jeudi 15 avril 2010

Vive la démocratie!

Pierre Simard
Le journal de Québec, Opinion, 15 avril 2010, p.19

Lorsque 50 000 citoyens descendent dans la rue pour dénoncer le budget du gouvernement, c’est signe que notre démocratie se porte bien. Évidemment, je ne parle pas ici de notre démocratie représentative. Je réfère à ce qu’on appelle la démocratie directe : celle ou les citoyens s’expriment directement sur les choix politiques.

En décembre 2008, malgré les leçons moralistes du Directeur général des élections et l’appel des politiciens, plus de 40% des citoyens renonçaient à leur droit de vote. À l’époque, les « clercs » de la démocratie en avaient profité pour dénoncer l’attitude désinvolte des citoyens à l’égard de l’exercice démocratique. On avait oublié que plusieurs d’entre eux s’était abstenus de voter pour ne pas légitimer un parti politique qui travaillerait éventuellement contre eux.

Ce dimanche, plusieurs citoyens ordinaires ont récupéré leur droit de vote. Plutôt que de s’exprimer par la voie des partis politiques, ils ont marché sur la Grande-Allée. Historique comme évènement? Certainement!


Depuis la révolution tranquille, nos élites politiques ont toujours cru qu’il suffisait d’organiser un sommet socio-économique ou des états généraux pour se sentir illuminés de la pensée citoyenne. Ils ont toujours pensé qu’un consensus entre chefs syndicaux, patrons et fonctionnaires leur permettait d'intégrer les préférences de chaque citoyen.

Tout récemment encore, notre Premier ministre organisait sa « Rencontre économique 2010 » pour tracer l’avenir du Québec et légitimer ses choix budgétaires. Pour ne pas déroger au « modèle québécois », il a limité les invitations à ses traditionnels partenaires : la classe politique, le monde des affaires et les organisations syndicales.

Cette fois, la supercherie n’a convaincu que ses invités. Trop longtemps floué, le simple citoyen a appris au fil des ans que ce soi-disant modèle de démocratie, d’égalité et de solidarité n’est en réalité qu’une vulgaire forme de corporatisme visant à satisfaire quelques intérêts particuliers, et ce, au détriment des contribuables.

Trop préoccupé à épargner les divers groupes d’intérêt de possibles « coupures budgétaires », le gouvernement n’a rien vu venir. Il n’a jamais imaginé que des dizaines de milliers de contribuables descendraient dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol à l’endroit de son budget.

Au lendemain de la manifestation, le gouvernement se vautre dans le mépris et laisse entendre que les manifestants sont trop ignorants pour comprendre. Il refuse d’admettre qu’un important fossé se creuse entre le contribuable et lui-même.

En réalité, il n’y a pas que Jean Charest qui doit s’inquiéter de la manifestation de « cols rouges ». C’est l’ensemble de la classe politique qui doit se sentir interpellée. S’il y avait des élections dans les prochaines semaines, il est fort à parier que l’absentéisme électoral battrait des records.

La bonne nouvelle, cependant, c’est que la démocratie n’est pas malade. Le seul problème, c’est qu’au Québec, les grands partis politiques ne répondent plus aux attentes du citoyen ordinaire. Heureusement, comme le dit l’adage, lorsque les citoyens ne craignent plus leur gouvernement, c’est le gouvernement qui devrait craindre ses citoyens!


Vive la démocratie!

Le Journal de Quebec
15 avr. 2010

Lorsque 50 000 citoyens descendent dans la rue pour dénoncer le budget du gouvernement, c’est signe que notre démocratie se porte bien. Évidemment, je ne parle pas ici de notre démocratie représentative. Je réfère à ce qu’on appelle la démocratie...lisez plus...