dimanche 4 juillet 2010

Le p’tit bonheur!

Pierre Simard
Journal de Québec, vendredi le 2 juillet 2010, p.17.

Au printemps, notre ministre des Finances clamait que la finalité de ses actions n’était pas d’équilibrer le budget mais que nous soyons heureux comme peuple. Il n’en fallait pas plus pour émoustiller la classe politique, chacun revendiquant le «Félix» du marchand de bonheur de l’année. Comme si la poursuite du p’tit bonheur n’avait pas de prix.

Quotidiennement, les Charest, Bachand, Labeaume, Tremblay se bousculent au portillon pour annoncer un TGV, un tramway, un aérotrain, des jeux olympiques, un amphithéâtre de hockey ou une subvention providentielle à une quelconque entreprise en difficulté. Le peuple entier est suspendu à leurs lèvres. Que serions-nous sans eux?


L’image est forte. Elle me suggère la question suivante : est-ce nos élus qui nous rendent heureux ou est-ce nous qui faisons le bonheur de nos élus? Je l’avoue, je ne fais que paraphraser, que dis-je plagier, le grand Fréderic Bastiat* . Mais voilà, ce qui était vrai il y a 150 ans l’est encore aujourd’hui. Imaginez la scène :

« Monsieur l’élu, je fais avec toi le « deal » suivant. Je suis en manque de bonheur. Pour m’en procurer tu prendras 5 $ sur mon salaire, 5 $ sur ma nourriture, 5 $ sur ma bouteille de vin, 5 $ sur mon essence. Cela fera au total 20 $. Pour tes loyaux services, tu garderas 5 $ pour payer tes bureaucrates et financer ta réélection. Ensuite, tu m’inonderas de bonheur pour 15 $. Évidemment, je te devrai reconnaissance même si, de toute évidence, j’en ressortirai plus pauvre qu’avant.

Qu’importe, j’en appellerai à nouveau à ta sensibilité et tu me fourniras un nouveau bonheur. Pour ce faire, tu prélèveras un autre 5 $ sur mon salaire, 5 $ sur ma nourriture, 5 $ sur ma bouteille de vin, 5 $ sur mon essence. Pour un nouveau total de 20 $. Sur quoi, tu te garderas à nouveau 5 $ et tu te chargeras de me rendre heureux pour 15$. Manifestement, il en résultera que je serai encore plus pauvre que la fois précédente. Qu’importe, j'aurai de nouveau recours à ta sensibilité et toi... tu continueras à m’arroser de ta bonté ».

En vérité, chaque fois qu’un marchand de bonheur ponctionne vos revenus pour vous rendre heureux, il se garde au passage un p’tit bonheur pour lui. Ainsi, les bontés politiques valent toujours moins que ce qu’ils nous ont coûté. Je n’y peux rien, c’est comptable. Le p’tit bonheur du politicien a un prix!

Prenez garde au marchand de rêve. Celui qui fait descendre du ciel un tramway; celui qui fait ses emplettes avec la carte de crédit de l’autre. Car l’autre, oui l’autre, comment pensez-vous qu’il règlera la note? En prélevant 5 $ sur mon salaire, sur ma nourriture, sur ma bouteille de vin, sur mon essence...

En vérité, il n’y a guère plus tenace illusion que de croire au bonheur politique. Lorsqu’un politicien vous promet la lune, il a toujours quelqu’un, quelque part, qui s’appauvrit. Et ce quelqu’un quelque part, ce n’est pas lui, c’est vous.


* Ce billet s’inspire de "Prendre cinq et rendre quatre" de Frédéric Bastiat, économiste et homme politique français (1801-1850).



C’était un p’tit bonheur!
PIERRE SIMARD | PROFESSEUR, ÉNAP QUÉBEC
Le Journal de Quebec
02 juil. 2010

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