mercredi 1 avril 2015

L’itinéraire



Saoulée par les commentaires assassins de son bourgmestre et les bruissements de leur radio, la « Police Nation » jubilait. Naomie l’illégale n’a eu que ce qu’elle méritait : une cartouche de gaz lacrymogène en pleine gueule. Na Na Na Na... Hey Hey... Goodbye!

Jamais je n’ai eu aussi honte d’être Québécois. Avouez qu’il faut vouer un amour indéfectible à nos corps policiers pour tenter de justifier un geste aussi stupide qu’inacceptable dans une société dite libre et démocratique.

C’est de la faute des manifestants... ils n’avaient qu’à fournir leur itinéraire!
Que les policiers aient le pouvoir de déclarer une grève illégale du seul fait que les organisateurs d’une manifestation ont refusé de fournir leur itinéraire est une chose. Mais cela ne justifie en rien qu’on militarise nos corps de police pour aller les réprimer. La grève étudiante est déclarée illégale. Mettez vos gilets pare-balles. Prenez casque, bouclier et matraque et, surtout, n’oubliez pas les chiens… on s’en va cartonner du cégépien à pancarte.

Ce n’est pas la faute du policier... il devait se protéger face à des manifestants agressifs!
La question n'est pas là. La vraie question est de savoir si la violence utilisée par le policier pour se défendre contre cette jeune manifestante était légitime. Or, porter son arme à l’épaule pour tirer un projectile, en visant la figure d’une jeune manifestante désarmée, n’a rien à voir avec l’usage d’une force raisonnable, sensée, juste, équitable, mesurée, etc.

Détrompez-vous, je ne suis pas un sympathisant des grèves étudiantes.

Que nos policiers arrêtent et poursuivent en justice les casseurs, c’est leur travail. Qu’ils prennent des mesures raisonnables pour éviter que la sécurité du public soit mise en péril lors des manifestations, c’est tout à fait normal.

Que le ministre de l’Éducation avise les étudiants du risque de perdre leur session, il ne fait que les responsabiliser par rapport à l’état lamentable de nos finances publiques.

Que les professeurs des cégeps et universités pénalisent les étudiants qui ont négligé leur cours pour descendre dans la rue, ils sont payés pour évaluer les apprentissages et non pour faire de l’activisme politique.

Je suis même de ceux qui croient nécessaire d’accorder aux policiers la marge de manœuvre et les outils leur permettant d’exercer efficacement leur mission de maintien de l’ordre. Mais la fin ne justifie pas tous les moyens. Comme le veut l’adage : on n’utilise pas un canon pour tuer une mouche. 

Les policiers qui abusent de leur monopole des armes seront toujours plus dangereux qu’une bande d’étudiants en manque d’émotions fortes. Aussi, quand on est rendu à applaudir le tir à bout portant d’une jeune étudiante pour un itinéraire, c’est le signe que notre démocratie est malade.