mardi 2 novembre 2010

La concurrence des idées!

Pierre Simard
Le Journal de Quebec, 02 nov. 2010, Page 13.

Le récent colloque du Réseau Liberté-Québec fut un grand succès médiatique. Il a suscité beaucoup d’enthousiasme chez ceux qui prônent la protection des libertés individuelles et la réduction du rôle de l’État dans l’économie. Dans l’ivresse du moment, plusieurs ont même annoncé la mort de la social-démocratie.

Prédire l’agonie de la social-démocratie est toutefois prématuré. Malgré une sévère crise des finances publiques, le redistributionnisme étatique continue de séduire une proportion importante de l’électorat.

Pour les économistes de l’école des choix publics, la popularité des politiques à caractère social-démocrate n’est pas le fruit du hasard. C’est essentiellement le produit d’un système démocratique biaisé en faveur de l’État providence.

Au Québec, faut-il le rappeler, une proportion importante des citoyens ne paient pas d’impôt sur le revenu; c’est donc une frange importante de l’électorat pour qui les politiques sont gratuites. On aura beau promouvoir des programmes de droite s’appuyant sur un allégement du fardeau fiscal ou une réduction de la taille de l’État, il reste qu’une fois dans l’isoloir... l’illusion de la gratuité demeure la plus séduisante des maîtresses.

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’impact du colloque Liberté-Québec sur l’échiquier politique provincial. Les voies de droite, qui jusqu’ici s’exprimaient surtout par les radios de Québec, ont réussi à capter l’attention des grands médias de la province. Dans la mesure où les citoyens s’en remettent souvent aux quotidiens et à la télévision pour s’informer, il s’agit là d’un succès non négligeable.

Pendant 50 ans, nos médias ont servi de relais à l’information produite par des groupes d’intérêt bien organisés en quête de subventions ou de protectionnisme. Cet accès privilégié aux grands organes de presse leur a permis d’exercer un contrôle démesuré sur l’offre de politiques publiques au Québec.

Dorénavant, les syndicats et les grandes corporations professionnelles devront composer avec une droite un peu mieux organisée et, surtout, plus présente dans l’actualité. Une droite qu’ils s’empresseront de diaboliser puisqu’elle menace le monopole des idées qui les ont si bien servis depuis la révolution tranquille.

Évidemment, personne n'aime être exposé à la concurrence. La concurrence politique - à l’instar de la concurrence économique - oblige l’effort, l’honnêteté, la transparence et une adaptation permanente aux réalités économiques et sociales qui nous contraignent. Elle exerce une pression accrue en faveur de l'innovation, de la découverte de nouvelles voies pour assurer notre prospérité et parer aux problèmes sociaux. Bref, rien n’est plus stimulant qu’un concurrent qui menace de vous évincer du marché.

Aujourd’hui, on doit se réjouir de la montée d’une droite au Québec. Dans la mesure où les citoyens québécois se verront offrir un plus large éventail d’options politiques, ils seront à même d’exiger le meilleur des politiciens.

Frédéric Bastiat disait que « détruire la concurrence, c’est tuer l’intelligence ». Pourquoi se priverait-on d’insuffler à nos politiciens un peu d’intelligence politique?


La concurrence des idées!
PIERRE SIMARD | PROFESSEUR
Le Journal de Quebec
02 nov. 2010

Prédire l’agonie de la social-démocratie est toutefois prématuré. Malgré une sévère crise des finances publiques, le redistributionnisme étatique continue de séduire une proportion importante de l’électorat. Pour les économistes de l’école des choix...lisez plus...