lundi 28 mars 2016

Indépendance du Québec : les fédéralistes réunissent les conditions gagnantes

Pierre Simard et Germain Belzile

Il y a des lunes que le Parti Québécois tente de réunir les conditions gagnantes d’un prochain référendum. Si nous étions indépendantistes, nous dirions : « Laissez faire… les fédéralistes s’en occupent! »

Depuis 1995, les appuis à la souveraineté s’étiolent. Le Québec est lourdement endetté et ses contribuables sont parmi les plus taxés en Amérique du Nord. En 2016-2017, c’est plus de 20 % des revenus du gouvernement du Québec qui proviennent des transferts fédéraux. Le Québec est plus que jamais dépendant du Canada. Un contexte qui, avouons-le, n’aide pas les indépendantistes à convaincre l’électorat de la justesse de leur cause.

Un changement de donne
Mais la donne risque de changer rapidement. Dans la foulée du règne de Trudeau père, beaucoup des arguments souverainistes s’articulaient autour du fait que le Canada était lourdement endetté et que le gouvernement fédéral ne respectait pas les champs de compétences du Québec. Ce qui permettait aux nationalistes de créer l’illusion d’un Québec prospère, parce que maître de ses décisions.

Or, Justin Trudeau n’a vraisemblablement tiré aucune leçon des erreurs de son père. Il dépense sans compter et envahit les champs de responsabilité des provinces. L’irritabilité du gouvernement Québec à l’endroit d’un gouvernement central dédoublant ses compétences était d’ailleurs palpable au lendemain du dernier budget fédéral.

On peut également présumer que la réalité des finances publiques rattrapera les fédéraux. Un déficit de 113 milliards $ sur 5 ans n’annonce rien de bon pour le contribuable. D’autant plus que celui qui se targuait en campagne électorale d’avoir un plan pour tout, semble n’en avoir concocté aucun pour le retour à l’équilibre budgétaire.

Aussi, plus tôt que tard, les agences de notation obligeront les fédéraux à hausser les impôts et à réduire les transferts aux provinces, augmentant d’autant les récriminations des contribuables, déjà surtaxés, à l’endroit du gouvernement canadien.

Et ce, sans compter que le retour en force du multiculturalisme comme philosophie alimentant la politique d’immigration canadienne chatouille le sentiment nationaliste d’une frange appréciable de l’électorat.

Laissez-faire les gouvernements Couillard et Trudeau
Si nous étions indépendantistes, nous dirions : laissez-faire les gouvernements Couillard et Trudeau. Nous cesserions de critiquer la soi-disant rigueur budgétaire du gouvernement du Québec qui, tout compte fait, consiste à plumer les contribuables, à taxer tout ce qui est taxable. Laissez-faire la prodigalité du gouvernement fédéral qui nous ramène aux jours sombres de la décote des années 1990.

Qui dit mieux pour préparer le grand jour ? Vous pourrez profiter d’une marge de manœuvre appréciable pour vous lancer dans les folles dépenses qui vous permettront de convaincre une majorité d’électeurs que la souveraineté est le Klondike. D’autant plus que quitter un Canada aux finances fédérales chambranlantes deviendra presque une panacée.
… 

Bref, si nous étions des indépendantistes nous laisserions faire les fédéralistes. Ils sont à réunir les conditions gagnantes au prochain référendum sur l’indépendance du Québec.

lundi 21 mars 2016

La fable de la fontaine


Le peuple est en liesse. La Normandeau est en route pour l’échafaud. La démocratie est sauve. Le chef se fait rassurant : nous travaillons pour le bien public. Quelle comédie!

Les dépenses publiques avoisinent 50 % du PIB. Un butin d’une centaine de milliards à redistribuer. Par qui? Des élus qui amassent des dons pour leur réélection. Mais ça n’a rien à voir.

Guidés par l’esprit du sacrifice, ils partagent le butin avec des initiés. Pourquoi se soumettrait-on au capitalisme et à sa concurrence quand on est riche d’entreprises et de groupes d’intérêt attentionnés?

Des milliards pour un avion, pour une cimenterie, pour des wagons de métro. On ne choisit plus, les gagnants sont connus d’avance. Les lauréats, le lauréat que dis-je, est plurivalent.

Le progrès et l’innovation? Inutiles! On a des organisations syndicales et des corporations soucieuses de leur monopole pour défendre nos acquis sociaux, leurs acquis, je ne sais plus. Qu’importe, elles sont toujours volontaires pour veiller au bien public.

L’important c’est d’être heureux comme peuple, lui a-t-on dit. Et le peuple est heureux.

Il sacrifie sa liberté économique au profit de sociétés d’État. Il se soumet à des milliers de règlements protectionnistes. Il fait des chaînes humaines pour améliorer les salaires syndiqués. Il se réjouit de la saisie d’un producteur acéricole pour protéger le monopole d’une fédération. Il prie à la coercition des libres entrepreneurs pour protéger le pactole de quelques propriétaires de permis de taxi.

Au Québec heureux, le citoyen endette ses enfants pour le plaisir d’autrui et renonce à la moitié de son salaire pour admirer ses samaritains s’abreuver à la fontaine des privilèges. Il est convaincu qu’à l’autel du modèle québécois, la corruption n’est qu’une erreur de parcours. 

samedi 12 mars 2016

La nationalisation d’une économie de privilégiés


Germain Belzile, Vincent Geloso et Pierre Simard (Journal de Montréal, 11 mars 2016)

Durant le régime français, c’est le roi qui distribuait les privilèges : un seigneur avait le monopole du moulin, un autre celui de la bière et la compagnie des Cent associés régnait sur la traite des fourrures. Rien n’a vraiment changé dans le Québec moderne.

