lundi 15 septembre 2008

Contribution du pétrole albertain à la paix et à la stabilité mondiales, ainsi qu'au maintien de prix

Jean-Luc Migué
Les réserves prouvées (et économiquement accessibles) de pétrole contenues dans les sables bitumineux de l’Alberta sont estimées à 300 milliards de barils. En réserves prouvées, le Canada est le deuxième pays au monde. Les réserves potentielles atteignent les 2 500 milliards, soit 8 fois l’Arabie saoudite. (Les réserves des schistes bitumineux du Colorado, de l’Utah et du Wyoming s’élèveraient à 1,5-1,8 milliard de barils). Comme pour le charbon et le gaz naturel, les réserves de pétrole sont illimitées. (Source : Rand Corporation, 2005).



Le pétrole albertain et la stabilité et la paix dans le monde.
La Russie exporte 1,2 million de barils de pétrole vers l’Europe. Cette dépendance rend le continent vulnérable aux caprices de la Russie. Or le Canada exporte déjà 2,5 millions de barils par jour aux É.-U. , dont la moitié origine des sables bitumineux. Trois ou quatre nouveaux projets albertains suffiraient à soustraire entièrement l’Europe à la dépendance russe. On aurait ainsi substitué en Europe un fournisseur pacifique à la Russie instable et politiquement peu fiable. Cette sécurité d’approvisionnement supprimerait aussi le besoin d’interventions militaires dans des régions pétrolifères éloignées et risquées. Ainsi, l’expansion de la production albertaine grâce au bitumineux contribuerait à libérer l’Europe de la dépendance d’un fournisseur non fiable, tout en soustraignant d’autres clients (l’Ukraine, la Georgie et l’Estonie) au chantage russe. La paix et la stabilité mondiale y gagneront.

Contribution à la baisse du prix à long terme
Le Canada est un exportateur net de pétrole (plus d’un million de barils par jour») (exportation de 2,5 millions par jour aux É.-U. moins importation d’ailleurs) et cette condition ira en s’amplifiant dans les années à venir. Il faut donc poser au départ que notre pays sort gagnant net lorsque les prix sont élevés. L’industrie de l’énergie est la poule aux œufs d’or du Canada. (Bien sûr, à court terme, les prix sont très volatiles, à la hausse comme à la baisse, parce l’offre de pétrole se règle lentement sur la demande. Elle est inélastique. Au moment où le ralentissement économique se dessine aux USA et dans le monde, les « commodities », dont le pétrole de l’Alberta, n’échapperont pas aux fluctuations de l’économie, du moins en l’absence de l’ouragan Ike).

Il reste que la dépendance mondiale actuelle vis-à-vis d’offreurs despotiques et militaristes gonfle la volatilité et maintient des prix excessifs par l’incertitude et l’instabilité qu’elle crée. L’addition immense de pétrole albertain au marché mondial fera baisser les prix mondiaux, à la fois par l’expansion de l’offre qu’elle comporte et peut-être plus par la substitution d’un fournisseur fiable aux régimes instables actuels. Les É-U. importent aujourd’hui environ 2 million de barils par jour du Moyen Orient. L’Alberta pourrait en moins de 10 ans fournir cette quantité aux Américains depuis les seuls sables bitumineux.

De plus, la hausse du prix du pétrole gonfle le coût du transport maritime (équivalent à un tarif de 9%, selon Jeff Rubin de CIBC) de l’Asie vers l’Amérique. Cette poussée suscite déjà le rappel de certaines sous-traitances de la Chine vers l’Amérique du Nord (et un certain ralentissement de la croissance mondiale aussi). Raison de plus pour envisager l’abaissement supplémentaire des tarifs douaniers, et surtout l’accroissement de la production de pétrole canadien. L’une des contributions du Canada au commerce et à la prospérité mondiale pourrait être de freiner la hausse des coûts du commerce, du transport en particulier, grâce au pétrole de l’Alberta.

Le pétrole albertain et l’environnement

Deux questions découlent de cette évolution : l’environnement et l’afflux possible de populations excessives en Alberta. L’exploitation des sables bitumineux entraine la détérioration de l’espace exploité et une consommation énorme d’eau. Cette question appellerait élaboration. Qu’il nous suffise de souligner que la restauration du sol à son état original est déjà en bonne voie de se faire. De vastes surfaces (environ 13%) ont déjà été replantées et rendues à leur condition antérieure à l’exploitation. Elles ont ainsi récupéré leur productivité antérieure. Quant à l’eau, elle peut aussi être recyclée et sert déjà à d’autres usages industriels. Et l’opération recyclage du sol et de l’eau se fait à des coûts abordables, environ 2$ le baril. L’opposition à l’exploitation des sables n’a donc plus de fondements.

