samedi 26 septembre 2009

Technocrates contre citoyens : La saga du quai de Tadoussac!

Pierre Simard
Journal de Québec, samedi le 26 septembre 2009, p.19

On utilise souvent le terme technocratie pour désigner péjorativement les administrations publiques déconnectées de la réalité qui prennent des décisions peu compréhensibles et néfastes pour les citoyens qu’elles sont censées servir. Fiction ou réalité? À la lumière de l’actuelle saga entourant la cession du quai de Tadoussac, il semble que la technocratie soit bien vivante.


Depuis que Tadoussac existe, le quai situé dans la baie a toujours été au cœur des préoccupations de ses citoyens. Quiconque connaît un tant soi peu l’histoire du Québec et du Canada - ou s’est rendu un jour dans ce petit village de la Côte-Nord - comprendra aisément l’importance de cette infrastructure pour cette petite communauté de 800 âmes. Aussi, personne ne sera surpris d’apprendre que cette municipalité a signifié son intérêt à en devenir propriétaire via le programme de cession des ports de Transports Canada.

Jusque là, pas de problème me direz-vous? Erreur! On n’a pas pensé que cette demande émoustillerait la fibre technocratique. Que quelqu’un, à Transports Canada, trouverait le moyen de complexifier cette démarche d’acquisition qui semblait pourtant si simple et si légitime pour la municipalité de Tadoussac.

Alors que Transports Canada aurait dû se réjouir de cette responsabilisation locale et accompagner la municipalité dans ses démarches, il a préféré lancer un appel d’offres. Ignorant l’intérêt manifesté par la municipalité et l’appui populaire dont cette démarche bénéficie, Transports Canada a invoqué une quelconque directive administrative pour mettre le quai aux enchères. Le message ne pouvait être plus clair : ce joyau local n’est pour cette administration fédérale qu’un amas de ferraille dont on cherche à se départir au plus offrant.

Évidemment, les conséquences n’ont pas tardé. L’appel d’offres suscite maintenant la convoitise et soulève les antagonismes. Tant les bateliers que la communauté autochtone d’Essipit – située à quarante kilomètres du village soit dit en passant – ont signifié leur intérêt à acquérir le quai. Les premiers pour des raisons évidentes et la seconde (sans doute pour les mêmes évidentes raisons puisque Essipit est aussi très active dans l’industrie de la baleine) au nom de revendications territoriales. Quel beau gâchis!

Évidemment, ce serait trop demander aux technocrates de comprendre qu’il est irresponsable pour une municipalité de jouer au « poker » avec son avenir; qu’il est déplacé pour une municipalité d’utiliser les taxes de ses contribuables pour acheter un équipement collectif déjà payé avec les impôts des citoyens; qu’il n’est pas du ressort d’un village comme Tadoussac de régler ou de faire les frais des revendications territoriales autochtones; que le rôle de Transports Canada n’est pas de vendre en pièces détachées les actifs des petites municipalités. En réalité, pour le technocrate il n’y a que la directive... et la directive, vous savez!

Vous connaissez le rasoir d’Occam? C’est un principe essentiel de la logique et du bon sens voulant que l’on ne doive pas « faire compliqué quand on peut faire simple ». Il semble qu’à Transports Canada, ce principe de gestion soit inversé. En somme, rien n’est jamais simple au pays des technocrates. En attendant, je vais aller vérifier sur les PAC et sur eBay, des fois que...