vendredi 9 avril 2010

Le budget de la servitude!

Pierre Simard
Journal de Québec, opinions, 9/04/2010, p.17.

À la lecture du récent budget, j’ai immédiatement pensé à « La route de la servitude » de Von Hayek. Dans son célèbre ouvrage, l'économiste autrichien explique comment l’État réussit à asservir les peuples en empiétant graduellement sur leurs libertés individuelles.

Qu’on le veuille ou non, la fiscalité influence grandement notre vie. Or, contrairement aux prétentions des analystes qui ont salué le courage historique de nos élus, ce budget met surtout en lumière l’emprise grandissante du gouvernement sur notre quotidien. En fait, si ce budget a quelque chose d’historique, c’est sûrement qu’il consacre la condescendance de l’État sur le citoyen-contribuable.


Affichant la suffisance d’un prince et sans gêne apparente, le ministre Bachand nous a annoncé une flopée de nouveaux impôts, taxes et tarifs. Arguant une vision « lucide » des finances publiques, il a d’abord déterminé ses besoins financiers et, par la suite, choisi la façon de faire payer le contribuable. Ce faisant, il a décrété que nous aurons moins d’argent dans nos poches pour exercer notre libre choix, donc pour nous émanciper des griffes de l’État. Comme quoi il faut tenir la laisse bien serrée!

Vous souvenez-vous du feuilleton « Racines » mettant en scène une famille d’esclaves afro-américains? J’entends le maître s’adressant à son esclave : "Que ferais-tu de la liberté de choix? Ne vois-tu pas que je subviendrai à tes besoins de ta naissance à ta mort?" Et l’esclave de répondre : "Voyez-vous Maître, ce n’est pas tout le monde qui rêve de confier ses enfants à une garderie d’État, de faire instruire ses enfants par une école publique, de travailler au ministère et de mourir au CHSLD".

Il est clair qu’avec ce budget, le gouvernement esquive tout requestionnement de son rôle dans l’économie. Grâce à l’appui de quelques grosses pointures universitaires, il a réussi son opération marketing visant à entretenir l’illusion que sans l’État, nous serions dépourvus de tout. Il a même réussi à se faire reprocher de ne pas avoir augmenter les frais de scolarité, les tarifs d’électricité et de garderie. La servitude équitable, quoi!

Plusieurs défendent la thèse selon laquelle il est normal de payer pour les services qu’on reçoit. Eh bien, moi aussi! Ce qui me pose problème, c’est que l’État, au nom du « bien commun », décrète des services que je ne veux pas et m’oblige à en payer les coûts. Pour dire vrai, rien ne me ferait plus plaisir que de payer le véritable coût des services que j’utilise si, bien sûr, on me restituait les moyens de le faire.

Malheureusement, jamais le gouvernement n’a considéré qu’en diminuant les impôts et les tarifs de toutes sortes, le citoyen pourrait s’offrir les services qu’il désire et disposer de ceux dont il n’a pas besoin. Jamais il n’a pensé qu’aider directement les démunis, en leur permettant d’exercer leur libre choix, favoriserait aussi leur affranchissement de l’État.

Récemment, le ministre Bachand déclarait que la finalité de ses actions n’était pas d’équilibrer le budget mais d’être heureux comme peuple. Vous savez ce qui m’aurait rendu heureux? C’est qu’il me laisse m’occuper moi-même de mon bonheur.