vendredi 8 janvier 2010

Tout le monde tout nu!

Pierre Simard
Journal de Québec, Lettre du jour, 8 janvier 2010, p.14.

À la puberté, mes copains et moi rêvions de nous procurer des lunettes « rayon X » pour admirer les charmes de nos compagnes de classe. C’est bien pour dire… On peut maintenant en faire un plan de carrière et devenir agent de fouille!

Nos grands aéroports seront bientôt équipés de scanners corporels. Aujourd’hui dans les aéroports, demain dans les gares, à l’entrée des édifices publics ou chez Costco. C’est la loi du geôlier : tout le monde tout nu pour la fouille!


Grâce au scanner corporel, l’agent de fouille pourra désormais admirer les formes de votre corps, vérifier le volume de vos parties génitales et détecter la présence d’implants mammaires, fessiers ou autres petits secrets de votre anatomie. En cas de doute, il pourra faire appel à un ou plusieurs collègues pour évaluer, en comité, les risques que vous présentez pour l’humanité. Nous vivons l’apogée du voyeurisme légitime!

Notre société place maintenant la sécurité au cœur de ses préoccupations. En son nom, il est maintenant permis à quiconque de violer votre intimité. Ouste les préoccupations de respect de la vie privée. Il n’y a plus rien de dégradant lorsqu’il s’agit de sécurité.

Nous convenons que sans sécurité, il n’y a pas de véritable liberté viable. La question n’est pas là. Ce qui interpelle ici, c’est l’intérêt de déshabiller les citoyens pour des motifs de sécurité alors qu’il y a moyen d’utiliser et de développer des appareils beaucoup moins intrusifs pour détecter les armes et les explosifs.

Invariablement, chaque nouvelle crise ou incident apporte une nouvelle solution « contrôlante » qui apporte un nouveau problème de contrôle, qui apporte aussi une nouvelle solution « contrôlante ». En ce sens, le scanner corporel n’est qu’un outil parmi d’autres servant à satisfaire l’insatiable soif de contrôle des autorités.

Car il ne faut pas se le cacher, maintenant qu’ils ont été médiatisés à la face du monde, les scanners corporels n'auront qu'une efficacité extrêmement limitée pour lutter contre les terroristes. Nul n’a besoin d’être devin pour prédire que ces deniers trouveront le moyen de contourner ces nouveaux appareils. En fin de compte, le terroriste du vol 253 reliant Amsterdam-Détroit le 26 décembre aura réussi sa mission : celle de restreindre les libertés individuelles du monde libre.

Il faudra bien un jour se demander si cette insatiable quête de sécurité doit se faire constamment au détriment de nos libertés fondamentales. Si, pour assurer la sécurité aérienne, on doit nécessairement dévêtir le passager et l'ensevelir de contrôles la plupart du temps inefficaces pour contrer les véritables criminels.

S’il est vrai que le zèle sécuritaire découle d’une bonne intention, il faut aussi rappeler que l’enfer est pavé de bonnes intentions lorsqu’on fait fi du respect de la vie privée. Comme le disait Thomas Jefferson : Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l'une ni l'autre.