mardi 18 novembre 2008

Un plan numérique pour le Québec?

Pierre Simard

Dans une lettre ouverte au premier ministre du Québec, Patricia Tessier du regroupement Yulbiz Montréal sollicite un plan numérique pour le Québec.

Alors que le commerce électronique est en pleine révolution, que les producteurs et consommateurs du monde entier établissent des ponts, voilà que le lobby du commerce électronique profite de la présente campagne électorale pour quémander l’intervention de l’État bienveillant.



On semble oublier que la plupart des nouvelles activités économiques générées par le commerce électronique se sont développées sans intervention de l’État. Bien sûr, nos infrastructures de communication sont imparfaites et posent des difficultés aux citoyens et aux entreprises sur ce marché compétitif. Mais le véritable danger qui guette cette industrie florissante n’est-il pas justement une éventuelle intervention massive de nos gouvernements ?

Si on veut préserver la croissance du commerce électronique, il faut s’assurer que le rôle du gouvernement se limite à ses pouvoirs régaliens qui sont : de nous protéger des abus et de s’assurer que les échanges se fassent de manière efficace. Toutefois, après avoir lu le rapport du Canadian Internet Project (CIP), je doute que les intentions du Yulbiz Montréal soient exclusivement de corriger les défaillances de ce marché. Surtout lorsqu’on se réclame de la planification, et qu’on revendique une gouvernance numérique et une centralisation bureaucratique des efforts et budgets.

Le problème, c’est que traditionnellement l’intervention de nos gouvernements dépasse largement la facilitation des échanges. Plus souvent qu’autrement, sous la pression des lobbies, il en profite pour adopter des lois ou règlements protectionnistes favorisant l’industrie domestique, la promotion de la langue, etc. Bref, des interventions qui font augmenter les coûts, réduisent la concurrence et nous appauvrissent collectivement.

Ce qui m’indispose aussi dans cette lettre, c’est lorsqu’on implore le gouvernement: «de planifier, au plus tôt, un exercice de réflexions et un plan de mise en œuvre pour stimuler l’économie numérique au Québec afin que nous puissions, non seulement rattraper le retard, mais devenir une nation qui prendra sa place et se distinguera dans la nouvelle économie».

Doit-on y décoder une volonté d'étendre le "modèle québécois" au commerce électronique? Aurait-on en tête un sommet socio-économique? Des états généraux? Désolé, mais ce soi-disant modèle de démocratie, d’égalité et de solidarité n’est qu’une vulgaire forme de corporatisme.

Finalement, ceux qui se prétendent de la nouvelle économie n’auront rien appris de la vieille économie. Ils se cramponnent, eux aussi, aux mamelles de l'État-providence.

À suivre...