mercredi 18 février 2009

Défaite des citoyens face aux censeurs nationalistes

Pierre Simard

La décision d’annuler le projet de commémoration de la bataille des plaines d’Abraham est désolante. Encore une fois, l’action politique de petits intérêts mesquins et organisés aura réussi à fouler au pied la liberté d’expression individuelle des citoyens.


C’était à prévoir. Les groupes nationalistes ont tiré la leçon de l’affaire « Paul McCartney ». L’expression des préférences individuelles s’était alors traduite par un succès de foule. Le simple citoyen avait fait fi des mises en garde nationalistes et exprimé son appréciation de l’événement.

Il fallait sans doute empêcher un nouvel affront à la Cause. Cette fois-ci, on a joué le grand jeu. On a échafaudé un discours voulant qu’on s’apprêtait à célébrer un moment triste de notre histoire et on s’est dépêché à brandir les menaces de violence pour faire capituler nos décideurs. Il fallait y penser! (Étrange quand même... je n’ai entendu personne utiliser les mêmes arguments pour s’opposer à la « reconstitution historique » du drame de Polytechnique, pourtant subventionnée à coup de millions par les pouvoirs publics.)

Vous savez ce qu’il y a d’inquiétant dans l’annulation de cet événement? C’est que nos décideurs ont finalement adhéré aux présomptions des leaders nationalistes. Dans la foulée de la thèse des incultes à la Gilles Vigneault, on a présumé que le citoyen n’a pas les capacités de décider ce qui est bon pour lui. On l’a assimilé, ni plus ni moins, à un ignorant incapable de discerner le bien du mal. À un déficient mental finalement. Pauvre citoyens!

En réalité, les promoteurs d’événements peuvent bien nous offrir ce qu’ils veulent. Y compris les promoteurs publics. L’important, c’est que le citoyen soit libre d’y assister ou non, et que personne ne puisse l’empêcher de le faire s’il le désire. Dans cette perspective, ce qu’on attend des pouvoirs publics ce n’est pas qu’ils décident à notre place si un événement mérite d’être vu ou non. Son rôle est seulement d’assurer notre protection, ce qu'il a vraisemblablement refusé de faire.

Contrairement aux prétentions de certains, la science économique suggère que chaque individu est apte à prendre ses propres décisions. Au risque de déplaire aux groupes d’intérêts organisés, je crois – j’espère – que nous vivons encore dans une société fondée sur la liberté de choix.

Or, dans l’exercice de cette liberté, chacun de nous assiste à un événement seulement s’il estime que l’événement en question en vaut la peine. Les promoteurs, quant à eux, ont toujours intérêt à proposer des activités qui attirent les foules. À ma connaissance, il n’y a personne d’encore assez stupide pour organiser un événement public sans public.

Le succès d’un événement ne se mesure pas par son adéquation aux revendications des groupes d’intérêt. Il se mesure par sa capacité à satisfaire les attentes et préférences de chacun d’entre nous. Accepter que les intérêts nationalistes assument un rôle de censeur dans les événements qui nous sont proposés dégage une odeur de dictature. En réalité, aucun citoyen n’a besoin de se faire dicter sa ligne de conduite. Ni par les groupes nationalistes, ni par des politiciens électoralistes.