jeudi 29 janvier 2009

L’industrie du jeu serait-elle plus fiable que les sondages?

Pierre Simard

À l'origine, l’industrie du jeu n’avait pas pour vocation de prédire qui gagnera ses élections. Toutefois, certaines recherches montrent que les sites de paris financiers s’avèrent souvent plus fiables que les sondages d’opinion pour prédire les résultats électoraux.

La capacité prédictive des paris en ligne serait à ce point remarquable qu’un lobby d’économistes, dont plusieurs lauréats du Prix Nobel, recommande une légalisation des "Prediction Markets". Pour ces derniers, les prévisions objectives et fiables qu’on peut en tirer pourraient rendre de nombreux services à la collectivité.



Pourquoi les paris seraient-ils plus fiables que les sondages? Emile Servan-Schreiber explique les raisons de cette fiabilité:
1) Premièrement, la transparence : la question posée aux parieurs - « Qui sera élu le jour du vote ? » ou bien « Quel sera le score du candidat X le jour du vote ? » - est directement reliée à ce que l’on cherche à prédire, c’est-à-dire le résultat du vote. Ce n’est pas le cas du sondage d’opinion qui ne renseigne que sur les intentions de vote aujourd’hui. Or, non seulement le vote n’a pas lieu aujourd’hui, mais en plus, l’extraction d’une intention de vote globale à partir de quelques centaines d’intentions de vote personnelles requiert une alchimie délicate, particulièrement créative, qui s’accomplit selon des formules encore plus secrètes que celle du Coca Cola. C’est la porte ouverte à toutes sortes de manipulations ou d’aveuglements. Les parieurs, eux, négocient le pronostic en toute transparence.

2) Deuxièmement, l’appât du gain : les parieurs s’investissent, littéralement, dans leurs pronostics. A la différence des sondés, ils prennent un risque, et chacun prend ce risque en proportion de sa certitude. Du coup, ils sont très friands d’analyses judicieuses et d’informations fiables, et le prix auquel s’échange un pronostic est généralement déterminé par ceux qui, à chaque instant, sont les mieux informés et les plus certains d’avoir raison. Ceux qui ont tendance à se tromper souvent ne font pas de vieux os et perdent vite leur influence.

3) Troisièmement, l’efficacité de la fameuse « main invisible » : chaque spéculateur est naturellement enclin à vouloir profiter avant les autres de toute nouvelle information susceptible d’influencer le prix du pronostic. Si le prix actuel lui semble trop bas ou trop haut, l’appât du gain l’incitera à acheter ou vendre jusqu’à ce que le prix s’accorde mieux avec son opinion et qu’il n’y ait plus, selon lui, d’opportunité de profit. En conséquence, le prix du marché incorpore à tout moment l’ensemble des informations et des analyses disponibles dans les cerveaux des parieurs. Les biais et les erreurs, en quantité égale de chaque côté de la vérité, s’annulent pour ne laisser que le meilleur « signal », le produit dynamique d’une intelligence collective sans cesse mise à jour.
Des chercheurs de l'université d'Iowa tiennent, à titre expérimentale, un tel marché depuis vingt ans. Selon Thomas Rietz, du département de finance de cette université, les résultats sont probants.
« On a étudié 964 sondages nationaux sur cinq campagnes électorales, en comparant les chiffres de chaque sondage aux valeurs du marché à l’époque, par exemple un sondage de janvier avec les valeurs du marché de janvier. On s’est aperçu que dans 74% des cas, le marché (les parieurs) étaient plus proches du résultat que les sondages. »

Bref, c'est un sujet à suivre et à documenter. J'y reviendrai.