lundi 8 septembre 2014

Une évaluation contingente plutôt qu’une consultation bidon


Journal de Montréal et Journal de Québec, lundi le 8 septembre 2014, (JQ p.14) (JM p.40)

Le gouvernement Couillard ne ménage pas ses efforts pour vendre son exercice de révision des programmes. Malgré tout, les sceptiques restent nombreux. Et ce n’est pas l’annonce d’une consultation publique par internet qui va changer les perceptions.

Il ne suffit pas d’ouvrir une tribune web aux suggestions du public pour légitimer des coupes dans les services de l’État. On aura beau vouloir nous faire croire que la présente révision de programmes s’appuie sur la volonté du peuple, tous ont encore en mémoire la consultation bidon réalisée par le PQ en marge de son projet de Charte des valeurs. Un maquillage de démocratie pour camoufler l’arbitraire politique!

La principale faiblesse de ces « vox pop », c’est qu’ils donnent l’impression que les éventuels gagnants de la démarche seront ceux qui crieront le plus fort; ceux qui ont des intérêts particuliers à défendre et qui se mobiliseront pour inonder de commentaires le site de consultation gouvernemental.

Évidemment, vouloir mesurer les préférences des citoyens sur d’éventuelles coupes budgétaires est une démarche louable. Le problème, c’est que ce n’est pas simple.

La difficulté tient surtout au fait que les services publics sont généralement offerts gratuitement ou tarifés à des prix dérisoires par des monopoles d’État. Aussi, les commentaires exprimés sur le site de la Commission de révision permanente des programmes risquent d’être très différents des préférences révélées par un consommateur sur un marché concurrentiel. L’illusion de la gratuité, vous savez!

L'évaluation contingente
Si le gouvernement veut vraiment que la population l’aide à identifier les programmes et organismes qui doivent faire l’objet de coupe dans le prochain budget, il pourrait mettre un peu de rigueur dans son instrument de consultation et l’apparenter à une évaluation contingente.

L'évaluation contingente est une technique utilisée par les économistes pour donner une valeur aux biens ou aux services que l'on ne trouve pas sur le marché. Il s'agit d'une approche qui consiste à mesurer la disposition à payer des citoyens pour les biens ou services qui lui sont offerts par l’État. Par exemple, combien seriez-vous prêt à payer, par jour, pour confier votre enfant à un CPE?
En ayant une mesure de la disposition à payer pour ses programmes, le gouvernement pourrait ensuite les comparer et les ordonnancer en fonction de leur valeur ajoutée pour les usagers. Il pourrait alors décider de couper les programmes que ces derniers valorisent le moins; dans ce qui leur fait le moins mal finalement.
Il pourrait également mesurer les sacrifices que les citoyens sont disposés à faire pour l’aider à économiser les 3,2 milliards de $ nécessaires au prochain équilibre budgétaire. Si des services publics apportent aux Québécois un quelconque bien-être, on peut présumer que ces derniers seront disposés à payer voire à accepter une augmentation d’impôt pour les maintenir.

Ce n’est pas en jetant de la poudre aux yeux qu’on atténuera les résistances du citoyen à l’égard des prochaines coupes budgétaires. C’est seulement en le convainquant du sérieux de la démarche.