Le pétrole albertain et la course aux « rentes » par l’immigration inefficace

Il arrive que le prélèvement de la rente du pétrole (lorsque le prix s’élève) par la province et la production de services publics enrichis qui s’ensuit peuvent susciter l’immigration excessive de populations. Noter que l’inefficacité de ce mouvement découle de ce l’afflux de populations se fait dès lors, non pas parce que la productivité de ces immigrants s’avère supérieure à ce qu’elle est dans la province d’origine. Si tel était le cas, la venue de cette main d’œuvre serait alors désirable, comme c’est le cas des travailleurs qui convergent vers l’Alberta pour toucher de plus hauts salaires. L’afflux inefficace découle uniquement de ce qu’une certaine immigration peut provenir de ce que les gens d’autres régions rechercheraient un standard de vie plus élevé en services publics améliorés ou en fardeau fiscal moins lourd. Ces gens se déplacent vers la province riche en ressources pétrolières, même si leur productivité reste la même.

Rappelons qu’on rationalise souvent par ce phénomène la péréquation des services par le fédéral. Les transferts fédéraux neutraliseraient alors les déplacements inspirés exclusivement par cette course aux rentes. La réponse à ce travers, exprimée en quelques mots, est que la prescription (en faveur de la péréquation) repose sur l’hypothèse que la province importatrice de population adopte des politiques inefficaces (de redistribution) que l’État central corrigera. En s’appropriant une richesse, la rente du pétrole, qui ne lui revient pas car elle appartient de droit aux propriétaires et travailleurs du pétrole, la province riche en ressources se révèle inefficace, tandis que le fédéral, lui, n’aurait de souci que de garantir l’efficacité des mouvements de population. Vision naïve de la logique centralisatrice. La réalité est que la théorie du fédéralisme prédit que c’est le central qui s’avèrera inefficace à cause de son pouvoir de monopole sur l’ensemble du territoire, alors que les provinces restent soumises à la concurrence interprovinciale. Le traitement des ressources par la péréquation en est l’illustration flagrante : La formule de péréquation exclut en tout ou en partie les ressources naturelles du calcul de la richesse régionale.

Faut-il redistribuer la richesse tirée des ressources provinciales?

La question se pose donc: La province riche en ressources doit-elle redistribuer cette rente à l’ensemble de la population? En un sens conventionnel, oui, c.à-d. par la fiscalité commune à tout le monde. L’impôt sur les profits, sur les revenus, les taxes foncières, les taxes de vente, etc, s’élèvent lorsque le prix du pétrole est fort en Alberta et donc lorsque la part des dépenses publiques financée par la richesse en pétrole s’élève aussi. Ou mieux, la poussée des rentrées fiscales peut servir à abaisser les taxes générales, sur le revenu en particulier. Si le régime fiscal est « juste! » et efficace, une forme de redistribution s’opérera. Par contre, la réponse est non, si, sous prétexte qu’il s’agit d’une richesse naturelle, l’Alberta ou le gouvernement fédéral sont en droit de prélever la rente, en totalité ou en partie, lorsque le prix est fort pour la faire partager par le reste des citoyens. Ce principe étatiste, s’il se défendait, s’appliquerait alors aux terres agricoles et urbaines, aux mines, à l’eau (ex. l’hydroélectricité), etc. Ce n’est pas parce que le mouvement des prix des ressources donne lieu à d’énormes transferts des consommateurs aux compagnies lorsque les prix sont forts (1979-85 et 2004-07), des compagnies aux consommateurs lorsque les prix sont bas (1991-99), que l’État doit redistribuer cette richesse. Pour notre plus grand malheur, le pétrole appartient à 100% à l’Alberta; la province devrait-elle alors s’approprier 100% de la rente et chasser ainsi les investisseurs qui font l’exploitation de la ressource? Il n’existe pas dans une société libre de « fair share » d’une richesse d’autrui à redistribuer à l’ensemble. Il n’existe qu’un régime fiscal efficace ou pas.