vendredi 28 novembre 2014

PKP, la politique et le showbiz

La Presse, vendredi le 28 novembre 2014, p. A31 (disponible en ligne sur La Presse+ et sur La Presse.ca)

Selon Bernard Drainville, Pierre Karl Péladeau battrait des records d’ambigüité et devrait clarifier son programme politique. Désolé, mais les politiciens aux idées claires n’intéressent guère que lui. Le Québec vit à l’ère de la politique spectacle.
On raconte que PKP et Justin Trudeau seraient aux antipodes sur le plan idéologique. Et puis? 
Au Parti québécois comme au Parti libéral du Canada, le but ultime est de reprendre le pouvoir.
Or, c’est justement parce que PKP est le seul candidat capable de conduire le PQ à la victoire qu’il sera plébiscité par ses membres. Et comme le chef du PLC, il peut y arriver en faisant l’économie d’un programme électoral.
À l’instar de Justin Trudeau, le véritable électeur que doit séduire PKP n’est pas le péquiste fini, mais le citoyen moyen; celui qui répond aux sondages, celui qui votera à la prochaine élection. Aussi, pour l’analyste des choix publics, cultiver l’ambigüité peut s’avérer une stratégie gagnante.
L’électeur moyen n’en a rien à cirer que PKP soit antisyndical une année et prosyndical l’année suivante; qu’il combatte Radio-Canada en janvier et qu’il se porte à sa défense en mai; qu’il dénigre le Bloc le samedi et en fasse l’éloge le lundi. L’électeur est un ignorant rationnel : il n’a ni le temps, ni l’intérêt de décortiquer des prises de position aussi étranges.
Une affaire de Showbiz
Parce qu’ils minimisent leur investissement en connaissance de la chose publique, la plupart des citoyens s’en remettent aux médias pour s’informer. Et encore, ils privilégieront l’information qui minimise leur effort d’analyse et dont l’acquisition est peu coûteuse.     
Aujourd’hui, la politique est une affaire de showbiz. Le politicien doit multiplier les apparitions dans les journaux, sur les médias sociaux et dans les spectacles de variétés. C’est là qu’on séduit un électorat! De toute façon, les émissions d’affaires publiques traînent en queue de peloton des cotes d’écoute. Pourquoi PKP répondrait-il aux questions de journalistes qui le harcèlent sur son cellulaire, voire jusqu’aux toilettes?
N’en déplaise à ceux qui aimeraient en connaître davantage sur ses idées politiques, la course à la chefferie du PQ ne se gagnera pas sur la date du prochain référendum. C’est une campagne de séduction, où un « selfie » avec Véro rapporte davantage qu’une furtive poignée de mains avec Jean-François Lisée.
Le PKP nouveau
Si Pierre Karl Péladeau mène aujourd’hui sa course à la chefferie, c’est qu’il s’est acharné à nous démontrer qu’il a l’étoffe du politicien; qu’il est capable de compassion et de vertu. Qu’outre ses factures de fin de mois, ses préoccupations sont celles de Monsieur Tout-le-Monde : l’austérité, l’ignoble Harper et la cause du moment.
Il faudra bien se l’avouer, le prochain chef du PQ n’a pas que la bosse des affaires, mais aussi celle du show-business. Le magnat de la presse, jadis vindicatif et intransigeant, a su se métamorphoser en politicien aguerri. Pour preuve, celui qui annonçait par communiqué de presse la séparation de son couple a depuis fait appel à la médiation, entamé un processus de réconciliation, puis annoncé son mariage. N’est-ce pas là l’ultime témoignage de sa nouvelle résilience et de sa capacité à rassembler? Je vous le jure, je l’ai entendu à la télé et lu dans plusieurs journaux à potins!