mardi 26 octobre 2010

La simplicité volontaire? Je n’ai pas le temps!

Pierre Simard
Le Journal de Québec, 26 oct. 2010, Page 17.

Ce dimanche, le Journal m’offrait 10 trucs pour faire une vraie différence sur les changements climatiques. On me proposait d’utiliser le transport en commun et de bannir ma sécheuse en étendant mon linge dehors, même en hiver. Vous voulez savoir? Je n’ai pas le temps!

Il y a une dizaine d’année, mon travail m’a amené à parcourir l’Afrique. J’avais été frappé par le nombre d’heures que devait consacrer quotidiennement un Africain pour sa subsistance : alimenter le feu, laver le linge à la rivière, marcher pour rapporter de l’eau, etc. Je me disais alors que ma richesse provenait du fait que la croissance et la prospérité économique me permettaient de libérer du temps pour améliorer ma qualité de vie.

La plupart d’entre nous cherchons constamment à gagner du temps. Pourquoi? Parce que le temps est une ressource limitée, une ressource rare. Je n’y peux rien, mes journées n’ont que 24 heures et, si ce n’est de l’espoir de repousser mon espérance de vie, je n’ai guère de possibilité de l’étirer. Aussi, si je me mettais à suivre tous les conseils que me prodiguent les environnementalistes, je consacrerais des dizaines d’heures à accomplir ce que je fais présentement en quelques-unes.

La plupart des produits et services que nous consommons aujourd'hui, même nos téléphones intelligents et autres gadgets, nous font sauver du temps. On s'achète une voiture pour travailler et se déplacer rapidement, un réfrigérateur pour ne pas être obligé d’aller à l’épicerie à chaque jour, un duo laveuse/sécheuse pour... se débarrasser de la lessive. On n’achète pas ces bébelles simplement pour le plaisir de la chose, mais parce qu’elles nous permettent de libérer du temps qu’on peut utiliser autrement pour améliorer notre qualité de vie.

On m’explique depuis quelques années tous les bienfaits de la simplicité volontaire. Notamment qu’en réduisant ma consommation, je pourrais mener une vie centrée sur des valeurs essentielles. Quitte à faire davantage simple que volontaire, si je consacre 10 heures de plus par semaine à me transporter et à faire ma lessive, c’est 10 heures de moins à ma disposition pour travailler à améliorer mon bien-être. C’est aussi 10 heures de moins à produire des biens et services qui serviront à améliorer celui des autres.

Prendre son automobile ou utiliser une sécheuse à linge n’est pas qu’un caprice de capitaliste insouciant. Comme l’admettait l’environnementaliste Bjorn Lomborg, le progrès nous a permis de libérer une quantité extraordinaire de main-d'œuvre, qui peut désormais servir à chaque homme pour s'accomplir. Du temps de travail qu’on a récupéré et utilisé pour combattre la faim, la maladie et la pauvreté dans le monde; du temps qui nous a permis d’acquérir toujours davantage de temps pour améliorer notre qualité vie et celle des autres.

Dans cette perspective, plutôt que de lutter contre les changements climatiques en perdant son temps, il serait préférable de s’en libérer davantage pour y comprendre quelque chose et trouver un remède, le cas échéant.

L’hiver dernier, j’ai pu observer que la plupart des Cubains pratiquaient la simplicité volontaire. J’ai aussi observé que les douaniers qui naviguent au large l’île n’avaient pas pour mission de contenir une ruée d’immigrants, mais plutôt d’empêcher ceux qui y vivent d’en sortir.






La simplicité volontaire? Je n’ai pas le temps!

Le Journal de Quebec
26 oct. 2010

Ce dimanche, le Journal m’offrait 10 trucs pour faire une vraie différence sur les changements climatiques. On me proposait d’utiliser le transport en commun et de bannir ma sécheuse en étendant mon linge dehors, même en hiver. Vous voulez savoir? Je...lisez plus...