lundi 4 octobre 2010

La religion bleue

Pierre Simard

Même dans ses rêves les plus fous, Mgr Ouellet n’aurait pu imaginer que son départ pour Rome ouvrirait la porte à la concurrence. Depuis septembre, une nouvelle vague mystique déferle sur Québec : la religion bleue. On ne compte plus les croyants et les professions de foi entourant le retour de l’enfant prodigue.

Oubliez les sermons dominicaux du monseigneur. Dans la religion bleue, la bonne parole émane des politiciens, des hommes d’affaires, des artistes et autres prédicateurs. Les médias, complices et contemplateurs, diffusent en boucle la parole divine. On relègue tout scepticisme sur la question au rang d’hérésie passible d’excommunication.

Ce samedi, ce fut l’apothéose. Plus de 50,000 fidèles se sont réunis pour l’incantation au pouvoir suprême. Les signes ostentatoires étaient nombreux et surtout... bleus. La procession était conduite par une congrégation de canonisés venus remémorer aux nostalgiques leur Chemin de croix de naguère.

Marchant miraculeusement sur les eaux troubles du financement, le message était clair: l'État doit payer le futur lieu de prières. Évidemment, ce n’est pas à Dieu qu’on s’adressait, mais à Harper-le-tout-puissant.

Comme aurait dit Françoise Sagan, j’ai des bleus à l’âme. L’espace d’un instant, j’ai eu l’impression de revenir 50 ans en arrière. À l’époque où chaque village du Québec exprimait sa foi à travers une église démesurée; une église occupée aux premières loges par les notables de la place. Mais là s’arrête toute comparaison avec l’esprit religieux qui animait mes ancêtres.

Que Mgr Ouellet se console : si la religion bleue compte beaucoup d’adhérents, elle ne compte que très peu de véritables pratiquants. Les fidèles se font enthousiastes, mais peu d’entre eux sont disposés à mettre la main dans leur poche et à poser le geste ultime du sacrifice.

Au risque de tenir des propos blasphématoires, vous savez ce qui aurait pu être un véritable acte de foi? C’est qu’on s’inspire d’une vielle tradition québécoise qui consiste à passer la quête à la fin de la grand-messe.

Imaginez si chacun des 50 000 participants à la marche bleue avait fait un chèque personnel de 8 000 $! Nous aurions aujourd’hui les 400 millions pour ériger le temple.

Ainsi soit-il!