vendredi 3 décembre 2010

Rémunérer les politiciens à la performance

Pierre Simard
Journal de Québec, vendredi le 3 décembre 2010, P.19

Les Québécois méritent mieux comme politiciens! Depuis des mois, ces mots collent à toutes les lèvres. Certains suggèrent d’augmenter la rémunération des élus pour attirer les meilleurs. Pourquoi ne pas plutôt les rémunérer à la performance?

Pour l’analyste des choix publics, les politiciens ne sont pas différents de nous. Si certains sont indépendants de fortune, ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. Comme nous, ils sont très sensibles aux incitations financières. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler l’ardeur déployée par notre premier ministre pour conserver son complément salarial de 75 000 $ du Parti Libéral.

Actuellement, seule l’élection nous permet de juger de la performance de nos élus. Un scrutin ou les milliards de promesses pré-électorales se cumulent pour détourner notre regard critique du rendement réel des politiciens. Un système qui favorise les dépenses tout azimut au détriment d’une saine gestion des finances publiques.


Contrairement à plusieurs travailleurs, nos politiciens ont beau jeu. Peu importe les choix ou décisions qu’ils prennent, leur rémunération reste la même. Un système qui ne récompense pas la saine gestion, pas plus qu’elle ne pénalise la sottise.

Imaginez maintenant qu’on lie la rémunération de nos élus à leur performance. Pensons à un système où une fraction du salaire de député ou de ministre dépendrait du respect des promesses électorales ou des prévisions budgétaires. Un système de rémunération qui leur verserait des primes pour leurs bons coups et les pénaliserait en cas contraire.

Prenons un exemple simple. Au printemps dernier, le ministre Bachand s’engageait à résorber le déficit d’ici 2013-2014. Dans son plan budgétaire, il annonçait « l’établissement d’un contrôle des dépenses de programmes à 2,9 % en 2010-2011 et à 2,2 % annuellement jusqu’en 2013-2014 ». Supposons que sur cette base, on lui accorde, ainsi qu’à ses collègues du gouvernement, une prime de salaire de 25 % si ces objectifs annuels sont atteints. À l’inverse, les membres du gouvernement seraient pénalisés du même pourcentage si la cible était ratée. Je ne vous explique pas l’angoisse politicienne!

Une tel système de rémunération aurait de quoi ralentir les frénésies redistributives de nos élus. Chaque subvention ou privilège accordés à un groupe d’intérêt deviendrait un boulet au pied des objectifs budgétaires à court, moyen ou long terme. Acheter des votes en accordant des contrats sans appel d’offres ou à des prix démesurés pourrait avoir un impact direct sur leurs revenus éventuels.

Face à une telle structure de rémunération, les fumistes et les malhonnêtes ne pourraient survivre en politique. Non seulement parce que leur rémunération serait pratiquement nulle, mais aussi parce que les plus compétents auraient intérêt à les expulser de leur rang pour améliorer leur propre sort.

En réalité, ce n’est pas en augmentant les salaires qu’on améliorera la performance des politiciens. C’est en mettant en place un système d’incitation qui appelle à la compétence et à l’engagement politique. Ce qui est bon pour nombre de payeurs de taxes ne serait-il pas bon pour les politiciens ?


Rémunérer les politiciens à la performance

Le Journal de Quebec
03 déc. 2010

Pour l’analyste des choix publics, les politiciens ne sont pas différents de nous. Si certains sont indépendants de fortune, ce n’est pas le cas de la plupart d’entre eux. Comme nous, ils sont très sensibles aux incitations financières. Pour s’en...lisez plus...