samedi 23 octobre 2010

Bridons le pouvoir d’agir des politiciens!

Le Soleil, Opinion, samedi 23 octobre 2010, p.51
La Presse, Pour nos jeunes, limitons le pouvoir de taxer des politiciens!, cyberpresse, dimanche le 24 octobre.

(Extrait de la conférence prononcée par Pierre Simard, professeur à l’Enap, au colloque du Réseau Liberté-Québec, samedi le 23 octobre 2010)

Le Québec des 50 dernières années a privilégié la génération actuelle et gonflé les budgets en sa faveur. Le fardeau du vieillissement sera vraisemblablement assumé par une portion de plus en plus étroite de travailleurs. Saurons-nous gérer le choc des générations ?

Dans les démocraties, l’offre de bien public est déterminée par la demande de l’électeur médian. Au Québec, l’âge médian de la population était, en 1956, de 24,6 ans. Il est présentement d’environ 41 ans, et devrait s’élever à 46,4 ans en 2056.

Autrement dit, la retraite deviendra une préoccupation importante pour une majorité d’électeurs. On devrait alors assister à une polarisation politique entre des personnes âgées en majorité inactives et de jeunes travailleurs.

Plusieurs personnes de ma génération espèrent, sans doute, pouvoir utiliser leur poids électoral pour faire payer les jeunes pour leurs abus passés. Je dirais que c’est plutôt optimiste comme idée! Même si on peut présumer que les futures générations seront préoccupées par le sort des plus âgés, il ne faut quand même pas pousser l’odieux jusqu’à douter de leur intelligence.

Il y a fort à parier qu’ils compenseront l’affaiblissement de leur poids électoral en s’exprimant autrement que par le vote ou tout simplement en votant par les pieds, c’est-à-dire en quittant le Québec pour des régions ou des pays qui hypothèqueront moins leur avenir, qui les laisseront respirer… et vivre finalement.

Présentement, les gouvernements dépensent tout ce qu’ils peuvent nous prélever – et plus encore. S’ils manquent d’argent, ils utilisent les déficits pour gonfler les dépenses et multiplier les faveurs.

Il est vrai qu’au Québec, certains partis et mouvements politiques se présentent comme les champions des initiatives de « rationalisation ». Pour eux, le problème est essentiellement une question de revenu. Leur solution? Un alourdissement du fardeau fiscal par de nouveaux impôts, des hausses de tarifs, des impôts spécifiques...

Le hic, c’est que si aujourd’hui la population comprenait la proportion de vieillards qu’elle comptera dans moins de 50 ans, il faudrait vraisemblablement doubler le taux de taxation de la famille moyenne juste pour faire vivre le système. C’est arithmétique : des coûts croissants à assumer par de moins en moins de travailleurs.

À moins, de vouloir transformer le Québec en vaste CHSLD, on n’aura pas le choix. On devra, tôt ou tard, se reprendre en main. La priorité, s’il en est une, est de commencer à réduire dès maintenant le fardeau fiscal qu’auront à assumer les générations futures. Ne serait-ce que pour le rendre décent et acceptable à leurs yeux!

Que faire alors? Je crois que la seule façon d’y parvenir est de brider le pouvoir d’imposition de nos gouvernements. Dans cette veine, plusieurs économistes suggèrent d’introduire des règles constitutionnelles (ou statutaires) pour limiter le pouvoir de taxer, de dépenser et de faire des déficits.

Peu importe la façon, cependant, ma position est sans équivoque : il faut dès maintenant refuser tout nouvel impôt, tout nouveau tarif, tout déficit qui ne s’accompagnerait pas de l’annulation d’un prélèvement équivalent (sinon plus grand) ailleurs dans le système. Et ce, peu importe s’il s’agit de taxes dites efficaces ou écologiques.

Évidemment, je suis réaliste. On ne mettra pas fin, ce faisant, à la course aux faveurs politiques. Par contre, si les plus vieux tiennent absolument à assurer la pérennité de leurs privilèges, ils n’auront d’autre choix que de le faire à l’intérieur d’une enveloppe fermée.

Bref, si on veut éviter le mur des générations, il faut d’abord cesser de croire que la démocratie se chargera de rétablir de facto l’équité intergénérationnelle. En réalité, ce n’est qu’en bridant le pouvoir d’agir de nos politiciens qu’on pourra garantir aux plus jeunes un minimum de liberté économique. En échange de quoi, ils accepteront peut-être de pousser nos « chaises roulantes ».