Malgré le fait que l’État s’est depuis substitué au roi, la distribution de faveurs reste au cœur du modèle québécois. Les monopoles occupent, encore aujourd’hui, une place prépondérante sur l’échiquier économique de la province : ventes d’alcool, jeu, électricité, lait, produits de l’érable, œufs et tutti quanti. Sans compter les monopoles accordés aux ordres professionnels.

Les monopoles
Un monopole n’est pas en soi problématique s’il provient de l’innovation : d’autres innovations le feront disparaître. La photographie numérique, par exemple, a éliminé la position dominante de Polaroid.

C’est lorsque ces monopoles sont décrétés par l’État que la situation pose problème. Depuis Adam Smith, les économistes ont compris que les pouvoirs monopolistiques sont la plupart du temps néfastes : ils mènent à des prix élevés et étouffent l’innovation.

Le cas de l’industrie du taxi
En 1973, le parlement du Québec adoptait une loi encadrant l’industrie du taxi, loi qui créait un monopole. Au moment de la réforme, les chauffeurs de taxi qui possédaient un permis municipal ont obtenu sans frais une licence du gouvernement québécois. 

Plus de quarante ans plus tard, il est impossible d’opérer un taxi sans louer ou acheter cette licence d’un propriétaire de permis. Or, depuis plusieurs années, le nombre de permis est stagnant malgré la croissance de la population et l’augmentation des revenus des particuliers.

Un étudiant de première année en économie aurait pu prédire le résultat de cette monopolisation de l’industrie du taxi : une hausse de la valeur et de la profitabilité des permis pour les propriétaires, qui s’accompagne d’une augmentation des temps d’attente et d’une réduction de la qualité du service pour les consommateurs. (Voir le graphique ci-joint)

Outre les usagers, les grands perdants sont les chauffeurs qui n’ont pu profiter de cette distribution des privilèges. L’obligation d’acheter ou de louer un tel permis à des prix prohibitifs a miné leur revenu net pendant des décennies.

Seuls les premiers propriétaires de permis en auront tiré profit. Des privilégiés qui tentent aujourd’hui de forcer le législateur à les protéger contre le progrès ou à se faire compenser à hauteur de 200 000 $ pour des permis acquis gratuitement ou à faible coût.

Il n’en fallait pas plus pour réamorcer une nouvelle course aux privilèges. Lorsque l’État distribue les faveurs, il décourage l'esprit d'entreprise productif. Il encourage les entrepreneurs à investir dans la protection et dans l’acquisition de nouveaux privilèges d’État plutôt qu’à innover pour améliorer la qualité des services à la clientèle. Et encore une fois, ils auront réussi à infléchir la décision gouvernementale en leur faveur.

Uber et le ministre Daoust
En effet on a appris, le 10 mars, que M. Jacques Daoust, ministre des Transports du Québec souhaitait maintenir le cartel du taxi, en le nationalisant. Le gouvernement rachèterait certains permis (la valeur de la totalité des permis est d’environ 1,3-1,7 milliard de dollars) et les louerait lui-même aux entreprises (dont Uber) et chauffeurs qui veulent opérer un service de taxi.

On maintiendrait donc l’obligation d’avoir une licence, avec le contingentement qui vient avec cette pratique : à moins d’une décision autre de l’État, la rareté de services de taxis demeurerait (il y en aurait toujours 8500 au total pour le Québec) et la souplesse créée par l’arrivée de Uber disparaîtrait annulant de facto tous les bénéfices dont le consommateur aurait pu bénéficier.

Dans le domaine du burlesque, c’est difficile de faire mieux. Après tout, il est assez loufoque de nationaliser des permis alors que c’est l’État qui détermine le nombre de permis en circulation. Il y a un manque cruel d’analogies pour bien saisir l’ampleur du ridicule de la proposition du ministre.

Seul l’État tire avantage de ce projet. En effet, le coût net pour lui est probablement nul, car il rachèterait les permis à la valeur au marché et les louerait par la suite. De fait, le gouvernement prendrait la place des propriétaires actuels de permis qui s’enrichissent sur le dos des chauffeurs non propriétaires. Les consommateurs continueront d’assumer le coût de l’offre restreinte et les innovateurs comme Uber, Juno, Sidecar, Lyft et autres viennent de recevoir le message qu’au Québec, on subventionne ce qui ne fonctionne pas (Bombardier) et on bloque ce qui fonctionne.

Ce qu’oublie le ministre, c’est que le système actuel de gestion de l’offre est insoutenable. Même si le ministre propose d’user de son pouvoir de coercition pour continuer à abuser des consommateurs, il ne fait que repousser l’échéance.  Sa proposition s’apparente à une chaine de Ponzi et comme toute chaine de Ponzi l’escroquerie fonctionnera, au mieux, le temps d’une élection...

Grâce à l’innovation, les privilégiés du taxi sont mis à mal. L’arrivée de Uber (et celles annoncées de Google, de Juno et de Facebook) bouleverse ce marché, car l’entrée de nouveaux concurrents érode le pouvoir monopolistique des propriétaires actuels de permis de taxi. Cette industrie, qui n’avait pas évolué depuis les premières communications radio, arrive enfin au 21e siècle... que nos élus le veuillent ou non.