat d’exploration pétrolière à Anticosti ne sont sûrement pas de nature à renforcer la confiance des détenteurs de capitaux à l’endroit du Québec.   

Cessons d’envoyer le message qu’investir au Québec s’apparente à investir dans un pays en voie de développement : un pays dirigé par un gouvernement instable qui peut changer son fusil d’épaule à tout moment.
...
Un Québec en quête d’investissement n’a pas besoin de leaders politiques qui parlent des deux côtés de la bouche. Il a besoin d’un gouvernement qui énonce clairement son intention de promouvoir la libre entreprise et qui s’engage à défendre la primauté du droit.